En quatre ans, il s'est construit une ascension éclaire, sans broncher. Zulte Waregem, Monaco, Mayence, Dortmund, Paris. La fulgurance a un prix : trente-deux millions et des litres de sueur. Au moment des présentations, le nouveau locataire du Camp des Loges, pas vraiment la priorité de ses dirigeants, tient ces mots, dans Le Parisien : " Un mec appliqué, concentré, motivé qui donnera le meilleur de soi-même pour l'équipe et qui espère se développer un maximum ". Soit un beau résumé de son passage en Flandre-Occidentale.
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En quatre ans, il s'est construit une ascension éclaire, sans broncher. Zulte Waregem, Monaco, Mayence, Dortmund, Paris. La fulgurance a un prix : trente-deux millions et des litres de sueur. Au moment des présentations, le nouveau locataire du Camp des Loges, pas vraiment la priorité de ses dirigeants, tient ces mots, dans Le Parisien : " Un mec appliqué, concentré, motivé qui donnera le meilleur de soi-même pour l'équipe et qui espère se développer un maximum ". Soit un beau résumé de son passage en Flandre-Occidentale. Sur sa route, tout semble programmé. Diallo débarque pourtant un poil en retard au Gaverbeek. Mais l'excuse vaut le coup. Fin juin 2015, il sort d'un EURO frustrant avec les U19 français, éliminés en demi-finale par l'Espagne, quand son prêt, fruit d'une collaboration entre Monaco et Zulte, est validé par le board arc-en-ciel. Aux côtés de Lucas Hernandez et Benjamin Pavard, futurs champions du monde, le Sénégalais d'origine plie le genou contre une Rojita impitoyable, emmenée par un certain Marco Asensio, auteur d'un doublé en fin de partie. Raison de plus pour se remettre au travail. Avec cinq apparitions en Ligue 1 au compteur, dont une titularisation et uniquement des succès, le défenseur de dix-neuf printemps veut passer la seconde. " Il est arrivé une semaine avant le début du championnat, mais il a joué dès la première journée ( victoire 3-1 contre Lokeren, le 25 juillet 2015, ndlr) ", rembobine Marvin Baudry, qui s'installe dans l'arrière-garde du Essevee à la faveur du même été. " Cédric D'Ulivo venait de se blesser et j'ai glissé à droite pour qu'Abdou récupère ma place dans l'axe. C'était bien pour le coach parce qu'il ne savait pas encore comment gérer son cas. " Dans l'esprit de Francky Dury, les doutes s'estompent rapidement. Le policier de Waregem gratte le nom du jeune Diallo sur la feuille de la majorité des rencontres de championnat. Le gamin s'impose en patron. " Quand il est arrivé, cela devait faire une sacrée différence pour lui. Il passait de Monaco à Zulte. Niveau infrastructures, ce n'est pas la même chose. Parfois, tu sentais qu'il avait encore la tête là-bas. Ça a dû lui faire du bien, le motiver deux fois plus. Tout le monde était impressionné par ses qualités. Il était déjà très solide et il avait surtout une maturité rare pour son âge. Personnellement, je n'avais jamais vu ça", souffle Alessandro Cordaro, qui partage alors le vestiaire avec quelques CV ronflants, tels que Mbaye Leye, Onur Kaya, Christophe Lepoint ou Samy Bossut. Aligné le plus souvent à la gauche du robuste Joël Sami, désormais actif en Thaïlande, Diallo compense par des interventions propres et des relances précises. A une exception près : le 12 septembre, suite à deux breaks infligés à Bruges et Ostende, il couche son mètre 86 pour faire voler le Gantois Laurent Depoitre aux abords de la ligne médiane, la semelle sur le cuir. Rouge, direct. " Selon moi, ça méritait le jaune, pas plus ", regrette Eddy Van den Berge, assistant de toujours de Dury, fier de son poulain. " Cela montre au moins qu'il est fort dans les duels. Comme à son habitude, il a réagi de manière calme. Ce n'est pas l'homme de beaucoup de mots, il préfère prouver sa valeur sur le terrain. " En dehors, l'ex-Monégasque force le respect. Karim Essikal, l'un de ses meilleurs potes dans le groupe : " Il respectait tout le monde et tout le monde le respectait. Je n'ai jamais vu un ancien venir chez lui pour le remettre à l'endroit. Abdou ne va pas parler pour parler. S'il doit dire les choses, il les dit, mais au bon moment. ". Parce qu'il a la notion du temps. À l'intérieur, Diallo sait qu'il n'est que de passage. Un passage obligé pour montrer à son véritable employeur qu'il a plus qu'intérêt à le rapatrier à la maison. " On sentait qu'il avait quelque chose. Il avait du caractère ", reprend Baudry. " En général, à cet âge-là, tu es plus en dilettante, tu veux juste jouer au ballon. Lui, à l'entraînement, il poussait même quelques remontrances, peu importe son interlocuteur, que ce soit un cadre ou le coach. Il s'agissait de critiques constructives et il avait du répondant. Ce n'était pas le petit jeune classique. " Sinon, le néo-Parigot se fait discret. Voire " solitaire ", selon Jonathan Benteke, autre gars sûr qui peine à percer la carapace du Français. " On était assez proches, en raison de notre âge. On se marrait bien, mais il ne parlait pas beaucoup, il ne sortait pas beaucoup. Il n'était pas dans l'optique de se faire des amis. Il vivait à Waregem, avec