1 Comment Red Bull a-t-il atterri à Leipzig?

Après la Coupe du monde 2006, le stade ultra-moderne de Leipzig s'est retrouvé sans club. Dans l'optique de cette Coupe du monde, le magnat du cinéma MichaelKölmel et les autorités locales avaient dépensé 51 millions d'euros pour la rénovation du vieux Zentralstadion. Mais ce stade coûtait 100.000 euros par mois et l'investisseur devait trouver un locataire.
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Après la Coupe du monde 2006, le stade ultra-moderne de Leipzig s'est retrouvé sans club. Dans l'optique de cette Coupe du monde, le magnat du cinéma MichaelKölmel et les autorités locales avaient dépensé 51 millions d'euros pour la rénovation du vieux Zentralstadion. Mais ce stade coûtait 100.000 euros par mois et l'investisseur devait trouver un locataire. Le 4 octobre 2006, un premier entretien a eu lieu entre les propriétaires du stade et le patron de Red Bull, DietrichMateschitz, qui cherchait un autre club que le Red Bull Salzbourg dans un grand pays de football. En Espagne, il avait discuté avec le Real Majorque. En Allemagne, il songeait au Fortuna Düsseldorf, alors en D3, lorsque Leipzig s'est porté candidat. En 2008, après une balade à moto incognito dans la ville, Mateschitz fut convaincu du potentiel de cette cité qui compte aujourd'hui près de 600.000 habitants, ce qui en fait la huitième ville d'Allemagne. C'est à Leipzig qu'a été fondée la Fédération allemande en 1900. Et trois ans plus tard, le VfB Leipzig était le tout premier champion d'Allemagne. Mateschitz pouvait lancer un tout nouveau club tout en bas de l'échelle, en douzième division, ou en acheter un un peu plus haut. C'est ainsi que Red Bull se mit à la recherche d'un club en quatrième ou cinquième division et qu'il tomba sur le FC Eilenburg, à trente kilomètres de Leipzig. Il lui donna de l'argent pendant un an, mais ne put empêcher sa chute en sixième division. Pour les dirigeants de Red Bull, c'était trop bas. Ils se tournèrent alors vers le SSV Markranstädt, le club d'une ville de 17.000 habitants à dix bornes de Leipzig, qui évoluait en Regionalliga (D5). Le nouveau club a ainsi été fondé le 25 mars 2009 et le 19 mai, il était inscrit à la F édération. Red Bull a racheté la division masculine pour 700.000 euros. Il était prévu qu'un an plus tard, celle-ci fusionnerait avec le reste du club et repartirait tout en bas de la pyramide tandis que l'équipe première continuerait sous le nouveau nom en cinquième division (ou en quatrième en cas de montée). Aujourd'hui, le SSV Markranstädt évolue eau sixième échelon du foot allemand. Si. En 2006, le plan A des propriétaires du stade était d'y faire jouer le FC Sachsen Leipzig, héritier du Chemie Leipzig mais en 2011, ce club ne put éviter la faillite. Il fut repris par le BSG Chemie Leipzig, fondé en 1997, et passa de la douzième à la quatrième division. Au temps de l'Allemagne de l'Est, l'autre club traditionnel de la ville, le 1. FC Lokomotive était la réincarnation du mythique VfB Leipzig, premier champion d'Allemagne. En 1987, il a joué la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe après avoir éliminé Bordeaux devant 120.000 spectateurs. En finale, il fut battu par l'Ajax (1-0). Après la chute du mur, le club a pris un nouveau départ sous son ancien nom. En 1993-94, le VfB Leipzig a même joué un an en Bundesliga. Il est immédiatement redescendu et a fait faillite. En 2004, il est reparti tout en bas de l'échelle sous le nom de Lokomotive. Il a davantage fait parler de lui à cause de ses hooligans que par ses résultats sportifs. C'est pourquoi Red Bull n'en voulait pas. Aujourd'hui, le Lokomotive Leipzig évolue à nouveau en Regionalliga Nordost (D4), où il joue la tête avec le Dynamo Berlin et dispute un derby face au Chemie Leipzig. Lors des matches à domicile, ces deux clubs attirent encore trois à quatre mille spectateurs. En Allemagne, il est interdit d'introduire le nom d'un sponsor dans le nom d'un club et Roter Ball ( balle rouge en VF) sonnait trop communiste dans une ville à l'origine de la chute du Mur, en 1989. On a donc opté pour RasenBallsport ( sport de balle sur pelouse). Les deux premières saisons, le club a joué sans logo. Pendant longtemps, la Fédération s'est opposée au logo de Red Bull (deux taureaux qui s'affrontent) avant d'en autoriser une variante. Pour la crédibilité du projet, la moitié du noyau devait être composée de joueurs de l'ex- Markranstädt. On y a ajouté quelques ex-pros de D1 et de D2. Et pour compléter l'équipe, les joueurs ont contacté des connaissances. C'est ainsi que les entraînements ont débuté avec un mélange de pros, d'étudiants, d'agents d'assurance et de kinés. À côté du stade de Markranstädt, il y avait une piscine. Après les matches à domicile, à la place d'aller courir, les joueurs faisaient un décrassage dans l'eau. Au moment de déménager au Zentralstadion, beaucoup de joueurs ont regretté ces moments. Avec pas mal d'amateurisme. Les premiers maillots étaient ceux des U17 et des U19 du Red Bull Salzbourg. Les ballons étaient d'un peu toutes les marques et le club n'avait pas de veste d'entraînement. Le soir, l'ex-gardien international allemand PerryBraütigam faisait le tour des cafés de la ville avec le président pour faire de la pub pour le club. Le