Salvador, le jour d'après. 2 juillet 2014. Une journée à savourer, pour se remettre de la tension de la veille. Elle débute sur la plage. On se dit que c'est étrange qu'il y ait autant de monde un mercredi en semaine et on repense immédiatement au commentaire quelque peu cliché d'un Américain qui vit à Rio depuis trois ans. "Il y a trois sortes de Brésiliens", disait-il. "Les mauvais, les sudistes et les nordistes. Les mauvais, ce sont les fraudeurs, les corrompus, qui changent leur argent en dollars et l'acheminent vers les États-Unis via des paradis offshore. Ils vivent somptueusement à Miami et prennent parfois des vols privés pour rentrer chez eux. Ce sont eux que l'on voit dans les stades lors des matches du Brésil, les "nouveaux" riches. Whites only.

Le deuxième type, ce sont les gens de São Paulo ou du Rio Grande do Sul. Ce sont les Brésiliens qui veulent travailler dur et qui reprochent aux autres de ne pas le vouloir. Le troisième type, ce sont ceux qui viennent du nord, où il fait merveilleusement chaud même en plein hiver : Recife, Fortaleza, Salvador,... Là, selon le cliché, ils ne veulent qu'une seule chose : traîner à la plage."

La réalité correspond au cliché en ce 2 juillet. Ils sont là, sur la plage, en masse. Ils jouent au football, prennent le soleil, jouent, nagent, s'amusent. On en fait de même pour se remettre de la victoire des Diables rouges la nuit précédente. Ce n'est que plus tard dans la journée qu'on apprend pourquoi ils sont là : Bahia fête son indépendance. Le 2 juillet 1823, le dernier occupant portugais quittait ce lopin de terre. Définitivement. C'est célébré chaque année, avec un jour de congé. Un sentiment de patriotisme plane. Et où mieux en profiter qu'à la plage ? Surtout quand il fait chaud. Environ 27 degrés, et pas un nuage dans le ciel. Malheureusement, il n'y avait pas de photographe de presse, car ce que nous avons vu tout au bout de la baie était l'image de la Coupe du monde. Hors du terrain.

Essayons de décrire au mieux : imaginez les vagues ondulantes de l'océan se brisant sur les rochers juste au large de la côte. Entre la plage et ces rochers un petit lagon. Pas un joli morceau de plage instagrammable. Il y a beaucoup de déchets, de vieux morceaux de bois et les bancs sur la digue ont fait leur temps. À l'image de ceux des terrains de jeux mal entretenus en Belgique, ces bancs en bois où il manque une planche ou deux.

Souvenirs du jour d'après... Après cette qualification dingue acquise face aux States.

Sur le sable, des enfants jouent tandis que d'autres nagent dans le lagon. Beaucoup d'hommes se prélassent, aussi. Autour d'eux, une dizaine de canettes de bière Brahma. L'un d'eux est debout, dos à l'eau. Il transpire. Il a planté un chevalet en bois dans le sable et y a placé un barbecue portable sur lequel il fait cuire des saucisses. À ses pieds un gigantesque frigobox dans lequel il pioche allègrement. Un barbecue brazilian style : ne pas oublier la boisson du cuistot dont l'énorme ventre déborde de son maillot de bain.

Un peu plus loin, des jeunes traînent autour de voitures garées, canettes de bière à la main. Relax. L'une des voitures, jaune vif, est un véritable sound system sur roues duquel s'échappe de la techno. Un concert brésilien ao vivo, live.

Vous suivez toujours ? De la musique sur la plage, un groupe de jeunes qui rient et dansent, des filles et des garçons se mélangent, et un peu plus loin quelques jeunes sur le sable, un homme qui fait frire de la viande. Le tout au rythme de la musique et en arrière-plan le bruit des vagues.

Ce n'est qu'alors que nos yeux tombent sur elle. Elle appartient au groupe de la plage, mais se tient un peu à l'écart, à une vingtaine de mètres d'eux. Sur son île. Elle est jeune, élancée et ne porte qu'un bikini soigneusement noué.

Soudain, elle se met à danser, et ce sont ces mouvements qui attirent l'attention. De tous sur cette plage, jeunes et vieux. Elle commence à se balancer doucement au rythme de la musique. Puis, sa danse s'intensifie à mesure que la musique en fait de même. Seule, elle ne regarde que la mer, en transe. Peu à peu, la vie s'arrête autour d'elle. On la regarde le souffle coupé. Elle, la mer, la musique.

La reine de Bahia.

La vie ne pouvait pas être plus douce en ce lendemain de match.

Pour nous, la Coupe du monde pouvait s'arrêter là.

