Les faits, d'abord... Au classement à l'heure de boucler ce magazine, Arsenal occupe la dixième place de la Premier League et a disputé plus de matches que les équipes qui le précèdent ou le suivent. Les Gunners pourraient donc encore redescendre de quelques marches, lorsque le calendrier sera plus ou moins à jour.
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Les faits, d'abord... Au classement à l'heure de boucler ce magazine, Arsenal occupe la dixième place de la Premier League et a disputé plus de matches que les équipes qui le précèdent ou le suivent. Les Gunners pourraient donc encore redescendre de quelques marches, lorsque le calendrier sera plus ou moins à jour. Inédit? Pas vraiment. La saison dernière, les Londoniens n'ont terminé qu'en huitième position. La saison précédente, à la cinquième, et la saison d'avant encore, à la sixième. C'était la der' d' Arsène Wenger, qui était au club depuis 1996. Le jour de ses adieux, le 6 mai 2018, le Français était monté sur le terrain, acclamé par une haie d'honneur formée par les deux équipes. C'était face à Burnley. Résultat? Une victoire 5-0. Mais personne ne s'y trompait: le club était déjà sur la pente descendante. Les détracteurs de l'Alsacien estimaient même que son départ aurait dû intervenir quelques années plus tôt. C'est Unai Emery qui a succédé à Wenger, mais lui non plus n'a pas répondu aux attentes et a été remplacé en décembre 2019 par Mikel Arteta, un ex taulier du club (2011-2016). Le dernier match contre Aston Villa était son 63e en tant que manager des Gunners. Il n'en a remporté qu'un peu plus de la moitié. Sous sa direction, l'équipe souffle le chaud et le froid, et on peine à distinguer un fil rouge. Ni dans la manière de jouer (au début, l'équipe construisait depuis l'arrière, avant de revenir à de longs ballons et un pressing haut par la suite), ni dans les résultats. La victoire en FA Cup l'été dernier contre Chelsea, après avoir éliminé Manchester City en demi-finale, celle en Community Shield contre Liverpool, puis un beau six sur six pour débuter le championnat n'ont masqué qu'un temps la dure réalité. Car l'automne s'est révélé dramatique: 18 sur 18 en Europe, certes, mais un calamiteux cinq sur trente en Premier League entre octobre et la mi-décembre. Depuis lors, ça va un peu mieux... Le project restart serait-il enfin sur les rails? Lorsque le règne d'Arsène Wenger a pris fin, les propriétaires d'Arsenal savaient que la transition serait compliquée. Ils n'avaient pas oublié ce qu'il s'était passé à Manchester United, où Sir Alex Ferguson avait dirigé le club pendant un quart de siècle, avant que les Red Devils ne digèrent très mal son départ, intervenu lors de l'été 2013. La première saison post-Ferguson, United avait échoué à la septième place. Les saisons suivantes, quatrième, cinquième et sixième. Ce n'est qu'en 2018 que les Mancuniens ont de nouveau été vice-champions, et ce n'est qu'aujourd'hui, grâce à Bruno Fernandes et à la renaissance de Paul Pogba, que l'équipe semble à nouveau capable de lutter pour le titre. Plutôt surprenant quand on sait qu'il y a deux mois à peine, Ole Gunnar Solskjaer était encore très critiqué. Lorsqu'il a fallu remplacer Wenger à Arsenal, les Kroenkes, actionnaires majoritaires des Gunners, n'ont pas voulu commettre la même erreur. Dans les mois qui ont précédé le départ de Wenger, le Français a collaboré étroitement avec Ivan Gazidis, qui a constitué une équipe autour de lui: un nouveau head of football a été engagé ( Raul Sanllehi), tout comme un nouveau responsable du recrutement ( Sven Mislintat). Le nouveau coach, Unai Emery, suscitait de grands espoirs. Les propriétaires américains, qui essaient en coulisses d'arracher l'ensemble des actions, estimaient que cette pyramide était solide. Dans le même temps, les Kroenkes, qui disposaient déjà de la majorité depuis 2011, ont acquis la majorité absolue fin 2018. Mais alors qu'ils mettaient ce projet en place, ils ont vu le sommet de l'édifice s'écrouler subitement: Gazidis a reçu une proposition de l'AC Milan et a quitté Londres pour l'Italie. Arsenal s'est