Dennis Mortimer s'en souvient encore parfaitement : après une saison longue et difficile, il s'est retrouvé au Kuip de Rotterdam, la Coupe d'Europe des Clubs Champions en main. Aston Villa et son capitaine, qui avaient lutté toute la saison pour éviter la relégation en D2 anglaise, venaient de réaliser l'impossible exploit de battre le Bayern Munich en finale (1-0).
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Dennis Mortimer s'en souvient encore parfaitement : après une saison longue et difficile, il s'est retrouvé au Kuip de Rotterdam, la Coupe d'Europe des Clubs Champions en main. Aston Villa et son capitaine, qui avaient lutté toute la saison pour éviter la relégation en D2 anglaise, venaient de réaliser l'impossible exploit de battre le Bayern Munich en finale (1-0). Cette victoire en Coupe d'Europe en 1982 reste la plus belle prestation réalisée par Villa. Mortimer se souvient également toujours très bien des semaines qui ont suivi la finale, au cours de laquelle les joueurs ont eu le droit de reprendre, chacun à leur tour, le trophée chez eux pendant quelques jours. Mais, emmené dans un pub local à l'occasion d'une oeuvre de bienfaisance, il a disparu. Un farceur l'avait ramené chez lui. Heureusement, le lendemain, il l'a ramené de son plein gré. Mortimer en rigole encore et repense avec nostalgie à l'année qui vit Villa sacré meilleure équipe d'Europe. Ce dont peu de gens se rappellent, c'est que cette fameuse soirée de Rotterdam a bien failli ne pas avoir lieu. Car à Bruxelles, la campagne européenne de Villa a failli s'arrêter net en raison de choses n'ayant rien à voir avec le football. Les Villans avaient battu Anderlecht 1-0 chez eux et accroché un nul blanc au Parc Astrid mais après le match, on a surtout parlé d'un incident. " En plein milieu de la deuxième mi-temps, un fan de Villa a envahi le terrain ", raconte Mortimer. Pendant le match, plusieurs incidents ont également lieu dans les tribunes et la partie est même momentanément interrompue. Les Anglais craignent alors d'être punis. Anderlecht exige que le match soit rejoué et on envisage même d'exclure Villa de la compétition. Finalement, l'UEFA décide que les Anglais devront disputer leur match européen suivant à huis clos. En finale, Villa affronte donc le Bayern Munich, une des plus grandes équipes d'Europe avec des valeurs sûres comme Paul Breitner et Karl-Heinz Rummenigge. " Après neuf minutes, notre gardien, Jimmy Rimmer, s'est blessé. Il a été remplacé par Nigel Spink ", dit Mortimer. " Celui-ci n'a pas eu le temps d'avoir le trac : il a très vite réalisé un gros arrêt et a été tout de suite dans le bain. " Spink (23 ans) deviendra le héros de la soirée et, sur une de ses rares attaques, Villa marque. " Nous avons eu peu d'occasions mais nous avons fait preuve d'efficacité ", dit Mortimer. " Ça n'a pas été notre meilleur matches mais c'est souvent le cas en finale. Après la partie, on ne retient que la victoire. " Douze mois plus tôt, le club avait été champion pour la première fois en 71 ans. C'était le bon temps. Par la suite, les choses se sont gâtées. En 1987, Villa est même descendu. Il est remonté l'année suivante mais n'a plus gagné que deux League Cup (1994 et 1996) depuis lors. En 2006, Doug Ellis, propriétaire du club depuis des années, décide de vendre celui-ci à l'homme d'affaires américain Randy Lerner. Les premières années sont prometteuses. Martin O'Neill, le manager, ramène même Villa en Coupe d'Europe mais par la suite, sur le plan sportif, les choses empirent et en 2016, le club quitte la Premier League. Peu après, Lerner vendit le club au Chinois Tony Xia, qui débarquait à Birmingham avec beaucoup d'ambition et semblait avoir les moyens d'atteindre ses