A l'exception de quelques sièges qui ont été ajoutés dans l'ancienne tribune debout, afin de satisfaire aux exigences de la licence, Lommel abrite toujours le même stade que celui qui a accueilli, jadis, le tout premier match du club limbourgeois en D1. C'était le vendredi 8 août 1992 et le néo-promu recevait Anderlecht.
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A l'exception de quelques sièges qui ont été ajoutés dans l'ancienne tribune debout, afin de satisfaire aux exigences de la licence, Lommel abrite toujours le même stade que celui qui a accueilli, jadis, le tout premier match du club limbourgeois en D1. C'était le vendredi 8 août 1992 et le néo-promu recevait Anderlecht. Le jour du match, l'entreprise de construction Incobé avait encore accompli un travail de titan pour donner au stade les apparences d'une véritable enceinte de l'élite. La peinture et le béton n'avaient pas encore totalement séché lorsque les joueurs d'Anderlecht ont battu l'équipe locale sur le score de 1-4. Au sein de la formation lommeloise, qui allait se sauver miraculeusement en fin de saison, évoluaient deux éléments appelés à jouer un rôle important dans le développement du Soulier d'Or Hans Vanaken. Dans le hall d'entrée du stade, on les voit d'ailleurs poser, tout sourire, sur la photo de ladite saison 1992-93. Philip Haagdoren, sous la direction sportive duquel Hans Vanaken est devenu un titulaire indiscutable à Lommel, est parti à Anderlecht au terme de cette première saison en D1 et est revenu dans sa ville natale après des passages par le Germinal Beerschot, le Lierse et Geel. La deuxième personne importante est le père de Hans Vanaken. Vital Vanaken était le libero de Lommel. Il jouera plus tard au FC Malines et à Overpelt Fabriek, mais tout comme Haagdoren, il restera habiter à Lommel après sa carrière de joueur. C'était pourtant moins évident que dans le cas de Haagdoren, car Vital et son épouse Renild sont originaires de Genk. Vital était d'ailleurs, autrefois, un supporter invétéré de Thor Waterschei. Du sang jaune et noir coulait dans ses veines. Il est aussi un ancien joueur du club minier. Là-bas, Vanaken combinait le football avec un job de gestionnaire des salaires à la Mine. Un jour par semaine, il descendait sous terre. Lorsque la mine a fermé en 1988, il a dû chercher un autre boulot. Il l'a trouvé à l'école Helix de Lommel, où il est entré en fonction en 1989, obligeant la famille à déménager. A l'époque, il n'y avait qu'une seule autre maison dans le quartier. Aujourd'hui, les constructions y poussent comme des champignons. La famille n'a jamais envisagé un retour à Genk. Vital n'avait que trois kilomètres et demi à parcourir pour se rendre au boulot. " La mentalité est cependant différente, ici. A Genk, tout était beaucoup plus trépidant. Ici, c'est beaucoup plus calme. " Encore plus calme ? Il sourit : " Oui. Mais c'est bien pour les enfants. Ils ont souvent pu taper le ballon dans le jardin. On pouvait les laisser jouer à l'extérieur sans problème, avec leurs amis. " Après la faillite du SK Lommel en 2003, Hans est parti au PSV à neuf ans, avec son frère Sam. " Il est aussi allé s'entraîner avec le KRC Genk, mais c'était encore sur les anciens terrains de Winterslag. C'était trop loin pour nous. C'est la raison pour laquelle il a rejoint le PSV. Le club venait chercher Hans et Sam avec un petit bus, ici à Lommel. " Les Vanaken étaient contents de ce que leur apportait le PSV mais en 2008, lorsque le club hollandais a supprimé deux équipes dans la catégorie d'âge où évoluait Sam Vanaken, il n'y avait subitement plus de place pour le fils aîné de la famille. Peu de temps après, Hans a également voulu quitter le club. Vital : " Il pouvait rester, mais il préférait partir. Ses problèmes de croissance l'avaient empêché de jouer pendant six mois. Il a grandi de 24 centimètres sur deux ans. En début de saison, il craignait de ne pas beaucoup jouer, alors qu'avant cela, il jouait tout le temps. Nous en avons discuté avec le PSV. Hans n'était pas obligé de partir. Sur le