Partout en Europe, les clubs champions sont aussi ceux qui ont le plus d'argent. Sauf aux Pays-Bas, où l'Ajax possède le plus gros budget mais n'a plus remporté le moindre trophée depuis 2014. L'Ajax n'a plus été en tête du championnat depuis plus de 800 jours. Au début du siècle, les joueurs du club portaient le numéro un sur leur cravate officielle. Mais depuis lors, ils n'ont décroché que six fois le championnat, contre dix au PSV.
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Partout en Europe, les clubs champions sont aussi ceux qui ont le plus d'argent. Sauf aux Pays-Bas, où l'Ajax possède le plus gros budget mais n'a plus remporté le moindre trophée depuis 2014. L'Ajax n'a plus été en tête du championnat depuis plus de 800 jours. Au début du siècle, les joueurs du club portaient le numéro un sur leur cravate officielle. Mais depuis lors, ils n'ont décroché que six fois le championnat, contre dix au PSV. On pourrait donc croire que la priorité pour 2019 sera d'être champion mais à l'Ajax, club que la modestie n'a jamais étouffé, on voit déjà plus loin. Marc Overmars a même déclaré que l'Ajax voulait devenir " le Bayern Munich des Pays-Bas. " Pour cela, le club misera désormais moins sur la formation que sur l'achat de joueurs. Depuis le début du siècle, le club allemand a déjà été champion à treize reprises. Il détient même le monopole des six derniers titres. Depuis la création de la Bundesliga, en 1963, il a été sacré à 28 reprises. Bien plus que Nuremberg (9 fois) et le Borussia Dortmund (8). Comme c'est le cas avec l'Ajax aux Pays-Bas, l'attitude arrogante des champions d'Allemagne suscite l'aversion dans le reste du pays. Ce n'est d'ailleurs pas la seule similitude entre les deux clubs qui sont devenus mondialement célèbres dans les années '70. Après le triplé de l'Ajax de Johan Cruijff en Coupe d'Europe des Clubs Champions (1971, 1972, 1973), le Bayern de Franz Beckenbauer a pris le pouvoir (1974, 1075 et 1976). Par la suite, les deux clubs ont également réservé un rôle important à leurs anciennes stars au sein de la direction. Dans les années '90, le Bayern a dû relever le même défi que l'Ajax : garder sa place dans le football capitaliste désormais dominé par les clubs anglais, espagnols et italiens. Alors que l'Ajax a opté pour l'entrée en bourse et une nouvelle direction, der Rekordmeister a misé sur un trio d'anciens joueurs : Karl-Heinz Rummenigge, Franz Beckenbauer et Uli Hoeness. " Nous voulons que le club soit aux mains des gens du football ", expliquait alors Rummenigge, qui ne voulait pas discuter avec des actionnaires agissant sous le coup de l'émotion ou des propriétaires excentriques changeant d'avis parce qu'un ballon avait atterri sur la transversale plutôt que juste en dessous de celle-ci. En 2012, ce modèle a engendré la Révolution de velours à l'Ajax. Pendant des années, les Allemands s'étaient inspirés de l'Ajax en matière de scouting et de formation. Selon Cruijff, il était temps d'inverser les rôles : l'Ajax devait prendre exemple sur le Bayern et pas l'inverse. Il avait constaté que les anciens joueurs faisaient toujours front. Wim Jonk et Dennis Bergkamp devaient donc devenir les Hoeness et Rummenigge de l'Ajax mais, suite à des disputes, ils sont rapidement partis. Edwin van der Sar et Marc Overmars qui leur ont succédé, se sont petit à petit écartés de la philosophie de Cruijff, qui affirmait souvent qu'il n'avait jamais vu un coffre-fort inscrire un but. Au cours des dernières années, ils n'ont pas hésité à franchir la limite sacrée de cinq ou six millions d'euros pour transférer un joueur. Aujourd'hui l'Ajax va plus loin : comme le Bayern, il tente d'étouffer la concurrence en dépensant en transferts et en salaires des montants qui laissent le PSV et Feyenoord rêveurs. Pourquoi pas, d'ailleurs ? Tout comme le club allemand, l'Ajax est un club sain et peut mettre sans sourciller 45 millions sur la table pour s'offrir Dusan Tadic, Daley Blind, Hassane Bandé ou Zakaria Labyad. Les dirigeants de Feyenoord et du PSV