Qui d'autre que Radja Nainggolan pour transformer un tacle en passe décisive. Sur la pelouse du stade Roi Baudouin, le Ninja des Diables gratte un ballon dans les pieds chypriotes, et l'envoie d'un même geste dans les pieds de Michy Batshuayi, tout juste monté sur le pré à la place de Christian Benteke pour fêter ses débuts internationaux. L'ancien attaquant du Standard ne se fait pas prier pour ajouter une rose à son carnet de baptême. Nous sommes alors le 28 mars 2015 et la Belgique complète son arsenal offensif avec une quatrième arme. Batshuayi rejoint Benteke, Divock Origi et Romelu Lukaku au sein d'un secteur plein de promesses.
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Qui d'autre que Radja Nainggolan pour transformer un tacle en passe décisive. Sur la pelouse du stade Roi Baudouin, le Ninja des Diables gratte un ballon dans les pieds chypriotes, et l'envoie d'un même geste dans les pieds de Michy Batshuayi, tout juste monté sur le pré à la place de Christian Benteke pour fêter ses débuts internationaux. L'ancien attaquant du Standard ne se fait pas prier pour ajouter une rose à son carnet de baptême. Nous sommes alors le 28 mars 2015 et la Belgique complète son arsenal offensif avec une quatrième arme. Batshuayi rejoint Benteke, Divock Origi et Romelu Lukaku au sein d'un secteur plein de promesses. Cinq années passent, et seul Laurent Depoitre a fait ses débuts avec la sélection belge, un soir d'octobre 2015 en Andorre. Les portes sont pourtant ouvertes, comme l'a montré Roberto Martinez en septembre, quand il a invité Landry Dimata au rassemblement diabolique, mais rares sont ceux qui semblent en mesure de les franchir. Certains commencent à s'interroger, de plus en plus ouvertement, sur cette absence de relève, qui frappe même jusqu'au sein des institutions les plus prestigieuses du pays. Référence de la formation belge, Anderlecht n'a-t-il pas dû transformer en attaquant le milieu de terrain Antoine Colassin pour ses U21 la saison dernière, faute de véritable numéro 9 dans le noyau confié à l'ancien buteur gallois Craig Bellamy ? " Si on avait une solution toute faite pour dénicher les perles rares, on l'appliquerait ", sourit Samba Diawara, à la tête des U21 du Sporting Charleroi. " C'est sans doute le poste le plus difficile à pourvoir, celui où c'est le plus complexe de former des joueurs. " Pourtant, le 9 reste l'homme le plus recherché des pelouses. José Mourinho l'avait raconté à sa manière, lors de sa conférence de presse d'intronisation à la tête de Manchester United. Questionné sur la possibilité de faire reculer Wayne Rooney au milieu de terrain, le Special One avait repris de volée : " Je pense qu'il y a beaucoup de jobs sur un terrain de football. Mais je pense que le plus difficile, c'est de mettre la balle au fond des filets. " Bien installé à la tête de la formation des entraîneurs belges, Kris Van Der Haegen se veut catégorique. Pour lui, le but ne s'enseigne pas. " On peut évidemment se perfectionner, mais quand on n'est pas un buteur dès le plus jeune âge, on ne le devient jamais. " Dès les premières foulées sur les pelouses, on remarque rapidement ces joueurs, toujours à la bonne place pour prolonger le ballon au fond des filets, capables de tenter des frappes depuis des zones inattendues, surprenant autant leur entraîneur que leurs équipiers et donc, forcément, le gardien adverse. " Tous les enfants veulent marquer des buts, mais si vous allez au bord d'un terrain et que vous regardez un match de jeunes, vous verrez rapidement qu'il y a ceux qui marquent tout le temps, et ceux qui ne marquent jamais ", poursuit Bob Browaeys, sélectionneur des U17 de l'équipe nationale. Le numéro 9 garde une mystique presque sauvage, celle de ce joueur qui existe par et pour les filets dès qu'il enfile sa première paire de crampons. Comme si on s'était penché sur son berceau pour y déposer un don. " On peut s'entraîner à rester calme devant le but, faire du travail spécifique avec les attaquants pour qu'ils placent tranquillement le ballon dans le coin à la finition, mais ce talent de buteur, on peut seulement l'améliorer, pas le faire naître ", confirme Michel Ribeiro, entraîneur technique historique du Racing Genk, aujourd'hui intégré au staff de l'équipe première après avoir couvé les dribbles d'Origi, Benteke ou Yannick Carrasco. Les jeunes années jouent forcément un rôle dans la confection de ce costume de prédestiné. " À chaque fois que je monte sur un terrain, je me rappelle d'où je viens, et je me souviens que ce n'était pas terrible ", racontait Victor Osimhen lors de son passage carolo. " Quand j'ai commencé à recevoir de l'argent pour jouer au football, j'ai compris ce que ça pouvait m'apporter. Plus tu marques de buts, plus ta vie s'améliore. " À un poste où les affamés font la loi, à l'image d'un Luis Suárez qui accumule les roses pour traverser l'Atlantique et rejoindre son amour de jeunesse en Europe, le confort de la formation belge découvre peut-être le revers de sa médaille. " Chez les buteurs, il y a aussi une question de grinta, de mentalité ", décortique Mohamed Ouahbi, coach des U15 d'Anderlecht. " En Amérique du Sud, la culture de la formation, c'est une culture de la gagne. Donc, un attaquant qui ne marque pas, ce n'est pas bon. " " Quand on a repéré ceux qui savent toujours être au bon endroit, qui ont