Feuille de match

Buts: Kevin De Bruyne 93e, Romelu Lukaku 105e/ Julian Green 107e

Belgique : Courtois, Alderweireld, Van Buyten, Kompany, Vertonghen, Witsel, Fellaini, Mertens (Mirallas), De Bruyne, Hazard (Chadli), Origi (Lukaku)

États-Unis : Howard, Johnson (Yedlin), Gonzalez, Besler, Beasley, Jones, Cameron, Zusi (Wondoloswki), Bradley, Bedoya (Green), Dempsey

Itaipava Arena Fonte Nova, Salvador, Brésil

8e de finale de la Coupe du monde

1er juillet 2014

Salvador, le jour d'après. 2 juillet 2014. Une journée à savourer, pour se remettre de la tension de la veille. Elle débute sur la plage. On se dit que c'est étrange qu'il y ait autant de monde un mercredi en semaine et on repense immédiatement au commentaire quelque peu cliché d'un Américain qui vit à Rio depuis trois ans. "Il y a trois sortes de Brésiliens", disait-il. "Les mauvais, les sudistes et les nordistes. Les mauvais, ce sont les fraudeurs, les corrompus, qui changent leur argent en dollars et l'acheminent vers les États-Unis via des paradis offshore. Ils vivent somptueusement à Miami et prennent parfois des vols privés pour rentrer chez eux. Ce sont eux que l'on voit dans les stades lors des matches du Brésil, les "nouveaux" riches. Whites only.Le deuxième type, ce sont les gens de São Paulo ou du Rio Grande do Sul. Ce sont les Brésiliens qui veulent travailler dur et qui reprochent aux autres de ne pas le vouloir. Le troisième type, ce sont ceux qui viennent du nord, où il fait merveilleusement chaud même en plein hiver : Recife, Fortaleza, Salvador,... Là, selon le cliché, ils ne veulent qu'une seule chose : traîner à la plage."La réalité correspond au cliché en ce 2 juillet. Ils sont là, sur la plage, en masse. Ils jouent au football, prennent le soleil, jouent, nagent, s'amusent. On en fait de même pour se remettre de la victoire des Diables rouges la nuit précédente. Ce n'est que plus tard dans la journée qu'on apprend pourquoi ils sont là : Bahia fête son indépendance. Le 2 juillet 1823, le dernier occupant portugais quittait ce lopin de terre. Définitivement. C'est célébré chaque année, avec un jour de congé. Un sentiment de patriotisme plane. Et où mieux en profiter qu'à la plage ? Surtout quand il fait chaud. Environ 27 degrés, et pas un nuage dans le ciel. Malheureusement, il n'y avait pas de photographe de presse, car ce que nous avons vu tout au bout de la baie était l'image de la Coupe du monde. Hors du terrain. Essayons de décrire au mieux : imaginez les vagues ondulantes de l'océan se brisant sur les rochers juste au large de la côte. Entre la plage et ces rochers un petit lagon. Pas un joli morceau de plage instagrammable. Il y a beaucoup de déchets, de vieux morceaux de bois et les bancs sur la digue ont fait leur temps. À l'image de ceux des terrains de jeux mal entretenus en Belgique, ces bancs en bois où il manque une planche ou deux. Sur le sable, des enfants jouent tandis que d'autres nagent dans le lagon. Beaucoup d'hommes se prélassent, aussi. Autour d'eux, une dizaine de canettes de bière Brahma. L'un d'eux est debout, dos à l'eau. Il transpire. Il a planté un chevalet en bois dans le sable et y a placé un barbecue portable sur lequel il fait cuire des saucisses. À ses pieds un gigantesque frigobox dans lequel il pioche allègrement. Un barbecue brazilian style : ne pas oublier la boisson du cuistot dont l'énorme ventre déborde de son maillot de bain.Un peu plus loin, des jeunes traînent autour de voitures garées, canettes de bière à la main. Relax. L'une des voitures, jaune vif, est un véritable sound system sur roues duquel s'échappe de la techno. Un concert brésilien ao vivo, live.Vous suivez toujours ? De la musique sur la plage, un groupe de jeunes qui rient et dansent, des filles et des garçons se mélangent, et un peu plus loin quelques jeunes sur le sable, un homme qui fait frire de la viande. Le tout au rythme de la musique et en arrière-plan le bruit des vagues. Ce n'est qu'alors que nos yeux tombent sur elle. Elle appartient au groupe de la plage, mais se tient un peu à l'écart, à une vingtaine de mètres d'eux. Sur son île. Elle est jeune, élancée et ne porte qu'un bikini soigneusement noué.Soudain, elle se met à danser, et ce sont ces mouvements qui attirent l'attention. De tous sur cette plage, jeunes et vieux. Elle commence à se balancer doucement au rythme de la musique. Puis, sa danse s'intensifie à mesure que la musique en fait de même. Seule, elle ne regarde que la mer, en transe. Peu à peu, la vie s'arrête autour d'elle. On la regarde le souffle coupé. Elle, la mer, la musique.La reine de Bahia.La vie ne pouvait pas être plus douce en ce lendemain de match.Pour nous, la Coupe du monde pouvait s'arrêter là.