Un procès impliquant 44 personnes se tient actuellement au Portugal. Elles sont accusées d'être responsables de l'attaque du centre d'entraînement du Sporting à Alcochete. Le 15 mai 2018, après des semaines de tensions entre la direction et les joueurs dans un premier temps, puis entre les fans et les joueurs dans un deuxième temps, des supporters en colère ont envahi les lieux.
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Un procès impliquant 44 personnes se tient actuellement au Portugal. Elles sont accusées d'être responsables de l'attaque du centre d'entraînement du Sporting à Alcochete. Le 15 mai 2018, après des semaines de tensions entre la direction et les joueurs dans un premier temps, puis entre les fans et les joueurs dans un deuxième temps, des supporters en colère ont envahi les lieux. L'escalade a commencé en avril, lorsque le Sporting s'est incliné 2-0 face à l'Atlético Madrid, futur vainqueur de l'épreuve, en quarts de finale aller de l'Europa League. Le président Bruno de Carvalho a explosé. Sur Facebook, il a reproché " d'énormes erreurs " aux joueurs les plus expérimentés. Le lendemain, ceux-ci ont réagi en publiant un communiqué officiel dans lequel ils affirmaient ne pas comprendre le coup de sang de leur président. Carvalho, encore plus énervé, a alors voulu suspendre les joueurs qui avaient signé le communiqué. Deux jours plus tard, le Sporting battait Paços de Ferreira et les fans applaudissaient les joueurs, tout en sifflant le président. Celui-ci pénétrait dans la salle de presse dans une colère noire et hurlait : " Ces fans ont la mémoire courte. " Trois jours plus tard, les sanctions disciplinaires des joueurs étaient levées mais le 13 mai, le Sporting perdait contre Maritimo et abandonnait la deuxième place (synonyme de qualification pour la Ligue des Champions) à Benfica. La coupe était pleine. A leur arrivée à l'aéroport de Lisbonne et à leur retour au stade, les joueurs se faisaient insulter et cracher dessus. Deux jours plus tard, lors du premier entraînement, une quarantaine de personnes envahissaient le centre d'entraînement. La semaine dernière, Bas Dost, le transfert le plus cher de l'histoire du Sporting (il joue aujourd'hui à l'Eintracht Francfort) a témoigné par Skype devant le tribunal. " Une porte s'est ouverte et un grand type masqué est entré, suivi par d'autres. Ils ont tout de suite cassé des portes. J'étais tout seul dans le couloir et j'ai eu peur. L'un d'entre eux m'a donné un coup sur la tête. Je n'ai pas vu s'il avait quelque chose en main. Je suis tombé et ils m'ont shooté dedans. Lui d'abord, les autres ensuite. Puis ils ont arrêté. Quelqu'un du club m'a aidé à me relever et m'a emmené. Je saignais fort. Un médecin m'a soigné mais j'ai encore la cicatrice." Dost a été traumatisé. Il n'a plus osé laisser ses enfants seuls. On a placé des gardes devant sa maison, il n'osait plus aller seul au supermarché et a dû consulter un psychologue. Bruno Fernandes, la star de l'entrejeu du Sporting, terminait sa première saison au club. Il a fait la seule chose possible à ce moment-là : il a rompu son contrat. Juste avant le Nouvel An, dans une interview au journal Record, il est revenu sur ce moment pénible. " Je suis comme ça : impulsif. Et quand j'ai pris une décision, je ne fais pas marche arrière. Ma femme m'a demandé si j'étais sûr de moi. " Fernandes l'a fait. Sans filet, sans réfléchir. Ce qui s'était passé l'avait profondément touché. Plus ou moins à la même époque, en mai 2018, le Diário de Noticias, avait dressé son portrait. " Le meilleur joueur de l'histoire du Sporting. " C'était osé car Cristiano Ronaldo a joué au Sporting. Mais il était encore très jeune lorsqu'il est parti à Manchester United et n'avait pas autant d'emprise que Fernandes sur le jeu de l'équipe. Le revival du Sporting coïncidait avec le retour de ce dernier d'Italie. Le quotidien s'était donc plongé dans son histoire. Fernandes est devenu un beau joueur, très concret. Un médian offensif qui couvre beaucoup de terrain. Il peut jouer en 8 ou en 10. Il est doté d'une bonne frappe et d'une excellente technique. C'est ce que les Anglais appellent un pass master. Le Kevin De Bruyne du Sporting et, désormais, de