La gueule de bois. Dans le mauvais sens du terme. En ce 18 juin, la Belgique entière se réveille avec un mal de crâne généralisé. Comme un hommage au coup de tête rageur inscrit la veille par Timmy Simons face à l'Algérie. Un but qui n'aura malheureusement pas suffi à nous sortir de l'ornière : 2-1 pour les hommes de Vahid Halilhodzic. La Dernière Heure titre "On est foutus", Het Laatste Nieuws préfère consacrer sa Une à la formation imminente du gouvernement flamand, se contentant d'un bref "Slecht, slecht, slecht" pour qualifier la prestation des Diables. De fait, le pays est sous le choc. Même si l'équipe, complètement remodelée après divers incidents, ne rassurait désormais plus personne...

Tout a commencé, rappelez-vous, avec Vincent Kompany. A peine arrivé au Brésil, notre capitaine courage délaissait ses coéquipiers pour se consacrer à l'ouverture d'une école de capoeira bilingue français-flamand à Sao Paulo, la création d'une chaîne de boucheries chevalines, six bars et une ASBL de lutte contre Bart De Wever. Des activités connexes qui n'auraient pas empiété sur la préparation de Vince The Prince s'il n'avait pas, en parallèle, mis sur pieds deux longs métrages sur l'histoire de l'Amérique du Sud et s'il n'avait pas racheté un club de badminton en banlieue paulienne.

"Vince, j'ai besoin que tu te mets à fond dans le football. Mon ventre me le dit", lui aurait lancé Marc Wilmots. "Je suis fatigué coach", aurait répondu Vincent Kompany. C'est du moins ce que rapportent les journalistes qui assistèrent à la scène, vers 4 h du matin, juste avant une partie de pêche organisée par le sélectionneur national. "C'est à cette heure-là que les poissons sont les moins méfiants", aurait rétorqué Wilmots à ceux qui craignaient le manque de sommeil des joueurs. "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans, canne en main. Le manque manifeste d'implication de notre capitaine aura malheureusement fait boule de neige : c'est carrément d'une "véritable hécatombe" dont il question aujourd'hui. Petit rappel des faits.

Vanden Borre arrêté Aussi bucolique soit-il, le Paradise Golf & Lake Resort de Mogi das Cruzes a en effet été le théâtre de bien des esclandres. Vincent Kompany trop occupé pour museler les conflits, ce sont d'abord les gardiens qui se sont entredéchirés. Simon Mignolet, toujours aussi amer d'avoir dû céder sa place dans la hiérarchie des portiers, tapissait en effet le lobby de l'hôtel avec des publicités pour les chips Croky. Tout ça pour foutre la honte à Thibaut Courtois. Lequel ne sort plus de sa chambre depuis. Mignolet, mis au ban par Willy - "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans - aura donc assisté depuis la tribune à la bien piètre prestation de Sammy Bossut, coupable de deux malencontreuses erreurs sur les buts algériens.

Peut-on le blâmer pour autant ? Non, forcément. La préparation de Bossut a été lourdement perturbée depuis son arrivée sur le sol brésilien. Pour rappeler à ses coéquipiers qui il est, Sammy est obligé de se balader avec un badge "Sammy Bossut, gardien de but". Les Diables, le prenant pour un membre subalterne du staff, lui confient systématiquement leur linge sale. Difficile à vivre pour notre gardien qui, à sa décharge, n'a pas pu compter sur une défense des plus compétitives.

Anthony Vanden Borre, toujours interrogé par la police brésilienne à la douane, Laurent Ciman n'ayant pas prévu de chaussures de foot ("J'ai juste des maillots de bain", a-t-il justifié), Toby Alderweireld sanctionné pour avoir passé la moitié de terrain à l'entraînement, Vincent Kompany bloqué au téléphone avec la présidente de la République Dilma Rousseff, c'est sur Jan Vertonghen, Nicolas Lombaerts, Thomas Vermaelen et Daniel Van Buyten que le sélectionneur national a dû se rabattre pour former son quatuor défensif. Problème : Lombaerts l'intellectuel peine à communiquer avec ses équipiers, qui ne saisissent pas la richesse de son vocabulaire (en temps normal, Kompany traduit pour le groupe) et ne voient donc jamais où il veut en venir.

