Always be yourself. Unless you can be a Viking, then always be a Viking. Peu de temps après avoir posé le pied sur le sol islandais, nous remarquons ce slogan. Il est clair que les Islandais témoignent encore du plus grand respect envers leurs ancêtres mythiques. Aux VIIIe, IVe et Xe siècles, les vikings étaient de robustes navigateurs, des conquérants qui ne craignaient ni les tempêtes, ni le froid. En 2016, les Islandais sont toujours aussi solides. Sur un rocher volcanique connu pour son paysage lunaire et sauvage ainsi que pour son vent incessant, il pourrait difficilement en être autrement. C'est vaincre ou mourir. Il n'est pas rare que les dieux de la météo fassent régner les quatre saisons au cours d'une même journée : de la neige le matin, un repas de midi pris sur la terrasse et de la pluie dans l'après-midi. Mais le vent, lui, est toujours présent. Ce n'est pas un hasard si le vocabulaire islandais contient au moins cinquante mots pour le désigner.

"Ici, il n'est pas impossible de marquer contre son camp en ayant pourtant dégagé le ballon vers l'avant", fait remarquer Runar Kristinsson, l'ex-meneur de jeu stylé de Lokeren. "Dans de telles circonstances, partout dans le monde, on remettrait les matches. Pas en Islande."

"Nous ne sommes pas des pleurnicheurs", ajoute Arnar Gretarsson, qui a aussi joué à Lokeren et fut le directeur sportif du Club Brugeois de 2012 à 2014. "Chaque individu vit sa vie à sa façon mais ici, celui qui entame la journée en tirant une tronche jusque par terre parce qu'il gèle ou qu'il pleut risque la dépression à tout moment. Mieux vaut se dire que chaque jour qui commence est un défi, avec son lot de possibilités."

Si les Islandais ont conservé leur mentalité de viking, ce n'est pas seulement en raison de ce climat rude et imprévisible. Avec 300.000 habitants (moins qu'Anvers) et une seule ville, l'Islande n'a que peu de possibilités de croissance. Cela fait en sorte que de nombreux enfants savent que, s'ils veulent faire carrière, ils devront un jour quitter leur pays. "Il est possible de faire de hautes études en Islande mais celui qui veut se spécialiser, en médecine par exemple, doit aller à l'étranger", dit Kristinsson.

Cela vaut aussi pour les footballeurs ambitieux. Le championnat islandais n'est toujours pas professionnel à 100 % et ne le sera sans doute jamais car le marché est trop petit. Les matches rassemblent en moyenne 1.500 spectateurs. La plupart des douze clubs de l'Ürvalsdeild font donc appel à des semi-pros qui s'entraînent le soir après une journée de travail. Seul KR s'entraîne parfois le matin.

"Dès l'âge de douze ans, je savais que je devrais partir un jour à l'étranger", dit Sverrir Ingason, le défenseur international de Lokeren. "En général, les Islandais partent en Suède, en Norvège ou au Danemark, même si la plupart rêvent de Premier League. Nous apprenons très vite à être indépendants."

Le succès du football islandais - les Espoirs, l'équipe A et les femmes se sont qualifiés pour des championnats d'Europe - pourrait donc être attribué à cette volonté d'y arriver. Mais ce serait trop simple car les générations précédentes n'y sont pas parvenues alors qu'elles avaient autant de caractère. Il y a donc autre chose.

UN AUTRE TYPE DE DÉFENSEURS

Arnor Gudjohnsen, ex-star d'Anderlecht et de Bordeaux, a joué un rôle important dans l'évolution du football islandais. Au début du siècle, le père d'Eidur Gudjohnsen, vainqueur de la Champions League avec Barcelone, fut à la base d'un plan de modernisation du football dans son pays. L'économie islandaise était florissante et Gudjohnsen père en a profité pour convaincre des hommes d'affaires d'investir dans la construction de terrains couverts en synthétique. Les hivers étant longs, les Islandais ne jouaient en effet au football qu'en été (le championnat se déroulait de mai à septembre). L'hiver, ils pratiquaient le jogging ou les sports de salle.

L'arrivée de ces terrains couverts a bousculé les traditions. Surtout lorsque, en 2004, la fédération islandaise a reçu un soutien financier de l'UEFA (grâce à l'argent engendré par la Ligue des Champions et l'Europa League) qui lui a permis d'investir dans les infrastructures. Le stade national Laugardalsvöllur a vu le jour et treize terrains couverts ont été construits. On a aussi aménagé de nombreux terrains synthétiques et 150 sparkvellir, l'équivalent de nos agoras. Il y en a un dans chaque école ou chaque club de football. Cela a permis d'éviter que les jeunes s'ennuient en hiver - il ne fait jour que quelques heures - et ne sombrent dans le tabagisme ou l'alcool.