Manchester United, en quelque sorte. Ce n'est pas un hasard si, dans cette même interview accordée à Record avant le Nouvel An, il affirmait que, pour lui, De Bruyne était " le meilleur médian au monde. Il a une longueur d'avance sur tous les autres. " Comme De Bruyne, Fernandes n'a pas suivi la filière classique qui mène au sommet. Au Portugal, la plupart des jeunes joueurs talentueux arrivent rapidement chez un des trois grands avant de partir pour un club européen du top ou du subtop. Lui pas. Il a grandi au sein d'une famille où tout tournait autour du ballon rond. Son cousin Vítor Borges était professionnel à Boavista, d'autres membres de la famille jouaient dans des équipes amateurs. Bruno jouait avec eux ou avec des copains en rue, sur des places ou sur de petits terrains dans le quartier, près de Porto. Il était encore petit mais ils n'en avaient cure : il se débrouillait bien. C'est le hasard qui a fait qu'il atterrisse à Boavista plutôt qu'au FC Porto. Il jouait dans une petite équipe et les deux clubs l'avaient visionné. Ils avaient parlé avec ses parents, qui n'avaient pas de permis de conduire. Boavista proposait de venir le chercher à la maison pour les entraînements, Porto pas. Le choix était plus facile à faire. Ce qu'ils appréciaient chez lui ? Il savait se faire mal. " Bruno n'était pas mauvais et il avait une saine agressivité ", dit son frère dans le journal portugais. Dans l'entrejeu, il ratissait tous les ballons et amorçait la relance. Dix ans plus tard, c'est toujours son atout principal. Avec lui, Ruud Vormer et Hans Vanaken vont avoir du boulot : Fernandes est partout. C'est un box-to-box. Lors de sa présentation à Old Trafford, Ole Gunnar Solskjaer l'a comparé à Paul Scholes. Depuis les blessures de Paul Pogba et Scott McTominay, Manchester United ne marque pratiquement plus de la deuxième ligne. Il espère que Fernandes va apporter une solution. Personne ne pouvait imaginer que son parcours allait l'emmener à Novara puis à l'Udinese et à la Sampdoria. En 2012, Novara était venu à Boavista dans le but d'observer un autre joueur mais ses scouts ont été séduits par l'adolescent qui, de façon impulsive, a dit oui à une aventure en Italie. Il n'avait pas terminé ses études secondaires et n'avait pas de plan B. Sa seule option, c'était de devenir joueur professionnel. Ça passait par l'Italie. A l'âge de 17 ans, il quittait sa famille, sa copine et ses amis. Il ne parlait pas un mot d'italien et pensait naïvement pouvoir se débrouiller avec quelques bases d'anglais. Personne ne le comprenait. " Après une semaine, il regrettait déjà sa décision ", dit son frère Ricardo." Mais mes parents, sa copine, son agent et moi sommes allés lui parler et il est resté. " Au cours des premières semaines, il a beaucoup pleuré mais lorsque sa copine - devenue son épouse - l'a rejoint, il s'est senti mieux. A partir de ce moment-là, tout s'est précipité. En Italie, on le comparait à Andrea Pirlo, Rui Costa et Javier Pastore mais ses modèles à lui étaient plutôt João Moutinho et, surtout, Ronaldinho. En 2017, il revenait à Lisbonne. Au Sporting, le club préféré de sa mère, tandis que son père était supporter de Benfica. Il coûtait dix millions d'euros et était le deuxième transfert le plus cher de l'histoire du club qui, hormis ce dernier mois, livrait une bonne saison. Ce transfert, il le devait à Jorge Jesus, qui estimait qu'il s'enlisait en Italie. Il n'avait d'ailleurs pas été retenu pour l'EURO et n'avait rejoint l'équipe nationale qu'en 2017. Le fait qu'il revienne au Sporting était logique. Il avait vite compris qu'il s'était montré trop impulsif. Benfica avait bien tenté de profiter de la situation mais, lors de l'été 2018, il avait resigné au Sporting, où on lui proposait 1,2 million d'euros par an la première saison et deux millions la deuxième saison. En principe, il avait même droit à une prime de cinq millions net parce que, l'été dernier, le Sporting avait refusé une offre de Tottenham. Mais il refusait de faire valoir cette clause de son contrat. Le club avait des problèmes financiers et cette prime de cinq millions signifiait une dépense de 10 millions pour le club. Et Fernandes ne voulait pas le faire souffrir.