Par Bjorn Goorden de Voetbal International
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Par Bjorn Goorden de Voetbal International"On dit souvent que je ressemble à Paul Pogba, mais Sergio Busquets et Andrés Iniesta sont les joueurs qui m'ont le plus donné envie de devenir un milieu de terrain aussi". Lorsqu'il regarde derrière lui dans le couloir menant vers le terrain ce samedi soir à 22h, juste avant le coup d'envoi du match de Liga contre Alavès, Ilaix Moriba aperçoit l'un de ces deux footballeurs inspirants qu'il évoquait dans cette conversation avec Mundo Deportivo. Un signe de tête, une grande respiration, et c'est parti.Les indications de Busquets, du gardien Marc-André ter Stegen et de Ronald Koeman depuis le banc de touche résonnent dans les tribunes immensément vides du Camp Nou. La tension nerveuse dans les jambes du débutant s'estompe et finalement Ilaix fait ce qu'il a toujours fait : gagner des mètres, provoquer les duels, essayer d'accélérer la circulation du ballon et stopper les contre-attaques. Après une demi-heure, il a donné un ballon d'ouverture du score à son coéquipier Trincão. Avec un large sourire encourageant, le capitaine Lionel Messidonne une tape amicale dans le dos de l'adolescent pour le pousser à continuer dans cette voie.Une autre demi-heure plus tard, Ilaix commettait en revanche une énorme erreur lorsque sa passe dans la largeur était interceptée et entraînait la réduction du score d'Alavés à 2-1. Quelques minutes plus tard, il est remplacé et reçoit un high five de la part de l'entraîneur. Mais Koeman ne serait pas Koeman s'il ne soulignait pas ce qui n'a pas fonctionné après le match, qui s'est finalement terminé sur le score de 5-1. "On ne peut jamais faire des passes comme ça", a déclarait le coach batave à la presse. "Peu importe votre âge."Mais en même temps, il est clair pour Ilaix que ce n'était pas une raison pour ne pas être heureux. Après un duel en Coupe d'Espagne avec Cornellà à la fin du mois de janvier, il joue désormais aussi en Liga. Bien qu'il soit déjà extrêmement bien payé, avec un salaire annuel d'un demi-million d'euros, il se sent pour la première fois vraiment dans la peau d'un professionnel."Quand mon fils a marqué, c'était un choc. Je ne pouvais pas me lever de ma chaise. Tous les enfants ont couru dans la pièce."Mamady Kourouma a assisté à cet événement devant sa télévision, mais il n'en était pas moins heureux. Le grand objectif auquel toute la famille travaillait, y compris la mère Aissata Kourouma et les frères de Moriba, Lass et Siriki, depuis des années est désormais atteint avec ce premier but en Liga. Quoique : quatre jours plus tard, Moriba fait également ses grands débuts contre le PSG en Ligue des champions. Mais ce n'est rien en comparaison à ce que ressentent les Kourouma (ses parents portent tous les deux le même nom de famille) lorsque la légende Messi saute dans les bras du jeune homme de dix-huit ans qui vient de porter le Barça à 0-2 contre Osasuna.La famille Kourouma est venue de si loin. Le père, Mamady, a fui son pays, le Liberia, au début du millénaire, à cause de la guerre civile vers la Guinée voisine. Peu de temps après, il a eu une autre raison de quitter la maison. Cette fois, à cause de la pauvreté et de l'impossibilité de s'en sortir dans un pays où l'économie n'est pas florissante. Alors, accompagné d'Aissata, qu'il avait rencontrée en Guinée, et de ses enfants, ils se sont rendus à Barcelone. Là, tout a vite changé quand Moriba s'est avéré être un enfant très spécial.Il est repéré tout petit par le Barça et intégré à La Masía. Alors qu'il est en âge d'évoluer en équipe première, le président blaugrana, Josep Maria Bartomeu, qui voulait avant tout récolter des récompenses à court terme, attire entre 2019 et 2020 des Frenkie de Jong, Pedri, Matheus Fernandes et Miralem Pjanic au Camp Nou. Dans ce contexte, une entrée en matière de la jeune pépite ressemblait plutôt à une chimère. C'est probablement pour cela que Moriba a remercié Koeman après le match en déplacement à Séville une semaine plus tôt. Lorsque Pedri a été blessé, l'entraîneur a choisi de donner sa chance à l'adolescent qui avait encore tout à prouver. Ilaix croisa ses mains et fit une petite révérence. On imagine que malgré son coeur froid typique des habitants de Groningen, Ronald Koeman aura apprécié le remerciement. "Mon rêve ? Un jour, je jouerai aux côtés de Messi et d'Ansu Fati en blaugrana." Ilaix a sans doute répété ces mots de nombreuses fois. Et en effet, ce serait merveilleux pour le jeune homme d'évoluer aux côtés de l'idole de tous les fans et des joueurs de Barcelone ainsi que de son grand ami avec lequel il a joué dans les équipes de jeunes depuis l'âge de douze ans. La connection entre les deux gamins a été immédiate, sûrement en raison de leurs racines communes avec la Guinée. L'un dans l'ancienne colonie portugaise, la Guinée-Bissau, et l'autre dans la Guinée-Conakry francophone, mais