Une Vieille Dame à bout de souffle

Cela devait bien arriver un jour. La Juventus est tombée de son piédestal. Reine d'Italie pendant neuf ans, la Vieille Dame succombe finalement à ses blessures. Si Maurizio Sarri avait réussi à repousser péniblement les bombardements adverses l'an dernier, la troupe d'Andrea Pirlo a complètement explosé. Une chute douloureuse hors du podium dans une année floquée "Super League", les Turinois sont à la croisée des chemins.

Si Pirlo n'est pas le seul responsable, les chiffres sont accablants pour le Métronome. Forteresse imprenable depuis son inauguration en 2011, l'Allianz Stadium ne fait plus peur. Jamais les Bianconeri n'avaient connu trois fois la défaite dans leur nouvel antre au cours de la même saison. Pire, l'une d'entre elles porte la griffe du rival interiste. 0-3. Une humiliation inacceptable pour un club de ce standing.

Cependant, remettre toute sur la faute sur l'entraineur parait beaucoup trop facile. Beaucoup pointent du doigt le manque d'expérience de Pirlo mais ce n'est pas lui qui a décidé de prendre les rênes de l'équipe première. Initialement nommé à la tête des U23, l'Italien se voit catapulté, à sa plus grande surprise, à la tête du nonuple tenant du titre de Série A. Un cadeau empoisonné signé Andrea Agnelli avec les salutations de Pavel Nedved.

Très osée, l'idée n'en est pas moins sexy. Andrea Pirlo doit recolorer une toile turinoise qui a pris la poussière depuis quelques années. Si le coup de pinceau de Massimiliano Allegri était efficace, le dessin final n'était qu'un trompe-l'oeil.

Ces deux dernières saisons, l'opération séduction post-Allegri de la Vieille Dame est un cuisant échec pour la direction. La Juve ne joue pas mieux. Pire, elle ne gagne plus. Pirlo s'est heurté aux mêmes difficultés que Sarri l'an dernier. Mais l'un avait conservé le Scudetto. Pas l'autre.

L'Inter, onze ans après

22 Mai 2010. Santiago Bernabéu. 22h10. Diego Milito détruit le rein de Daniel van Buyten et s'en va inscrire le but du KO. L'Inter parachève une saison monumentale et s'installe sur le toit de l'Europe. Une année pendant laquelle la bande à José Mourinho aura tout croqué. Du caviar à volonté via Wesley Sneijder, des pralines argentines pour Il Principe. L'équipe milanaise n'a jamais été aussi forte. Après une Coupe du monde des clubs et une Coupe d'Italie dans la foulée, s'ensuivra une traversée du désert longue de onze ans. Sans titre. Sans saveur.

Les successeurs se sont fait attendre mais ils sont bien là. L'architecte du projet se nomme Antonio Conte. L'Italien, qui a fait des pieds et des mains pour s'offrir les services de Romelu Lukaku en août 2019, Conte énormément sur l'attaquant belge. L'entraineur sait que dans son 3-5-2 fétiche, l'ex-Anderlechtois est indispensable. Associé au très remuant Lautaro Martinez, avec qui la complémentarité saute aux yeux, Rom est dans la forme de sa vie. Meilleur buteur (24), meilleur passeur (11), la pierre angulaire du projet d'Antonio justifie les attentes placées en lui.

La campagne 2020-2021 des Nerazzurri n'est cependant pas parfaite. Début novembre, l'équipe affiche un maigre 12/21 en championnat tandis que la campagne en Champion's League est une catastrophe. Fidèle à lui-même dans ces cas-là, Antonio Conte rappelle à ses joueurs que seules les victoires comptent. Il veut des guerriers.

Message reçu cinq sur cinq par le groupe. La triplette défensive Bastoni - De Vrij - Škriniar écoeure les attaquants adverses. Le but défendu par Samir Handanovic semble inaccessible. Les fondations de la maison interiste sont solides. Dans l'entrejeu, Nicolò Barella explose aux yeux du monde entier. Le milieu italien avale les kilomètres comme personne. Sa présence aux quatre coins du terrain ne l'empêche toutefois pas d'être décisif en zone de conclusion. En atteste sa masterclass contre la Juve en Janvier dernier.

Comment ne pas citer Achraf Hakimi et Christian Eriksen ? Si le TGV marocain s'est acclimaté vitesse grand V, inscrivant sept buts et huit passes décisives au coeur d'un système lui convenant à merveille, le Danois a mis plus de temps. Il aura fallu attendre une prune dans la lucarne lors du derby milanais fin janvier en Coppa Italia pour lui redonner la banane. Pas étonnant que le déclic vienne d'un coup franc pour l'ancien des Spurs. Chrsitian, très peu utilisé jusque-là, ne sortira plus de l'équipe.

