Siebe Schrijvers, DavidOkereke et Krépin Diatta viennent de rater trois occasions contre Ostende et les fans s'impatientent. Chaque semaine, ils en veulent davantage. Leur équipe joue bien et se crée des possibilités mais ce n'est pas suffisant à leurs yeux : le Club Bruges doit se montrer plus efficace.

À 2-0, alors qu'il reste 20 minutes à jouer et que le niveau du match chute, de nombreux supporters rentrent chez eux. Au moment d'entamer le temps additionnel, le stade est à moitié vide. Face aux petits clubs, les fans se comportent comme des enfants gâtés.

C'est une des raisons pour lesquelles le match d'hier à Istanbul était important : après le Nouvel An, Bruges aura besoin de nouveaux défis. Mais il n'y a pas que cela qui était en jeu.

People manager

Quand on parle avec les joueurs, on constate de plus en plus que ce qu'ils attendent de l'entraîneur, ce sont des qualités de people manager. Il doit pouvoir gérer son groupe. C'est bien plus important que l'aspect tactique et c'est étonnant car l'entraîneur n'est pas si souvent dans le vestiaire.

Le groupe a sa propre dynamique, ses leaders, ses enfants terribles. Mbaye Diagne à Bruges, Dylan Bronn à Gand, plusieurs joueurs à l'Antwerp, Elohim Rolland à Courtrai, etc... Pour les gérer, il faut pas mal de psychologie. Par le passé, Bruges envoyait les joueurs chez Rudy Heylen mais le psychologue a suivi Michel Preud'homme au Standard.

Lorsqu'il était à Bruges, il venait le vendredi et les jours de match, afin de humer l'ambiance. Au cours des premières semaines, il parlait longuement avec les nouveaux et les mettait dans des catégories de couleurs. Clement s'intéresse beaucoup à la psychologie aussi.

Après l'incident du penalty à Paris, Diagne a placé un commentaire (rapidement effacé) sur Instagram, démontrant qu'il n'avait pas changé. On a voulu nous faire croire qu'il se comportait mieux à l'entraînement mais il est impossible de vérifier car tout est désormais fermé.

Pour les gens impulsifs, les réseaux sociaux sont dangereux (ils permettent de voir qui ils sont vraiment) mais ce qui frappe le plus depuis l'incident de Paris, c'est qu'en championnat, Clement fait appel à des gens sur qui il peut compter avec certitude.

C'est peut-être un hasard - perte de forme, blessure ou bonnes prestations à l'entraînement, comme dans le cas de Siebe Schrijvers - mais peut-être pas non plus. Il est possible que Clement ait fait appel à Schrijvers plutôt qu'à un autre artiste parce qu'il veut davantage de stabilité, de certitudes, de discipline, de volonté et d'équilibre dans une équipe qui, en championnat, traverse une période sans match de haut niveau. C'est sans doute pour cela que Schrijvers a été aligné pour la troisième fois d'affilée vendredi dernier et qu'il n'a de nouveau pas déçu.

Leaders silencieux

Hier, à Istanbul, Bruges était privé pour la troisième fois de Ruud Vormer. Exclu pour deux cartes jaunes à Madrid, il a ensuite insulté l'arbitre, ce qui lui avait valu deux matches de suspension supplémentaires. On en a beaucoup moins parlé que de l'affaire Diagne mais il n'en demeure pas moins que le capitaine a laissé son équipe dans le pétrin.

Si on en a fait moins de foin, c'est parce que, pour le reste, le Néerlandais affiche une attitude irréprochable. Il est le premier à aller au charbon et est le meilleur passeur brugeois tandis que Hans Vanaken brille désormais surtout à la conclusion. En l'absence de Vormer, c'est Diatta qui se charge des phases arrêtées et à Paris, ce n'était pas bon du tout. C'est pourquoi cette suspension est aussi impardonnable que la rébellion de Diagne.

À Paris, on a traité de Vanaken de fillette, de capitaine sans c... On s'est dit qu'avec Vormer, cet incident n'aurait jamais eu lieu mais c'est loin d'être sûr. Vormer se bat sur le terrain mais ce n'est pas un grand causeur. Quand on lui pose une question, il répond brièvement ou par un clin d'oeil. Difficile de savoir ce qu'il pense vraiment.

À la télé, ça passe mais est-ce comme ça qu'on dirige un vestiaire ? Son anglais est limité, son français encore plus. Comment peut-il s'adresser aux francophones du groupe et les remettre à leur place ?

Il n'y a pas de problème dans le vestiaire de Bruges mais, comme dans tous les clubs où un groupe ethnique est fort représenté, il faut rester vigilant. Les dirigeants le savent : trop de joueurs des Balkans, c'est néfaste. Trop de Français aussi. Même trop de Belges ou de Sud-Américains. Alors, y a t-il trop d'Africains ?

