Paris avait besoin d'un président. D'un homme qui lui permette enfin de régner sur les sommets européens, pour accomplir le rêve franco-qatari d'une Coupe aux grandes oreilles installée dans la salle des trophées du Parc des Princes. L'histoire avait commencé avec Zlatan Ibrahimovic, dont le règne de quatre ans sur la capitale française s'est conclu par quatre titres de champion de France, trois de meilleur buteur de Ligue 1, mais aussi des déceptions européennes, incarnées par ces présences infructueuses à répétition en quarts de finale de la Ligue des Champions. Le plus grand exploit continental de la bande à Laurent Blanc s'était même écrit sans lui, quand les Parisiens avaient ramené une qualification de Londres, acquise à dix contre onze sur la pelouse de Stamford Bridge alors que le Z avait vu rouge avant même la mi-temps.
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Paris avait besoin d'un président. D'un homme qui lui permette enfin de régner sur les sommets européens, pour accomplir le rêve franco-qatari d'une Coupe aux grandes oreilles installée dans la salle des trophées du Parc des Princes. L'histoire avait commencé avec Zlatan Ibrahimovic, dont le règne de quatre ans sur la capitale française s'est conclu par quatre titres de champion de France, trois de meilleur buteur de Ligue 1, mais aussi des déceptions européennes, incarnées par ces présences infructueuses à répétition en quarts de finale de la Ligue des Champions. Le plus grand exploit continental de la bande à Laurent Blanc s'était même écrit sans lui, quand les Parisiens avaient ramené une qualification de Londres, acquise à dix contre onze sur la pelouse de Stamford Bridge alors que le Z avait vu rouge avant même la mi-temps. Les années passaient, et l'histoire d'amour entre le Suédois et la C1 ne dépassait jamais le cap des premiers rendez-vous. Il fallait donc agir. Le contrat de Zlatan n'a pas été renouvelé, et celui de Blanc a été interrompu brutalement. Le PSG d'Unai Emery était né, bâti autour d'un coach connu pour être un spécialiste de ces matches européens à élimination directe qui faisaient si souvent pleurer Paris. Le Basque sortait de trois succès consécutifs en Europa League avec Séville. Il avait tout de l'homme de la situation. Pourtant, les premiers pas ont été difficiles : un titre de champion de France perdu, au profit du Monaco de Radamel Falcao et Kylian Mbappé, mais surtout une élimination en huitièmes de finale de Ligue des Champions malgré une victoire 4-0 au Parc des Princes, face au FC Barcelone de Lionel Messi, lors de la manche aller. Les deux Coupes nationales (Coupe de France et Coupe de la Ligue) ajoutées au palmarès parisien n'auraient pas dû suffire à sauver la tête d'Emery, si on s'en tient au bilan comptable de la saison du PSG. Mais le Basque est toujours là. D'autres têtes ont sauté. Celles d'Olivier Létang, directeur sportif du club depuis le départ de Leonardo, et de Patrice Kluivert, débarqué avec le titre pompeux de " directeur du football " la saison dernière. Les dirigeants qataris ont pointé du doigt le duo, coupable d'un mercato estival 2016 incapable de donner un nouveau souffle d'envergure au projet parisien. Si le transfert de Thomas Meunier a été une réussite, ceux de Jesé, Krychowiak ou Ben Arfa n'ont rien apporté à Paris, et le talent de Julian Draxler n'a pas suffi à sortir l'équipe de ses moments de doute. Le projet avait besoin d'un leader. Le genre de joueur assez grand pour assumer le fait d'éliminer le géant de Catalogne de la course à la Ligue des Champions. Assez charismatique pour éviter cette humiliation historique sur la pelouse du Camp Nou. Avec une équipe dont la star était Edinson Cavani, Emery n'avait pas toutes les cartes en mains pour regarder les géants européens dans le blanc des yeux. Ses dirigeants l'ont donc laissé en place, au bout de ce qu'on retiendra sans doute comme une année de transition entre la fin du Paris d'Ibra et le début du PSG de Neymar. Le Parc des Princes s'arme massivement pour franchir ce palier qui se refuse à lui depuis l'arrivée des dirigeants du Golfe persique. En plus de sa nouvelle star brésilienne, Paris a attiré Daniel Alves, qui pourra transmettre aux vestiaires les secrets des finales de Coupe d'Europe - trois finales de Ligue des Champions disputées - avant de passer une nouvelle fois à l'offensive pour installer le prodige français Kylian Mbappé dans son équation. La division offensive est effrayante. Paris a déposé beacoup d'argent sur la table pour s'offrir une place dans le carré VIP de la Ligue des Champions, habituellement réservé aux trois géants d'Espagne et à la Juventus, quatre clubs qui se partagent les finales continentales depuis quatre ans maintenant. Reste à trouver un équilibre pour tout ce petit monde sur le terrain. Une mission délicate pour Unai Emery, plus habitué à mener des soldats à la victoire qu'à convaincre des généraux de sonner la charge. Les plus gros galons seront inévitablement placés sur les épaules de Neymar Junior, nouveau maître à jouer du projet parisien. Paris se dessinera donc autour de lui, lui offrant sans doute un rôle plus proche du Ney brésilien que du Ney catalan. À Barcelone, l'essentiel