elles se ressemblent cependant. Mais Moriba et Fati ne jouent jamais ensemble en équipe première. Lorsque Fati revient enfin de sa blessure au genou, Ilaix a déjà joué son dernier match pour le club catalan. Le 22 mai 2021 lors de la victoire à Eibar (0-1), il a encore disputé 55 minutes . Peu de temps auparavant, il était encore remplaçant lors de la finale de la Copa del Rey remportée 4-0 contre l'Athletic de Bilbao. Mais le 1er août, il est renvoyé au Barça B. Ilaix Moriba est passé du statut de héros à celui de paria en un seul congé estival.La raison de ce désamour soudain ? Ilaix Moriba ne veut pas prolonger son contrat, qui expire en 2022, à n'importe quelles conditions. Une décision qui frustre le nouveau président Joan Laporta. " Qu'un joueur qu'on a formé tente de profiter de sa situation contractuelle est inacceptable", déclare l'ancien disciple de Johan Cruijff. "Nous ne comprenons pas ce qu'il fait." Koeman est particulièrement déçu de son attitude et blâme l'entourage d'Ilaix. Le Néerlandais tente une nouvelle fois garder son ancienne coqueluche. "Il est l'avenir du club et je sais que le club l'aime. Mon conseil est que l'argent n'est pas la chose la plus importante".La tension autour d'Ilaix Moriba devient si forte que certains supporters du Barça commencent à l'insulter, parfois même de manière raciste, et n'hésitent pas à le menacer. La situation a tellement dégénéré que le club s'est même senti obligé de défendre le paria. Mais la réconciliation entre les deux parties n'aura jamais lieu et vu ses grandes difficultés financières, le club catalan prend ce qu'il peut comme argent. Le RB Leipzig a obtenu la signature du joyau de la Masía juste avant la date limite des transferts. Prix de la transaction: seize millions d'euros. Lors de sa présentation, Ilaix parle presque exclusivement de son ancien employeur. "C'était très difficile pour moi de quitter Barcelone. Les derniers mois ont été les plus durs de ma vie. Cela vaut aussi pour ma famille. Des mensonges ont été simplement racontés. Nous sommes toujours restés calmes, même si tout n'était pas toujours rose.""Une CAN pour Moriba et ensuite un départ ?" Plus de quatre mois se sont écoulés depuis l'arrivée de l'ancien blaugrana et si l'on en croit Bild, le RB Leipzig veut déjà se débarrasser de Moriba. Les journalistes du plus grand journal européen n'épargnent pas le milieu de terrain depuis un certain temps déjà et l'ont qualifié à plusieurs reprises de fauteur de troubles.L'histoire montre qu'il faut beaucoup de choses pour s'en débarrasser. L'accusation selon laquelle il s'entraînait régulièrement sans motivation a été, d'une certaine manière, confirmée par Jesse Marsch. L'Américain, qui entraînait Leipzig jusqu'au 5 décembre, semblait agacé par toutes les questions visant à savoir pourquoi le super-talent ne jouait pratiquement pas. "Il doit être patient. Il n'a que dix-huit ans, mais il veut tout tout de suite. Chez nous, vous devez mériter chaque minute de temps de jeu".Le successeur annoncé de Marcel Sabitzer, parti au Bayern Munich, a joué exactement cent minutes pendant la première moitié de la saison. C'est beaucoup moins que Brian Brobbey (252), qui est maintenant prêté à l'Ajax. Les relations avec le club où Ilaix a grandi sont devenues trop tenues pour être une véritable option. De plus, il aura aussi vu comment d'autres perles de La Masía comme Gavi et Nico ont permis au Camp Nou d'oublier son départ. Bien que l'entraîneur du RB Leipzig, Oliver Mintzlaff, ait assuré qu'Ilaix ne serait pas loué, les trois premiers matches de l'Africain sous la houlette du nouvel entraîneur Domenico Tedesco n'ont guère suscité l'enthousiasme. Même lors du difficile match perdu à domicile contre le Bayer Leverkusen (0-2), Ilaix est resté sur le banc pendant les nonante minutes.C'est aussi sur le banc qu'on le trouvait lors du match de la Coupe d'Afrique des Nations entre la Guinée et le Malawi. En novembre, après avoir évolué au sein des équipes d'âge espagnoles il devenait un "Syli national", c'est-à-dire un international guinéen. On ignore si les mauvaises expériences entourant son départ du Barça ont joué un rôle dans son choix d'opter pour le pays de sa mère et de porter le maillot des Elephants. Mais le fait qu'il ait été traité de "singe" n'aura en tout cas pas été une publicité en faveur l'équipe nationale espagnole.Comme beaucoup d'entraîneurs de grands clubs européens, Tedesco n'est pas satisfait de l'absence temporaire des internationaux africains. Si Ilaix reste longtemps dans le tournoi, il ne pourra le récupérer que le 6 février, soit après le match au sommet contre le Bayern. L'actuel numéro neuf du classement de la Bundesliga a beaucoup à se faire pardonner, tout comme Ilaix Moriba. Mais le grand pardon attendra encore un peu. Contre le Sénégal, le milieu de terrain a fait ses débuts officiels avec la Guinée. Preuve qu'il y a encore toujours du petit prodige caché dans l'enfant inquiet.