Parfois, lorsque quelque chose ne va pas dans un script, on essaie de renforcer les éléments qui constituent l'intrigue ou de développer davantage ses personnages. C'est une bonne idée, surtout à employer au moment de la réécriture de votre scénario. Depuis des années, Michy Batshuayi (26 ans) épuise le même filon. L'histoire d'une carrière racontée à coup d'autodérision et d'émojis sourire, mais qui, à bien y regarder, commence sérieusement à manquer de temps forts. Star des réseaux sociaux, ambassadeur Marvel en Belgique, fan de Bob l'éponge, Michy Batshuayi a fait depuis longtemps le choix du storytelling. Où comment vendre au plus grand nombre une carrière désormais chroniquée à la façon d'une télénovela.

Un but face à Copenhague, en Europa League, aurait dû mettre Michy Batshuayi sur orbite. Aurait dû..., BELGAIMAGE
Un but face à Copenhague, en Europa League, aurait dû mettre Michy Batshuayi sur orbite. Aurait dû... © BELGAIMAGE

Pour y arriver, et à l'instar du Champion du monde français Benjamin Mendy de Manchester City, l'ancien Standardman a confié depuis plusieurs saisons les clés de sa communication à Sport Cover, du nom de la société créée par le Français Meïssa Ndiaye en 2006, et dont la propre charte vante la capacité à mettre " l'accent sur la gestion et la croissance de la marque et de l'image. "

Comprendre : des experts en communication payés à grands frais pour polir l'image de ceux qui les engagent. Dans leur portefeuille actuel, en plus des joueurs précités, les Monégasques Wissam Ben Yedder ou Jean-Kévin Augustin. L'historique et néo-Toulousain William Vainqueur aussi. L'ancien du Standard, qui sera d'ailleurs l'homme à la base du recrutement de Michy par Sport Cover à son départ de Liège à l'été 2014.

Le tout quelques mois après que Christophe Henrotay eut essayé lors du mercato hivernal précédent de placer le joueur à Anderlecht. Une saga qui écornera durablement l'image du Diable en Belgique, trop vite considéré comme un mercenaire après avoir déjà quitté son ancien agent José de Medina pour Henrotay un peu plus tôt.

Trop pour un joueur qui comprend rapidement l'intérêt de confier les clés de sa carrière sportive à des communicants de premier plan. Pari tenté, pari gagné. Loin désormais de cette image caricaturale du bad boy que son renvoi d'Anderlecht pour " mauvais comportement " en 2008 avait fait naître, Michy Batshuayi est aujourd'hui plus souvent présenté en adulescent léger dépourvu de l'ego hypertrophié de certains de ses semblables.

De Michy à Batsman

" Ce n'est pas une image, Michy ne s'est jamais pris au sérieux ", tente de convaincre l'un de ces hommes de l'ombre parfois cachés derrière le clavier du joueur de Chelsea. Il sait que ce n'est " que du foot ". C'est pour ça qu'il se permet certaines choses qui, si elles peuvent choquer certains, vont toujours lui paraître insignifiantes."

Sans le citer explicitement, ce proche du Michy 2.0 évoque à demi-mots le " lol " envoyé aux rumeurs de la fin du dernier mercato qui faisaient état d'un rapprochement avec Anderlecht. " Sa réaction, c'est juste une blague à la hauteur de ce bruit en total décalage avec la réalité alors que Michy s'apprêtait à rejoindre la sélection et qu'il était clair pour lui depuis des semaines que son avenir se situait à Chelsea. " Une " ineptie " qui fera quand même vrombir le téléphone du principal intéressé " 400 fois " sur la journée.

Star des réseaux, capables de feuilletonner son été comme personne, Michy se fait beaucoup plus discret sur les terrains depuis la rentrée. Ses doublés contre Grimsby Town, à Saint-Marin ou son but dimanche dernier à Southampton confirment le buteur opportuniste qu'il a toujours été, mais masquent mal un début de saison passée dans l'ombre de Tammy Abraham à Chelsea et de Romelu Lukaku en sélection.