Cela a également fait en sorte que la technique des joueurs islandais évolue énormément au cours des dix dernières années. Les premiers fruits ont été récoltés en 2011, avec la qualification des U21 pour l'EURO au Danemark. Une équipe espoirs dans laquelle on retrouvait notamment Gylfi Sigurdsson, Kolbein Sigthorsson, Aron Gunnarsson, Birkir Bjarnason et Alfred Finnbogason. Cinq ans plus tard, cette génération dorée se qualifiait pour le championnat d'Europe seniors en France.

Les terrains couverts ont aussi permis l'apparition d'un autre type de défenseurs islandais. "Aujourd'hui, ils sont non seulement capables de défendre mais aussi d'attaquer", dit Kristinsson. "C'est très important car, dans le football moderne, presque toutes les équipes misent sur la possession de balle et la construction du jeu à partir de la ligne arrière. A mon époque, on se contentait d'être bien organisés derrière et de repartir en contre. Il n'était pas question de possession de balle et de circulation du ballon. Eidur (Gudjohnsen, ndlr) et moi étions souvent les deux seuls à vouloir combiner."

Stefan Gislason, médian de Oud-Heverlee Louvain de 2012 à 2014 et aujourd'hui entraîneur des Espoirs de Breidablik, club de D1 islandaise, avertit cependant : "Nous manquons encore de terrains couverts. Ceux-ci doivent souvent accueillir quatre équipes à la fois. Il est pratiquement impossible d'organiser des entraînements tactiques ou physiques sur de si petits espaces. Nos jeunes ont donc encore du retard sur ce plan. De plus, je constate qu'ils ne savent plus jouer long. Le foot, ce n'est pas seulement tiki-taka, hein."

Breidablik, à l'ouest de Reykjavik, fait partie de la commune de Kopavogur. C'est le meilleur club islandais en matière de formation des jeunes. La moitié des joueurs de l'équipe nationale sont passés par ses équipes d'âge. L'académie compte 1.400 inscrits, ce qui est énorme quand on sait que la ville ne compte que 30.000 habitants et qu'un autre club, HK, possède aussi un terrain couvert.

En Islande, les clubs ne sont pas autorisés à refuser des enfants et la plupart de ceux-ci s'inscrivent dans le club de leur village ou de leur quartier. "Les clubs de D1 ne se piquent pas de joueurs, il existe un gentleman's agreement à cet égard", dit Kristinsson. "Plutôt que de changer de club, un jeune qui se débrouille bien balle au pied monte très vite de catégorie. Il n'est pas rare de voir des gamins de quinze ans en équipe première."

Pour Gislason, c'est une bonne chose. "Les bons joueurs apprennent très vite à prendre leurs responsabilités. Ce fut pareil pour moi. J'ai grandi dans un village de mille habitants où celui qui était capable de shooter dans un ballon se retrouvait en équipe première. Dans les tournois, nous affrontions les meilleurs clubs du pays, souvent venus de Reykjavik. Ici, il est impossible qu'un jeune talent passe entre les mailles du filet."

Et les clubs font du bon boulot. Au début du siècle, la KSI (fédération islandaise) les a obligés à travailler avec des entraîneurs diplômés. C'en était fini des papas qui entraînaient l'équipe de leurs gosses pour passer le temps. Depuis 2006, le pays organise lui-même la formation de ses entraîneurs. L'Islande compte un entraîneur titulaire d'un diplôme UEFA A ou B pour 500 habitants. En pratique, cela signifie que même les enfants de six ans sont formés par des entraîneurs diplômés.

GRÂCE À LARS ET GYLFI

Arnar Gretarsson nous fait visiter le stade de Breidablik, où l'ex-médian de Lokeren a mis un terme à sa carrière en 2009 et dont il entraîne aujourd'hui l'équipe première. De la modeste salle VIP (il n'y a place que pour 40 couverts et on y organise régulièrement des tournois d'échecs), il nous montre une petite tribune. "Jusqu'il y a peu, c'était la seule. On pouvait y mettre 2.000 personnes", dit Gretarsson. "Maintenant, nous en avons une nouvelle, plus grande, et nous avons lancé l'espace VIP cette saison. En Islande, c'est révolutionnaire !" Caché derrière d'impressionnantes lunettes de soleil, il nous montre les vestiaires, le bureau des entraîneurs et la salle de fitness. "Elle accueille les haltérophiles de Breidablik mais nous avons l'autorisation de l'utiliser. Nos moyens sont limités mais nous tentons d'être le plus professionnel possible. Notre budget tourne autour des deux millions d'euros. Ici, un joueur bien payé gagne 4000 euros par mois. A ce tarif, il est difficile d'attirer des étrangers qui relèvent le niveau."