donc retrouvé confronté à un problème similaire à celui de ManU en 2018: durant un même été, le club s'est vu privé coup sur coup du manager qui avait dicté sa ligne de conduite pendant plus de deux décennies, et de son CEO. De quoi oublier une transition en douceur... La première saison post-Wenger, les Gunners se sont classés cinquièmes. La seconde, sixièmes. La sécurité (surtout financière) d'une participation à la Ligue des Champions chaque année laissait la place à une présence régulière à l'Europa League, bien moins lucrative. Conséquence: moins de stabilité. Lorsque le site The Athletic a fait le bilan de deux années sans Wenger, il n'a pas manqué de noter tous les changements intervenus en haut lieu. Emery a dû plier bagage après un an et demi, pour être remplacé par Arteta. Le département sportif que Gazidis avait installé n'existait plus: Mislintat, Sanllehi, et encore d'autres collaborateurs et scouts, tous étaient partis. Edu, un ancien joueur du club, que Sanllehi avait engagé pour l'assister dans sa tâche, lui a succédé. L'été dernier, 55 collaborateurs ont dû quitter leur poste. En partie pour réaliser des économies. Le Covid-19 n'a pas aidé, mais certaines personnes ont aussi payé le prix d'une politique de transferts désastreuse. Car ces dernières années, Arsenal a rarement réussi ses coups. C'était déjà le cas à l'époque d'Arsène Wenger, qui avait un faible pour les meneurs de jeu élégants et en a recruté un paquet. Parfois trop. Lorsque Mesut Özil est arrivé, on n'a plus trouvé de place pour Cesc Fàbregas. Ce dernier a donc déménagé de l'autre côté de Londres. Et est devenu champion sous le maillot de Chelsea. L'argent récupéré n'a pas toujours été bien réinvesti. On estime que, depuis l'été 2016, plus d'un demi-milliard d'euros est parti en transferts, sans oublier en indemnités de licenciement pour Wenger et Emery (qui disposaient tous les deux d'un staff pléthorique). Souvent, les joueurs achetés ne pouvaient rien rapporter à la revente. Depuis janvier 2018, le club a engagé des joueurs âgés: Henrikh Mkhitaryan avait 29 ans lorsqu'il est arrivé, Pierre-Aymeric Aubameyang 28, Stephan Lichtsteiner 34, Sokratis trente, David Luiz 32, Cedric Soares 28 et Willian 32. La plus grande erreur se situe dans le dossier Özil. Lorsqu'il avait 29 ans, son contrat a été prolongé et assorti d'un salaire record de 400.000 euros par semaine. Cette saison, l'Allemand d'origine turque n'a même pas été inscrit sur la liste des joueurs appelés à disputer la Premier League et l'Europa League, et a récemment quitté les Gunners pour Fenerbahçe, le club dont il rêvait lorsqu'il était enfant. Les médias anglais ont calculé qu'il avait touché quinze millions d'euros entre son départ et la dernière fois qu'il a touché un ballon... L'homme comptait des partisans et des détracteurs à l'Emirates Stadium, où il a séjourné sept ans et demi. Il a laissé entrevoir de jolies choses, mais n'a jamais été retenu dans le onze idéal de la Premier League en fin de saison. Son refus d'accepter une diminution de salaire pour permettre au club de survivre à la crise du coronavirus - la direction avait proposé 12,5% - a aussi été très mal perçu. En plus, l'été dernier, il a refusé de collaborer dans l'optique d'un transfert. Finalement, après que le club s'est qualifié pour l'Europa League en remportant la FA Cup, les joueurs ont pu se limiter à une diminution de salaire de 7,5%. Et, avec six mois de retard, Özil est quand même parti. L'arrivée d'Arteta, il y a un peu plus d'un an, a fait souffler un vent nouveau sur le club. Un Basque en a remplacé un autre, pourrait-on dire, mais les deux patrons sont très différents. Primo: Arteta connaissait déjà le club grâce à son passé de joueur, ce qui est toujours un avantage. Il était aussi plus chaleureux: lors de sa première prise de contact, il s'est adressé au personnel de tous les étages, alors que lorsqu'on croisait Emery au restaurant du club, il saluait de loin, puis s'en allait. Peut-être à cause de la barrière de la langue: l'anglais d'Emery était assez approximatif, alors qu'Arteta est un polyglotte