ANGLETERRE
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ANGLETERREMikel Arteta va bien, a-t-il fait savoir la semaine passée aux supporters d'Arsenal. Le manager espagnol du club a été le premier cas connu de coronavirus dans le football anglais. Du coup, le jour de Liverpool-Atletico Madrid, un match de Ligue des Champions durant lequel 3.000 Espagnols étaient entassés les uns sur les autres dans les pubs et les tribunes, le match entre Manchester City et Arsenal a dû être reporté. Quelques jours plus tard, la Premier League a arrêté toute la compétition, notamment après avoir appris la contamination de Callum Hudson-Odoi (Chelsea). Elle a alors décidé de tout suspendre jusqu'au 4 avril. La semaine passée, elle a revu sa décision : le championnat ne reprendra pas avant le 30 avril. Suite à la contamination d'Arteta, Arsenal a fermé son complexe d'entraînement. Ses cent employés, joueurs, staff et encadrement, ont été placés. Tout a été désinfecté et préparé en vue d'une reprise à partir du 24 mars. Toutefois, on ne sait pas encore quand les entraînements seront autorisés car le virus se répand à toute vitesse en Grande-Bretagne. Les virologues s'attendent même à ce que le pays n'atteigne son pic qu'en mai ou en juin. Il n'en a pas fallu davantage au Daily Record écossais pour titrer en une : "No football until August".Nul ne sait si on ira aussi loin. Pour le moment, la FA a l'intention d'étudier la possibilité de tout reprendre le 30 avril, quitte à disputer deux matches par semaine. Le règlement stipule que toutes les compétitions doivent être achevées le 1er juin mais cette date-butoir a été supprimée : on peut jouer jusque fin juin. Joueurs et clubs ont l'intention de disputer la totalité de la saison mais de nombreux contrats arrivent à échéance fin juin. Le nouveau championnat reprend le 8 août mais la date peut changer. Beaucoup de clubs ont des obligations à l'étranger en juillet, des tournées mondiales, mais elles sont compromises.Dans sa colonne du Sun, Karren Brady, CEO de West Ham, plaide en faveur d'un arrêt immédiat de la saison. La santé des joueurs et des supporters prime et décider de jouer sans public n'est pas exempt de risques sanitaires, argumente-elle : les footballeurs sont en contact physique entre eux ainsi qu'avec le staff et nul ne peut exclure que les supporters se réunissent aux alentours du stade. Sa prise de position n'a pas été appréciée, par les supporters de Liverpool, qui ne pourraient pas fêter leur premier titre en trente ans, mais aussi par les fans des phalanges qui luttent encore pour les coupes d'Europe ou contre la relégation. La CEO de West Ham a tout intérêt à ce qu'on arrête la compétition : en bas de classement, les Hammers sont à égalité de points avec Watford et Bournemouth mais c'est celui-ci qui serait relégué, en fonction du différentiel de buts. Les divisions inférieures sont également touchées. Presque tous les clubs professionnels doivent encore jouer neuf matches. Arrêter maintenant aurait un énorme impact financier. Les clubs de Championship retirent un tiers de leurs revenus de la billetterie et des consommations pendant les matches. Plus bas, en League One et Two, ça représente les deux tiers. Passer plusieurs mois sans football entraînerait la mort de certains clubs. Bury a disparu la saison passée et durant l'exercice en cours, Derby County, les Bolton Wanderers, Southend United et Macclesfield Town étaient déjà en butte à des problèmes financiers avant l'épidémie.ITALIEIl reste douze journées en Serie A, treize pour les équipes dont un match a été reporté. Le plan A prévoit une reprise le 2 mai et la fin du championnat aux environs du 28 juin. Le plan B tient compte d'un retard supplémentaire d'une ou deux semaines. Il faut trouver une solution pour les contrats des joueurs qui arrivent à échéance fin juin afin de pouvoir poursuivre la compétition. On ne sait pas encore quand les demi-finales et la finale de la coupe se dérouleront.Le président de la fédération, Gabriele Gravina,évalue à 700 millions le coût d'un arrêt définitif du championnat. S'il peut redémarrer, la perte se limiterait à 200 millions, selon lui. Les clubs se demandent s'ils