Pour Gretarsson, la seule chose qui pourrait donner un coup de fouet au football islandais, ce sont les Coupes d'Europe. "Si nous nous qualifions pour la phase de poules de l'Europa League, nous doublerons notre budget." Mais pour Kristinsson, qui a entraîné KR Reykjavik de 2010 à 2014, avec deux titres et trois coupes à la clef, il y a peu de chances que cela arrive. "Je constate que même les clubs norvégiens et danois éprouvent les pires difficultés à y arriver", dit-il.

En raison de ce manque d'argent, les jeunes joueurs talentueux ont la chance d'arriver très vite en équipe première. A 18 ans, ils ont déjà acquis suffisamment d'expérience pour poursuivre leur route dans un championnat étranger. Comme Gylfi Sigurdsson, médian de Swansea City, que supporters et consultants considèrent comme l'élément principal de l'équipe nationale.

Gretarsson ne manie pas la langue de bois. "A mon époque, Eidur Gudjohnsen était la star de l'équipe. C'est un ami mais je dois admettre que son comportement n'était pas toujours exemplaire. Sur le terrain, il se donnait à 100 % mais en dehors... Pour lui, une sélection en équipe nationale, c'était avant tout l'occasion de revoir sa famille et ses amis. Sigurdsson est différent, professionnel jusqu'au bout des doigts. Lorsque la star de l'équipe est la première à arriver à l'entraînement et qu'elle se donne à fond sur le terrain, cela tire tout le monde vers le haut."

On ne sait même pas si Gudjohnsen, aujourd'hui âgé de 37 ans, sera sélectionné pour l'EURO. Alfred Finnbogason (ex-Lokeren), qui fut meilleur buteur du championnat hollandais il y a deux ans avec Heerenveen, n'est que réserviste. On lui reproche de ne pas courir suffisamment. Cela en dit long sur la philosophie mais aussi sur les possibilités de cette équipe.

"La base est beaucoup plus large qu'avant", dit Kristinsson. "A notre époque, il y avait cinq ou six joueurs de talent auquel on ajoutait des semi-pros évoluant en championnat d'Islande. Aujourd'hui, tous les internationaux évoluent dans un grand championnat et ils y sont titulaires. C'est pareil dans les équipes d'âge : plus de la moitié de notre équipe U19 joue à l'étranger."

Kristinsson souligne aussi l'apport de Lars Lagerbäck, sélectionneur suédois de 1998 à 2009 et sélectionneur de l'Islande depuis 2014. "Quand il a mis en place un 4-4-2, je me suis dit qu'il était devenu fou", dit celui qui entraîne actuellement le SK Lillestrom. "Nous avions toujours joué en 4-5-1 en ne spéculant que sur le contre. Lagerbäck a permis aux joueurs de prendre confiance en leurs capacités et il a mis en place un système clair, où chacun sait parfaitement ce qu'il a à faire, quelle que soit la situation. Ces joueurs jouent ensemble depuis plusieurs années, des automatismes se sont créés et je ne pense pas que les choses vont beaucoup changer au cours des prochaines années."

Dans sa poule de qualification pour l'EURO, l'Islande a surpris tout le monde. Elle s'est classée deuxième d'un groupe au sein duquel on retrouvait aussi la République tchèque, les Pays-Bas, la Turquie, la Lettonie et le Kazakhstan. Elle a notamment battu deux fois les Pays-Bas et présente la différence de buts la plus importante de la poule (17-6).

Lagerbäck est assisté de Heimir Hallgrimsson, qui a gardé son cabinet de dentisterie, sur les îles Westman, un archipel peu peuplé (4.100 habitants) surtout connu pour ses huit millions de pingouins et ses 80 volcans. Cela fait partie du charme de l'Islande : le type que vous verrez donner des consignes le long de la ligne à l'EURO est le même que celui qui, quelques jours plus tard, pourrait vous arracher une dent.