du jeu du Brésilien était canalisé dans le couloir gauche, laissant le coeur du jeu aux inspirations d'Andrés Iniesta et à la liberté totale de déplacement accordée par Luis Enrique à Leo Messi. Neymar était alors principalement utilisé pour ses dribbles, capables d'éliminer la plupart des arrières latéraux de la planète, et donc de déséquilibrer une défense adverse ensuite soumise au talent de la MSN. Sous le maillot auriverde, Neymar est différent. S'il occupe également le flanc gauche du 4-1-4-1 mis en place par Tite, son sélectionneur lui offre de nombreuses libertés pour occuper à sa guise l'axe du terrain, en compagnie de Philippe Coutinho, installé sur l'autre aile. Les deux milieux relayeurs axiaux, Paulinho et Renato Augusto, cèdent volontiers cette portion de terrain à leurs stars offensives, pour les laisser faire la différence dans les zones dangereuses. Neymar met cette liberté à profit pour alimenter ses coéquipiers et le marquoir, pointant à six buts et six passes décisives sur la route du Mondial russe, pour lequel le Brésil est déjà qualifié. Dans le système de jeu fétiche d'Unai Emery, ce 4-2-3-1 qu'il a trop peu su utiliser la saison dernière, Neymar pourrait revêtir le costume de milieu offensif, installé en soutien d'un Cavani très mobile, et épaulé par des flancs dynamiques : à gauche, on peut parfaitement imaginer Mbappé, formé à ce poste, faire parler sa pointe de vitesse et ses qualités techniques. Et à l'opposé, Julian Draxler ou Angel Di Maria, lieutenant argentin incapable de devenir général mais parfait adjoint à la star locale pour ce genre de mission. L'Angelito et l'Allemand sont tous les deux des joueurs capables de faire la différence. Des aspirateurs à ballons qui amèneraient le PSG à combiner à droite pour courir à gauche. L'hypothèse est rendue cohérente par les profils qui complètent le onze. Derrière à gauche, Yuri Berchiche a été recruté pour ses capacités à arpenter inlassablement son couloir, plus que pour ses qualités techniques. Tout l'inverse de Dani Alves, un latéral avec des pieds de milieu de terrain, capable de combiner avec son entrejeu pour sortir le ballon de situations de pressing compromises, et le livrer proprement à ses éléments offensifs par-delà cette ligne de pression. La combinaison est d'autant plus prometteuse qu'on y ajoute Marco Verratti. L'Italien a clairement affirmé ses envies de départ au début de l'été, pointant Barcelone et son football de combinaisons comme destination de rêve. Paris l'a non seulement convaincu de rester, mais a amené du blaugrana dans son quotidien parisien, avec les arrivées d'Alves et de Neymar. Associé aux deux Brésiliens, ainsi qu'à Thiago Motta, le petit milieu de la Botte pourra faire de la circulation de balle du PSG une référence en Europe pour éviter une mise sous pression dans ses trente premiers mètres. Le problème du 4-2-3-1, c'est que son exigence physique en perte de balle semble excessive pour les jambes fatiguées de Thiago Motta. L'ancien joueur du Barça et de l'Inter brille surtout dans un 4-3-3, où son volume physique moindre est éclipsé par son placement et sa faculté à ne jamais perdre le ballon. Sans lui, Paris devrait associer Adrien Rabiot à Verratti devant la défense, dans un plan à deux qui semble encore trop friable, vu la croissance pas encore achevée de l'élégant milieu de terrain français. Une jeunesse fougueuse qui semble rendre Motta toujours indispensable, et donc le 4-3-3 inévitable. C'est d'ailleurs de ce système que Paris s'est vêtu pour les deux premières sorties de sa version Neymar. L'équation, devant ce trio constitué de Motta, Rabiot et Verratti, devient alors plus complexe. Impossible d'imaginer Neymar ailleurs qu'à la gauche du trident offensif, avec des responsabilités axiales accrues par rapport à son passé catalan. Épaulé par des milieux de terrain capables de délivrer une passe parfaite entre les lignes, il pourrait également recevoir le ballon très haut, dans la zone de vérité, et ainsi éviter le piège du numéro 10 en 4-2-3-1, qui a tendance à descendre trop bas pour récupérer des ballons. Restent donc deux places, et de nombreux candidats. Dans l'hypothèse d'une équipe installée haut sur le terrain, avec une possession conquérante, Kylian Mbappé semble plus apte que Cavani à occuper le rôle d'attaquant de pointe. Le premier contrôle parfois approximatif de l'Uruguayen, et ses limites dans les combinaisons, contrastent avec l'aisance du teenager français. Toujours dans cette analogie catalane, Cavani pourrait alors reprendre le rôle d'ailier droit qui creuse la profondeur et marque des buts, autrefois dévolu à Pedro puis à Alexis Sanchez dans le Barça de Pep Guardiola. Mais pour cela, il faudrait convaincre Edinson, enfin épanoui dans l'axe après des années sur le flanc gauche sous le règne d'Ibrahimovic, d'abandonner un poste qui lui a permis de sortir une saison à 49 buts en 50 matches, toutes compétitions confondues. La perspective d'une Ligue des Champions suffira-t-elle pour faire plier Cavani, face à un gamin de 18 ans qui n'a jamais que six mois de folie sur le CV ? Emery le tacticien a du travail, mais pas autant qu'Unai le psychologue. Par Guillaume Gautier