chemin du retour d'Eindhoven, après un quart d'heure dans la voiture, j'ai demandé à Hans : Et toi Hans, qu'en penses-tu ? Personnellement, je trouve que quand on commence quelque chose, il faut le terminer. Mais ce n'était pas son avis. Hans ne décide jamais sur un coup de tête. Tout est toujours bien réfléchi. Et lorsqu'il a pris une décision, il ne revient jamais en arrière." Vital n'a donc pas insisté, même si Hans était bien au PSV. " Je trouve qu'il faut, avant tout, que votre enfant soit heureux. " C'est aussi ce principe qui le hantait lorsque Hans et Sam sont revenus à Lommel. Entre-temps, Vital était devenu coordinateur des jeunes, et devait veiller à ce que les produits du cru puissent atteindre la Première. " L'accord qui avait été convenu était que, si Hans et Sam perçaient, je devais me retirer comme coordinateur, même si cette fonction m'allait comme un gant. Mais je trouve qu'il faut donner la priorité à ses enfants. Et j'ai toujours respecté ce principe. Je n'avais de toute façon pas l'ambition de devenir entraîneur principal. " En mai 2010, Hans Vanaken effectue ses débuts en équipe A, alors entraînée par Franky Van der Elst. Lorsque Hans est monté au jeu, il a fait la différence. C'est devenu une arme pour Lommel. Plus tard, sous Philip Haagdoren, qui était le premier assistant de Van der Elst, il est devenu un titulaire. Lorsqu'on lui demande quel souvenir il a gardé de Vanaken, Haagdoren ne doit pas réfléchir très longtemps : " Lorsqu'on laisse jouer Hans, il simplifie le jeu, car il voit directement la solution, avant tout le monde. C'est ce qui permet à l'équipe de gagner beaucoup de matches. Les autres joueurs ont rapidement compris ce qu'ils devaient faire : récupérer le ballon et le transmettre à Hans. " Aujourd'hui, personne ne conteste le talent de Vanaken, mais Haagdoren se souvient qu'à l'époque, tout le monde n'était pas convaincu qu'il devait jouer, même à Lommel. " On le trouvait trop lent. Certains pensaient qu'il jouait parce que son père était membre du club. " Evert Maeschalck a aussi parcouru les bois de Lommel, à la recherche de talents footballistiques. Il est, depuis le début, l'agent de Hans Vanaken. " J'ai d'abord été l'agent de Sam ", dit-il. " Jusqu'au jour où celui-ci m'a dit : j'ai encore un frère cadet, qui joue très bien aussi. J'ai donc découvert Hans. Et nous avons grandi ensemble. " C'est en présence du directeur sportif de l'époque, Stefan Cuypers, que Hans Vanaken a signé son premier contrat avec Maeschalk. Celui-ci était arrivé au club après la faillite du SK Lommel et la fusion avec Overpelt-Fabriek, pour donner le KV SK United Overpelt-Lommel, où Vital le père a disputé sa dernière saison comme joueur, avant d'entamer une carrière d'entraîneur. Vital est ensuite devenu coordinateur des jeunes à Lommel, nouvelle version. La fusion entre Lommel et Overpelt était un " choix de raison, mais le coeur n'a pas suivi ", constate Cuypers avec le recul. " Sur le plan sportif, le succès a été au rendez-vous, mais beaucoup de supporters, qui avaient déjà pris leurs distances après la faillite, ont définitivement renoncé. " Cuypers n'est pas étonné de voir la forme affichée aujourd'hui par Hans Vanaken au Club Bruges. " Hans a toujours su ce dont il était capable et ce dont il n'était pas capable. Il savait aussi ce qu'il voulait et ce qu'il ne voulait pas. Il jouait sans pression, mais avait horreur de perdre. " La seule chose qui a étonné l'ancien directeur sportif, ce sont les doutes qui subsistaient à propos du milieu de terrain dans les grands clubs. " La remarque qui revenait tout le temps, c'était qu'il manquait de vitesse au démarrage. Alors qu'il était l'un des rares joueurs à être plus rapide, ballon au pied, que d'autres sans ballon. " Il s'attendait, par exemple, à ce que le KRC Genk, un club avec lequel les Coalisés avaient une bonne collaboration à l'époque, vienne chercher Hans, mais des négociations n'ont eu lieu qu'avec Lokeren. Charleroi s'était également informé. " Lorsque l'offre de Lokeren est devenue concrète, j'ai