peuvent diminuer les salaires des joueurs pour limiter leurs pertes économiques. Le syndicat des joueurs a répondu que c'était aux joueurs d'accepter ou non, individuellement. Dans la Botte, le salaire brut minimum des professionnels n'est que de 30.000 euros, soit le salaire de la division trois. En Serie A, plus de la moitié des footballeurs touchent plus d'un million par an. Une dizaine d'entre eux perçoivent plus de quatre millions et Cristiano Ronaldo dépasse (largement) les dix millions.Quoi qu'il en soit, de nombreux étrangers ont déjà quitté le pays. Cristiano Ronaldo est parti immédiatement après le match contre l'Inter et réside à Madère avec sa mère. Jeudi, on a appris que trois autres joueurs de la Juventus avaient pris un vol privé. Miralem Pjanic et Sami Khedira sont chez leur famille, respectivement au Luxembourg et en Allemagne. Gonzalo Higuain est retourné en Argentine. Sa femme et ses enfants l'y avaient précédé suite à la fermeture des écoles. L'Argentin a été retenu à l'aéroport mais il a présenté un document du staff médical de la Juventus, attestant qu'il avait été contrôlé négatif au corona. Son départ a suscité l'émoi car tous les joueurs de la Juventus ont été préventivement placés en quarantaine dès qu'on a appris que Daniele Rugani était contaminé. Or, il est parti après six jours. Depuis, deux autres coéquipiers, Blaise Matuidi et Paulo Dybala, ont été contrôlés positifs. Milan a annoncé que son DT Paolo Maldini était contaminé comme son fils Daniele, qui a déjà effectué ses débuts en Serie A.Les joueurs postent massivement sur les réseaux sociaux ce qu'ils font chez eux, souvent dans un petit appartement. Ils aident leur femme à cuisiner et s'entraînent individuellement, par exemple. Dries Mertens a montré comment il utilisait une bouteille de magnum en guise d'haltère pour faire de la musculation, sur son balcon, avec vue sur la mer et l'île de Capri. Plusieurs clubs comptaient reprendre les entraînements le 23 mars mais c'est impossible. Les responsables médicaux du football jugent que ce serait irresponsable, le nombre de contaminations et de décès ne cessant de croître en Italie. Dans le meilleur des cas, les séances reprendraient en petits groupes le 5 avril et les entraînement normaux à partir du 15 avril. Toutefois, samedi, le président de Naples, Aurelio De Laurentiis, a annoncé la reprise cette semaine, mais pas collectivement. La Lazio compte faire pareil. Les autres clubs et le syndicat des joueurs sont opposés à une reprise aussi rapide.En Lombardie, la région la plus touchée, au nord de la Botte, on ne peut même plus s'entraîner individuellement dehors, même pas pour un jogging, depuis dimanche.ESPAGNEAlors que le coronavirus fait des ravages en Espagne et que le pire est à venir, les propos les plus sages sont venus d'une femme -est-ce étonnant ? -, Veronica Boquete. L'avant espagnol de 32 ans, active en NWLS américaine, à l'Utah Royals FC, a écrit un édito pour El Pais: "Nous, qui étions toujours pressés, sommes contraints à l'arrêt. Nous devons réfléchir à la façon d'occuper notre temps. Ennuyons-nous un peu : ce sera nouveau pour tout le monde mais ne nous tracassons pas, on n'en meurt pas. Mieux même, à terme, cela va peut-être nous offrir une consolation. C'est aussi un bon moment pour les jeunes. Ils doivent prendre conscience de l'importance de certaines professions afin de pouvoir opérer un bon choix plus tard. Médecins, infirmiers, scientifiques... mais aussi caissiers dans les supermarchés, chauffeurs de poids lourds et de bus, agents de police et même politiciens. Et s'il vous plaît, arrêtez de vous plaindre. On nous demande de rester à la maison, bien au chaud, avec une boisson et de quoi manger et de nombreuses possibilités de détente. Avec nos enfants, nos partenaires, des chats vidéo avec nos amis, des musées virtuels, des livres, des jeux, des séries. On a envoyé nos parents et grands-parents à la guerre. Ca remet tout en perspective. Bientôt, quand nous pourrons nous retrouver, nous enlacer et nous embrasser, nous prendrons peut-être de meilleures décisions et trouverons de meilleurs styles de vie. Donc, s'il vous plaît, restez à la maison. Le football, le