Quant à Vermaelen et Van Buyten, leur temps de réadaptation au football debout - "D'habitude, on est assis et on a une couverture", ont-il expliqué - se prolonge de manière inquiétante. "On a eu dur dans le jeu aérien, ils n'ont plus sauté depuis 2009", a souligné, un peu amer, Marc Wilmots. "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans. Heureusement que Jan Vertonghen garde un minimum l'église au milieu du village. Concentré comme à son habitude, le très sérieux joueur de Tottenham avait appris l'arabe pour préparer le duel face à l'Algérie et était arrivé dans les vestiaires 48 heures avant le match. Un vrai pro.

Moussa Dembelé va mieux Point positif également, la prestation et le but du revenant Timmy Simons, rappelé d'urgence par le sélectionneur après les défections attendues d'Axel Witsel et de Marouane Fellaini. Rappelons que Witsel, qui avait décidé de profiter du séjour pour se faire tatouer l'équipement des Diables sur le corps, souffre toujours d'une inflammation de la peau tandis que Marouane Fellaini, poursuivi par des supporters de Manchester United aux cris de "remboursez, remboursez", n'est pas encore prêt psychologiquement. Autre source de satisfaction : Moussa Dembelé, dont la participation était pourtant remise en cause après le dernier entraînement. Moussa s'était en effet évanoui après avoir fait une passe, la première depuis 2011, choquant évidemment tous ses coéquipiers. En conférence de presse, le kiné Lieven Maesschalk rassurait : "J'ai parlé avec Moussa, ça ne se reproduira plus."

Le fameux triangle du milieu de terrain était complété par Steven Defour. Lequel, comme tout le monde a pu le constater, n'a pas apporté la hargne et la détermination qu'on lui connaît. "Je n'en veux pas à Steven, a déclaré Marc Wilmots. Comme c'est le seul qui parle portugais, c'est lui qui fait les courses pour tout le groupe. Il est sur les rotules. Mais comme vous le savez, je n'ai pas d'autres solutions." "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans. De fait, Kevin De Bruyne, sur qui la nation comptait beaucoup, est l'une des grandes victimes du couvre-feu qui touche tous les jeunes de moins de 14 ans au Brésil. A 16 h au lit. Pas facile à vivre pour Kevin, qui a pourtant la permission de 20 h quand il est en Belgique. Quant à Nacer Chadli, le beau-gosse de service, il passe son temps avec des Brésiliennes. Il aurait bien aidé, mais bon.

Devant tous ces imprévus, c'est peut-être notre attaque qui inquiète le plus pour la suite. Face à la Russie, le 22 juin, espérons que nos joueurs offensifs, du moins ceux qui restent disponibles, seront plus inspirés. On se souvient qu'Adnan Januzaj, approché par la sélection brésilienne (il a tout de même passé six jours sur le territoire, suffisant d'après son entourage pour être naturalisé), se réserve un temps de réflexion. "Choisis le Brésil, choisis le Brésil. Ou le Kosovo, ou le Kosovo", lui souffle discrètement Kevin Mirallas, pendant son sommeil.

Wilmots toujours abstinent Grosse fatigue pour Kevin, incapable de soutenir le rythme des entraînements. On espère également que Don Dries Mertens pourra élever son niveau de jeu. Interrogé sur sa présence dans le onze, Mertens a déclaré : "Je pense que ma place de titulaire ne se discute plus. J'ai parlé à Wilmots. Je lui ai fait une offre qu'il n'a pas pu refuser." "Willy is bang", confirmait Vital Borkelmans. Sur le flanc gauche, Eden Hazard n'a pas non plus répondu aux attentes. La star de Chelsea a beaucoup tenté (9319 dribbles pour un tir au but, sur un coup du foulard), mais a manqué d'efficacité, au même titre que le très décevant Divock Origi. Titularisé au détriment de Romelu Lukaku, toujours engagé parallèlement avec l'équipe nationale belge de PlayStation, Origi justifiait : "De toute façon, tout ceci n'est qu'un rêve, demain je me réveillerai."

Rien n'est évidemment perdu pour nos Diables. Il reste deux matchs de poules pour espérer accéder aux huitièmes de finale. Sûr que le courageux Marc Wilmots, toujours abstinent - cela fait maintenant 216 jours exactement qu'il n'a plus rappelé à personne sa victoire en coupe d'Europe avec Schalke 04. Tiens bon, Marc ! -, pourra trouver les mots pour remotiver les troupes. Et ce d'autant que la Russie, dont une bonne partie de l'effectif a été rappelée au pays pour envahir l'Ukraine, se présente à nous sacrément déforcée. En 1986, la Belgique avait également mal commencé son tournoi, perdant son premier match 2-1 contre le Mexique. Un signe ?

