L'opposition de style est très claire en ce printemps 1994 pour la finale de la deuxième édition de ce qui s'appelle désormais la Ligue des Champions. D'un côté, on retrouve le Barça de Johan Cruijff, surnommé à l'époque la Dream Team pour son jeu chatoyant et en référence à Michael Jordan et ses coéquipiers américains, qui ont donné une leçon de basket au monde entier aux Jeux de Barcelone de 1992. Sacrée championne d'Espagne trois jours plus tôt après une lutte intense menée face au Deportivo La Corogne, l'équipe catalane est radicalement tournée vers l'offensive. Cette saison-là, les Blaugranas inscrivent pas moins de 91 buts en Liga et peuvent compter sur une attaque à faire pâlir d'envie n'importe quelle équipe au monde : le Brésilien Romario et le Bulgare Hristo Stoichkov. Un duo auquel il faut encore ajouter Txiki Begiristain, Jose Maria Bakero, Guillermo Amor, Michael Laudrup ou encore Ronald Koeman, défenseur central auteur de 19 buts cette saison-là.

En finale, Romario n'a rien pu faire face aux Milanais., belga
En finale, Romario n'a rien pu faire face aux Milanais. © belga

S'ils ont tremblé dès le premier tour, surpris 3-1 par le Dynamo Kiev en Ukraine, les Barcelonais ont su renverser la situation au Camp Nou (4-1). Après s'être débarrassé aisément de l'Austria Vienne, le Barça accède donc à la phase de poule où il est confronté à l'AS Monaco, à Galatasaray et au Spartak Moscou. À domicile, les homme de Cruijff font carton plein et un seul petit point pris en déplacement, à Moscou, suffit à leur garantir la première place du groupe. En demi-finale, disputée en une seule manche à Barcelone, le FC Porto ne fait pas le poids et se prend un 3-0, avec notamment deux goals de Stoichkov.

Le Milan AC, de son côté, présente un tout autre aspect. Si les Italiens ont également remporté leur titre national avec trois points d'avance sur la Juventus, ils le doivent avant tout à la qualité de leur ligne arrière. En 34 rencontres de Serie A, les Rossoneri n'ont encaissé que quinze buts. À l'autre bout du terrain, les Lombards ne se montrent pas plus généreux puisqu'ils n'ont trouvé le chemin des filets qu'à 36 reprises, soit deux fois et demi moins que leur adversaire du jour.

Après une courte victoire face aux Suisses d'Aarau, les Milanais ont toutefois atomisé le FC Copenhague (0-6 et 1-0) pour accéder à la phase de poule. Face à Anderlecht, au Werder Brême et Porto, Paolo Maldini et ses coéquipiers sont restés invaincus, mais ils n'ont remporté que deux rencontres. Leurs quatre matches nuls, dont trois 0-0, suffisent néanmoins à leur garantir la première place, ce qui leur permet d'affronter Monaco à San Siro, en demi. Là, ils ne font qu'une bouchée des Monégasques (3-0), qui remplacent Marseille, interdit de compétition européenne suite à l'affaire VA-OM.

Dejan Savicevic était inarrêtable ce soir-là., belga
Dejan Savicevic était inarrêtable ce soir-là. © belga

Le 18 mai, à Athènes, c'est donc le Barça qui fait figure de grand favori d'autant que Capello doit se passer de deux pions essentiels : Franco Baresi et Alessandro Costacurta, tous deux suspendus. Pour pallier ces défections, le coach milanais place Maldini dans l'axe de sa défense au côté de Filippo Galli et charge Christian Panucci de l'arrière gauche tandis que Mauro Tassotti, le capitaine, est placé à droite. Le Barça, lui procède dans son habituel 4-3-3 : Andoni Zubizarreta, qui procède par relances courtes, est protégé par le quatuor Sergi-Miguel Angel Nadal-Koeman-Albert Ferrer. Pep Guardiola, le meneur reculé de l'équipe, occupe la pointe basse du triangle de l'entrejeu où l'on retrouve également Amor et Bakero tandis que Begiristain, Stoichkov et Romario doivent alimenter le marquoir. À l'époque, le règlement n'autorise que trois joueurs étrangers et Cruijff a donc dû se passer de Michael Laudrup. Capello choisit lui de se priver de Jean-Pierre Papin, pourtant auteur de quatre buts dans la compétition, au profit de Daniele Massaro. Derrière cette pointe, le génial Dejan Savicevic évolue en électron libre. Dans l'entrejeu, Marcel Desailly et Demetrio Albertini occupent l'axe tandis que Roberto Donadoni percute côté gauche et que Zvonimir Boban repique vers le centre depuis le côté droit. Milan, qui prépare cette rencontre depuis deux semaines, mise sur un pressing intense : Nadal et Koeman sont systématiquement pressés par Massaro et Savicevic tandis qu'Albertini étouffe Guardiola, bien couvert par Desailly.