Le 2 mai, l'Atalanta concède le nul sur la pelouse de Sassuolo. L'Inter, au terme d'une deuxième partie de saison incroyable (14 victoires et 4 nuls sur les 18 derniers matchs) remporte son 19èmeScudetto. Onze ans après le dernier. Signe du destin, Antonio Conte anéantit l'hégémonie turinoise qu'il avait lui-même commencé en 2012. 3282 jours plus tard.

Sassuolo, injustement recalé

Véritable poésie dans un paysage footballistique italien trop souvent pragmatique, le jeu développé par les hommes de Roberto De Zerbi est une ode à la possession de balle, à la créativité. Depuis trois ans, à l'instar de l'Atalanta, Sassuolo présente un des plus beaux footballs pratiqués en Série A. Une identité esthétique aux idées claires et limpides. Pour le plaisir des yeux. Du jeu.

Les phases de transitions offensives des Neroverdi sont réglées comme du papier à musique. Pour que le concert débute, un élément est indispensable : le mouvement des musiciens. Le maestro De Zerbi demande un quadrillage sans faille de la scène. La note finale consiste à isoler un des virtuoses offensifs en position dominante dans la partie de terrain adverse.

Pour rendre cette occupation territoriale efficace, l'équipe met le pied sur le ballon. A chaque match. Contre n'importe qui. Avec 58,2% de moyenne cette saison, Sassuolo est l'équipe de Série A qui présente le plus haut taux de possession de balle. Elle se classe même septième en Europe dans ce classement, devançant des ogres tels le Bayern Munich et le Real Madrid. Plus frappant encore, Berardi & Co affiche un taux ahurissant de 87,8% de passes réussies. Un chiffre glaçant au vu de la part de risques que comporte le jeu prôné par le coach italien et de son péché mignon, la création de triangles via des déviations en une touche.

Malheureusement pour les tifosi Neroverdi, beauté ne rime pas toujours avec efficacité. Par moment, on est même plus du côté de la naïveté. 64 buts marqués, ce qui en fait la septième meilleure attaque, pour 56 buts encaissés. Lorsque le déséquilibre provoqué volontairement en possession ne peut plus être assumé défensivement, l'équipe s'écroule. Voilà tout le contraste d'une équipe huitième, ex-aequo avec la Roma, à qui l'Europe échappe pour une histoire de deux petits buts. La déception de trop pour Roberto De Zerbi qui s'en ira au Shakhtar Donetsk l'année prochaine.

