C'est un phénomène rare dans l'histoire du Borussia Dortmund. Après deux rencontres, un footballeur étranger y a déjà conquis les supporters. A l'issue du premier match officiel d'Axel Witsel pour Dortmund, en coupe d'Allemagne contre Fürth, pensionnaire de deuxième Bundesliga, les superlatifs ont plu. Entré à un quart d'heure du terme, il a égalisé dans les arrêts de jeu, évitant à son nouvel employeur une élimination douloureuse, puisque le Borussia s'est imposé aux prolongations.
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C'est un phénomène rare dans l'histoire du Borussia Dortmund. Après deux rencontres, un footballeur étranger y a déjà conquis les supporters. A l'issue du premier match officiel d'Axel Witsel pour Dortmund, en coupe d'Allemagne contre Fürth, pensionnaire de deuxième Bundesliga, les superlatifs ont plu. Entré à un quart d'heure du terme, il a égalisé dans les arrêts de jeu, évitant à son nouvel employeur une élimination douloureuse, puisque le Borussia s'est imposé aux prolongations. Au cours du premier match de Bundesliga, contre le RB Leipzig, sa reprise spectaculaire (3-1) a stupéfié l'assistance. Même le journal de qualité Süddeutsche Zeitung, qui n'est pas prompt à déifier les footballeurs, a parlé d'un médian qui dirigeait l'équipe comme s'il y jouait depuis des années. On vante surtout son calme. Quand l'entrejeu est lancé, Witsel distribue les ballons et dès qu'une occasion se présente, il tente sa chance. En perte de balle, il redescend immédiatement dans son camp. Il est omniprésent. Lundi dernier, le Kicker a mis Axel Witsel en une. Aura, caractère, intelligence : les qualificatifs ne manquent pas. Le magazine écrit que le Liégeois a acquis une immense popularité en l'espace de quatre semaines. Sa simplicité et son accessibilité sont particulièrement appréciées. Le magazine en question trouve aussi que c'est comme si Witsel se produisait depuis une éternité au Borussia. Il se meut dans son nouvel environnement avec l'assurance de quelqu'un qui y réside depuis des années et il parle à tout le monde. Les employés du Borussia disent n'avoir jamais vécu ça. Mais, sur le terrain, il ne reste plus la moindre trace de sa gentillesse. Là, Witsel dégage une autorité naturelle. " Il confère du caractère à notre jeu. Nous avions vraiment besoin d'un joueur comme lui ", déclare le capitaine Marco Reus. Witsel a d'emblée balayé les doutes qui l'entouraient, dans la mesure où il n'avait encore jamais évolué dans un grand championnat. Le Borussia Dortmund n'est pas un club banal. L'attachement que portent déjà les supporters à notre compatriote en dit long sur lui. Dortmund vit au rythme des Jaune et Noir. Les couleurs du Borussia sont omniprésentes en ville. Le club est toute sa fierté, unser ganzer Stolz, comme on peut le lire à la devanture de certains magasins. Dortmund respire le football, sujet numéro un de conversation. Une défaite y pèse sur le moral des gens. Les passants affichent alors une mine sombre alors qu'après une victoire, ils rayonnent de joie. Les habitants ont besoin d'être revalorisés, à cause de la désolation qui règne dans la ville. Longtemps, la Ruhr a été un poids lourd économique. Depuis la fermeture de l'industrie, la ville est en crise, elle a perdu sa fierté. Elle la cherche donc ailleurs. Au Borussia Dortmund. En ce sens, le club est un facteur d'intégration, une soupape, une sorte de religion. Chaque match est une grande fête populaire, qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Le Borussia jouit d'une admiration quasi dévote. Les joueurs y sont des héros. Le club appartient à tout le monde. Les supporters veulent une équipe qui se bat, qui transpire. Ils veulent retrouver dans leur club la mentalité ancrée dans l'âme de la ville : la sueur plutôt que le parfum, la puissance et l'abattage plutôt que la finesse et la frivolité. Il y a vingt ans, le Borussia a frôlé la faillite : après son succès en Ligue des Champions en 1997, il a investi trop d'argent dans des footballeurs. Les banquiers ont posé un diagnostic impitoyable : le club ne se trouvait pas aux soins intensifs mais dans la salle d'attente des soins palliatifs. Son entrée en bourse lui avait rapporté 140 millions, un montant qu'il avait investi dans des footballeurs chers. Par la suite, il a assaini ses finances et misé sur les jeunes. Il y a ajouté une rupture de style sur le terrain, selon la tactique prônée par Jürgen Klopp, l'entraîneur qui, trois ans après avoir quitté Dortmund, y reste admiré et apprécié. C'est tout juste si on n'a pas érigé une statue en son honneur. Jürgen Klopp prônait un football offensif, basé sur une bonne technique. Il avait formé une équipe en fonction de ces valeurs. Respect, passion et identification totale au club étaient ses mots-clefs. Il développait un football dominant, très exigeant sur le plan physique, et mettait l'accent sur la récupération, suivie par une transition rapide. Une fois le ballon reconquis, une passe suffisait pour démarquer un équipier. Klopp a surtout montré comment une ambiance positive augmentait la valeur individuelle et le