Ils n'ont pas l'air très à l'aise dans leur nouveau maillot, ces dix nouveaux joueurs présentés aux côtés du CEO Vadim Vasilyev. Le seul qui saute aux yeux, c'est le deuxième en partant de la gauche : Aleksandar Golovin, révélation de la Coupe du monde. Monaco a l'habitude de transférer des joueurs peu connus. Désormais, il n'achète plus des stars comme il le faisait il y a cinq ans avec Radamel Falcao ou João Moutinho.
...

Ils n'ont pas l'air très à l'aise dans leur nouveau maillot, ces dix nouveaux joueurs présentés aux côtés du CEO Vadim Vasilyev. Le seul qui saute aux yeux, c'est le deuxième en partant de la gauche : Aleksandar Golovin, révélation de la Coupe du monde. Monaco a l'habitude de transférer des joueurs peu connus. Désormais, il n'achète plus des stars comme il le faisait il y a cinq ans avec Radamel Falcao ou João Moutinho. Cela ne l'a pas empêché de dépenser 96 millions d'euros cet été. Golovin a coûté 30 millions, Willem Geubbels, qui n'a que 16 ans, en a coûté 20 et Jean-Eudes Aholou, 10. C'est bien plus que les 4, 6 et 8 millions dépensés par le passé pour, respectivement, Thomas Lemar, Fabinho et Tiémoué Bakayoko. La politique de transfert monégasque est désormais différente : le club acquiert des joueurs plus chers et plus expérimentés. Comme ses propres jeunes ne sont pas prêts, il lui faut des joueurs qui peuvent entrer directement en ligne de compte pour l'équipe A. Les autres clubs savent évidemment aussi que l'AS Monaco est désormais un club riche. Il n'en a pas toujours été ainsi. À Monaco, on est habitué aux cycles. Chaque saison, le club vend quelques stars qui sont remplacées par des réservistes tandis que des jeunes prennent place sur le banc. Chaque année, on attend une série exceptionnelle ou un match formidable de Ligue des Champions pour parler de la nouvelle génération dans toute l'Europe, comme ce fut le cas avec l'équipe championne de 2017. Le premier cycle a débuté il y a cinq ans, lorsque Monaco a payé très cher pour acquérir Falcao, Moutinho et James Rodríguez avant de les revendre presque aussi vite. James, par exemple, est parti au Real Madrid pour 75 millions d'euros après la Coupe du monde 2014. Selon Vasilyev, ces sommes de transferts élevées (tant en ce qui concerne les arrivées que les départs) étaient nécessaires pour qu'on reparle de Monaco et pour pouvoir attirer des joueurs aussi talentueux dans le sud de la France. Une bonne tactique car, en 2017, Monaco a été champion avec une équipe qui n'a coûté que 128 millions d'euros et a été remboursée avec la seule vente de Kylian Mbappé (180 millions). Mais cette saison, après les départs de Lemar (Atlético Madrid) et Fabinho (Liverpool), Monaco semble devoir se contenter d'une saison de transition. L'équipe n'a pas de grand talent en devenir comme Lemar ou Mbappé tandis que les réservistes de la saison dernière commencent seulement à jouer. Les dirigeants ont appuyé sur le bouton reset. Avec les arrivées de joueurs déjà connus ou expérimentés comme Golovin et Stevan Jovetic (chargé de remplacer Mbappé), le cycle semble rompu. Ces achats bloquent la percée automatique de jeunes joueurs. Les réservistes restent sur le banc et les jeunes talents sont prêtés à des clubs satellites, comme le Cercle Bruges. L'équipe de Monaco se fait plus vieille. À commencer par Danijel Subasic (33 ans), le défenseur Kamil Glik (30 ans) et Radamel Falcao (32 ans). Il y quelques années, les joueurs de plus de 30 ans n'avaient pas leur place dans la Principauté car ils ne rapportent plus rien. Les joueurs de l'équipe championne qui peuvent encore espérer un gros transfert sont les défenseurs Jemerson et Djibril Sidibé, mais ils ne sont pas aussi bien considérés que leurs ex-équipiers et ont déjà, respectivement, 25 et 26 ans. Il y a donc un changement de cap dans la politique de Monaco, où on semble miser sur un mélange de jeunes et de joueurs expérimentés. Monaco n'a-t-il donc plus de jeunes susceptibles de percer ? Si ! Marcos 'Rony' Lopes et Youri Tielemans sont les deux nouveaux princes héritiers. Lopes doit faire oublier Lemar & Cie. Il est arrivé il y a trois ans de Manchester City en échange de 12 millions d'euros. Une demi-heure avant son transfert, Manuel Pellegrini, alors coach de City, pensait toujours qu'il s'agissait d'un prêt. Pep Guardiola a dû jurer un bon coup en apprenant cela car un ailier aussi doué issu du centre de formation aurait sans doute servi davantage que Riyad Mahrez qui a coûté plus de 60 millions d'euros. L'attaquant, désormais âgé de 21 ans, n'a véritablement percé que la saison dernière lorsqu'il a inscrit 15 buts en 38 matches (il a tout joué). Avec Rony Lopes, Monaco dispose d'une nouvelle pépite mais il semble bien qu'offensivement, ce soit le seul diamant poli. Sur le flanc gauche, l'entraîneur compte sur la jeunesse de Jordi Mboula, Sofiane Diop et Willem Geubbels. L'Espagnol Mboula (19 ans), arrivé de Barcelone B pour 3 millions d'euros, a encore tout à prouver au plus haut niveau. Chapeau à Monaco qui compte sur de nombreux jeunes mais n'est-il pas présomptueux voire naïf de penser qu'on peut compter chaque année sur des joueurs aussi inexpérimentés ? Dans l'entrejeu, le moment est venu pour Youri Tielemans de justifier les 25 millions d'euros déboursés pour son transfert. Avec les départs de Fabinho et du vieux Moutinho, la ligne médiane monégasque sera très différente. Dans le 4-4-2 de Leonardo Jardim, il y a place pour deux médians axiaux. Sur papier, il s'agit de Tielemans et Golovin mais aucun des deux n'est le numéro 6 dont Jardim a besoin. Jean-Eudes Aholou (24 ans), un médian défensif, est le troisième joueur à prétendre à une place de titulaire. L'Ivoirien a même fait toute la préparation aux côtés de Youri Tielemans, qui a d'ailleurs hérité du numéro 8 de Mourinho. La hiérarchie semble établie. Avec un bon mélange de jeunes et de joueurs expérimentés, Monaco semble armé pour livrer une bonne saison mais après les années de vaches grasses suivront celles de vaches maigres car, actuellement, l'équipe ne dispose pas d'un joueur capable de faire basculer un match. Et c'est ce dont elle a besoin contre les cadors de Ligue 1 ou de Ligue des Champions.Par Gert Segers