La Bundesliga est incroyablement saine. Elle gère bien ses finances et accueille une moyenne quasi inégalée de plus de 40.000 spectateurs par match. Toutefois, la suprématie du Bayern Munich entame quelque peu le statut du championnat allemand. Le Rekordmeister bavarois a un budget de 600 millions, soit deux fois plus que le Borussia Dortmund, l'actuel troisième de Bundesliga, et beaucoup plus considérable que celui du deuxième, Schalke 04 (240 millions). Il faudrait que ses dirigeants, Uli Hoeness et Karl-Heinz Rummenigge, commettent de graves erreurs de gestion, ce qui est improbable, pour mettre à mal cette hégémonie.

C'est la prestation d'une équipe dont chaque maillon est important. " Hasan Salihamidzic

Ou alors une intervention extérieure ? En cette ère bavaroise, l'audimat et l'assistance fléchissent légèrement. Sky verse quand même 800 millions pour les droits de retransmission mais il n'y a plus de suspense, puisque le Bayern vient de remporter son sixième championnat d'affilée, toujours avec au moins dix unités d'avance. Il compte déjà 28 titres.

Pourtant, quand Jupp Heynckes (73 ans) est arrivé en octobre, pour relayer Carlo Ancelotti, limogé après six journées, et Willy Sagnol, qui a assuré un intérim d'un match, le Bayern comptait trois points de retard sur le Borussia Dortmund. Heynckes a immédiatement redressé la situation et achève son quatrième mandat avec autant de brio que les premiers. Hoeness aurait souhaité qu'il reste mais l'ancien attaquant a déclaré la semaine passée à Séville, à l'issue du match aller des quarts de finale de LC, qu'il n'en était pas question.

Après l'ère Udo Lattek, Heynckes a déjà conduit le Bayern aux titres 1987 et 1991. En 2009, après le renvoi de Jürgen Klinsmann, il a terminé deuxième, se qualifiant pour la LC. Deux ans plus tard, successeur de Louis van Gaal, il a encore été vice-champion avant de remporter le triplé Bundesliga-Coupe-LC en 2013, grâce à un but d' Arjen Robben (2-1 en finale contre le Borussia Dortmund. Reste à lui trouver un successeur.

Niko Kovac en pole

Niko Kovac, futur coach du Bayern ?, BELGAIMAGE
Niko Kovac, futur coach du Bayern ? © BELGAIMAGE

Thomas Tuchel a décliné mais n'était de toute façon pas apprécié par Hoeness ni les joueurs. On cite les noms de l'Autrichien Ralph Hasenhüttl (50 ans, au RB Leipzig jusqu'en 2019), du coach-laptop Julian Nagelsmann (30, TSG 1899 Hoffenheim, 2019), de Lucien Favre (60, OGC Nice, 2019, clause de départ de trois millions) et surtout d'un ancien joueur, Niko Kovac (46, Eintracht Francfort, 2019). Rummenigge a promis la nouvelle pour fin avril.

Le Bayern dénombre actuellement 4.353 clubs de supporters dans toute l'Allemagne mais la plupart de ses fans s'ennuient un peu en Bundesliga, surtout qu'ils sont soumis à des déplacements en car qui dépassent parfois les cinq heures. Pour eux, c'est la Ligue des Champions qui compte. Sinon, seuls les déplacements à Berlin, Hambourg et Cologne -ces deux clubs vont plus que probablement être directement relégués- les intéressent encore car ils peuvent en profiter pour faire un city-trip.

Le Bayern doit son succès à sa tradition et à la richesse de sa région. L'équipe est une garantie de football offensif, attractif, surtout depuis l'arrivée en 2009 du Néerlandais Louis van Gaal. Plus tard, Pep Guardiola a développé cette vision et cette saison, Jupp Heynckes l'a peaufinée afin que son équipe balaie à nouveau ses adversaires, grâce aux actions des extérieurs Franck Ribéry, Arjen Robben ou du capricieux Kingsley Coman. Le jeu n'a été moins bon que sous la direction de Carlo Ancelotti, qui avait en outre placé le chouchou du public, Thomas Müller, sur le banc plus souvent que celui-ci ne pouvait le supporter.

Sa suprématie est telle en Allemagne que le riche Bayern peut se permettre d'attirer saison après saison les meilleurs éléments de ses plus proches poursuivants, en leur offrant des contrats plus lucratifs et des défis sportifs plus relevés. Le médian créatif Mario Götze, le buteur polonais Robert Lewandowski - auteur d'un but toutes les 84 minutes jusqu'à Séville- et le défenseur central Mats Hummels ont été pris au Borussia Dortmund, tandis que le médian Sebastian Rudy, le défenseur central Niklas Süle et récemment encore l'avant Sandro Wagner sont issus du TSG 1899 Hoffenheim.

Allées et venues

Cet été, c'est au tour de l'international allemand Leon Goretzka (23 ans, 14 sélections), un médian que Schalke 04 a transféré du VfL Bochum en 2013 et qui vient de signer en Bavière pour quatre saisons. " Nous avons devancé l'élite internationale car Barcelone, le Real Madrid et Manchester United s'intéressaient à lui ", s'est vanté Rummenigge en janvier, en annonçant le transfert. Le style de jeu de Goretzka rappelle l'époque de Michael Ballack et Bastian Schweinsteiger.