Loin, trop loin, de ce synopsis vendu fin 2011 comme un best-seller après le premier but de Michy avec le Standard contre Copenhague en Europa League et qui devait faire de la nouvelle pépite liégeoise un attaquant de classe internationale. Entre le 18 décembre 2011 et le 19 février 2012, Michy Batshuayi devient même " Batsman " et claque 8 buts en 10 titularisations.

À l'époque comparée à Romelu Lukaku pour sa précocité, à Karim Benzema pour son profil et à Mario Balotelli dans le style, on croit Michy Batshuayi parti pour tout casser. Deux ans plus tard, il est considéré pour beaucoup comme l'option la plus crédible pour pallier le forfait de Christian Benteke pour le Mondial. L'heureux élu sera finalement Divock Origi après des play-offs de fin de saison bâclés par Michy avec le Standard. La faute à ce transfert attendu vers un grand d'Europe qui lui fait tourner la tête.

Michy Batshuayi chez les Diables : une relation compliquée., BELGAIMAGE
Michy Batshuayi chez les Diables : une relation compliquée. © BELGAIMAGE

Joker de luxe

Ce sera finalement l'OM et d'abord un statut de n°2 derrière André-Pierre Gignac. L'histoire d'un joueur qui n'est jamais vraiment le premier choix et d'une carrière qui se refuse à prendre de la hauteur. En 2018, en Russie, il devait aussi être l'homme doublure de Romelu Lukaku, mais ne décollera pas du banc contre le Japon en huitième, le Brésil en quart et l'Angleterre dans le match pour la troisième place, recevant seulement... une minute de jeu contre la France en demi.

Une mise à l'écart particulièrement mal vécue par le principal intéressé qui se considère à ce moment précis dans la forme de sa vie après six mois tonitruants au Borussia Dortmund. " Ça a été dur pour Michy, très dur, mais je dirais que depuis la débâcle en Suisse, il y a eu un tournant dans la stratégie de Roberto Martinez ", pense savoir ce proche de Batshuayi, présent en Russie. " Je crois que Martinez a compris certaines choses à Lucerne. Mais oui, c'est un secret de polichinelle de dire que Michy a souffert dans le passé du peu de considération du sélectionneur. "

À bien y regarder, l'attitude du coach espagnol n'est pas différente de celle de la majorité de ses autres mentors en club depuis le début de sa carrière. De José Riga (qui lui préférera d'abord Mémé Tchité) à Frank Lampard (avec Tammy Abraham) aujourd'hui en passant par Marcelo Bielsa (André-Pierre Gignac), Antonio Conte ( Diego Costa puis Alvaro Morata) ou Marcelino ( Santi Mina et Rodrigo).

Michy Batshuayi relayant Diego Costa : une image qu'on a souvent vue à Chelsea., BELGAIMAGE
Michy Batshuayi relayant Diego Costa : une image qu'on a souvent vue à Chelsea. © BELGAIMAGE

" C'est un non-sens de penser que Michy ne s'entend pas avec ses coachs ", défend encore l'environnement du joueur. " Tout simplement parce que c'est un gars fondamentalement positif. Et qui plaît donc à ses coachs. À l'Euro 2016, encore en charge de la Squadra, mais déjà la tête à Chelsea, Antonio Conte l'avait personnellement appelé pour lui dire de venir à Chelsea. "

Le Blues à Chelsea

La drague lourde à l'italienne fonctionne. Le 3 juillet, 48 heures après avoir sombré avec le reste de la troupe de MarcWilmots à Lille contre le pays de Galles en quart de l'EURO, Batshuayi signe un contrat de cinq ans à Chelsea contre 39 millions d'euros.

Barré par Diego Costa, le Diable déchantera rapidement, devant même attendre le 15 mai pour fêter sa première titularisation en Blues. Une saison blanche ou presque. Et le condensé en une saison d'une carrière passée à être le second choix.

Diego Costa parti, Conte choisit à l'été 2017 Alavaro Morata pour venir renforcer sa ligne d'attaque. Trop pour Michy qui mise, en janvier, sur la Bundesliga pour s'assurer une place au chaud dans le groupe de Martinez pour le Mondial. Un choix payant, mais qui ne débouchera pas sur le transfert définitif souhaité.