sport et toutes autres activités peuvent attendre un peu."La majorité des footballeurs espagnols partagent son avis. "Il faut rester à la maison", déclare Lionel Messi sur Instagram, en donnant le bon exemple. Eliaquim Mangala, l'ancien défenseur du Standard, qui est à Valence, a franchi un pas de plus, en apprenant qu'il était vecteur du Covid-19: "Je conseille aux gens qui se sentent bien de limiter au maximum les contacts avec les autres. Si tout le monde respecte cette règle, nous parviendrons à limiter la propagation du virus." Mangala n'est pas le seul porteur du coronavirus en Primera Division: beaucoup de joueurs et de membres du personnel de Valence, de l'Espanyol et du Deportivo Alavés sont contaminés. Lorenzo Sanz, l'ancien président du Real Madrid, est décédé à 76 ans des suites du virus.Beaucoup de clubs vont subir d'énormes dommages financiers. Un club comme le Barça génère plus de la moitié de ses rentrées grâce à l'exploitation du stade et aux gains commerciaux qui y sont liés. Un exemple : le musée qui se trouve au Camp Nou a accueilli 1,5 million de visiteurs l'année passée et a généré 60 millions d'euros. Il est fermé. Les boutiques du club, qui écoulent des vareuses et des produits de merchandising, ont rapporté 85 millions l'année dernière et sont également fermées. Ça peut exposer le FC Barcelone à des problèmes, d'autant qu'il a un des noyaux les plus chers du monde. C'est pour cela que le président Josep Bartomeu envisage de réduire les salaires plantureux de ses footballeurs. En ces temps incertains, Javier Tebas, le président de la ligue professionnelle espagnole, a d'abord demandé à tous les clubs de reprendre l'entraînement dès que possible, mais entre-temps, la réalité a rattrapé la Liga. Dans un communiqué officiel, l'association de football a annoncé lundi que le football ne reprendrait que lorsque le gouvernement donnerait son feu vert...FRANCEQue ce soit devant un micro ou derrière son téléphone, lui qui adore dégainer sur Twitter,Jean-Michel Aulas sait faire parler de lui. Interrogé parLe Monde, journal le plus réputé de France, au sujet de la suspension des compétitions provoquée par la pandémie, le président de Lyon a évoqué la possibilité d'une "saison blanche" au cas où la Ligue 1 ne pourrait pas reprendre jusqu'à son terme. Dans sa logique, les qualifiés pour la prochaine campagne européenne seraient alors ceux qui participaient déjà aux compétitions continentales cette saison."Une proposition obscène", a immédiatement rétorquéJacques-Henri Eyraud, homme fort de l'Olympique de Marseille. Actuels dauphins du PSG, les Phocéens n'imaginent pas une nouvelle saison sans Europe, et pointent forcément du doigt le côté intéressé de la déclaration d'Aulas. Septième au classement, relégué à neuf points d'une quatrième place synonyme d'Europe depuis sa défaite à Lille juste avant la trêve forcée, l'OL risque une saison continentale blanche si les classements de la Ligue 1 étaient verrouillés. Nouvelle rivalité forte de l'Hexagone, depuis que le PSG dopé par les finances du Qatar s'est mis hors de portée de son rival marseillais, l'Olympico se joue désormais dans les bureaux, entre deux dirigeants habitués des sorties médiatiques fracassantes.Au-delà du conflit "olympique", la France prépare surtout son plan de bataille pour reprendre la compétition dès que possible. En jeu, les 200 millions d'euros de droits télévisés qui doivent encore être versés - en deux tranches, selon le quotidienL'Équipe- par Canal + et BeInSports, détenteurs des droits pour la Ligue 1, et atterrir sur les comptes de clubs dont les finances commencent à être aux abois. "La priorité est de finir la saison", s'est exprimée la présidente de la Ligue de Football Professionnel (LFP)Nathalie Boy de la Tour. Quitte à terminer au mois de juillet, comme l'a proposé le président de la FédérationNoël Le Graët, voire en août, comme l'envisageBernard Caïazzo, homme fort de Saint-Étienne et président du syndicat des clubs de Ligue 1. Finir à tout prix afin d'accumuler les rentrées financières, voilà la piste que semble privilégier le championnat français. Avec la crainte d'un mercato tronqué qui pourrait faire souffrir