L'arrière gauche espagnol Juan Bernat (25 ans), sous contrat jusqu'en 2019, a perdu sa place au profit de David Alaba et veut partir. L'international est arrivé de Valence pour dix millions en 2014. L'international allemand Jonas Hector (27 ans, 35 sélections), qui peut quitter le FC Cologne contre 7,5 millions en cas de rétrogradation du club, a le choix entre le Bayern et le Borussia Dortmund. Serge Gnabry (22 ans), loué à Hoffenheim par le Bayern mais sublime au second tour, revient à l'Allianz Arena, à laquelle il est lié jusqu'en 2020.

Le Real, lui, est disposé à abandonner la plaque tournante colombienne James Rodriguez (26 ans), louée pour treize millions, contre 42 millions. En 2014, le premier club madrilène en avait encore dépensé 75 pour le médian gaucher mais celui-ci n'a pas vraiment réussi à s'imposer. Il a disputé 111 matches pour le Real, ponctués par 36 buts et 41 assists.

Le Bayern prône l'amour du club. C'est le pilier de sa philosophie. Hoeness et Rummenigge sont d'anciens joueurs, comme le Bosnien Hasan Salihamidzic (41 ans), qui a relayé Matthias Sammer au poste de directeur technique l'été dernier. Joueur, il avait déjà enlevé six titres de 1999 à 2006 et il fête donc son premier sacre de dirigeant. " Ça ne fait pas une grande différence ", a déclaré l'ancien international. " Je suis tout aussi heureux car une fois de plus, c'est la prestation d'une équipe dont chaque maillon est important. "

Sus à la Ligue des Champions

La Champions League résiste à Ribéry et ses coéquipiers depuis 2013., BELGAIMAGE
La Champions League résiste à Ribéry et ses coéquipiers depuis 2013. © BELGAIMAGE

Maintenant, il doit rendre le Bayern performant sur la scène européenne. C'est que depuis la victoire en LC en 2013, plus aucun représentant de la Bundesliga ne s'est hissé en finale. Le championnat d'Allemagne, deuxième ou troisième pendant huit ans, est désormais quatrième derrière l'Espagne, l'Angleterre et l'Italie au classement de l'UEFA.

Les formations allemandes ne font pas le poids face à la Premier League, qui perçoit trois fois plus de droits TV. Elles ont donc dû laisser partir des noms comme Pierre-Emerick Aubameyang et Ousmane Dembélé (de Dortmund à Arsenal et Barcelone) ou Leroy Sané (de Schalke 04 à Manchester City). Pendant ce temps, le Bayern règne sans la moindre discussion sur ses terres.

