Les Pays-Bas n'ont plus disputé de grand tournoi depuis 2014 et le Mondial brésilien, théâtre du plongeon de Robin van Persie contre l'Espagne (1-5), de la surprenante défense à cinq de Louis van Gaal, de la demi-finale contre l'Argentine et de la finale de consolation enlevée face au Brésil. Un nouvel exploit, après la médaille d'argent obtenue avec Bert van Marwijk en Afrique du Sud quatre ans plus tôt.
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Les Pays-Bas n'ont plus disputé de grand tournoi depuis 2014 et le Mondial brésilien, théâtre du plongeon de Robin van Persie contre l'Espagne (1-5), de la surprenante défense à cinq de Louis van Gaal, de la demi-finale contre l'Argentine et de la finale de consolation enlevée face au Brésil. Un nouvel exploit, après la médaille d'argent obtenue avec Bert van Marwijk en Afrique du Sud quatre ans plus tôt. Et puis... plus rien. Une génération dorée a pris congé du foot sans avoir directement trouvé ses héritiers. En peu de temps, les Pays-Bas ont pataugé et usé deux sélectionneurs, Danny Blind et Dick Advocaat. Puis Ronald Koeman a repris l'équipe et l'a remaniée avec l'EURO comme principal objectif. Suite au départ de ce dernier pour le FC Barcelone, le seul club pour lequel il aurait pu abandonner l'équipe nationale, c'est maintenant à Frank de Boer de conduire l'équipe au titre, comme d'habitude, malgré ces sept années d'absence. Passage en revue des chances néerlandaises, aux côtés d'Aad de Mos. Quelles sont les surprises de la sélection, à vos yeux? AAD DE MOS: Jurriën Timber. C'est un choix d'avenir, en prévision du Mondial au Qatar. Il est polyvalent et peut occuper n'importe quelle position en défense. Il est également un produit-type de l'Ajax, doté d'un excellent bagage technique. L'absence de Ryan Babel est une autre surprise. Elle est étrange. Une semaine avant d'annoncer sa sélection, De Boer disait encore à la télévision que ce type de joueur est très important quand on doit passer six semaines ensemble. Manifestement, il a très vite changé de philosophie. C'est son droit, il n'est pas non plus obligé de tout raconter aux journalistes, mais j'ai l'impression que les consultants TV ont été fatals à Babel et qu'ils ont influencé De Boer. Babel ne s'est pas mal tiré d'affaire à Galatasaray, depuis son retour de l'Ajax. Il doit être terriblement déçu. Owen Wijndal, l'arrière gauche de l'AZ, est l'objet de tous les compliments. Est-il prêt pour une place de titulaire? DE MOS: Wijndal jouera dans un quatuor défensif, pendant le premier tour. Il est excellent dans ce rôle. Par contre, son sens tactique n'est pas terrible en 3-4-3 ou en 5-3-2, ne serait-ce que parce qu'il n'a pas l'habitude jouer dans ces systèmes. Il a besoin d'un sens tactique personnel et il ne l'a pas. Dans une configuration de ce type, plus loin dans le tournoi, il vaudrait mieux opter pour un joueur qui la pratique en championnat. Daley Blind, par exemple, a de très bonnes sensations. Quelle serait votre équipe-type? DE MOS: J'entamerai le tournoi dans un 4-3-3 classique, avec Cillessen, Dumfries, De Ligt, De Vrij, Wijndal, De Jong, Wijnaldum, Gravenberch, Berghuis, Weghorst et Depay. Pas de Marten de Roon, qui a tout joué jusqu'il y a peu? DE MOS: On ne peut plus snober Gravenberch. Il va être la révélation des Pays-Bas. C'est un régal pour tout amateur de football. Une antilope, avec une coordination et un instinct incroyables. Je pense qu'il va faire sensation. Avec De Jong et Wijnaldum... Cet entrejeu sera très dynamique. Meilleur que celui de la Belgique, d'autant qu'on n'est absolument pas sûr qu'Axel Witsel sera en état de jouer. Comment voyez-vous le rôle de De Roon, qui est une certitude à l'Atalanta Bergame? DE MOS: On peut toujours avoir besoin de De Roon dans la phase à élimination directe. Il faut d'abord que l'équipe développe un football offensif, trouve le bon rythme et progresse au fil du tournoi. Alignerais-je De Roon? Ça dépend de la manière dont l'équipe gère le premier tour. Si c'est en développant un bon football et qu'elle