Par Valentin Raskin

Cela devait bien arriver un jour. La Juventus est tombée de son piédestal. Reine d'Italie pendant neuf ans, la Vieille Dame succombe finalement à ses blessures. Si Maurizio Sarri avait réussi à repousser péniblement les bombardements adverses l'an dernier, la troupe d'Andrea Pirlo a complètement explosé. Une chute douloureuse hors du podium dans une année floquée "Super League", les Turinois sont à la croisée des chemins. Si Pirlo n'est pas le seul responsable, les chiffres sont accablants pour le Métronome. Forteresse imprenable depuis son inauguration en 2011, l'Allianz Stadium ne fait plus peur. Jamais les Bianconeri n'avaient connu trois fois la défaite dans leur nouvel antre au cours de la même saison. Pire, l'une d'entre elles porte la griffe du rival interiste. 0-3. Une humiliation inacceptable pour un club de ce standing.Cependant, remettre toute sur la faute sur l'entraineur parait beaucoup trop facile. Beaucoup pointent du doigt le manque d'expérience de Pirlo mais ce n'est pas lui qui a décidé de prendre les rênes de l'équipe première. Initialement nommé à la tête des U23, l'Italien se voit catapulté, à sa plus grande surprise, à la tête du nonuple tenant du titre de Série A. Un cadeau empoisonné signé Andrea Agnelli avec les salutations de Pavel Nedved. Très osée, l'idée n'en est pas moins sexy. Andrea Pirlo doit recolorer une toile turinoise qui a pris la poussière depuis quelques années. Si le coup de pinceau de Massimiliano Allegri était efficace, le dessin final n'était qu'un trompe-l'oeil. Ces deux dernières saisons, l'opération séduction post-Allegri de la Vieille Dame est un cuisant échec pour la direction. La Juve ne joue pas mieux. Pire, elle ne gagne plus. Pirlo s'est heurté aux mêmes difficultés que Sarri l'an dernier. Mais l'un avait conservé le Scudetto. Pas l'autre. 22 Mai 2010. Santiago Bernabéu. 22h10. Diego Milito détruit le rein de Daniel van Buyten et s'en va inscrire le but du KO. L'Inter parachève une saison monumentale et s'installe sur le toit de l'Europe. Une année pendant laquelle la bande à José Mourinho aura tout croqué. Du caviar à volonté via Wesley Sneijder, des pralines argentines pour Il Principe. L'équipe milanaise n'a jamais été aussi forte. Après une Coupe du monde des clubs et une Coupe d'Italie dans la foulée, s'ensuivra une traversée du désert longue de onze ans. Sans titre. Sans saveur. Les successeurs se sont fait attendre mais ils sont bien là. L'architecte du projet se nomme Antonio Conte. L'Italien, qui a fait des pieds et des mains pour s'offrir les services de Romelu Lukaku en août 2019, Conte énormément sur l'attaquant belge. L'entraineur sait que dans son 3-5-2 fétiche, l'ex-Anderlechtois est indispensable. Associé au très remuant Lautaro Martinez, avec qui la complémentarité saute aux yeux, Rom est dans la forme de sa vie. Meilleur buteur (24), meilleur passeur (11), la pierre angulaire du projet d'Antonio justifie les attentes placées en lui. La campagne 2020-2021 des Nerazzurri n'est cependant pas parfaite. Début novembre, l'équipe affiche un maigre 12/21 en championnat tandis que la campagne en Champion's League est une catastrophe. Fidèle à lui-même dans ces cas-là, Antonio Conte rappelle à ses joueurs que seules les victoires comptent. Il veut des guerriers. Message reçu cinq sur cinq par le groupe. La triplette défensive Bastoni - De Vrij - Škriniar écoeure les attaquants adverses. Le but défendu par Samir Handanovic semble inaccessible. Les fondations de la maison interiste sont solides. Dans l'entrejeu, Nicolò Barella explose aux yeux du monde entier. Le milieu italien avale les kilomètres comme personne. Sa présence aux quatre coins du terrain ne l'empêche toutefois pas d'être décisif en zone de conclusion. En atteste sa masterclass contre la Juve en Janvier dernier. Comment ne pas citer Achraf Hakimi et Christian Eriksen ? Si le TGV marocain s'est acclimaté vitesse grand V, inscrivant sept buts et huit passes décisives au coeur d'un système lui convenant à merveille, le Danois a mis plus de temps. Il aura fallu attendre une prune dans la lucarne lors du derby milanais fin janvier en Coppa Italia pour lui redonner la banane. Pas étonnant que le déclic vienne d'un coup franc pour l'ancien des Spurs. Chrsitian, très peu utilisé jusque-là, ne sortira plus de l'équipe. Le 2 mai, l'Atalanta concède le nul sur la pelouse de Sassuolo. L'Inter, au terme d'une deuxième partie de saison incroyable (14 victoires et 4 nuls sur les 18 derniers matchs) remporte son 19èmeScudetto. Onze ans après le dernier. Signe du destin, Antonio Conte anéantit l'hégémonie turinoise qu'il avait lui-même commencé en 2012. 3282 jours plus tard. Véritable poésie dans un paysage footballistique italien trop souvent pragmatique, le jeu développé par les hommes de Roberto De Zerbi est une ode à la possession de balle, à la créativité. Depuis trois ans, à l'instar de l'Atalanta, Sassuolo présente un des plus beaux footballs pratiqués en Série A. Une identité esthétique aux idées claires et limpides. Pour le plaisir des yeux. Du jeu. Les phases de transitions offensives des Neroverdi sont réglées comme du papier à musique. Pour que le concert débute, un élément est indispensable : le mouvement des musiciens. Le maestro De Zerbi demande un quadrillage sans faille de la scène. La note finale consiste à isoler un des virtuoses offensifs en position dominante dans la partie de terrain adverse. Pour rendre cette occupation territoriale efficace, l'équipe met le pied sur le ballon. A chaque match. Contre n'importe qui. Avec 58,2% de moyenne cette saison, Sassuolo est l'équipe de Série A qui présente le plus haut taux de possession de balle. Elle se classe même septième en Europe dans ce classement, devançant des ogres tels le Bayern Munich et le Real Madrid. Plus frappant encore, Berardi & Co affiche un taux ahurissant de 87,8% de passes réussies. Un chiffre glaçant au vu de la part de risques que comporte le jeu prôné par le coach italien et de son péché mignon, la création de triangles via des déviations en une touche.Malheureusement pour les tifosi Neroverdi, beauté ne rime pas toujours avec efficacité. Par moment, on est même plus du côté de la naïveté. 64 buts marqués, ce qui en fait la septième meilleure attaque, pour 56 buts encaissés. Lorsque le déséquilibre provoqué volontairement en possession ne peut plus être assumé défensivement, l'équipe s'écroule. Voilà tout le contraste d'une équipe huitième, ex-aequo avec la Roma, à qui l'Europe échappe pour une histoire de deux petits buts. La déception de trop pour Roberto De Zerbi qui s'en ira au Shakhtar Donetsk l'année prochaine. Par Valentin Raskin