Fabio Capello a donné une leçon tactique au Barça de Cruijff., belga
Fabio Capello a donné une leçon tactique au Barça de Cruijff. © belga

Et ça fonctionne : le Barça est méconnaissable et les Catalans multiplient les erreurs. Contrairement à Zubizarretta, le portier lombard Sebastiano Rossi n'abuse pas des relances courtes. C'est d'ailleurs sur un long dégagement de sa part que tombe le premier but milanais dès la 22e. Boban dévie un ballon dans les pieds de Savicevic qui mystifie Nadal avant de servir Massaro qui ne se fait pas prier pour ouvrir le score. Si Milan mise sur son agressivité, les Italiens sont également capable de déployer leur football : juste avant la mi-temps, Boban sert Donadoni qui déborde sur son flanc gauche, rentre dans le jeu et glisse le cuir en retrait à Massaro qui fait 2-0 du gauche. Au retour des vestiaires, le suspense ne dure pas longtemps : dès la 47e, Savicevic contre Nadal et, ayant aperçu Zubizarretta légèrement avancé, envoie un lob subtil dans les cages catalanes pour faire 3-0. Malgré le changement tactique opéré par Cruijff, qui tente un 3-4-3, la messe est dite. Et elle l'est d'autant plus à l'heure de jeu quand Desailly récupère un ballon dans l'axe, s'appuie sur Albertini et se retrouve seul face au but. Le Français ne tremble pas, ouvre son pied droit et en enroule sa frappe qui trompe le dernier rempart espagnol pour la quatrième fois de la soirée. Avec quatre buts d'avance, Milan peut tranquillement gérer la dernière demi-heure en misant sur son organisation solide et le marquoir ne bouge plus. Après le Real Madrid en 1958, le Bayern Munich en 1974 et Milan, déjà, en 1989, cet AC-là devient la quatrième équipe à s'imposer par quatre buts d'écart en finale du plus prestigieux des trophées européens. Le Barça de Cruijff a pris une leçon et la Dream Team a vécu. S'il restera encore en poste jusqu'en 1996, le technicien néerlandais ne gagnera plus le moindre trophée avec les Blaugranas.