objectifs. Ashley Preece, qui suit Aston Villa pour Birmingham Live, se souvient très bien de cette époque. " Xia a rendu une impulsion au club et il a engagé des joueurs comme Ross McCormack. Il a failli ramener Villa en Premier League mais en 2018, le club a échoué en finale des play-offs face à Fulham. Par la suite, il n'a plus eu les moyens de rester à la tête du club. " La situation est alors alarmante. Le club a une dette fiscale et ne parvient pas à la payer dans les temps. Gregg Evans, qui suit Villa pour The Athletic, raconte la suite. " Xia ne parvenait pas à faire venir des fonds de Chine. Les joueurs n'étaient plus payés, des factures restaient en suspens. " La faillite était proche. " À quelques heures près, le club était mis en liquidation ", dit Preece, tandis qu'Evans pense que Xia a engagé ses fonds propres pour payer les dettes. Il est clair que, pour le Chinois, le temps de vendre le club est venu. En 2018, l'Egyptien Nassef Sawiris et l'Américain Wes Edens reprennent Aston Villa. Les nouveaux propriétaires font souffler un vent nouveau sur le club. L'Espagnol Jesús García Pitarch est nommé au poste de directeur technique, à charge pour lui de choisir le staff technique et de composer le noyau. Il jette notamment son dévolu sur la Belgique. C'est ainsi que Pitarch s'intéresse à Björn Engels et prend contact avec son agent, Evert Maeschalck (SportPlus). Maeschalck permet à Pitarch de découvrir le championnat de Belgique. " À l'époque, plusieurs joueurs d'Aston Villa étaient en fin de contrat. Le club leur cherchait des remplaçants. Nous avons alors exploré le marché belge. " L'ex-défenseur du Club Bruges est intéressé, d'autant qu'Aston Villa remonte en Premier League. En juillet, le club anglais tombe d'accord avec Reims. De plus, Maeschalck aide Aston Villa à conclure quelques transferts. Pitarch entre notamment en contact avec Bruges, où il observe à plusieurs reprises Wesley Moraes et Marvelous Nakamba. Convaincu, il transfère les deux joueurs. Maeschalck reste dans l'ombre. " J'ai juste favorisé des échanges d'informations et permis aux deux clubs de nouer le contact. " C'est ce qu'il avait déjà fait un an et demi plus tôt lorsque Lovre Kalinic est passé de La Gantoise à Aston Villa. " Le club cherchait un gardien et le lendemain, je devais justement aller à Gand. Par la suite, Pitarch est venu en Belgique et il a vite trouvé un accord. " C'est ainsi qu'Aston Villa aligne aujourd'hui plusieurs joueurs passés par la Jupiler Pro League. Sans oublier Trezeguet, arrivé cet été de Kasimpasa après avoir porté les maillots d'Anderlecht et de Mouscron de 2015 à 2017. Cette saison, Villa a dépensé beaucoup d'argent en transferts, ce qui n'avait pas été le cas l'année précédente car il était en proie à d'énormes problèmes financiers. Aujourd'hui, la politique de recrutement semble surtout axée sur de jeunes talents qui peuvent encore progresser en Angleterre. Selon Preece, le marché belge est intéressant. " Le niveau est bon et les joueurs ne coûtent pas cher. Ce sont souvent des joueurs plein d'énergie et très forts en possession de balle. " Evans renchérit : " En se concentrant sur les joueurs de Jupiler Pro League, les clubs anglais en ont pour leur argent. Ils ont l'impression qu'en Espagne, le marché est saturé. " Outre les cinq anciens joueurs de Jupiler Pro League, Aston Villa a transféré de nombreux joueurs, dépensant au total 130 millions de Livres. Les attentes sont importantes mais l'équipe ne semble pas encore avoir trouvé ses marques. Son début de saison est plus que moyen. Elle occupe actuellement la dix-septième place en Premier League. Mortimer va encore de temps en temps voir des matches et l'équipe actuelle lui plaît. Tout comme Evans