PAR GUILLERMO GUIZ (AVEC PIERRE BAJYANA)

La gueule de bois. Dans le mauvais sens du terme. En ce 18 juin, la Belgique entière se réveille avec un mal de crâne généralisé. Comme un hommage au coup de tête rageur inscrit la veille par Timmy Simons face à l'Algérie. Un but qui n'aura malheureusement pas suffi à nous sortir de l'ornière : 2-1 pour les hommes de Vahid Halilhodzic. La Dernière Heure titre "On est foutus", Het Laatste Nieuws préfère consacrer sa Une à la formation imminente du gouvernement flamand, se contentant d'un bref "Slecht, slecht, slecht" pour qualifier la prestation des Diables. De fait, le pays est sous le choc. Même si l'équipe, complètement remodelée après divers incidents, ne rassurait désormais plus personne... Tout a commencé, rappelez-vous, avec Vincent Kompany. A peine arrivé au Brésil, notre capitaine courage délaissait ses coéquipiers pour se consacrer à l'ouverture d'une école de capoeira bilingue français-flamand à Sao Paulo, la création d'une chaîne de boucheries chevalines, six bars et une ASBL de lutte contre Bart De Wever. Des activités connexes qui n'auraient pas empiété sur la préparation de Vince The Prince s'il n'avait pas, en parallèle, mis sur pieds deux longs métrages sur l'histoire de l'Amérique du Sud et s'il n'avait pas racheté un club de badminton en banlieue paulienne. "Vince, j'ai besoin que tu te mets à fond dans le football. Mon ventre me le dit", lui aurait lancé Marc Wilmots. "Je suis fatigué coach", aurait répondu Vincent Kompany. C'est du moins ce que rapportent les journalistes qui assistèrent à la scène, vers 4 h du matin, juste avant une partie de pêche organisée par le sélectionneur national. "C'est à cette heure-là que les poissons sont les moins méfiants", aurait rétorqué Wilmots à ceux qui craignaient le manque de sommeil des joueurs. "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans, canne en main. Le manque manifeste d'implication de notre capitaine aura malheureusement fait boule de neige : c'est carrément d'une "véritable hécatombe" dont il question aujourd'hui. Petit rappel des faits. Vanden Borre arrêté Aussi bucolique soit-il, le Paradise Golf & Lake Resort de Mogi das Cruzes a en effet été le théâtre de bien des esclandres. Vincent Kompany trop occupé pour museler les conflits, ce sont d'abord les gardiens qui se sont entredéchirés. Simon Mignolet, toujours aussi amer d'avoir dû céder sa place dans la hiérarchie des portiers, tapissait en effet le lobby de l'hôtel avec des publicités pour les chips Croky. Tout ça pour foutre la honte à Thibaut Courtois. Lequel ne sort plus de sa chambre depuis. Mignolet, mis au ban par Willy - "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans - aura donc assisté depuis la tribune à la bien piètre prestation de Sammy Bossut, coupable de deux malencontreuses erreurs sur les buts algériens. Peut-on le blâmer pour autant ? Non, forcément. La préparation de Bossut a été lourdement perturbée depuis son arrivée sur le sol brésilien. Pour rappeler à ses coéquipiers qui il est, Sammy est obligé de se balader avec un badge "Sammy Bossut, gardien de but". Les Diables, le prenant pour un membre subalterne du staff, lui confient systématiquement leur linge sale. Difficile à vivre pour notre gardien qui, à sa décharge, n'a pas pu compter sur une défense des plus compétitives. Anthony Vanden Borre, toujours interrogé par la police brésilienne à la douane, Laurent Ciman n'ayant pas prévu de chaussures de foot ("J'ai juste des maillots de bain", a-t-il justifié), Toby Alderweireld sanctionné pour avoir passé la moitié de terrain à l'entraînement, Vincent Kompany bloqué au téléphone avec la présidente de la République Dilma Rousseff, c'est sur Jan Vertonghen, Nicolas Lombaerts, Thomas Vermaelen et Daniel Van Buyten que le sélectionneur national a dû se rabattre pour former son quatuor défensif. Problème : Lombaerts l'intellectuel peine à communiquer avec ses équipiers, qui ne saisissent pas la richesse de son vocabulaire (en temps normal, Kompany traduit pour le groupe) et ne voient donc jamais où il veut en venir. Quant à Vermaelen et Van Buyten, leur temps de réadaptation au football debout - "D'habitude, on est assis et on a une couverture", ont-il expliqué - se prolonge de manière inquiétante. "On a eu dur dans le jeu aérien, ils