de nombreux clubs de l'Hexagone.Les transferts sortants, souvent orientés vers la riche Angleterre, sont en effet l'un des moteurs financiers du football français, et l'été agité qui s'annonce pourrait priver les clubs d'une source de revenus majeure. À tel point que certains envisagent de remettre tout le système de fonctionnement du football bleu-blanc-rouge en question. Dernière idée en date, émise par le président du modeste club d'Amiens Bernard Joannin dans les colonnes du Courrier Picard : établir un salary cap, à l'image de ce qui se fait en NBA ou dans le Top 14, la compétition majeure de rugby français. Une piste pour lisser les inégalités et, surtout, réduire la masse salariale qui représente aujourd'hui, en moyenne, 70% du budget des clubs de football français.ALLEMAGNEEn Allemagne, Christian Seifert, le CEO de la Deutsche Fussball Liga, a insisté sur les conséquences financières du virus, lors d'une réunion de crise en début de semaine, avec les représentants des 36 clubs de Bundesliga et de division deux. Il a surtout émis des craintes pour les 56.000 emplois qui dépendent des 612 matches qui restent à disputer. Actuellement, on n'envisage pas de reprise avant début avril. Si l'interdiction était prolongée jusqu'à la fin de la saison, il en coûterait entre 500.000 euros et un million au football professionnel. Seifert estime que des matches sans public constituent à court terme la seule possibilité de survie. Les clubs professionnels allemands retirent en moyenne 12,9 % de leurs rentrées de la billetterie, 36,9% des contrats TB et 21% de la publicité. Une journée sans spectateurs coûte au total quelque 25 millions à l'ensemble des 36 clubs, ce qui représenterait 225 millions jusqu'à la fin de la saison. Un arrêt définitif des compétitions plongerait beaucoup de clubs dans un chaos inédit. L'Allemagne envisage un modèle à deux compétitions de vingt équipes au plus haut niveau. Arminia Bielefeld et le VfB Stuttgart seraient promus.Le week-end dernier, quatre footballeurs de Bundesliga ont été contaminés. On n'a divulgué qu'un nom, celui de Luca Kilian, du SC Paderborn 07, la lanterne rouge. L'Eintracht Francfort a deux joueurs contaminés, Hertha BSC un mais ils n'ont pas communiqué l'identité des joueurs. Hanovre 96 (deuxième Bundesliga) a placé deux personnes en quarantaine.Vendredi, le RB Leipzig a repris les séances en groupe pour préparer les quarts de finale de Ligue des Champions. Lundi, le VfL Wolfsburg de Koen Casteels a fait de même, mais uniquement avec des exercices de musculation par groupes de quatre et pas sur le terrain. La semaine passée, ce sont surtout les nombreuses actions de solidarité qui ont fait la une. Les internationaux allemands Leon Goretzka et Joshua Kimmich (Bayern) ont ainsi mis sur pied le fonds #We­Kick­Co­ro­na, avec un capital d'un million, afin de soutenir la lutte contre la pandémie. Le lendemain, leur coéquipier polonais Robert Lewandowski et son épouse Anna, un gourou du fitness et de la diététique, ont offert la même somme pour l'aide médicale directe apportée aux victimes du virus. Joueurs et dirigeants du Borussia Mönchengladbach renoncent à une partie de leur salaire lors des mois à venir. Ça représente une économie d'environ un million et ça doit permettre au club de conserver ses collaborateurs. Le gardien polonais de l'Union Berlin, Rafal Gikiewicz, fait le même sacrifice et au sein de la fédération allemande, le sélectionneur Joachim Löw et le directeur des équipes nationales Oliver Bierhoff renoncent également à une partie de leurs émoluments. Le président du DFB, Fritz Keller, a annoncé que les internationaux avaient mis, ensemble, 2,5 millions à la disposition des besoins urgents de la société. Hans-Joachim Watzke, directeur général du Borussia Dortmund, renonce à un tiers de son salaire. Le conseil des joueurs du FSV Mainz 05 a aussi décidé de réduire les salaires. Marcel Halstenberg, Lucas Klostermann (RB Leipzig) et Mats Hummels (Borussia Dortmund) ont investi dans l'action #WeKickCorona. Au total, 25 joueurs et 500 donateurs plus modestes ont récolté 2,5 millions, dimanche soir. 350 organismes de soins et d'aide se sont inscrits pour en bénéficier.