Non. Sur le terrain, tout se passe bien. Ces joueurs sont suffisamment professionnels pour savoir qu'ils ont besoin les uns des autres. Le fait qu'ils soient souvent ensemble en dehors du terrain ne pose pas de problème non plus. À condition qu'il y ait beaucoup de matches, de façon à pouvoir faire tourner et à faire en sorte que chacun soit concerné. D'où l'intérêt supplémentaire du match d'hier à Galatasaray. Pas seulement pour l'argent, la mise en valeur des joueurs ou l'expérience accumulée mais tout simplement aussi pour la sérénité.

Une grande communauté ne pose pas de problème si ce groupe est dirigé par quelqu'un d'autoritaire, comme Vormer dans sa langue. C'est là que, pour les francophones, Clinton Mata a un rôle à jouer. Comme Nana Asare à Gand. Ce sont des leaders silencieux. Mata est important sur le terrain dans une défense à trois mais peut-être encore plus dans le vestiaire. Il sait parler, il a de l'expérience internationale et il ne fait pas beaucoup de bruit. Il veille à l'équilibre. Simon Mignolet peut le faire aussi mais, sur le terrain, il est confronté au problème de la distance.

100 millions d'euros

Hier, c'était l'avenir européen de Bruges mais aussi la sérénité dans le vestiaire qui étaient en jeu. Avec des joueurs imprévisibles comme Emmanuel Dennis ou Diatta. Capables du meilleur (demandez-le à Thibaut Courtois) comme du pire (Dennis aurait pu être exclu contre Ostende) mais indispensables. Avec les stars, on fait souvent de la corde raide.

Sur le plan financier aussi, le fait de passer l'hiver en Coupe d'Europe ou non a beaucoup d'importance. Le bilan de la saison 2018-2019, qui sera révélé en janvier, fera état d'une augmentation des recettes de 37 %. Bruges flirte avec les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Le record d'Anderlecht (104 millions) va bientôt voler en éclat. La saison dernière la Ligue des Champions a rapporté 30 millions d'euros, sans compter la valorisation des joueurs.

C'est pourquoi les insultes de Vormer sont regrettables. Et pourquoi Clinton Mata a beaucoup d'importance. Car c'est lui qui rappelle tout le monde à l'ordre et veille à ce que personne ne s'endorme ou ne joue sa carte personnelle. L'entraîneur ne peut pas tout faire seul. Pas même quand il s'appelle Philippe Clement.