se sent bien, la presse sera flatteuse. Et les joueurs ont beau dire qu'ils ne lisent pas les journaux, je sais par expérience que rien ne leur échappe. Dans ce cas, les internationaux regorgeront de confiance. Se sont-ils qualifiés grâce à trois matches nuls? Dans ce cas, contre un adversaire de même force ou plus conséquent, on peut aligner De Roon. Comment De Boer peut-il obtenir le meilleur rendement de l'entrejeu avec De Jong, Wijnaldum et Gravenberch? DE MOS: Il vaut mieux laisser ces médians régler ça eux-mêmes. La France a eu jadis un entrejeu Platini-Giresse-Fernandez qui jouait très librement, avait de bons automatismes et était imprévisible. Pour cela, il faut un grand sens tactique, mais les trois joueurs concernés en sont dotés. Wijnaldum est le plus chevronné, De Jong joue depuis deux ans à Barcelone et Gravenberch est malin tactiquement. Il a déjà beaucoup appris en une saison à l'Ajax et son évolution semble naturelle. On ne voit ça que chez les tout grands footballeurs. Il peut devenir un joueur de classe mondiale. On a beaucoup parlé de la position de De Jong à Barcelone. Il n'a retrouvé sa forme qu'à l'arrivée de Koeman. Comment est-il le plus efficace? DE MOS: Quand il peut s'emparer du ballon, amorcer la première construction, sans que trop de joueurs ne soient dans ses pieds. Il a besoin de liberté. Il ne jouait pas bien les grands matches à Barcelone et il est possible que ses adversaires placent un homme sur lui pendant l'EURO. C'est pour ça qu'il est intéressant d'avoir Gravenberch et Wijnaldum à ses côtés: si De Jong attire son homme, il libère les deux autres. Ils sont très polyvalents tous les trois. Ils sont capables de construire le jeu, de donner une passe, de monter et de marquer. Frank de Boer a de l'or entre les mains. Il possède un milieu de terrain de rêve. Or, c'est l'aspect le plus important en football. On insiste trop peu là-dessus, mais quand l'entrejeu est bien composé et équilibré, l'adversaire en voit de toutes les couleurs.C'est le sentiment que vous avez? DE MOS: Oui. On doute encore trop des qualités de notre sélectionneur. On écoute trop les débats à la télé et les journalistes n'ont pas une bonne vision globale des qualités des équipes adverses. De Boer doit rester au-dessus de la mêlée. Il possède un matériel fantastique. Vous avez déclaré qu'il se laissait sans doute influencer par ce qu'il se dit en télé, puisqu'il laisse Babel à la maison. Reste-il vraiment au-dessus de la mêlée? DE MOS: Je l'espère. Pourtant, on doute de lui. C'est injuste, selon vous? DE MOS: Non... Ronald Koeman a eu un bol fou. Il ne pouvait rien faire de travers aux yeux des gens. De Boer a été limogé trois fois, en Italie, en Angleterre et aux États-Unis ( respectivement par l'Inter, les Queens Park Rangers et Atlanta, ndlr). Il n'est donc pas le candidat idéal... alors qu'il a été quatre fois champion avec l'Ajax. En plus, il a participé à un EURO et à un Mondial en tant qu'assistant de Bert van Marwijk. Il a prouvé qu'il avait le niveau requis et je lui fais totalement confiance. Il entretient de bons rapports avec le noyau, aussi. C'est une bande de copains très soudée. Vous semblez optimiste. Les Pays-Bas peuvent-ils rendre la vie dure aux candidats au dernier carré? DE MOS: Certainement. Quand ils affrontent des nations qui jouent, ils vont bénéficier d'espaces et pourront s'adapter à l'adversaire. Les qualités physiques prendront de l'importance et l'équipe forme un ensemble. Tous les joueurs ont un bon niveau. Je ne pense pas que Roberto Martínez, Luis Enrique ou Didier Deschamps soient ravis à l'idée affronter les Pays-Bas. Leur équipe devra vraiment être au sommet de sa forme, car les Pays-Bas sont particulièrement redoutables dans le rôle d'outsider. À quel résultat vous attendez-vous? DE MOS: Une demi-finale serait fantastique, avec cette jeune équipe. Ce groupe manque d'expérience en tournoi. Est-ce un handicap, selon vous? DE MOS: Non, je pense que cette expérience vient automatiquement quand on se sent bien dans le tournoi. Les