PAR MATTHIAS STOCKMANS À REYKJAVIK

Always be yourself. Unless you can be a Viking, then always be a Viking. Peu de temps après avoir posé le pied sur le sol islandais, nous remarquons ce slogan. Il est clair que les Islandais témoignent encore du plus grand respect envers leurs ancêtres mythiques. Aux VIIIe, IVe et Xe siècles, les vikings étaient de robustes navigateurs, des conquérants qui ne craignaient ni les tempêtes, ni le froid. En 2016, les Islandais sont toujours aussi solides. Sur un rocher volcanique connu pour son paysage lunaire et sauvage ainsi que pour son vent incessant, il pourrait difficilement en être autrement. C'est vaincre ou mourir. Il n'est pas rare que les dieux de la météo fassent régner les quatre saisons au cours d'une même journée : de la neige le matin, un repas de midi pris sur la terrasse et de la pluie dans l'après-midi. Mais le vent, lui, est toujours présent. Ce n'est pas un hasard si le vocabulaire islandais contient au moins cinquante mots pour le désigner. "Ici, il n'est pas impossible de marquer contre son camp en ayant pourtant dégagé le ballon vers l'avant", fait remarquer Runar Kristinsson, l'ex-meneur de jeu stylé de Lokeren. "Dans de telles circonstances, partout dans le monde, on remettrait les matches. Pas en Islande." "Nous ne sommes pas des pleurnicheurs", ajoute Arnar Gretarsson, qui a aussi joué à Lokeren et fut le directeur sportif du Club Brugeois de 2012 à 2014. "Chaque individu vit sa vie à sa façon mais ici, celui qui entame la journée en tirant une tronche jusque par terre parce qu'il gèle ou qu'il pleut risque la dépression à tout moment. Mieux vaut se dire que chaque jour qui commence est un défi, avec son lot de possibilités." Si les Islandais ont conservé leur mentalité de viking, ce n'est pas seulement en raison de ce climat rude et imprévisible. Avec 300.000 habitants (moins qu'Anvers) et une seule ville, l'Islande n'a que peu de possibilités de croissance. Cela fait en sorte que de nombreux enfants savent que, s'ils veulent faire carrière, ils devront un jour quitter leur pays. "Il est possible de faire de hautes études en Islande mais celui qui veut se spécialiser, en médecine par exemple, doit aller à l'étranger", dit Kristinsson. Cela vaut aussi pour les footballeurs ambitieux. Le championnat islandais n'est toujours pas professionnel à 100 % et ne le sera sans doute jamais car le marché est trop petit. Les matches rassemblent en moyenne 1.500 spectateurs. La plupart des douze clubs de l'Ürvalsdeild font donc appel à des semi-pros qui s'entraînent le soir après une journée de travail. Seul KR s'entraîne parfois le matin. "Dès l'âge de douze ans, je savais que je devrais partir un jour à l'étranger", dit Sverrir Ingason, le défenseur international de Lokeren. "En général, les Islandais partent en Suède, en Norvège ou au Danemark, même si la plupart rêvent de Premier League. Nous apprenons très vite à être indépendants." Le succès du football islandais - les Espoirs, l'équipe A et les femmes se sont qualifiés pour des championnats d'Europe - pourrait donc être attribué à cette volonté d'y arriver. Mais ce serait trop simple car les générations précédentes n'y sont pas parvenues alors qu'elles avaient autant de caractère. Il y a donc autre chose. UN AUTRE TYPE DE DÉFENSEURS Arnor Gudjohnsen, ex-star d'Anderlecht et de Bordeaux, a joué un rôle important dans l'évolution du football islandais. Au début du siècle, le père d'Eidur Gudjohnsen, vainqueur de la Champions League avec Barcelone, fut à la base d'un plan de modernisation du football dans son pays. L'économie islandaise était florissante et Gudjohnsen père en a profité pour convaincre des hommes d'affaires d'investir dans la construction de terrains couverts en synthétique. Les hivers étant longs, les Islandais ne jouaient en effet au football qu'en été (le championnat se déroulait de mai à septembre). L'hiver, ils pratiquaient le jogging ou les sports de salle. L'arrivée de ces terrains couverts a bousculé les traditions. Surtout lorsque, en 2004, la fédération islandaise a reçu un soutien financier de l'UEFA (grâce à l'argent engendré par la Ligue des Champions et l'Europa League) qui lui a permis d'investir dans les infrastructures. Le stade national