sa femme, tranquille. Il était même assez fier d'elle, d'être casé. Au final, on lui posait surtout des questions sur Kylian Mbappé ", rigole le petit frère de Christian. Abd a ça dans le sang. Il grandit à L'Isle-d'Espagnac, petite bourgade de l'agglomération d'Angoulême, où il fait ses classes, entre sept frères et soeurs, sans père, démissionnaire. Alors, il ne voit pas l'utilité des réseaux sociaux, qui ne pourraient que le dévier de son objectif. Avant les matches, il n'écoute pas non plus de musique. Sa bulle lui suffit. " Il est très ouvert, mais il a sa personnalité. Et dans celle-ci, il ne mélange pas le professionnel et l'extra-sportif. Je pense que c'est aussi en lien avec sa religion ( il est musulman, ndlr) ", psychanalyse Essikal, compagnon de foi. " Quand tu es bien dans ta religion, tu as une espèce de paix en toi, comme si rien ne pouvait t'arriver. C'était exactement ça pour Abdou. C'est une force tranquille. " Francky Dury, formateur dans l'âme, reprend les rênes de la figure paternelle pour polir le joyau ( voir cadre). Il convoque régulièrement l'apprenti central dans son bureau. Ensemble, ils discutent tactique et avenir. " Francky l'entraînait aussi pour tirer les coups-francs. Vu qu'il est gaucher, c'était un atout supplémentaire pour nous. Abdou faisait tout ce qu'on lui demandait. C'était un vrai plaisir de travailler avec lui. On parlait beaucoup et on voyait qu'il était à l'écoute. Il était toujours intéressé pour revoir des images de ses actions, que je lui faisais parvenir par mail", poursuit Van den Berge, qui voit Diallo passer de l'axe à l'arrière gauche et au milieu défensif, de manière épisodique. Fin décembre, les grenats reçoivent la visite d'Ostende. Face à des soldats capables d'encaisser sévèrement, à l'instar des 4-0 et 5-0 infligés par Anderlecht et Bruges, Dury cherche des solutions. " Avant le match, le coach nous convoque tous les deux pour nous demander si on préfère jouer dans l'axe ou à gauche, tout en nous disant que leur couloir droit était plutôt rapide ", se rappelle Bruno Godeau, habituellement cantonné au banc et qui filera au mercato suivant chez les adversaires côtiers. Ce jour-là, Abdou-Lakhad Diallo, de son nom complet, se pose sur le flanc gauche. Il ne s'accroche pas outre mesure à son statut de taulier, au coeur de la défense. Tant qu'il est sur le pré... Et qu'il étoffe son bagage technique. " Il aimait bien pousser un peu le ballon, monter avec, il n'avait pas froid aux yeux. Mais sa qualité première, c'est l'agressivité ", jure Baudry. " Il était tout le temps en train de harceler, toujours proche du porteur du ballon. Voir sa hargne, franchement, c'était rassurant pour toute l'équipe. Bien sûr, il a fait quelques erreurs, c'est normal, mais il savait les corriger. " Mieux, les pensionnaires du Gaverbeek accrochent le wagon des play-offs 1 en coiffant le Standard sur le poteau, à deux points près. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu. Le team arc-en-ciel enchaîne les contre-performances et doit s'en remettre à son jeune défenseur pour opérer la décision. Le 15 mai 2016, il ouvre le score face à Gand, reprenant de la tête un retourné manqué de Leye, tueur maison servi par Kaya, meilleur passeur de la saison. Les siens enchaînent et l'emportent 4-2, un peu contre le cours du jeu, pour leur seul succès en dix rencontres. Celui qui a d'abord été formé au poste d'attaquant sous les couleurs d'Angoulême, avant d'être replacé derrière par le Tours FC, plante ainsi son troisième pion de l'exercice. Tous permettent de ramener des points. " On a bien célébré le premier ", rit encore Essikal, qui saute alors sur son pote, en compagnie du cadet Benteke. " C'était contre OHL, en janvier, et ça avait permis d'égaliser ( 2-2, score final, ndlr). C'était aussi son premier but en pro, donc il avait forcément une saveur particulière. Il était trop content et il est venu vers nous, naturellement. " Six mois plus tard, le prêt se termine et Abdou peut fêter ses vingt piges sur le Rocher, où le directoire monégasque le réintègre volontiers. Diallo est prêt à tailler des costards aux attaquants de Ligue 1. Enfin, c'est tout comme. " On l'a taquiné deux ou trois fois sur ses tenues ", abonde Baudry. " Quand on faisait des restos avec l'équipe, chacun faisait au moins le minimum : jean, tee-shirt, basket. Lui, non, il se pointait en jogging, comme s'il voulait rentrer le plus vite possible à la maison. " Métro, boulot, dodo. Le Tourangeau ne connaît pas d'autre rythme. Avec cinq petites apparitions à Monaco la saison suivante, dont quatre titularisations et toujours aucun revers, il file en Champion de France vers l'Allemagne, barré par la concurrence. Tout n'est qu'une question de temps. " Tu ne sais jamais dire si untel ou untel va percer jusqu'au top ", conclut Essikal. " Abdou a aussi la chance d'être un gaucher, jeune et talentueux, ce qui est rare de nos jours, pour un défenseur central. Mais, surtout, il a toujours choisi les bonnes étapes. Sa force, c'est de faire les bons choix au bon moment. " Un peu moins en termes de choix vestimentaires...