Pays-Bas vont franchir le premier tour et continuer à grandir. Par ailleurs, l'expérience n'est pas toujours positive: certains peuvent avoir atteint leur zénith et se surestimer. La France, par exemple, a déjà remporté une Coupe du monde et les Belges ont participé à pas mal de choses aussi alors que la sélection néerlandaise en est à son premier tournoi et a faim de succès. C'est plus important que l'expérience. L'absence de Virgil van Dijk, blessé, est un coup dur. À quel point va-t-il manquer à l'équipe? DE MOS: Son absence aura un impact considérable. Van Dijk est un leader, son jeu de position est fantastique, comme son coaching. Il impressionne l'adversaire. Son charisme est très important et on va remarquer son absence, mais même sans lui, la défense reste très solide. De Vrij et De Ligt sont brillants dans la compétition la plus ardue sur le plan défensif. De Vrij a été le meilleur défenseur, voire le meilleur joueur de l'Inter et De Ligt peut devenir capitaine de la Juventus la saison prochaine. Ajoutez Blind dans une défense à trois ou à cinq et vous avez une ligne très valable, surtout contre des équipes qui procèdent avec deux attaquants. Mais on encaisse parfois des buts facilement évitables. La concentration sur les phases arrêtées est un des points faibles de l'équipe, comme, peut-être, les contres. Elle n'est pas à son aise quand elle joue avec quarante mètres d'espace dans le dos. On se crée toujours des occasions contre les Pays-Bas. L'attaque a toujours fait la renommée des Pays-Bas, mais c'est maintenant le contraire: ils possèdent une défense de niveau mondial et une attaque moyenne. Comment l'expliquez-vous? DE MOS: Des talents commencent à émerger dans la levée suivante. Je pense à Noa Lang et à Myron Boadu, de l'AZ, mais de fait, les attaquants actuels ne font pas partie de l'élite absolue. Toutefois, l'équipe peut se créer des occasions via Berghuis et Depay et l'entrejeu. Reste à les convertir. Depay, Weghorst et Berghuis ne sont pas Kane, Mbappé ou Lukaku. C'est pour ça aussi que nous ne sommes pas favoris. Qui l'est? DE MOS: La France, l'Espagne, la Belgique, l'Angleterre et l'Italie. Cette dernière répond toujours présente dans les grands tournois. Pas l'Allemagne. Elle ne possède pas les qualités requises pour le moment. Pour la Belgique, c'est le moment ou jamais: ses meilleurs joueurs auront sans doute leurs meilleures années derrière eux à l'issue du tournoi. La Belgique est une candidate au titre encore plus sérieuse qu'au Mondial 2018: elle joue plus professionnellement et n'insiste pas à tout prix pour marquer le 3-0 ou le 4-0. Un score de 2-0 suffit, elle met le verrou et ne fait plus de folies. Les joueurs sont mûrs. La pression qui pèse sur l'équipe ne joue aucun rôle: tous les internationaux en ont l'habitude dans leur club. Pouvez-vous comparer les deux équipes? DE MOS: La Belgique est plus chevronnée et a une attaque de classe mondiale. Elle est fragile en défense, à l'exception de Thibaut Courtois. Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen, Toby Alderweireld... Ils sont un peu sur le retour. Jason Denayer n'a pas la classe mondiale. De ce point de vue, les Pays-Bas et la Belgique offrent des images inverses, mais l'entrejeu néerlandais est supérieur. Les Pays-Bas sont donc favoris face à la Belgique? DE MOS: Si je pouvais choisir entre tous les favoris, je préférerais que ce soit la Belgique qui joue contre nous. Je pense que la France, l'Espagne et l'Angleterre sont plus fortes que les Diables rouges. En plus, un match Pays-Bas-Belgique est toujours spécial. C'est un derby et ce serait un match palpitant, bien qu'en tant que Néerlandais, on pense toujours qu'on va battre la Belgique, aussi irréaliste cela soit-il ( Rires). Dernière question: qu'espérez-vous de ce tournoi? DE MOS: Que la pandémie soit quelque peu vaincue, qu'il puisse y avoir du public aux matches et qu'on retrouve un peu de joie dans les rues. J'espère revoir la fameuse fièvre néerlandaise, qui fait qu'on a gagné le titre avant même le début du tournoi.