ce nez pour le but, il faut commencer à polir le diamant brut ", enchaine Kris Van der Haegen, apôtre d'une formation belge qui préconise le touche-à-tout chez les jeunes jusqu'à l'âge de quinze ans, afin de leur permettre d'expérimenter un maximum de postes sur la pelouse pour aiguiser leur lecture des situations. À contre-courant de cette pensée, Bob Browaeys préférerait opter pour une approche plus spécifique dans le cadre de ceux qu'on classe très tôt comme des buteurs-nés : " Même si ça peut être utile pour eux de se retrouver une ou deux fois en défense centrale, pour comprendre la pensée des défenseurs et réagir plus vite qu'eux, ceux qui marquent très facilement à huit ou neuf ans, ils doivent jouer devant. " La position est aussi une question de perception. Malgré ses facilités devant le but, Divock Origi s'est toujours senti plus à l'aise dans un costume d'ailier, parce qu'il montait sur le terrain pour toucher le ballon le plus souvent possible. " C'est une chose qu'on retrouve assez souvent dans la formation ", explique Van der Haegen. " Des joueurs techniques, qui veulent venir chercher le ballon, alors que l'évolution du football demande surtout d'apprendre à chercher l'espace. Regardez jouer Erling Haaland, ou Romelu Lukaku : ils foncent vers le but, ils le cherchent. Si Lukaku a progressé à force de travail, c'est avant tout parce qu'il voulait marquer beaucoup plus de buts que tous les autres. " Un trait de caractère que connaît bien Mo Ouahbi. L'an dernier, en transit entre Manchester United et l'Inter, Big Rom' avait maintenu sa forme en s'entraînant avec les U18 de son ancien formateur à Neerpede. Sur le terrain, il avait challengé l'attaquant du noyau, lui proposant un concours de finition. " De manière générale, je fais toujours mes exercices de finition sous forme de concours ", explique celui qui forme désormais l'une des générations les plus prometteuses des Mauves. " Il faut rendre le but important. Si je prends l'exemple d' Aaron Leya Iseka, il avait toutes les qualités du pur attaquant, mais il n'était pas habité par cette envie de toujours marquer le plus possible, même à l'entraînement. Là où pour Romelu, c'est vraiment une obsession. " Une fois que toutes les pièces du puzzle sont assemblées, reste encore à pouvoir afficher la création au plus haut niveau. Une dernière étape moins naturelle qu'il n'y paraît. " Vu l'importance des buts marqués, on laisse rarement une chance aux jeunes du cru en pointe, à part s'ils sont vraiment exceptionnels ", explique Samba Diawara. " Si on regarde dans tous les gros clubs du pays, ce sont souvent des étrangers qui sont alignés devant. On va chercher des pointures. C'est le poste pour lequel les clubs sont prêts à dépenser le plus d'argent. " Les millions alignés par Bruges pour attirer David Okereke, puis Michael Krmencik, les investissements du Standard sur Felipe Avenatti et Jackson Muleka, le prêt de Lukas Nmecha à Anderlecht ou l'argent déposé sur la table par Genk pour le double mètre de Paul Onuachu sont autant de preuves de cette théorie que de portes fermées pour les buteurs belges en devenir. Difficile pour les formateurs de concurrencer cette course au but, dans un travail d'équilibriste dépeint par Bob Browaeys : " Si je veux préparer un joueur de huit ans qui a des facultés exceptionnelles devant le but, je dois tenter d'imaginer le football tel qu'il sera en 2030. Et ça, c'est une sacrée épreuve. " " En plus, il faut tenir en compte le développement morphologique de chaque enfant ", ajoute Mo Ouahbi. " Parfois, on voit la soif et l'envie de marquer chez un jeune, mais sa croissance ne lui permet finalement pas de jouer en 9. Et donc, on finit par aligner en pointe des joueurs qui ont grandi à une autre position. " Il faut dire qu'entre un joueur de treize ans qui empile les buts face à des joueurs de leur âge, la transition vers les buts chez les adultes est parfois infranchissable. " Ça devient complètement autre chose à ce moment-là ", détaille Michel Ribeiro. " Et c'est dans ce cas de figure qu'on réalise que c'est plus difficile de percer en tant qu'attaquant. On ne va pas laisser cinq ou six matches à un jeune buteur pour grandir. S'il ne marque pas et que le club a de l'argent, il recrutera une valeur sûre, avec plus d'expérience. Parce que quand on recrute un attaquant, il y a une chose qu'on regarde avant toutes les autres : le nombre de buts qu'il marque. " Si les critères de détection du talent pointent une série de qualités pour devenir un bon numéro 9, de la force dos au but à l'intelligence des lignes de courses en passant par la pointe de vitesse et le jeu de tête, la dernière étape se joue indéniablement ailleurs. " Il faut donner des opportunités et du temps à un joueur quand on l'aligne en pointe ", affirme Kris Van der Haegen, rejoint par Bob Browaeys : " Le numéro 9, c'est un poste où on a vraiment besoin de confiance. Donc, il faut aussi pouvoir vivre avec le fait qu'il ne marque pas tout, sans directement l'engueuler quand il enchaîne trois occasions manquées. Un 9 doit aussi avoir le droit de rater. " Les chiffres l'affirment, après tout. La saison dernière, en Bundesliga, Robert Lewandowski n'a ainsi conclu qu'un peu plus de 50% de ses grosses occasions. Le but n'est pas une science. Et c'est sans doute pour ça qu'il est si difficile de le fabriquer.