"3 goals, 16 minutes and 1.030.000 signatures. Can't stop smiling, I've waited a long time for that." C'est le message posté par Marcus Rashford sur Instagram après son hat-trick en Ligue des Champions face au RB Leipzig, fin octobre. Il est déjà incroyable qu'un attaquant entré à seize minutes de la fin claque un triplé, mais le plus impressionnant, c'est le nombre de signatures. Depuis l'été dernier, Rashford s'est fixé un autre but que celui d'éliminer les défenseurs adverses: il veut éradiquer la faim chez les enfants de Grande-Bretagne.
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"3 goals, 16 minutes and 1.030.000 signatures. Can't stop smiling, I've waited a long time for that." C'est le message posté par Marcus Rashford sur Instagram après son hat-trick en Ligue des Champions face au RB Leipzig, fin octobre. Il est déjà incroyable qu'un attaquant entré à seize minutes de la fin claque un triplé, mais le plus impressionnant, c'est le nombre de signatures. Depuis l'été dernier, Rashford s'est fixé un autre but que celui d'éliminer les défenseurs adverses: il veut éradiquer la faim chez les enfants de Grande-Bretagne. Début avril, alors que le coronavirus commençait à faire des dégâts de l'autre côté de la Manche, Matt Hancock, ministre britannique de la Santé publique, prenait la parole au cours d'une conférence de presse gouvernementale. "Étant donné les sacrifices faits par la population, y compris certains de mes collègues de la santé publique qui ont perdu la vie, je pense que la première chose que les joueurs de Premier League puissent faire, c'est d'apporter leur contribution en acceptant une diminution de salaire." Une déclaration mal perçue, tant par le monde du football que par les médias, qui trouvaient qu'il n'était pas convenable de relier le salaire mirobolant des joueurs au nombre de morts pour raisons de santé. S'il est vrai que les salaires avaient explosé, était-ce pour autant la faute des joueurs? Et pourquoi Hancock s'en prenait-il à des sportifs qui avaient souvent lutté pour sortir d'un milieu pauvre avant d'en arriver là, plutôt qu'aux richissimes hommes d'affaires qui faisaient semblant de rien? À moins qu'il ne s'agisse d'une manoeuvre pour détourner l'attention de la façon scandaleuse dont le gouvernement avait sous-estimé cette crise? Tout le monde a encore en mémoire les frasques du Premier Ministre Boris Johnson qui, début mars, dans un hôpital, serrait les mains du personnel et des patients. Un mois plus tard, lui-même était admis aux soins intensifs, victime du Covid-19. En coulisses, la Premier League n'avait pas attendu les déclarations contestées de Hancock pour négocier une diminution de salaire. Celle-ci allait être fixée à 30%. De nombreux joueurs décidaient également de prendre part discrètement à des actions caritatives. Pas Marcus Rashford. En juin, après avoir appris que le gouvernement britannique avait décidé de ne plus distribuer de bons pour des repas pendant les vacances aux familles en situation précaire, l'attaquant de Manchester United adressait une lettre ouverte à tous les membres de l'exécutif british. Rashford, élevé par sa mère Melanie, écrivait: "Ce que j'ai vécu, de nombreuses familles anglaises le vivent: ma mère travaillait à temps plein pour un salaire minimum afin que nous puissions manger à notre faim tous les soirs. Mais ce n'était pas suffisant. Même si elle travaillait dur, le système n'aide pas les familles comme la mienne." Rashford écrivait qu'il se rappelait encore très bien avoir entendu sa mère pleurer la nuit parce qu'elle n'arrivait pas à nouer les deux bouts. Sa famille avait droit aux repas gratuits, aux colis des banques alimentaires et à la soupe populaire. En Angleterre, 1,3 million d'enfants issus de familles précarisées ont droit à un repas chaud à l'école, mais lorsque les écoles ont fermé leurs portes en raison de la crise du coronavirus, ces gamins ont été renvoyés chez leurs parents, souvent sans emploi. Rashford prenait l'exemple d'une mère avec deux enfants qui devait vivre avec trois tranches de pain par jour. "Elle les passait sous l'eau chaude et ajoutait un peu de sucre dans l'espoir que son fils d'un an ait un peu moins faim." L'attaquant ne pouvait accepter que, pendant toutes les vacances d'été, ces enfants doivent faire sans les bons pour des repas. Il avait déjà démontré par le passé qu'il savait s'y prendre. Avec son organisation caritative FareShare, il avait lancé une énorme campagne de solidarité pour les enfants vivant dans la pauvreté qui lui avait permis de récolter 22 millions d'euros et de fournir 3,9 millions de repas. Après la lettre ouverte de Rashford, les parlementaires britanniques n'avaient d'autre choix que de revenir sur leur décision. Le joueur recevait même un appel de Boris Johnson, qui le félicitait pour sa campagne "dont il n'avait jamais entendu parler jusque-là." Il n'oubliera sans doute jamais le nom de Marcus Rashford. Depuis le début de sa campagne et suite à sa lettre ouverte, Rashford reçoit de l'aide de partout. Il est aussi devenu une source d'inspiration pour les enfants qui vivent dans la précarité dans tout le Royaume-Uni. Les journalistes du Guardian ont pu se rendre compte de sa popularité voici peu, lorsqu'ils sont partis en reportage dans une école primaire de Birmingham, dont les enfants donnent chaque année à une classe le nom d'une personnalité qui les inspire par ses valeurs, son sens de l'humanité ou ses prestations: Michelle Obama, Mohamed Ali et, cette année, Marcus Rashford, préféré à David Attenborough ou Martin Luther King, entre autres.Il n'est dès lors pas étonnant que, début octobre, avec 1494 personnes engagées dans la lutte contre le coronavirus, Rashford ait été fait Member of the Order of the British Empire par la Reine Elizabeth II. L'attaquant en a profité pour insister sur le fait que "la lutte en faveur des enfants les plus fragiles est loin d'être terminée." En raison de l'augmentation du chômage, il a invité le Premier Ministre Boris Johnson à distribuer des bons pour les repas pendant les vacances d'automne. Un appel qui n'a cependant pas été entendu par le Parlement: une majorité a voté contre. Rashford n'en est pas resté là. Mi-octobre, il a lancé une pétition appelée End child food poverty - no child should be going hungry. Elle a déjà été signée par plus d'un million de personnes, et Rashford a reçu le soutien public de Jürgen Klopp, Frank Lampard et Juan Mata. "C'est formidable de voir que des jeunes joueurs font preuve de personnalité pour défendre quelque chose qui leur tient à coeur", dit Lampard. Impossible de mieux résumer le combat de Marcus.