et Preece, l'ex-capitaine de Villa apprécie les joueurs qui sont passés par la Belgique. Le plus cher des cinq est Wesley, transféré de Bruges pour 25 millions d'euros. Rien que pour cela, tous les yeux sont rivés sur lui depuis le début de la saison. Mortimer pense qu'il faut lui laisser encore un peu de temps. " Jusqu'ici, il a soufflé le chaud et le froid. J'estime qu'il se déporte trop sur le flanc. Avec sa taille, il doit rester près du but et éventuellement jouer en pivot. " Pour Evans, il y a une explication à cela. " Il doit être davantage soutenu par ses partenaires, recevoir de meilleurs ballons. Et il a tout de même déjà inscrit quatre buts. Il a transformé la plupart de ses occasions. " Un mois après son arrivée, l'attaquant brésilien a été rejoint par son ancien équipier brugeois Marvelous Nakamba. Celui-ci a dû quelque peu patienter avant d'effectuer ses débuts en championnat mais, dès qu'il s'est retrouvé dans l'équipe, il n'a cessé d'être titularisé durant deux mois. Preece apprécie beaucoup l'international zimbabwéen. " Il couvre beaucoup d'espace et sait exactement à quel endroit et à quel moment il doit se trouver. Onze millions de Livres pour lui, c'est vraiment une bonne affaire. D'autant qu'il est encore jeune, que ses meilleures années sont en principe encore devant lui. En tout cas, les fans l'adorent. Il est vraiment marvelous. " Evans est d'accord. " Nakamba distribue bien le jeu et est également capable de faire déjouer l'adversaire. Il forme véritablement un bloc devant sa défense. Avec lui, l'entrejeu est plus équilibré. Je me souviens du match contre Norwich City, où il a délivré quelques longues passes de qualité aux ailiers. " Si Nakamba est apprécié, que dire de Björn Engels ? " C'est le meilleur de tous les joueurs passés par la Jupiler Pro League ", dit Evans. " Je pense que c'est le joueur de Villa le plus constant jusqu'ici. Il lit très bien le jeu, il est fort balle au pied et cherche toujours à reconstruire. " Mortimer est également impressionné par le défenseur central. " Il se débrouille très bien en défense. Lui et Tyrone Mings ont resserré les boulons derrière. " Tout comme pour Nakamba, Preece estime qu'Engels constitue une bonne affaire. Il aurait coûté 8 millions d'euros. " Il s'est adapté sans problème et est devenu un très bon défenseur de Premier League. Il est confronté à des attaquants comme Harry Kane et Mohamed Salah mais ça se passe bien pour lui. " Preece pense qu'Engels ne devrait pas tarder à être rappelé chez les Diables. " C'est juste une question de temps. " Wesley, lui, a été sélectionné en équipe nationale du Brésil pour affronter l'Argentine. Fameuse surprise tout de même. " Ça va peut-être lui permettre de prendre confiance ", dit Preece. " Je pense qu'il va encore montrer davantage de choses. C'est un diamant brut mais à 22 ans, il a déjà un beau parcours derrière lui. Il est devenu papa à 14 ans, il a joué en Slovaquie et à Bruges... " Trezeguet aussi a fait du chemin. Une blessure l'a empêché de percer à Anderlecht mais à Kasimpasa, en Turquie, l'international égyptien a tapé dans l'oeil d'Aston Villa, qui l'a transféré pour 10 millions d'euros. Preece dit ne pas savoir exactement de quoi l'ailier est capable. " Il travaille dur et apporte de l'énergie à l'équipe mais il n'a pas encore vraiment percé. Il pourrait notamment être plus efficace devant le but mais il est assidu et je pense qu'il va y arriver. " Evans a le même sentiment : " Face à Tottenham, lors du match d'ouverture, il a été brillant. Dommage qu'il ait été exclu quelques semaines plus tard mais face à Liverpool, il a inscrit un très beau but suite à un coup-franc : un des rares buts d'Aston Villa sur phase arrêtée cette saison. "