encore pris contact avec Gunter Jacob, qui s'asseyait régulièrement dans notre tribune pour suivre certains joueurs qui pouvaient intéresser Genk. Mais, là-bas, on estimait que Hans jouait trop sur le même rythme. " Philip Haagdoren est, lui aussi, très étonné du peu d'intérêt manifesté par les ténors belges. " Il y avait tellement de scouts dans la tribune. Je me disais : mais enfin, vous avez du sable dans les yeux, ou quoi ? Cela ne perturbait guère Hans. Il prenait les choses comme elles venaient et voulait simplement avoir du plaisir en jouant. " " Lors de sa dernière année, personne n'osait l'attaquer à l'entraînement ", se souvient Haagdoren. "On ne pouvait quand même pas lui prendre le ballon. Il n'y avait que lorsque nous nous déplacions dans un petit club, du style Heist-op-den-Berg pour en citer un, et qu'on lui collait une sangsue aux basques, qu'il éprouvait certaines difficultés. Il avait encore du mal à s'en défaire et il lui arrivait de disparaître du match. Mais il était capable de courir sans s'arrêter, et jouait de façon très naturelle. Un peu comme Mathieu van der Poel en cyclisme, avec une autorité naturelle. Donnez-moi le ballon, et je ferai le reste." Cuypers apprécie aussi la manière dont la famille s'est comportée lors des négociations. " A un certain moment, il restait une année de contrat à Hans. Il aurait pu aller au bout, puis partir gratuitement, mais il a prolongé de trois saisons, ce qui nous a permis d'encore pouvoir demander une belle somme. Avec le pourcentage lié à la revente au Club Bruges, il est le meilleur transfert sortant de toute l'histoire de la D2, si je ne me trompe pas." Vital Vanaken se souvient encore de la manière dont Sam, qui combine aujourd'hui un emploi d'enseignant avec le football à Thes Sport, en D1 Amateur, a réagi : " Hans doit quitter Lommel, car c'est devenu trop facile pour lui. " A cette époque, après ses humanités à Lommel, Hans a suivi des études dans l'enseignement supérieur à Hasselt. Il quittera Lommel durant l'été 2013. Vital : " Nous sommes alors allés discuter avec Charleroi, mais Lokeren s'est montré le plus concret. Hans m'a alors demandé : ai-je le niveau ? Je lui ai répondu : si tu n'essaies pas, tu ne le sauras jamais. Si tu joues dix matches et que tu marques deux buts durant ta première saison en D1, ce sera bien. Je n'ai jamais pensé qu'il marquerait déjà deux buts lors de son premier match avec les gars de Daknam. " Ce qui a aussi procuré un bon sentiment à Vanaken, c'est le fait que le Club Bruges s'est déjà manifesté après trois mois passés à Lokeren. " Cet intérêt ne s'est jamais démenti. Le Club n'a jamais perdu Hans de vue. Et Hans a aussi déclaré : si je pars, ce sera pour aller au Club. Le dernier jour, Anderlecht s'est subitement manifesté également, mais Hans a décliné en disant Désolé, j'ai promis d'aller au Club. Et lorsque Hans a fait son choix, il ne change plus d'avis. " La seule chose qui a surpris le père Vanaken dans la carrière footballistique de son fils cadet, c'est son moteur, sa capacité de course sur le terrain : " Je ne le croyais pas capable de courir autant. Cette qualité-là, ce n'est en tout cas pas de moi qu'il l'a héritée. " Lorsqu'il repense à sa propre carrière, il constate tout de même certaines similitudes. " J'ai débuté comme milieu de terrain, et ma principale qualité était ma vision du jeu. C'est aussi le cas de Hans. Sam parlait beaucoup, Hans très peu. " Pour le reste, il n'a jamais imposé quoi que ce soit à son fils. " Mes parents étaient des indépendants qui devaient travailler dur. Nous avons transmis ces valeurs à nos enfants : rester les pieds sur terre, et travailler dur. Ils le font tous les deux, c'est bien. " Les deux frères Vanaken n'ont jamais eu de plan de carrière. " Nous prenions les choses comme elles venaient ", dit Sam. " Avec le recul, je constate que Hans a choisi la bonne voie, là où beaucoup ont commis des erreurs. Lorsque je vois l'écart qui sépare Lokeren du Club, je me dis qu'il aurait encore été bien plus grand entre Lommel et le Club. "