Ennuyé par la nomination tardive de Maurizio Sarri à Chelsea dans la foulée, Michy Batshuayi doit une nouvelle fois faire avec le peu de confiance d'un coach qui lui préfère la doublette Olivier Giroud - Alvaro Morata et l'envoie pour un an du côté de Valence. Son quatrième grand championnat - après la France, l'Angleterre et l'Allemagne - en un peu plus de deux saisons !

Mais le premier flop. La ville des chauves-souris ne convient pas à Batsman. La faute à Marcelino, cet entraîneur asturien limogé le 11 septembre dernier et qui confinera rapidement Michy au petit banc. Après des années à opérer seul en pointe, le Diable tarde à se faire au système à deux attaquants de l'énigmatique coach espagnol, disciple égaré de Bielsa et adepte d'un football rapide et vertical ou chaque ligne de course se doit de répondre à un plan strict.

Une exigence tactique qui bride Michy, déjà tourneboulé par ces séances d'entraînement à la réputation militaire et à l'hygiène alimentaire requise par un coach absolutiste dans sa quête de perfection. Allant même jusqu'à faire la misère un jour au Belge pour une gaufre avalée à la sortie d'un entraînement.

Homme-but à Palace

La rupture progressive du contrat de confiance entre les deux était donc inéluctable. Fin décembre, le divorce est définitivement consommé et la solution toute trouvée. Trop cher pour cirer le banc, le joueur de Chelsea était arrivé avec son contrat répondant aux normes anglaises et avait donc le plus gros salaire du vestiaire. Du coup, retour à Chelsea. La faute à ce contexte économico-sportif délicat et aux tensions nées de l'incompatibilité aussi bien tactique que d'humeur entre Marcelino et Batshuayi.

Michy rebondira donc à Crystal Palace. Un club dans la plus pure tradition british, drivé par un coach, Roy Hodgson, qui comme Batsman ne s'épanouit que dans l'urgence. En quatre mois et huit titularisations en Premier League, le Belge score cinq fois et redevient l'homme but souriant qui agite la toile.

" Et encore, les seules fois où il ne jouait pas, c'était une fois le maintien acquis et pour relancer l'actif financier que représentait Benteke ", lâche, pragmatique, ce même proche du joueur.

" L'an dernier, il nous a apporté son expérience à une époque où tout le groupe était dans le doute ", témoigne, lui, à visage découvert le Français de Palace Mamadou Sakho. "Parce qu'il a déjà beaucoup voyagé, connu beaucoup de vestiaires et qu'il a en lui cette capacité d'adaptation ultra rapide. Mais ça, c'est parce que Michy, c'est une personnalité à part. On oublie parfois que nous, les footballeurs, on est des gars souvent très jeunes avec des vies de vieux.

Un travail, une ville et des coéquipiers qu'on ne connaît pas... Certains ont du mal avec ça, pas Michy. Sa force, c'est qu'il en a vu plus à 26 ans que certains dans toute une carrière. Et c'est ce qui lui permet de s'imposer partout où il passe. Plus que son anglais en tout cas (rires)."

Prédateur bicéphale

Ça tombe bien, à Londres, le Diable retrouve une bonne bande de francophones dans un groupe composé de Wilfried Zaha, Jordan Ayew, Yohan Cabaye, Pape Souare et donc Christian Benteke. De Cheikhou Kouyaté aussi, cet ancien Anderlechtois croisé dans une autre vie les soirs de Clasico.

" Je n'ai plus reconnu le gamin du Standard qui souriait tout le temps, même quand il ne fallait pas (rires). Non, ici, quand il ne marquait pas, il était capable de râler pendant de longues minutes. Ça en dit beaucoup sur son changement de tempérament. À l'entraînement, c'est pareil.

L'an dernier, il s'imposait des séances supplémentaires de tirs quand nous étions déjà sous la douche. Du coup, aujourd'hui, je dirais qu'il a deux facettes. Autant c'est un déconneur en dehors du terrain, autant sur le terrain, il a une capacité à se concentrer très vite qui impressionne. En fait, c'est comme si c'était devenu un tueur."