L'opposition de style est très claire en ce printemps 1994 pour la finale de la deuxième édition de ce qui s'appelle désormais la Ligue des Champions. D'un côté, on retrouve le Barça de Johan Cruijff, surnommé à l'époque la Dream Team pour son jeu chatoyant et en référence à Michael Jordan et ses coéquipiers américains, qui ont donné une leçon de basket au monde entier aux Jeux de Barcelone de 1992. Sacrée championne d'Espagne trois jours plus tôt après une lutte intense menée face au Deportivo La Corogne, l'équipe catalane est radicalement tournée vers l'offensive. Cette saison-là, les Blaugranas inscrivent pas moins de 91 buts en Liga et peuvent compter sur une attaque à faire pâlir d'envie n'importe quelle équipe au monde : le Brésilien Romario et le Bulgare Hristo Stoichkov. Un duo auquel il faut encore ajouter Txiki Begiristain, Jose Maria Bakero, Guillermo Amor, Michael Laudrup ou encore Ronald Koeman, défenseur central auteur de 19 buts cette saison-là.S'ils ont tremblé dès le premier tour, surpris 3-1 par le Dynamo Kiev en Ukraine, les Barcelonais ont su renverser la situation au Camp Nou (4-1). Après s'être débarrassé aisément de l'Austria Vienne, le Barça accède donc à la phase de poule où il est confronté à l'AS Monaco, à Galatasaray et au Spartak Moscou. À domicile, les homme de Cruijff font carton plein et un seul petit point pris en déplacement, à Moscou, suffit à leur garantir la première place du groupe. En demi-finale, disputée en une seule manche à Barcelone, le FC Porto ne fait pas le poids et se prend un 3-0, avec notamment deux goals de Stoichkov. Le Milan AC, de son côté, présente un tout autre aspect. Si les Italiens ont également remporté leur titre national avec trois points d'avance sur la Juventus, ils le doivent avant tout à la qualité de leur ligne arrière. En 34 rencontres de Serie A, les Rossoneri n'ont encaissé que quinze buts. À l'autre bout du terrain, les Lombards ne se montrent pas plus généreux puisqu'ils n'ont trouvé le chemin des filets qu'à 36 reprises, soit deux fois et demi moins que leur adversaire du jour. Après une courte victoire face aux Suisses d'Aarau, les Milanais ont toutefois atomisé le FC Copenhague (0-6 et 1-0) pour accéder à la phase de poule. Face à Anderlecht, au Werder Brême et Porto, Paolo Maldini et ses coéquipiers sont restés invaincus, mais ils n'ont remporté que deux rencontres. Leurs quatre matches nuls, dont trois 0-0, suffisent néanmoins à leur garantir la première place, ce qui leur permet d'affronter Monaco à San Siro, en demi. Là, ils ne font qu'une bouchée des Monégasques (3-0), qui remplacent Marseille, interdit de compétition européenne suite à l'affaire VA-OM.Le 18 mai, à Athènes, c'est donc le Barça qui fait figure de grand favori d'autant que Capello doit se passer de deux pions essentiels : Franco Baresi et Alessandro Costacurta, tous deux suspendus. Pour pallier ces défections, le coach milanais place Maldini dans l'axe de sa défense au côté de Filippo Galli et charge Christian Panucci de l'arrière gauche tandis que Mauro Tassotti, le capitaine, est placé à droite. Le Barça, lui procède dans son habituel 4-3-3 : Andoni Zubizarreta, qui procède par relances courtes, est protégé par le quatuor Sergi-Miguel Angel Nadal-Koeman-Albert Ferrer. Pep Guardiola, le meneur reculé de l'équipe, occupe la pointe basse du triangle de l'entrejeu où l'on retrouve également Amor et Bakero tandis que Begiristain, Stoichkov et Romario doivent alimenter le marquoir. À l'époque, le règlement n'autorise que trois joueurs étrangers et Cruijff a donc dû se passer de Michael Laudrup. Capello choisit lui de se priver de Jean-Pierre Papin, pourtant auteur de quatre buts dans la compétition, au profit de Daniele Massaro. Derrière cette pointe, le génial Dejan Savicevic évolue en électron libre. Dans l'entrejeu, Marcel Desailly et Demetrio Albertini occupent l'axe tandis que Roberto Donadoni percute côté gauche et que Zvonimir Boban repique vers le centre depuis le côté droit. Milan, qui prépare cette rencontre depuis deux semaines, mise sur un pressing intense : Nadal et Koeman sont systématiquement pressés par Massaro et Savicevic tandis qu'Albertini étouffe Guardiola, bien couvert par Desailly.Et ça fonctionne : le Barça est méconnaissable et les Catalans multiplient les erreurs. Contrairement à Zubizarretta, le portier lombard Sebastiano Rossi n'abuse pas des relances courtes. C'est d'ailleurs sur un long dégagement de sa part que tombe le premier but milanais dès la 22e. Boban dévie un ballon dans les pieds de Savicevic qui mystifie Nadal avant de servir Massaro qui ne se fait pas prier pour ouvrir le score. Si Milan mise sur son agressivité, les Italiens sont également capable de déployer leur football : juste avant la mi-temps, Boban sert Donadoni qui déborde sur son flanc gauche, rentre dans le jeu et glisse le cuir en retrait à Massaro qui fait 2-0 du gauche. Au retour des vestiaires, le suspense ne dure pas longtemps : dès la 47e, Savicevic contre Nadal et, ayant aperçu Zubizarretta légèrement avancé, envoie un lob subtil dans les cages catalanes pour faire 3-0. Malgré le changement tactique opéré par Cruijff, qui tente un 3-4-3, la messe est dite. Et elle l'est d'autant plus à l'heure de jeu quand Desailly récupère un ballon dans l'axe, s'appuie sur Albertini et se retrouve seul face au but. Le Français ne tremble pas, ouvre son pied droit et en enroule sa frappe qui trompe le dernier rempart espagnol pour la quatrième fois de la soirée. Avec quatre buts d'avance, Milan peut tranquillement gérer la dernière demi-heure en misant sur son organisation solide et le marquoir ne bouge plus. Après le Real Madrid en 1958, le Bayern Munich en 1974 et Milan, déjà, en 1989, cet AC-là devient la quatrième équipe à s'imposer par quatre buts d'écart en finale du plus prestigieux des trophées européens. Le Barça de Cruijff a pris une leçon et la Dream Team a vécu. S'il restera encore en poste jusqu'en 1996, le technicien néerlandais ne gagnera plus le moindre trophée avec les Blaugranas.