Laugardalsvöllur a vu le jour et treize terrains couverts ont été construits. On a aussi aménagé de nombreux terrains synthétiques et 150 sparkvellir, l'équivalent de nos agoras. Il y en a un dans chaque école ou chaque club de football. Cela a permis d'éviter que les jeunes s'ennuient en hiver - il ne fait jour que quelques heures - et ne sombrent dans le tabagisme ou l'alcool. Cela a également fait en sorte que la technique des joueurs islandais évolue énormément au cours des dix dernières années. Les premiers fruits ont été récoltés en 2011, avec la qualification des U21 pour l'EURO au Danemark. Une équipe espoirs dans laquelle on retrouvait notamment Gylfi Sigurdsson, Kolbein Sigthorsson, Aron Gunnarsson, Birkir Bjarnason et Alfred Finnbogason. Cinq ans plus tard, cette génération dorée se qualifiait pour le championnat d'Europe seniors en France. Les terrains couverts ont aussi permis l'apparition d'un autre type de défenseurs islandais. "Aujourd'hui, ils sont non seulement capables de défendre mais aussi d'attaquer", dit Kristinsson. "C'est très important car, dans le football moderne, presque toutes les équipes misent sur la possession de balle et la construction du jeu à partir de la ligne arrière. A mon époque, on se contentait d'être bien organisés derrière et de repartir en contre. Il n'était pas question de possession de balle et de circulation du ballon. Eidur (Gudjohnsen, ndlr) et moi étions souvent les deux seuls à vouloir combiner." Stefan Gislason, médian de Oud-Heverlee Louvain de 2012 à 2014 et aujourd'hui entraîneur des Espoirs de Breidablik, club de D1 islandaise, avertit cependant : "Nous manquons encore de terrains couverts. Ceux-ci doivent souvent accueillir quatre équipes à la fois. Il est pratiquement impossible d'organiser des entraînements tactiques ou physiques sur de si petits espaces. Nos jeunes ont donc encore du retard sur ce plan. De plus, je constate qu'ils ne savent plus jouer long. Le foot, ce n'est pas seulement tiki-taka, hein." Breidablik, à l'ouest de Reykjavik, fait partie de la commune de Kopavogur. C'est le meilleur club islandais en matière de formation des jeunes. La moitié des joueurs de l'équipe nationale sont passés par ses équipes d'âge. L'académie compte 1.400 inscrits, ce qui est énorme quand on sait que la ville ne compte que 30.000 habitants et qu'un autre club, HK, possède aussi un terrain couvert. En Islande, les clubs ne sont pas autorisés à refuser des enfants et la plupart de ceux-ci s'inscrivent dans le club de leur village ou de leur quartier. "Les clubs de D1 ne se piquent pas de joueurs, il existe un gentleman's agreement à cet égard", dit Kristinsson. "Plutôt que de changer de club, un jeune qui se débrouille bien balle au pied monte très vite de catégorie. Il n'est pas rare de voir des gamins de quinze ans en équipe première." Pour Gislason, c'est une bonne chose. "Les bons joueurs apprennent très vite à prendre leurs responsabilités. Ce fut pareil pour moi. J'ai grandi dans un village de mille habitants où celui qui était capable de shooter dans un ballon se retrouvait en équipe première. Dans les tournois, nous affrontions les meilleurs clubs du pays, souvent venus de Reykjavik. Ici, il est impossible qu'un jeune talent passe entre les mailles du filet." Et les clubs font du bon boulot. Au début du siècle, la KSI (fédération islandaise) les a obligés à travailler avec des entraîneurs diplômés. C'en était fini des papas qui entraînaient l'équipe de leurs gosses pour passer le temps. Depuis 2006, le pays organise lui-même la formation de ses entraîneurs. L'Islande compte un entraîneur titulaire d'un diplôme UEFA A ou B pour 500 habitants. En pratique, cela signifie que même les enfants de six ans sont formés par des entraîneurs diplômés. GRÂCE À LARS ET GYLFI Arnar Gretarsson nous fait visiter le stade de Breidablik, où l'ex-médian de Lokeren a mis un terme à sa carrière en 2009 et dont il entraîne aujourd'hui l'équipe première. De la modeste salle VIP (il n'y a place que pour 40 couverts et on y organise régulièrement des tournois d'échecs), il nous montre une petite tribune. "Jusqu'il y a peu, c'était la seule. On pouvait y mettre 2.000 personnes", dit Gretarsson. "Maintenant, nous en avons une nouvelle, plus