confirmé. Il n'y a pas que le nouveau coach qui a fait bouger les lignes. En coulisses, les Kroenkes se sont efforcés d'afficher plus de cartes sur le plan sportif. Edu a reçu les pleins pouvoirs en matière de gestion sportive. Avec Per Mertesacker à la tête du centre de formation, Arsenal disposait de trois anciens grands joueurs du club dans son organigramme sportif. Quatre ans séparent Edu (42 ans) et Arteta (38 ans), et tous les deux ont joué en Espagne et en Angleterre. En championnat, ils se sont rarement affrontés, car lorsqu'Edu a quitté Arsenal pour Valence durant l'été 2005, Arteta a effectué le chemin inverse en passant définitivement de la Real Sociedad à Everton, qui l'avait loué au club basque six mois plus tôt. Mais les deux hommes ont rapidement découvert qu'ils partageaient une même vision. Ce qu'on reprochait à Edu lorsqu'il est arrivé au club, c'est son manque d'expérience comme directeur sportif. Ce n'est pas totalement exact: avant de venir en Europe, il avait travaillé pour son ancien club brésilien, Corinthians, l'une des formations les plus populaires du pays, avec laquelle il a été deux fois champion, a remporté une Copa Libertadores, une Copa Sudamericana (l'équivalent de l'Europa League) et a battu Chelsea au Mondial des clubs. Un exploit, car depuis 2007, une seule équipe non-Européenne a remporté ce trophée. En équipe nationale brésilienne, Edu a également travaillé comme directeur technique avec Tite, le sélectionneur qui a remporté la Copa América avec la Seleção en 2019. Edu avait donc bel et bien de l'expérience, mais il n'était pas le premier choix. C'est l'Espagnol Monchi qui figurait en tête de liste, soit celui qui a fait de Séville un grand d'Europe avant de partir à la Roma, où il n'a pas connu le même succès. Arsenal a discuté avec les deux hommes, et a donné la préférence à Monchi, mais celui-ci a refusé. Il est retourné à Séville, et la place s'est libérée pour un retour d'Edu à Londres. Le 9 juillet 2019, il est devenu le premier directeur technique d'Arsenal. Cela explique peut-être l'arrivée d'un certain nombre de Brésiliens à Londres: David Luiz en 2019, Willian et Gabriel en 2020, ou même Pablo Marí, un Espagnol que Manchester City a prêté plusieurs fois et qui s'est finalement retrouvé à Flamengo, où les Gunners ont été le chercher. Beaucoup de ces joueurs (pas Mari) sont issus de l'écurie de l'agent Kia Joorabchian, qui a également fait venir le Portugais Cedric de Southampton à Londres en janvier. Il y aurait même pu y avoir un Brésilien de plus, mais les négociations avec Chelsea pour Jorginho ont échoué. Tout le monde était très attentif à la manière dont Edu allait gérer cette période de transferts, la première avec les mains totalement libres, en concertation étroite avec Arteta. Arsenal continuera-t-il par exemple à explorer la piste brésilienne dans sa recherche d'un meneur de jeu? Car, d'après les analyses sportives de l'automne, c'est ce qu'il manquait au club. Après une défaite sur la pelouse de son ancienne équipe, Everton, juste avant Noël, Arteta s'est subitement retrouvé quinzième au classement. De quoi se faire du mouron, même durant cette saison bien changeante, où Chelsea occupait la troisième place début décembre avant de renvoyer Frank Lampard un mois et demi plus tard. De son côté, Aubameyang était fort critiqué, Alexandre Lacazette se morfondait sur le banc, Willian était inexistant. À partir de là, le constat était clair: les Gunners devaient s'activer sur le marché des transferts, ou se ressaisir. Un nouveau changement d'entraîneur était-il dans l'air? Finalement, après Everton, la roue a tourné. Arteta a encore changé de système et abandonné sa défense à trois. Emile Smith Rowe, un jeune du cru qui vient de fêter son vingtième anniversaire, a reçu sa chance comme meneur de jeu. Il était sur le banc à Goodison Park, avant d'être titularisé une première fois contre Chelsea. Il n'a plus quitté son poste et Arsenal s'est remis à gagner En coulisses, Edu et ses scouts ont délaissé le marché des transferts et les Kroenkes se sont mis à la recherche d'argent