se moquent : " Quand on ne gagne rien pendant quatre ans, il faut bien faire quelque chose ", disent-ils. Mais en coulisses, ils redoutent ce changement. Ce n'est pas un hasard si le PSV a commencé à se confectionner un trésor de guerre afin de pouvoir concurrencer l'Ajax. Les autres clubs craignent que, comme en Bundesliga, une formation écrase toutes les autres. Mais avant d'en arriver là, l'Ajax doit stabiliser sa direction. D'anciens joueurs ont été directement bombardés à des postes importants tandis qu'au Bayern, ils ont eu l'occasion d'apprendre leur rôle petit à petit. Rummenigge n'est devenu président qu'après dix ans de vice-présidence, Hoeness était toujours joueur qu'on en avait déjà fait un commercial. Il a gravi les échelons tout en fondant une usine de saucisses qui fournit l'Oktoberfest et les magasins Aldi. Le Bayern a beau être surnommé FC Hollywood, il reste fidèle a ses racines et conserve un visage humain. Alors que l'Ajax est une société anonyme, les Allemands ont toujours refusé d'entrer en bourse ou d'ouvrir leur capital à investisseurs étrangers : ils sont partis à la guerre avec des entreprises de la région comme Allianz, T-Mobile ou Adidas qui, ensemble, détiennent 25 % des actions. Cela a fait rentrer 300 millions d'euros dans les caisses du club qui (contrairement à ce que l'Ajax fait maintenant) n'a pas investi cet argent dans l'achat de joueurs mais dans le rachat de l'Allianz Arena. Celle-ci lui appartient désormais. Le club a dédommagé Munich 1860 et augmenté la capacité du stade pour la porter à 75.000 spectateurs. Une mine d'or ! Si le Bayern fait du bénéfice depuis 25 ans d'affilée, c'est avant tout parce qu'il conclut des accords à long terme avec de grands sponsors qui lui sont fidèles. Alors que les autres grands clubs dépendent pour moitié des droits de télévision, au Bayern, ceux-ci ne représentent que 25 % du budget. Le champion d'Allemagne a le don de sceller des accords commerciaux impressionnants. Telekom figure sur son maillot depuis 2002 et le contrat avec Adidas ne prendra fin qu'en 2030. Rien que ces deux sponsors rapportent 90 millions d'euros par an et constituent la base d'un budget de près de 600 millions. Seuls trois clubs au monde font mieux. Malgré cela, ses fans considèrent toujours le Bayern considèrent toujours le Bayern comme un petit club sympa. C'est notamment dû au fait que des entraînements ouverts au public ont lieu régulièrement (au moins un par semaine). Cette optique prend de plus en plus le pas sur celle des clubs dirigés par des oligarques qui atterrissent en jet privé ou des cheikhs prenant leurs décisions à bord de leur yacht privé. L'Ajax n'est pas le seul à vouloir suivre le modèle munichois. La direction du PSV s'est aussi rendue en Bavière afin d'y voir plus clair. Le club d'Eindhoven a ensuite pris contact avec des financiers qui, comme Audi, Allianz et Adidas, voulaient investir dans un centre d'entraînement et dans un stade. La seule différence, c'est que le PSV ne proposait pas d'actions en échange d'argent : il demandait qu'on lui avance des fonds qu'il s'engageait à rembourser avec intérêts. L'UEFA et d'autres grands clubs éprouvent beaucoup de respect à l'égard du Bayern qui, sans s'endetter, est parvenu à rivaliser avec le top européen. Pendant des années, le club allemand s'est surtout concentré sur le marché national mais maintenant qu'il domine son championnat de la tête et des épaules, il s'intéresse surtout aux marchés nord-américain et asiatique. En 2014, il s'est rendu plusieurs fois aux Etats-Unis, en Chine et à Singapour. Des tournées sponsorisées par Audi, qui aimerait vendre ses voitures sur d'autres continents. Le Bayern est le seul club européen à avoir des boutiques en Chine et à y avoir lancé sa propre entreprise en relation avec des universités. A New York, il a ouvert une filiale qui, outre la vente de maillots, propose des programmes de formation. Tout ceci contribue à la popularité du club dans le monde entier. Le Bayern compte ainsi 4000 cercles de