grande, et nous avons lancé l'espace VIP cette saison. En Islande, c'est révolutionnaire !" Caché derrière d'impressionnantes lunettes de soleil, il nous montre les vestiaires, le bureau des entraîneurs et la salle de fitness. "Elle accueille les haltérophiles de Breidablik mais nous avons l'autorisation de l'utiliser. Nos moyens sont limités mais nous tentons d'être le plus professionnel possible. Notre budget tourne autour des deux millions d'euros. Ici, un joueur bien payé gagne 4000 euros par mois. A ce tarif, il est difficile d'attirer des étrangers qui relèvent le niveau." Pour Gretarsson, la seule chose qui pourrait donner un coup de fouet au football islandais, ce sont les Coupes d'Europe. "Si nous nous qualifions pour la phase de poules de l'Europa League, nous doublerons notre budget." Mais pour Kristinsson, qui a entraîné KR Reykjavik de 2010 à 2014, avec deux titres et trois coupes à la clef, il y a peu de chances que cela arrive. "Je constate que même les clubs norvégiens et danois éprouvent les pires difficultés à y arriver", dit-il. En raison de ce manque d'argent, les jeunes joueurs talentueux ont la chance d'arriver très vite en équipe première. A 18 ans, ils ont déjà acquis suffisamment d'expérience pour poursuivre leur route dans un championnat étranger. Comme Gylfi Sigurdsson, médian de Swansea City, que supporters et consultants considèrent comme l'élément principal de l'équipe nationale. Gretarsson ne manie pas la langue de bois. "A mon époque, Eidur Gudjohnsen était la star de l'équipe. C'est un ami mais je dois admettre que son comportement n'était pas toujours exemplaire. Sur le terrain, il se donnait à 100 % mais en dehors... Pour lui, une sélection en équipe nationale, c'était avant tout l'occasion de revoir sa famille et ses amis. Sigurdsson est différent, professionnel jusqu'au bout des doigts. Lorsque la star de l'équipe est la première à arriver à l'entraînement et qu'elle se donne à fond sur le terrain, cela tire tout le monde vers le haut." On ne sait même pas si Gudjohnsen, aujourd'hui âgé de 37 ans, sera sélectionné pour l'EURO. Alfred Finnbogason (ex-Lokeren), qui fut meilleur buteur du championnat hollandais il y a deux ans avec Heerenveen, n'est que réserviste. On lui reproche de ne pas courir suffisamment. Cela en dit long sur la philosophie mais aussi sur les possibilités de cette équipe. "La base est beaucoup plus large qu'avant", dit Kristinsson. "A notre époque, il y avait cinq ou six joueurs de talent auquel on ajoutait des semi-pros évoluant en championnat d'Islande. Aujourd'hui, tous les internationaux évoluent dans un grand championnat et ils y sont titulaires. C'est pareil dans les équipes d'âge : plus de la moitié de notre équipe U19 joue à l'étranger." Kristinsson souligne aussi l'apport de Lars Lagerbäck, sélectionneur suédois de 1998 à 2009 et sélectionneur de l'Islande depuis 2014. "Quand il a mis en place un 4-4-2, je me suis dit qu'il était devenu fou", dit celui qui entraîne actuellement le SK Lillestrom. "Nous avions toujours joué en 4-5-1 en ne spéculant que sur le contre. Lagerbäck a permis aux joueurs de prendre confiance en leurs capacités et il a mis en place un système clair, où chacun sait parfaitement ce qu'il a à faire, quelle que soit la situation. Ces joueurs jouent ensemble depuis plusieurs années, des automatismes se sont créés et je ne pense pas que les choses vont beaucoup changer au cours des prochaines années." Dans sa poule de qualification pour l'EURO, l'Islande a surpris tout le monde. Elle s'est classée deuxième d'un groupe au sein duquel on retrouvait aussi la République tchèque, les Pays-Bas, la Turquie, la Lettonie et le Kazakhstan. Elle a notamment battu deux fois les Pays-Bas et présente la différence de buts la plus importante de la poule (17-6). Lagerbäck est assisté de Heimir Hallgrimsson, qui a gardé son cabinet de dentisterie, sur les îles Westman, un archipel peu peuplé (4.100 habitants) surtout connu pour ses huit millions de pingouins et ses 80 volcans. Cela fait partie du charme de l'Islande : le type que vous verrez donner des consignes le long de la ligne à l'EURO est le même que celui qui, quelques jours plus tard, pourrait vous arracher une dent. PAR MATTHIAS STOCKMANS À REYKJAVIK