Les verdicts sont tombés et c'est encore plus bizarre que d'habitude. Les cris des champions résonnent dans des tribunes vides, les trophées se lèvent loin des supporters, les larmes des joueurs paraissent encore plus factices. On se retrouve avec un sentiment de trop peu. L'absence de liesse, mais aussi cette sensation que bon, voilà, tout ça pour ça, c'est bien mais ça reste un titre en plus ou en moins. Une poignée de chips bien gras.
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Les verdicts sont tombés et c'est encore plus bizarre que d'habitude. Les cris des champions résonnent dans des tribunes vides, les trophées se lèvent loin des supporters, les larmes des joueurs paraissent encore plus factices. On se retrouve avec un sentiment de trop peu. L'absence de liesse, mais aussi cette sensation que bon, voilà, tout ça pour ça, c'est bien mais ça reste un titre en plus ou en moins. Une poignée de chips bien gras. Alors à la fin du paquet, on en ouvre vite un autre en s'essuyant les doigts sur le jeans. Eh oui, à peine la saison finie, voilà l'EURO qui commence. Pour l'Union belge, l'EURO coïncide avec le début des kermesses, si l'on en croit l'hymne complètement claqué qu'ils sont parvenus à nous pondre. C'est devenu une coutume depuis que l'Union belge s'est dotée d'un département marketing: à chaque grande compétition, un hymne. On a vibré sur le morceau de Stromae en 2014, c'était un choix judicieux. La sauce a pris. Musicalement, visuellement, politiquement, difficile de faire mieux. Et puis les problèmes: Damso, pas Damso? Damso, puis finalement quand même pas Damso parce que bon. Alors qui? Boh. Il paraît que c'est touchy. Dans un pays trilingue aux nombreuses différences culturelles, il faut un morceau rassembleur, entraînant, moderne. Une équipe s'est donc installée autour d'une table, les gars ont desserré leur cravate, se sont servi du café à la machine, passé la main dans les cheveux et ils ont fait chauffer les neurones. Ils ont pris connaissance du paysage musical belge, se sont mis dans la peau des supporters, des joueurs, ils ont fait opérer la magie. Et... c'est ainsi qu'est née la daube intersidérale qui servira d'hymne à notre équipe nationale. La recette est simple: la musique de la pub des Cheetos, un retraité rincé qui choisit un synthétiseur inadmissible, un Américain qui entonne des paroles simplistes et débiles, des enchaînements rythmiques gênants, aucun symbole, aucune classe, aucune valeur. Hop, il est où mon cachet? Y a rien qui va dans ce remix éclaté. Qui a décidé qu'on était tous des beaufs avec des goûts de chiottes? Limite, pour l'EURO 2000, ça aurait été cohérent, cette eurodance bien ringarde, quand notre milieu était composé de Goor et Vanderhaeghe et qu'on lorgnait sur Buffel devant. On méritait pas mieux. Mais aujourd'hui... Venez écouter ce qui passe dans les enceintes de nos vestiaires, dans les casques des Diables avant les matches. Regardez-moi, regardez-nous. Respectez-nous. Il représente qui cet hymne? De quelle Belgique on parle? On a tellement d'artistes talentueux, rap, pop, chanson française ou électro. Mais non, surtout pas. On nous refourgue un étron bien consistant, made in USA et on s'en félicite. Une soupe insipide, sans trop de sel ni trop de poivre pour ne heurter personne. Pas commettre d'impair diplomatique, refaire l'erreur Damso ou s'attirer les foudres des politiques, des Flamands ou des Wallons. Objectif atteint. Tout est plat comme notre pays, notre coach, nos valeurs et nos ambitions. En France, un hymne non-officiel a créé la polémique auprès des partis d'extrême-droite. Ils s'insurgent: pourquoi le rappeur Youssoupha a-t-il été choisi pour représenter les Bleus, lui qui dénonce et s'insurge contre la France raciste? "Qu'il rentre dans son pays, alors, qu'il dégage!" s'enflamme Nadine Morano, sans vergogne. On en est là, c'est triste. Mais putain, au moins, c'est un choix engagé, en phase avec la gueule de l'équipe de France et les valeurs du sport. Chez nous, c'est certain, personne ne risque de se sentir contrarié. Car la médiocrité, celle sans saveur, ne crée pas de vagues. Et moi j'aime les vagues. Surtout quand elles font frétiller les petites queues en tire-bouchon des fachos et des cons.