frais. En juillet, ils ont réexaminé les emprunts pour le remboursement de l'Emirates Stadium, et en décembre, ils se sont rendus à la Banque d'Angleterre pour demander un crédit-pont de 135 millions d'euros. Tottenham avait procédé de la même manière avant cela. Les entreprises qui étaient bénéficiaires avant la crise du coronavirus pouvaient emprunter de l'argent à la banque à des conditions avantageuses (avec un taux d'intérêt de 0,5%). Cet emprunt était cependant sujet à certaines conditions. Par exemple, lorsque la crise du Covid sera terminée et que la vie reprendra son cours normal, il faudra directement rembourser. En d'autres termes, il était peu indiqué de s'aventurer sur le marché des transferts en janvier. Bien sûr, cette renaissance n'est pas uniquement à mettre au crédit de Smith-Rowe. Arteta a aussi fait évoluer sa tactique: la construction depuis l'arrière, un peu "à la City", a souvent été abandonnée au profit de longs ballons. En plus des jeunes de l'académie, d'autres joueurs ont progressé, surtout sur les flancs. À l'image du jeune Bukayo Saka, 19 ans, qui affiche de meilleures stats que le décevant Aubameyang, qui ne sort la tête de l'eau que depuis quelques semaines. Mais les mérites de Smith Rowe ne peuvent pas être sous-estimés. Il a amené plus de fluidité dans le jeu. Bien aidé, ces dernières semaines, par Thomas Partey, le Ghanéen de 27 ans, transféré de l'Atlético de Madrid l'été passé pour cinquante millions d'euros, mais qui avait peu joué jusqu'ici. Et sur les ailes, par Saka et Pepé, qui ont aussi eu besoin d'une longue période d'adaptation. Le système s'est mis en place, et depuis le Nouvel An, Arsenal a entamé a new project.Durant le dernier mercato, Martin Ødegaard a été ajouté au puzzle. Le Norvégien est prêté par le Real Madrid, tout comme Dani Ceballos, dont le contrat de location a été prolongé l'été dernier. Le jeune homme donne l'impression d'être déjà un vieux de la vieille, mais c'est dû au fait qu'il a débuté très tôt: il n'a encore que 22 ans. Placer tous ses oeufs dans le panier de Smith-Rowe semblait trop risqué, vu son âge et sa propension à se blesser. D'où l'arrivée d'Ødegaard comme milieu de terrain créatif. Arsenal a aussi étudié le dossier du jeune Hongrois Dominik Szoboszlai, mais celui-ci sera sans doute conclu plus tard, vu le prix exigé. Ødegaard est-il un bon pari? Les prochaines semaines le diront. Cette saison, il n'a disputé que 234 minutes avec les Merengues. C'est peu, surtout au vu des problèmes qu'a connus la Maison Blanche. C'est aux Pays-Bas que le Norvégien a vécu ses meilleurs moments, surtout à Vitesse, après un passage à Heerenveen, et ensuite à la Real Sociedad, où il a délivré quelques superbes assists lorsqu'il jouait comme meneur de jeu. Au départ, il était prévu que les Basques le louent pour deux saisons, mais le Real l'a rappelé après un an. Les Madrilènes ont vu en lui le successeur de Luka Modric ou de Toni Kroos, car ses statistiques (création d' expected goals, passes) étaient remarquables. Hélas, six mois plus tard, Ødegaard est de retour à la case départ. Après une préparation compliquée due à une blessure au genou, il a reçu quelques occasions de se montrer à Madrid, mais a rapidement disparu de la circulation. En décembre, Zinédine Zidane a donné son feu vert pour un nouveau prêt. La Real Sociedad s'est à nouveau portée candidate, mais entre-temps, David Silva a débarqué à San Sebastián. Ce sera donc Londres pour cinq mois, où Ødegaard espère s'affirmer lorsqu'il aura retrouvé le rythme de match, car 2020 fut pour lui l'année d'éternels recommencements. Mais, au contraire d'Özil, Ødegaard exerce directement le pressing en perte de balle. Un jeune staff, une jeune direction sportive et une équipe qui compte quelques joueurs très prometteurs (outre Smith Rowe et Saka, il y a également le Brésilien de 19 ans Martinelli et l'attaquant de 21 ans Eddie Nketiah). Arsenal a de l'avenir et ne manque pas d'expérience, grâce à Willian, Luiz, Aubameyang et Granit Xhaka. Mais le club a dépensé beaucoup d'argent. Le tandem Edu-Arteta fera-t-il mieux en 2021?