premier entraînement dut avoir lieu sur le terrain synthétique parce que des opposants au projet avaient abîmé le terrain en herbe. Le premier match, en Coupe, eut lieu le 31 juillet 2009 contre le Blau Weiss Leipzig, qui avait aussi tenté de devenir le nouveau RB Leipzig, mais jouait une division trop bas. Le premier match de championnat à Carl Zeiss Iena II, en D5, eut lieu sur un terrain annexe dans une ambiance détestable. Trois fans de Leipzig y assistèrent. Après le match, sur ordre de police, les visiteurs eurent dix minutes pour remonter dans le bus et partir. Même pas le temps de prendre une douche. Pour le premier match à domicile, 250 policiers et 80 stewards avaient été réquisitionnés. Avant ce duel contre le FSV Zwickau, qui avait amené 800 supporters, on n'avait pas prévu suffisamment de caisses pour récolter l'argent des 2.565 spectateurs. D'habitude, lorsque le SSV Markranstädt jouait, il n'y avait que 300 personnes. Le bourgmestre de Markranstädt, MichaelUnverricht, fut le premier speaker du stade. Le speaker actuel, TimThoelke, a été recruté il y a dix ans dans un café. Le jour de sa première prestation, en Coupe d'Allemagne, il y avait 31.000 personnes dans le stade. Lorsque tout le monde s'est mis à siffler, il s'est demandé où il avait mis les pieds. Jusqu'à ce qu'il réalise que les coups de sifflet s'adressaient aux joueurs de l'équipe adverse, montés sur le terrain en même temps que lui. Ce soir-là, le RB Leipzig, alors en D3, a éliminé le VfL Wolfsburg, champion en titre (3-2). Un. YussufPoulsen avait 18 ans lorsqu'il est arrivé au club, alors en D3. RalfRangnick avait recruté le jeune international danois dans un match au Portugal et lui avait dit exactement combien de temps il faudrait au club pour arriver en Bundesliga. Quatre autres joueurs ont connu le club en D2. Le premier entraîneur du nouveau club était l'ancien entraîneur de Markranstädt, TinoVogel, fils du légendaire international est-allemand EberhardVogel. Lors de sa première saison à la tête du nouveau club, il a été champion avec 22 points d'avance. Le lendemain, jour de son anniversaire, il était remercié. Plutôt original, comme cadeau. Pas du tout. Mateschitz estimait que pour les joueurs, c'était un honneur de porter le maillot du nouveau club. Au cours des trois premières années, il n'a dépensé de l'argent que pour quatre transferts. Ensemble, ces joueurs ont coûté 1,25 million d'euros. Ce n'est qu'en D3 qu'il a dépensé plus d'un million pour un joueur: le Danois Yussuf Poulsen a coûté 1,55 million. Le RB a aussi transféré JoshuaKimmich (aujourd'hui au Bayern) pour 500.000 euros et DiegoDemme (aujourd'hui à Naples) pour 350.000 euros . Depuis la montée en Bundesliga en 2015, le RB Leipzig se montre moins parcimonieux: il a déjà dépensé 425 millions en transferts. En 2012, Ralf Rangnick, qui avait été cité à Anderlecht un peu plus tôt, se remettait d'un burn out et mangeait une pâtisserie en prenant le café sur sa terrasse lorsqu'il reçut un appel de Dietrich Mateschitz. Celui-ci voulait lui parler le plus vite possible. "Dans quatre heures, le temps de venir de chez vous à chez moi à Backnang", répondit l'entraîneur. Pour Mateschitz, c'était trop long. "Dans une heure trente, je suis là, je viendrai en hélicoptère. Dites-moi où je peux me poser." Rangnick appela alors son agent, propriétaire d'un hôtel, qui lui dit que l'hélico pouvait se poser sur le toit de son établissement. Après quatre heures de discussion, Rangnick expliqua qu'il n'acceptait l'offre qu'à condition d'obtenir la direction sportive des deux clubs, Leipzig et Salzbourg. Mais lorsqu'il assista au premier match du club de D3, dont il devait s'occuper, il avala sa saucisse de travers. "Je ne retrouvais aucun des principes de base du football que je prônais: pas de plan, pas de rythme, pas d'inspiration, pas de leader." L'été suivant, le club se débarrassait de treize joueurs. En D3 déjà, aucun détail n'échappait à Rangnick. Il fournissait à ses joueurs des pyjamas adaptés pour qu'ils dorment mieux, il leur interdisait d'aller au restaurant italien, les obligeait à manger sainement au club et cherchait à savoir quelle musique avait le plus d'impact sur chaque joueur. C'est ainsi que certains sont devenus fans de Mozart parce que cette musique les calmait. En 2015, après les refus de ThomasTuchel et RalphHasenhüttl (ex-attaquant de Malines et du Lierse), Ralf Rangnick s'est auto-proclamé entraîneur. Un an plus tard, Hasenhüttl a accepté le poste et pour sa première saison en Bundesliga, le club a terminé deuxième. Un an plus tôt, en D2, le titre est revenu au SC Fribourg mais Leipzig a terminé deuxième et, après sept ans d'existence, il est monté, devenant ainsi le 55e club de l'histoire à rejoindre la Bundesliga. Après le coup de sifflet final du match décisif, le meilleur buteur DavieSelke a poursuivi Rangnick avec un énorme verre de bière et celui-ci s'est écroulé, victime d'une déchirure musculaire. En 2018, lorsque JulianNagelsmann n'a pas été libéré par Hoffenheim, où il était encore sous contrat pour un an, le directeur sportif a revêtu à nouveau le training d'entraîneur et a terminé troisième avant que Nagelsmann arrive comme prévu. En 2019, Rangnick a quitté le poste de directeur sportif et un an plus tard, il a quitté Red Bull.