Un prédateur à deux visages. Bourreau chirurgical les soirs de match, mais instagrameur en goguette la plupart du temps. Backpacker aussi. Cet été, Michy Batshuayi aurait ainsi pu rejoindre Jürgen Klinsmann, Christian Poulsen et Florin Raducioiu en devenant le quatrième joueur à évoluer dans les cinq grands championnats en carrière.

Malheureusement pour lui, le pressing de la Roma, aussi bien intéressé par un prêt que par un transfert définitif, n'incitera pas Chelsea, interdit de recrutement jusqu'en juin 2020 par la Fédération internationale, à céder un joueur habitué à jouer les utilités.

À Monaco, à Séville - qui cherchait un successeur à Ben Yedder (parti à Monaco) - ou à Everton - où l'entraîneur Marco Silva n'a jamais caché qu'il avait un faible pour le Diable - aussi l'arrivée de Michy aurait été vue d'un bon oeil, mais le N°23 des Blues ne recevra jamais de bon de sortie.

De toute façon, la version officielle raconte que c'est avant tout un choix du joueur d'être resté à quai, lui qui aurait expliqué clairement cet été à MarinaGranovskaia, directrice des Blues, qu'il ne voyait pas son avenir ailleurs qu'à Chelsea.

Plus un gamin

C'est que, plus que jamais, l'habituel supersub pensait partir avec de bonnes chances de s'imposer comme numéro 1 face à la concurrence a priori pas insurmontable du jeune Tammy Abraham et d'Olivier Giroud. C'était probablement sans compter sur les débuts en fanfare du premier cité en Premier League (8 buts). Et l'entêtement des Blues à faire du second leur Mister Europe.

" Je suis persuadé que s'il reçoit le temps de jeu qu'il mérite, il va finir par s'imposer à Chelsea ", soutient encore pour sa part Cheikhou Kouyaté. "J'insiste un peu, mais Michy, ce n'est plus un gamin. Mentalement, il est devenu hyper costaud ! En fait, c'est vraiment dommage, mais pour l'instant, il n'est pas justement récompensé de tout ce qu'il fait..."

Dans les mauvais feuilletons, il arrive encore que l'on confonde la fin du second acte et le climax. Parce que quand on a tué la moitié des personnages, on se demande souvent ce qu'on va bien pouvoir écrire par la suite. A 26 ans, Michy Batshuayi a au moins pour lui de ne pas devoir se poser toutes ces questions. Parce que pour lui, clairement, tout reste encore à écrire.