Siebe Schrijvers, DavidOkereke et Krépin Diatta viennent de rater trois occasions contre Ostende et les fans s'impatientent. Chaque semaine, ils en veulent davantage. Leur équipe joue bien et se crée des possibilités mais ce n'est pas suffisant à leurs yeux : le Club Bruges doit se montrer plus efficace. À 2-0, alors qu'il reste 20 minutes à jouer et que le niveau du match chute, de nombreux supporters rentrent chez eux. Au moment d'entamer le temps additionnel, le stade est à moitié vide. Face aux petits clubs, les fans se comportent comme des enfants gâtés. C'est une des raisons pour lesquelles le match d'hier à Istanbul était important : après le Nouvel An, Bruges aura besoin de nouveaux défis. Mais il n'y a pas que cela qui était en jeu. Quand on parle avec les joueurs, on constate de plus en plus que ce qu'ils attendent de l'entraîneur, ce sont des qualités de people manager. Il doit pouvoir gérer son groupe. C'est bien plus important que l'aspect tactique et c'est étonnant car l'entraîneur n'est pas si souvent dans le vestiaire. Le groupe a sa propre dynamique, ses leaders, ses enfants terribles. Mbaye Diagne à Bruges, Dylan Bronn à Gand, plusieurs joueurs à l'Antwerp, Elohim Rolland à Courtrai, etc... Pour les gérer, il faut pas mal de psychologie. Par le passé, Bruges envoyait les joueurs chez Rudy Heylen mais le psychologue a suivi Michel Preud'homme au Standard. Lorsqu'il était à Bruges, il venait le vendredi et les jours de match, afin de humer l'ambiance. Au cours des premières semaines, il parlait longuement avec les nouveaux et les mettait dans des catégories de couleurs. Clement s'intéresse beaucoup à la psychologie aussi. Après l'incident du penalty à Paris, Diagne a placé un commentaire (rapidement effacé) sur Instagram, démontrant qu'il n'avait pas changé. On a voulu nous faire croire qu'il se comportait mieux à l'entraînement mais il est impossible de vérifier car tout est désormais fermé. Pour les gens impulsifs, les réseaux sociaux sont dangereux (ils permettent de voir qui ils sont vraiment) mais ce qui frappe le plus depuis l'incident de Paris, c'est qu'en championnat, Clement fait appel à des gens sur qui il peut compter avec certitude. C'est peut-être un hasard - perte de forme, blessure ou bonnes prestations à l'entraînement, comme dans le cas de Siebe Schrijvers - mais peut-être pas non plus. Il est possible que Clement ait fait appel à Schrijvers plutôt qu'à un autre artiste parce qu'il veut davantage de stabilité, de certitudes, de discipline, de volonté et d'équilibre dans une équipe qui, en championnat, traverse une période sans match de haut niveau. C'est sans doute pour cela que Schrijvers a été aligné pour la troisième fois d'affilée vendredi dernier et qu'il n'a de nouveau pas déçu. Hier, à Istanbul, Bruges était privé pour la troisième fois de Ruud Vormer. Exclu pour deux cartes jaunes à Madrid, il a ensuite insulté l'arbitre, ce qui lui avait valu deux matches de suspension supplémentaires. On en a beaucoup moins parlé que de l'affaire Diagne mais il n'en demeure pas moins que le capitaine a laissé son équipe dans le pétrin. Si on en a fait moins de foin, c'est parce que, pour le reste, le Néerlandais affiche une attitude irréprochable. Il est le premier à aller au charbon et est le meilleur passeur brugeois tandis que Hans Vanaken brille désormais surtout à la conclusion. En l'absence de Vormer, c'est Diatta qui se charge des phases arrêtées et à Paris, ce n'était pas bon du tout. C'est pourquoi cette suspension est aussi impardonnable que la rébellion de Diagne. À Paris, on a traité de Vanaken de fillette, de capitaine sans c... On s'est dit qu'avec Vormer, cet incident n'aurait jamais eu lieu mais c'est loin d'être sûr. Vormer se bat sur le terrain mais ce n'est pas un grand causeur. Quand on lui pose une question, il répond brièvement ou par un clin d'oeil. Difficile de savoir ce qu'il pense vraiment. À la télé, ça passe mais est-ce comme ça qu'on dirige un vestiaire ? Son anglais est limité, son français encore plus. Comment peut-il s'adresser aux francophones du groupe et les remettre à leur place ? Il n'y a pas de problème dans le vestiaire de Bruges mais, comme dans tous les clubs où un groupe ethnique est fort représenté, il faut rester vigilant. Les dirigeants le savent : trop de joueurs des Balkans, c'est néfaste. Trop de Français aussi. Même trop de Belges ou de Sud-Américains. Alors, y a t-il trop d'Africains ? Non. Sur le terrain, tout se passe bien. Ces joueurs sont suffisamment professionnels pour savoir qu'ils ont besoin les uns des autres. Le fait qu'ils soient souvent ensemble en dehors du terrain ne pose pas de problème non plus. À condition qu'il y ait beaucoup de matches, de façon à pouvoir faire tourner et à faire en sorte que chacun soit concerné. D'où l'intérêt supplémentaire du match d'hier à Galatasaray. Pas seulement pour l'argent, la mise en valeur des joueurs ou l'expérience accumulée mais tout simplement aussi pour la sérénité. Une grande communauté ne pose pas de problème si ce groupe est dirigé par quelqu'un d'autoritaire, comme Vormer dans sa langue. C'est là que, pour les francophones, Clinton Mata a un rôle à jouer. Comme Nana Asare à Gand. Ce sont des leaders silencieux. Mata est important sur le terrain dans une défense à trois mais peut-être encore plus dans le vestiaire. Il sait parler, il a de l'expérience internationale et il ne fait pas beaucoup de bruit. Il veille à l'équilibre. Simon Mignolet peut le faire aussi mais, sur le terrain, il est confronté au problème de la distance. Hier, c'était l'avenir européen de Bruges mais aussi la sérénité dans le vestiaire qui étaient en jeu. Avec des joueurs imprévisibles comme Emmanuel Dennis ou Diatta. Capables du meilleur (demandez-le à Thibaut Courtois) comme du pire (Dennis aurait pu être exclu contre Ostende) mais indispensables. Avec les stars, on fait souvent de la corde raide. Sur le plan financier aussi, le fait de passer l'hiver en Coupe d'Europe ou non a beaucoup d'importance. Le bilan de la saison 2018-2019, qui sera révélé en janvier, fera état d'une augmentation des recettes de 37 %. Bruges flirte avec les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Le record d'Anderlecht (104 millions) va bientôt voler en éclat. La saison dernière la Ligue des Champions a rapporté 30 millions d'euros, sans compter la valorisation des joueurs. C'est pourquoi les insultes de Vormer sont regrettables. Et pourquoi Clinton Mata a beaucoup d'importance. Car c'est lui qui rappelle tout le monde à l'ordre et veille à ce que personne ne s'endorme ou ne joue sa carte personnelle. L'entraîneur ne peut pas tout faire seul. Pas même quand il s'appelle Philippe Clement.