supporters pour un total de 300.000 membres. Hoeness et Rummenigge ont fait d'un club endetté une entreprise florissante, célèbre mondialement et qui rafle de nombreux trophées. " Nous avons une philosophie : nous ne dépensons pas un euro de plus que ce que nous gagnons ", dit Rummenigge. " Depuis mon arrivée au sein de la direction, en 1991, j'ai compris que c'était la seule voie à suivre. " En raison de cette croissance économique qui dure depuis trente ans, le fossé avec le reste de la Bundesliga n'a cessé de se creuser. Le Borussia Dortmund est désormais considéré comme le principal challenger du Bayern. Il a été champion en 2011 et 2012 et est le deuxième club le plus riche de Bundesliga. Mais son budget est de moitié inférieur à celui des Munichois. Le Bayern peut dès lors payer ses joueurs deux fois mieux et ainsi dépecer son rival. C'est ainsi qu'il a acquis Mats Hummels, Robert Lewandowski et Mario Götze. Schalke 04, troisième club du pays avec un budget de 230 millions, ne joue même plus dans la même cour. L'Ajax n'en est pas encore là. Son budget est certes plus élevé que celui du PSV mais ce n'est pas le double. On n'arrive pas à cela d'un claquement de doigts. Aux Pays-Bas, les recettes émanant des droits de télévision et des sponsors sont moins importantes qu'en Bundesliga. Les revenus issus des participations aux compétitions européennes jouent donc un plus grand rôle dans le rapport de forces. Pour le Bayern, une prime de 50 millions de l'UEFA, c'est de l'argent de poche. Pour l'Ajax et le PSV, ça fait la différence entre une bonne et une mauvaise saison sur le plan financier. S'il participe à la Ligue des Champions, le PSV peut se permettre un budget d'une centaine de millions, soit à peu près celui de l'Ajax. En 2015-2016, ses recettes ont même été plus importantes que celles du club amstellodamois. Sur papier, l'Ajax a les moyens d'étouffer ses concurrents comme le fait le Bayern. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un oeil sur les montants auxquels les joueurs sont vendus. Malgré les bons résultats obtenus ces dernières années, le PSV ne parvient toujours pas à vendre aussi cher que l'Ajax. Ces recettes émanant des transferts ont permis aux Amstellodamois de faire des réserves qu'ils se décident enfin à investir. Mais pas pour affaiblir la concurrence et faire ainsi coup double comme le fait le Bayern qui achète les meilleurs joueurs des clubs rivaux, même s'il n'en a pas besoin. S'il voulait vraiment devenir le Bayern des Pays-Bas, l'Ajax aurait dû tenter d'acheter Hirving Lozano, Jeroen Zoet et Steven Berghuis cet été. Mais selon Van der Sar, aux Pays-Bas, le sujet est trop " sensible ". C'est évidemment la même chose en Allemagne où les supporters des autres clubs détestent le Bayern mais Hoeness et Rummenigge n'en ont cure : cet été, ils sont encore allés chercher Leon Goretzka à Schalke. En Allemagne, la question qui se pose n'est pas de savoir si le Bayern sera champion mais s'il sera sacré en février, en mars ou en avril. Depuis que l'hypothèque sur le stade a été levée, en 2014, le club peut consacrer pratiquement tous ses revenus à l'équipe. Qui, dans ces conditions, peut rompre son monopole ? L'Ajax a suffisamment d'argent pour suivre cet exemple. En achetant la Johan Cruijff Arena, il pourrait gérer et conserver tous les bénéfices d'exploitation, ce qui le rendrait moins dépendant des transferts et des recettes de la Ligue des Champions. Mais il n'en est pas encore là. Pour le moment, il investit pour être champion, gagner de l'argent en Ligue des Champions et vendre des joueurs. Reste à voir comment il va mener cette nouvelle politique tout en conservant sa philosophie de club formateur. Et comment le vestiaire va réagir en apprenant que des joueurs comme Tadic et Blind gagnent beaucoup plus que les autres. Pour le moment, l'Ajax suit plutôt la voie de Chelsea (qui transfère énormément pour être champion) que celle du Bayern qui, pendant 30 ans, a tracé sa route pour écarter lentement mais sûrement la concurrence.