© PG
Parfois, lorsque quelque chose ne va pas dans un script, on essaie de renforcer les éléments qui constituent l'intrigue ou de développer davantage ses personnages. C'est une bonne idée, surtout à employer au moment de la réécriture de votre scénario. Depuis des années, Michy Batshuayi (26 ans) épuise le même filon. L'histoire d'une carrière racontée à coup d'autodérision et d'émojis sourire, mais qui, à bien y regarder, commence sérieusement à manquer de temps forts. Star des réseaux sociaux, ambassadeur Marvel en Belgique, fan de Bob l'éponge, Michy Batshuayi a fait depuis longtemps le choix du storytelling. Où comment vendre au plus grand nombre une carrière désormais chroniquée à la façon d'une télénovela. Pour y arriver, et à l'instar du Champion du monde français Benjamin Mendy de Manchester City, l'ancien Standardman a confié depuis plusieurs saisons les clés de sa communication à Sport Cover, du nom de la société créée par le Français Meïssa Ndiaye en 2006, et dont la propre charte vante la capacité à mettre " l'accent sur la gestion et la croissance de la marque et de l'image. " Comprendre : des experts en communication payés à grands frais pour polir l'image de ceux qui les engagent. Dans leur portefeuille actuel, en plus des joueurs précités, les Monégasques Wissam Ben Yedder ou Jean-Kévin Augustin. L'historique et néo-Toulousain William Vainqueur aussi. L'ancien du Standard, qui sera d'ailleurs l'homme à la base du recrutement de Michy par Sport Cover à son départ de Liège à l'été 2014. Le tout quelques mois après que Christophe Henrotay eut essayé lors du mercato hivernal précédent de placer le joueur à Anderlecht. Une saga qui écornera durablement l'image du Diable en Belgique, trop vite considéré comme un mercenaire après avoir déjà quitté son ancien agent José de Medina pour Henrotay un peu plus tôt. Trop pour un joueur qui comprend rapidement l'intérêt de confier les clés de sa carrière sportive à des communicants de premier plan. Pari tenté, pari gagné. Loin désormais de cette image caricaturale du bad boy que son renvoi d'Anderlecht pour " mauvais comportement " en 2008 avait fait naître, Michy Batshuayi est aujourd'hui plus souvent présenté en adulescent léger dépourvu de l'ego hypertrophié de certains de ses semblables. " Ce n'est pas une image, Michy ne s'est jamais pris au sérieux ", tente de convaincre l'un de ces hommes de l'ombre parfois cachés derrière le clavier du joueur de Chelsea. Il sait que ce n'est " que du foot ". C'est pour ça qu'il se permet certaines choses qui, si elles peuvent choquer certains, vont toujours lui paraître insignifiantes." Sans le citer explicitement, ce proche du Michy 2.0 évoque à demi-mots le " lol " envoyé aux rumeurs de la fin du dernier mercato qui faisaient état d'un rapprochement avec Anderlecht. " Sa réaction, c'est juste une blague à la hauteur de ce bruit en total décalage avec la réalité alors que Michy s'apprêtait à rejoindre la sélection et qu'il était clair pour lui depuis des semaines que son avenir se situait à Chelsea. " Une " ineptie " qui fera quand même vrombir le téléphone du principal intéressé " 400 fois " sur la journée. Star des réseaux, capables de feuilletonner son été comme personne, Michy se fait beaucoup plus discret sur les terrains depuis la rentrée. Ses doublés contre Grimsby Town, à Saint-Marin ou son but dimanche dernier à Southampton confirment le buteur opportuniste qu'il a toujours été, mais masquent mal un début de saison passée dans l'ombre de Tammy Abraham à Chelsea et de Romelu Lukaku en sélection. Loin, trop loin, de ce synopsis vendu fin 2011 comme un best-seller après le premier but de Michy avec le Standard contre Copenhague en Europa League et qui devait faire de la nouvelle pépite liégeoise un attaquant de classe internationale. Entre le 18 décembre 2011 et le 19 février 2012, Michy Batshuayi devient même " Batsman " et claque 8 buts en 10 titularisations. À l'époque comparée à Romelu Lukaku pour sa précocité, à Karim Benzema pour son profil et à Mario Balotelli dans le style, on croit Michy Batshuayi parti pour tout casser. Deux ans plus tard, il est considéré pour beaucoup comme l'option la plus crédible pour pallier le forfait de Christian Benteke pour le Mondial. L'heureux élu sera finalement Divock Origi après des play-offs de fin de saison bâclés par Michy avec le Standard. La faute à ce transfert