n'ont plus sauté depuis 2009", a souligné, un peu amer, Marc Wilmots. "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans. Heureusement que Jan Vertonghen garde un minimum l'église au milieu du village. Concentré comme à son habitude, le très sérieux joueur de Tottenham avait appris l'arabe pour préparer le duel face à l'Algérie et était arrivé dans les vestiaires 48 heures avant le match. Un vrai pro. Moussa Dembelé va mieux Point positif également, la prestation et le but du revenant Timmy Simons, rappelé d'urgence par le sélectionneur après les défections attendues d'Axel Witsel et de Marouane Fellaini. Rappelons que Witsel, qui avait décidé de profiter du séjour pour se faire tatouer l'équipement des Diables sur le corps, souffre toujours d'une inflammation de la peau tandis que Marouane Fellaini, poursuivi par des supporters de Manchester United aux cris de "remboursez, remboursez", n'est pas encore prêt psychologiquement. Autre source de satisfaction : Moussa Dembelé, dont la participation était pourtant remise en cause après le dernier entraînement. Moussa s'était en effet évanoui après avoir fait une passe, la première depuis 2011, choquant évidemment tous ses coéquipiers. En conférence de presse, le kiné Lieven Maesschalk rassurait : "J'ai parlé avec Moussa, ça ne se reproduira plus." Le fameux triangle du milieu de terrain était complété par Steven Defour. Lequel, comme tout le monde a pu le constater, n'a pas apporté la hargne et la détermination qu'on lui connaît. "Je n'en veux pas à Steven, a déclaré Marc Wilmots. Comme c'est le seul qui parle portugais, c'est lui qui fait les courses pour tout le groupe. Il est sur les rotules. Mais comme vous le savez, je n'ai pas d'autres solutions." "Willy heeft gelijk", confirmait Vital Borkelmans. De fait, Kevin De Bruyne, sur qui la nation comptait beaucoup, est l'une des grandes victimes du couvre-feu qui touche tous les jeunes de moins de 14 ans au Brésil. A 16 h au lit. Pas facile à vivre pour Kevin, qui a pourtant la permission de 20 h quand il est en Belgique. Quant à Nacer Chadli, le beau-gosse de service, il passe son temps avec des Brésiliennes. Il aurait bien aidé, mais bon. Devant tous ces imprévus, c'est peut-être notre attaque qui inquiète le plus pour la suite. Face à la Russie, le 22 juin, espérons que nos joueurs offensifs, du moins ceux qui restent disponibles, seront plus inspirés. On se souvient qu'Adnan Januzaj, approché par la sélection brésilienne (il a tout de même passé six jours sur le territoire, suffisant d'après son entourage pour être naturalisé), se réserve un temps de réflexion. "Choisis le Brésil, choisis le Brésil. Ou le Kosovo, ou le Kosovo", lui souffle discrètement Kevin Mirallas, pendant son sommeil. Wilmots toujours abstinent Grosse fatigue pour Kevin, incapable de soutenir le rythme des entraînements. On espère également que Don Dries Mertens pourra élever son niveau de jeu. Interrogé sur sa présence dans le onze, Mertens a déclaré : "Je pense que ma place de titulaire ne se discute plus. J'ai parlé à Wilmots. Je lui ai fait une offre qu'il n'a pas pu refuser." "Willy is bang", confirmait Vital Borkelmans. Sur le flanc gauche, Eden Hazard n'a pas non plus répondu aux attentes. La star de Chelsea a beaucoup tenté (9319 dribbles pour un tir au but, sur un coup du foulard), mais a manqué d'efficacité, au même titre que le très décevant Divock Origi. Titularisé au détriment de Romelu Lukaku, toujours engagé parallèlement avec l'équipe nationale belge de PlayStation, Origi justifiait : "De toute façon, tout ceci n'est qu'un rêve, demain je me réveillerai." Rien n'est évidemment perdu pour nos Diables. Il reste deux matchs de poules pour espérer accéder aux huitièmes de finale. Sûr que le courageux Marc Wilmots, toujours abstinent - cela fait maintenant 216 jours exactement qu'il n'a plus rappelé à personne sa victoire en coupe d'Europe avec Schalke 04. Tiens bon, Marc ! -, pourra trouver les mots pour remotiver les troupes. Et ce d'autant que la Russie, dont une bonne partie de l'effectif a été rappelée au pays pour envahir l'Ukraine, se présente à nous sacrément déforcée. En 1986, la Belgique avait également mal commencé son tournoi, perdant son premier match 2-1 contre le Mexique. Un signe ? PAR GUILLERMO GUIZ (AVEC PIERRE BAJYANA)