Sur son crâne chauve et lustré, les froncements de sourcils sont d'autant plus perceptibles pour se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond. Quand les planètes ne sont pas alignées et que le jeu de Manchester City pâlit, il ne faut pas attendre très longtemps pour voir Pep Guardiola s'affairer dans sa zone neutre pour corriger le tir. Il faut dire que même avec la constellation de stars qui lui sert de noyau, le commandant de bord sait pertinemment qu'une déviation de sa trajectoire, aussi infime soit-elle, d'un élément peut affecter l'ensemble du système.
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Sur son crâne chauve et lustré, les froncements de sourcils sont d'autant plus perceptibles pour se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond. Quand les planètes ne sont pas alignées et que le jeu de Manchester City pâlit, il ne faut pas attendre très longtemps pour voir Pep Guardiola s'affairer dans sa zone neutre pour corriger le tir. Il faut dire que même avec la constellation de stars qui lui sert de noyau, le commandant de bord sait pertinemment qu'une déviation de sa trajectoire, aussi infime soit-elle, d'un élément peut affecter l'ensemble du système. Peu adepte du pilotage automatique, Guardiola redessine souvent les plans de sa galaxie idéale, quitte à sortir de leur orbite habituelle ses joueurs les plus brillants. C'est ce qui est arrivé à quelques reprises à Bernardo Silva ces dernières saisons. Ballotté sur les flancs, en faux neuf ou juste derrière l'attaquant, le Portugais s'était un peu éteint après avoir pourtant été désigné joueur de l'année en 2018-2019. A force de séduire un entraîneur qui ne jure que par les profils interchangeables, l'ancien de Monaco s'est retrouvé dans des rôles qui n'exploitaient qu'une partie de sa panoplie.Quelle que soit la position à laquelle il est aligné, quand les regards se posent sur lui l'espace d'une rencontre, c'est presque inévitablement son habileté technique qui saute aux yeux. Alors qu'il n'avait pas émergé du banc lors de 6 des 13 derniers matchs de la saison passée, Bernardo Silva a été réintroduit dans l'équipe après la défaite inaugurale contre Tottenham en août dernier. Depuis, il a aligné 26 titularisations consécutives en championnat malgré la concurrence et l'enchaînement effréné des matchs en Premier League. Derrière cette exubérance technique qui le range dans la case des créateurs se cache un moteur qui lui permet de garder son volume de jeu et ce sang froid balle au pied là où la pression se fait la plus intense : dans l'entrejeu. C'est là que Guardiola l'a stabilisé cette saison, aux côtés de Rodrigo, lui permettant de fluidifier le jeu cityzen comme à ses plus belles heures.Redevenu le centre de gravité du jeu de City, Silva peut mettre sa science du jeu à profit pour dicter le rythme des matchs. Son entraîneur confirme ses aptitudes pour le poste : "C'est quelqu'un de très intuitif, il parcourt toujours entre 12 à 15 kilomètres par match, pas pour le plaisir de courir mais parce qu'il sait là où il doit aller". Avec une zone d'influence très large, le VIP (Very Important Portuguese) s'invite dans les hautes sphères de classements bien distincts : il est le troisième joueur de son équipe à tacler le plus, le troisième à délivrer le plus de key passes et également le troisième buteur de l'effectif de City avec 7 réalisations en championnat.Élu joueur du club lors des mois de septembre, octobre puis novembre, il est le premier à remporter trois fois de suite le suffrage, faisant coïncider son retour au premier plan avec la période qui a vu City prendre des années lumières d'avance sur ses adversaires au classement. A l'issue d'un mois de novembre particulièrement chargé en records, il est aussi devenu le joueur avec le meilleur pourcentage de victoires de l'histoire du championnat (77%)*. En cartésien rigoureux qu'il est, Guardiola a prouvé par l'absurde l'importance de conserver Silva dans cette position qui s'apparente à un numéro huit. Contre Tottenham puis à Everton, il l'a aligné respectivement comme faux numéro neuf puis sur le flanc droit. Résultat, le jeu de l'équipe était plus brouillon avec une défaite contre les Spurs et une victoire sur le fil à Goodison Park, grâce à une grossière erreur de la défense des Toffees dans les derniers instants. Dans la guerre des étoiles face à un Atlético Madrid désireux de redevenir ce mur infranchissable que l'on a connu par le passé, la présence du Portugais dans l'entrejeu cityzen pourrait bien être cruciale pour prendre le contrôle du jeu. Des mois après son changement de position, Bernardo Silva est sur le point d'achever sa révolution. *Parmi les joueurs qui ont débuté au moins 100 matchs de Premier League