Par Frédéric Vanheule

La Bundesliga est incroyablement saine. Elle gère bien ses finances et accueille une moyenne quasi inégalée de plus de 40.000 spectateurs par match. Toutefois, la suprématie du Bayern Munich entame quelque peu le statut du championnat allemand. Le Rekordmeister bavarois a un budget de 600 millions, soit deux fois plus que le Borussia Dortmund, l'actuel troisième de Bundesliga, et beaucoup plus considérable que celui du deuxième, Schalke 04 (240 millions). Il faudrait que ses dirigeants, Uli Hoeness et Karl-Heinz Rummenigge, commettent de graves erreurs de gestion, ce qui est improbable, pour mettre à mal cette hégémonie. Ou alors une intervention extérieure ? En cette ère bavaroise, l'audimat et l'assistance fléchissent légèrement. Sky verse quand même 800 millions pour les droits de retransmission mais il n'y a plus de suspense, puisque le Bayern vient de remporter son sixième championnat d'affilée, toujours avec au moins dix unités d'avance. Il compte déjà 28 titres. Pourtant, quand Jupp Heynckes (73 ans) est arrivé en octobre, pour relayer Carlo Ancelotti, limogé après six journées, et Willy Sagnol, qui a assuré un intérim d'un match, le Bayern comptait trois points de retard sur le Borussia Dortmund. Heynckes a immédiatement redressé la situation et achève son quatrième mandat avec autant de brio que les premiers. Hoeness aurait souhaité qu'il reste mais l'ancien attaquant a déclaré la semaine passée à Séville, à l'issue du match aller des quarts de finale de LC, qu'il n'en était pas question. Après l'ère Udo Lattek, Heynckes a déjà conduit le Bayern aux titres 1987 et 1991. En 2009, après le renvoi de Jürgen Klinsmann, il a terminé deuxième, se qualifiant pour la LC. Deux ans plus tard, successeur de Louis van Gaal, il a encore été vice-champion avant de remporter le triplé Bundesliga-Coupe-LC en 2013, grâce à un but d' Arjen Robben (2-1 en finale contre le Borussia Dortmund. Reste à lui trouver un successeur. Thomas Tuchel a décliné mais n'était de toute façon pas apprécié par Hoeness ni les joueurs. On cite les noms de l'Autrichien Ralph Hasenhüttl (50 ans, au RB Leipzig jusqu'en 2019), du coach-laptop Julian Nagelsmann (30, TSG 1899 Hoffenheim, 2019), de Lucien Favre (60, OGC Nice, 2019, clause de départ de trois millions) et surtout d'un ancien joueur, Niko Kovac (46, Eintracht Francfort, 2019). Rummenigge a promis la nouvelle pour fin avril. Le Bayern dénombre actuellement 4.353 clubs de supporters dans toute l'Allemagne mais la plupart de ses fans s'ennuient un peu en Bundesliga, surtout qu'ils sont soumis à des déplacements en car qui dépassent parfois les cinq heures. Pour eux, c'est la Ligue des Champions qui compte. Sinon, seuls les déplacements à Berlin, Hambourg et Cologne -ces deux clubs vont plus que probablement être directement relégués- les intéressent encore car ils peuvent en profiter pour faire un city-trip. Le Bayern doit son succès à sa tradition et à la richesse de sa région. L'équipe est une garantie de football offensif, attractif, surtout depuis l'arrivée en 2009 du Néerlandais Louis van Gaal. Plus tard, Pep Guardiola a développé cette vision et cette saison, Jupp Heynckes l'a peaufinée afin que son équipe balaie à nouveau ses adversaires, grâce aux actions des extérieurs Franck Ribéry, Arjen Robben ou du capricieux Kingsley Coman. Le jeu n'a été moins bon que sous la direction de Carlo Ancelotti, qui avait en outre placé le chouchou du public, Thomas Müller, sur le banc plus souvent que celui-ci ne pouvait le supporter. Sa suprématie est telle en Allemagne que le riche Bayern peut se permettre d'attirer saison après saison les meilleurs éléments de ses plus proches poursuivants, en leur offrant des contrats plus lucratifs et des défis sportifs plus relevés. Le médian créatif Mario Götze, le buteur polonais Robert Lewandowski - auteur d'un but toutes les 84 minutes jusqu'à Séville- et le défenseur central Mats Hummels ont été pris au Borussia Dortmund, tandis que le médian Sebastian Rudy, le défenseur central Niklas Süle et récemment encore l'avant Sandro Wagner sont issus du TSG 1899 Hoffenheim. Cet été, c'est au tour de l'international allemand Leon Goretzka (23 ans, 14 sélections), un médian que Schalke 04 a transféré du VfL Bochum en 2013 et qui vient de signer en Bavière pour quatre saisons. " Nous avons devancé l'élite internationale car Barcelone, le Real Madrid et Manchester United s'intéressaient à lui ", s'est vanté Rummenigge en janvier, en annonçant le transfert. Le style de jeu de Goretzka rappelle l'époque de Michael Ballack et Bastian Schweinsteiger. L'arrière gauche espagnol Juan Bernat (25 ans), sous contrat jusqu'en 2019, a perdu sa place au profit de David Alaba et veut partir. L'international est arrivé de Valence pour dix millions en 2014. L'international allemand Jonas Hector (27 ans, 35 sélections), qui peut quitter le FC Cologne contre 7,5 millions en cas de rétrogradation du club, a le choix entre le Bayern et le Borussia Dortmund. Serge Gnabry (22 ans), loué à Hoffenheim par le Bayern mais sublime au second tour, revient à l'Allianz Arena, à laquelle il est lié jusqu'en 2020. Le Real, lui, est disposé à abandonner la plaque tournante colombienne James Rodriguez (26 ans), louée pour treize millions, contre 42 millions. En 2014, le premier club madrilène en avait encore dépensé 75 pour le médian gaucher mais celui-ci n'a pas vraiment réussi à s'imposer. Il a disputé 111 matches pour le Real, ponctués par 36 buts et 41 assists. Le Bayern prône l'amour du club. C'est le pilier de sa philosophie. Hoeness et Rummenigge sont d'anciens joueurs, comme le Bosnien Hasan Salihamidzic (41 ans), qui a relayé Matthias Sammer au poste de directeur technique l'été dernier. Joueur, il avait déjà enlevé six titres de 1999 à 2006 et il fête donc son premier sacre de dirigeant. " Ça ne fait pas une grande différence ", a déclaré l'ancien international. " Je suis tout aussi heureux car une fois de plus, c'est la prestation d'une équipe dont chaque maillon est important. " Maintenant, il doit rendre le Bayern performant sur la scène européenne. C'est que depuis la victoire en LC en 2013, plus aucun représentant de la Bundesliga ne s'est hissé en finale. Le championnat d'Allemagne, deuxième ou troisième pendant huit ans, est désormais quatrième derrière l'Espagne, l'Angleterre et l'Italie au classement de l'UEFA. Les formations allemandes ne font pas le poids face à la Premier League, qui perçoit trois fois plus de droits TV. Elles ont donc dû laisser partir des noms comme Pierre-Emerick Aubameyang et Ousmane Dembélé (de Dortmund à Arsenal et Barcelone) ou Leroy Sané (de Schalke 04 à Manchester City). Pendant ce temps, le Bayern règne sans la moindre discussion sur ses terres. Par Frédéric Vanheule