attendu vers un grand d'Europe qui lui fait tourner la tête. Ce sera finalement l'OM et d'abord un statut de n°2 derrière André-Pierre Gignac. L'histoire d'un joueur qui n'est jamais vraiment le premier choix et d'une carrière qui se refuse à prendre de la hauteur. En 2018, en Russie, il devait aussi être l'homme doublure de Romelu Lukaku, mais ne décollera pas du banc contre le Japon en huitième, le Brésil en quart et l'Angleterre dans le match pour la troisième place, recevant seulement... une minute de jeu contre la France en demi. Une mise à l'écart particulièrement mal vécue par le principal intéressé qui se considère à ce moment précis dans la forme de sa vie après six mois tonitruants au Borussia Dortmund. " Ça a été dur pour Michy, très dur, mais je dirais que depuis la débâcle en Suisse, il y a eu un tournant dans la stratégie de Roberto Martinez ", pense savoir ce proche de Batshuayi, présent en Russie. " Je crois que Martinez a compris certaines choses à Lucerne. Mais oui, c'est un secret de polichinelle de dire que Michy a souffert dans le passé du peu de considération du sélectionneur. " À bien y regarder, l'attitude du coach espagnol n'est pas différente de celle de la majorité de ses autres mentors en club depuis le début de sa carrière. De José Riga (qui lui préférera d'abord Mémé Tchité) à Frank Lampard (avec Tammy Abraham) aujourd'hui en passant par Marcelo Bielsa (André-Pierre Gignac), Antonio Conte ( Diego Costa puis Alvaro Morata) ou Marcelino ( Santi Mina et Rodrigo). " C'est un non-sens de penser que Michy ne s'entend pas avec ses coachs ", défend encore l'environnement du joueur. " Tout simplement parce que c'est un gars fondamentalement positif. Et qui plaît donc à ses coachs. À l'Euro 2016, encore en charge de la Squadra, mais déjà la tête à Chelsea, Antonio Conte l'avait personnellement appelé pour lui dire de venir à Chelsea. " La drague lourde à l'italienne fonctionne. Le 3 juillet, 48 heures après avoir sombré avec le reste de la troupe de MarcWilmots à Lille contre le pays de Galles en quart de l'EURO, Batshuayi signe un contrat de cinq ans à Chelsea contre 39 millions d'euros. Barré par Diego Costa, le Diable déchantera rapidement, devant même attendre le 15 mai pour fêter sa première titularisation en Blues. Une saison blanche ou presque. Et le condensé en une saison d'une carrière passée à être le second choix. Diego Costa parti, Conte choisit à l'été 2017 Alavaro Morata pour venir renforcer sa ligne d'attaque. Trop pour Michy qui mise, en janvier, sur la Bundesliga pour s'assurer une place au chaud dans le groupe de Martinez pour le Mondial. Un choix payant, mais qui ne débouchera pas sur le transfert définitif souhaité. Ennuyé par la nomination tardive de Maurizio Sarri à Chelsea dans la foulée, Michy Batshuayi doit une nouvelle fois faire avec le peu de confiance d'un coach qui lui préfère la doublette Olivier Giroud - Alvaro Morata et l'envoie pour un an du côté de Valence. Son quatrième grand championnat - après la France, l'Angleterre et l'Allemagne - en un peu plus de deux saisons ! Mais le premier flop. La ville des chauves-souris ne convient pas à Batsman. La faute à Marcelino, cet entraîneur asturien limogé le 11 septembre dernier et qui confinera rapidement Michy au petit banc. Après des années à opérer seul en pointe, le Diable tarde à se faire au système à deux attaquants de l'énigmatique coach espagnol, disciple égaré de Bielsa et adepte d'un football rapide et vertical ou chaque ligne de course se doit de répondre à un plan strict. Une exigence tactique qui bride Michy, déjà tourneboulé par ces séances d'entraînement à la réputation militaire et à l'hygiène alimentaire requise par un coach absolutiste dans sa quête de perfection. Allant même jusqu'à faire la misère un jour au Belge pour une gaufre avalée à la sortie d'un entraînement. La rupture progressive du contrat de confiance entre les deux était donc inéluctable. Fin décembre, le divorce est définitivement consommé et la solution toute trouvée. Trop cher pour cirer le banc, le joueur de Chelsea était arrivé avec son contrat répondant aux normes anglaises et avait donc le plus gros salaire du vestiaire. Du coup, retour à Chelsea. La faute à ce contexte économico-sportif délicat et aux tensions nées de l'incompatibilité aussi bien tactique que d'humeur entre Marcelino et Batshuayi. Michy rebondira donc à Crystal