rendement d'une équipe. Il motivait ses joueurs, leur insufflait son enthousiasme. À l'entraînement, il ne tolérait pas le moindre relâchement. Le Borussia de Klopp est devenu une marque, plus que jamais. Sous sa férule, le club écoulait 150.000 maillots par saison et le stade de 81.365 places était comble à chaque match. À l'époque, un million et demi de personnes ont franchi les portes du stade pour les 17 matches à domicile, un record européen qui tient toujours. Les restaurants et cafés situés aux alentours de l'enceinte ont affiché un chiffre d'affaires de vingt millions d'euros par an, rien qu'avec ces matches. Le Borussia a 3,2 millions de suiveurs sur Twitter et 15,2 millions de fans sur Facebook. L'actuel entraîneur de Liverpool a récolté du succès pendant son mandat de sept ans (2008-2015) : le titre en 2011 et 2012, la coupe en 2012. Le départ de Klopp, qui jugeait que son message ne passait plus, a semé la consternation. Le Borussia Dortmund a d'ailleurs eu du mal à se relancer. Il a bien enlevé la coupe d'Allemagne 2017 avec Thomas Tuchel, qui s'exprime comme un scientifique, mais l'entraîneur a dû quitter le club, suite à des divergences d'opinion avec l'homme fort du Borussia, Hans-Joachim Watzke. Tuchel, qui entraîne à présent le PSG, après une année sabbatique, a été relayé par le Néerlandais Peter Bosz, sans succès. Après cinq mois, il a été remplacé par l'Autrichien Peter Stöger, qui venait d'être limogé par Cologne. Il avait fait de l'excellent travail dans des conditions difficiles à Cologne mais son message n'est pas passé à Dortmund. Lucien Favre est le quatrième entraîneur depuis le départ de Klopp, le quatrième en quinze mois. Le Suisse, qui aura bientôt 61 ans, est un professeur de football. Ses méthodes ont des traits maniaques. Il insiste sur les détails et fait répéter indéfiniment certains exercices, jusqu'à ce que leur exécution soit parfaite. Mais Favre fait progresser les joueurs. C'était déjà le cas au Servette Genève, au FC Zurich, au Hertha BSC mais surtout au Borussia Mönchengladbach et durant les deux dernières saisons à Nice. Favre est un perfectionniste. Il décrit clairement ses idées - une possession contrôlée du ballon, peu d'espaces, une reconversion rapide - mais il est souple. Il veut que son équipe se développe sous tous les aspects. Reste à voir s'il disposera de temps à Dortmund, après deux années agitées. La patience n'est pas vraiment la marque de fabrique du club. Favre traîne l'image d'un homme indécis qui, au supermarché, ne peut pas se décider, entre la viande et le fromage. Cette réputation entache l'autre, qui le dépeint comme un professionnel accompli qui aime travailler avec les jeunes. Le Borussia entame une nouvelle ère. Il veut retrouver son ancienne culture footballistique. La direction s'est irritée de voir les entraîneurs précédents, Bosz et Stöger, utiliser trop peu le potentiel du noyau. La quatrième place de la saison passée, assortie in extremis d'un ticket pour la Ligue des Champions, est considérée comme une déception. Ça ne facilite pas la tâche de Lucien Favre. Il doit avant tout évacuer les déséquilibres de la saison passée : l'équipe avait alors encaissé 47 buts en championnat. L'arrivée d'Axel Witsel doit équilibrer l'entrejeu, comme le transfert du Danois Thomas Delaney, issu du Werder Brême, qui a coûté autant que Witsel : vingt millions. Au total, le Borussia a investi quelque 75 millions en joueurs cet été. Son achat le plus onéreux est le défenseur français Abdou Diallo, transféré pour 28 millions du FSV Mainz 05. Juste avant la clôture des transferts, le club a encore enrôlé l'avant espagnol Paco Alcacer, loué pour un an par Barcelone. L'argent n'est plus un problème pour le Borussia Dortmund. Son budget est maintenant de 536 millions d'euros. La saison passée, son bénéfice est passé de 8,2 à 28,4 millions, grâce à la vente de Pierre-Emerick Aubameyang (Arsenal) et Ousmane Dembélé (Barcelone), qui ont commencé à se prendre pour des vedettes, entamant l'esprit d'équipe qui a toujours été la marque de fabrique du club. Leur départ n'a pas vraiment été regretté. Lucien Favre doit donc avant tout stabiliser l'équipe et réduire l'espace entre défense et attaque. Il demande de la patience et du temps pour insuffler à l'équipe la sécurité qui lui fait défaut. Ses débuts de campagne ont été irréguliers. A domicile contre le RB Leipzig, il a été mené 0-1 mais il a retourné la situation pour s'imposer 4-1, ce qui a déclenché une euphorie prématurée. Il y a dix jours, le déplacement à Hanovre 96 a été marqué par une succession de problèmes. Le Borussia n'a pas réussi grand-chose sur le plan offensif et sa discipline de jeu n'était pas au point contre un adversaire qui s'est battu bec et ongles. Il y a eu trop peu de mouvements mais beaucoup de pertes de balle, un phénomène inquiétant. Le Borussia a jugé positif le fait de n'avoir encaissé qu'un seul but en deux matches mais il a manifestement encore beaucoup de travail. Favre va certainement réussir à lancer le moteur. C'est une question de temps. Reste à voir si le Club Bruges peut en profiter.