Palace. Un club dans la plus pure tradition british, drivé par un coach, Roy Hodgson, qui comme Batsman ne s'épanouit que dans l'urgence. En quatre mois et huit titularisations en Premier League, le Belge score cinq fois et redevient l'homme but souriant qui agite la toile. " Et encore, les seules fois où il ne jouait pas, c'était une fois le maintien acquis et pour relancer l'actif financier que représentait Benteke ", lâche, pragmatique, ce même proche du joueur. " L'an dernier, il nous a apporté son expérience à une époque où tout le groupe était dans le doute ", témoigne, lui, à visage découvert le Français de Palace Mamadou Sakho. "Parce qu'il a déjà beaucoup voyagé, connu beaucoup de vestiaires et qu'il a en lui cette capacité d'adaptation ultra rapide. Mais ça, c'est parce que Michy, c'est une personnalité à part. On oublie parfois que nous, les footballeurs, on est des gars souvent très jeunes avec des vies de vieux. Un travail, une ville et des coéquipiers qu'on ne connaît pas... Certains ont du mal avec ça, pas Michy. Sa force, c'est qu'il en a vu plus à 26 ans que certains dans toute une carrière. Et c'est ce qui lui permet de s'imposer partout où il passe. Plus que son anglais en tout cas (rires)." Ça tombe bien, à Londres, le Diable retrouve une bonne bande de francophones dans un groupe composé de Wilfried Zaha, Jordan Ayew, Yohan Cabaye, Pape Souare et donc Christian Benteke. De Cheikhou Kouyaté aussi, cet ancien Anderlechtois croisé dans une autre vie les soirs de Clasico. " Je n'ai plus reconnu le gamin du Standard qui souriait tout le temps, même quand il ne fallait pas (rires). Non, ici, quand il ne marquait pas, il était capable de râler pendant de longues minutes. Ça en dit beaucoup sur son changement de tempérament. À l'entraînement, c'est pareil. L'an dernier, il s'imposait des séances supplémentaires de tirs quand nous étions déjà sous la douche. Du coup, aujourd'hui, je dirais qu'il a deux facettes. Autant c'est un déconneur en dehors du terrain, autant sur le terrain, il a une capacité à se concentrer très vite qui impressionne. En fait, c'est comme si c'était devenu un tueur." Un prédateur à deux visages. Bourreau chirurgical les soirs de match, mais instagrameur en goguette la plupart du temps. Backpacker aussi. Cet été, Michy Batshuayi aurait ainsi pu rejoindre Jürgen Klinsmann, Christian Poulsen et Florin Raducioiu en devenant le quatrième joueur à évoluer dans les cinq grands championnats en carrière. Malheureusement pour lui, le pressing de la Roma, aussi bien intéressé par un prêt que par un transfert définitif, n'incitera pas Chelsea, interdit de recrutement jusqu'en juin 2020 par la Fédération internationale, à céder un joueur habitué à jouer les utilités. À Monaco, à Séville - qui cherchait un successeur à Ben Yedder (parti à Monaco) - ou à Everton - où l'entraîneur Marco Silva n'a jamais caché qu'il avait un faible pour le Diable - aussi l'arrivée de Michy aurait été vue d'un bon oeil, mais le N°23 des Blues ne recevra jamais de bon de sortie. De toute façon, la version officielle raconte que c'est avant tout un choix du joueur d'être resté à quai, lui qui aurait expliqué clairement cet été à MarinaGranovskaia, directrice des Blues, qu'il ne voyait pas son avenir ailleurs qu'à Chelsea. C'est que, plus que jamais, l'habituel supersub pensait partir avec de bonnes chances de s'imposer comme numéro 1 face à la concurrence a priori pas insurmontable du jeune Tammy Abraham et d'Olivier Giroud. C'était probablement sans compter sur les débuts en fanfare du premier cité en Premier League (8 buts). Et l'entêtement des Blues à faire du second leur Mister Europe. " Je suis persuadé que s'il reçoit le temps de jeu qu'il mérite, il va finir par s'imposer à Chelsea ", soutient encore pour sa part Cheikhou Kouyaté. "J'insiste un peu, mais Michy, ce n'est plus un gamin. Mentalement, il est devenu hyper costaud ! En fait, c'est vraiment dommage, mais pour l'instant, il n'est pas justement récompensé de tout ce qu'il fait..." Dans les mauvais feuilletons, il arrive encore que l'on confonde la fin du second acte et le climax. Parce que quand on a tué la moitié des personnages, on se demande souvent ce qu'on va bien pouvoir écrire par la suite. A 26 ans, Michy Batshuayi a au moins pour lui de ne pas devoir se poser toutes ces questions. Parce que pour lui, clairement, tout reste encore à écrire.