Dans le bureau d' Ivo Marnef, directeur du collège Sint-Jan Berchmans de Puurs, on trouve encore la photo de l'équipe ayant remporté la Coupe du Cardinal, trophée le plus important du football interscolaire de l'enseignement catholique. On y reconnaît Romelu Lukaku mais aussi Marnef qui, à l'époque, entraînait cette formation.
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Dans le bureau d' Ivo Marnef, directeur du collège Sint-Jan Berchmans de Puurs, on trouve encore la photo de l'équipe ayant remporté la Coupe du Cardinal, trophée le plus important du football interscolaire de l'enseignement catholique. On y reconnaît Romelu Lukaku mais aussi Marnef qui, à l'époque, entraînait cette formation. C'est également lui qui a fondé les Romelis, ou les Romelisten, un club de supporters de Romelu qui comptait six membres à l'époque mais qui a été démantelé après le transfert de Lukaku à Chelsea. " A l'époque où Romelu jouait dans l'équipe de l'école, déjà, nous savions qu'il ferait parler de lui ", dit Marnef. " Ça veut dire que nous pensions qu'il jouerait dans un grand club belge. Mais pas plus haut qu'à Anderlecht. " A Wintam, à l'occasion d'un match qui s'était terminé sur le score de 6-6, il avait inscrit cinq buts. " L'adversaire nous a demandé s'il avait vraiment l'âge indiqué sur la feuille mais il est né à Anvers, il n'y avait donc aucun doute sur sa date de naissance. Il détestait l'injustice. Je me rappelle de la réaction stupide d'un spectateurs au cours de la finale de la Coupe Cardinal. Romelu était furieux, au bord des larmes. Il a crié : " Je veux mon père. " Outre le talent de Lukaku, Marnef a toujours été marqué par son état d'esprit. " Il avait une volonté de fer. Pour lui, le sport n'était pas un jeu, il fallait que tout soit parfait, y compris ce qu'il faisait. Il voulait être le meilleur dans tous les domaines : football, athlétisme, ping-pong. Il devait gagner et il gagnait. Il exigeait également un engagement total de la part des autres, ce qui n'était pas toujours le cas. Mais beaucoup le suivaient. Il dirigeait mais je ne l'ai jamais entendu dire du mal de quelqu'un." Lukaku est ensuite passé au Lierse, où il évoluait en pointe aux côtés de Zinho Gano. En deux ans, ils ont inscrit 100 buts par saison. En 2010, alors que Lukaku venait de remporter son premier titre, Marcel Vets, le directeur de l'école des jeunes, déclarait : " J'ai eu JurgenCavens, Dirk Huysegems et Carl Hoefkens sous mes ordres mais celui-ci, c'est encore autre chose. C'est du niveau de Paul Van Himst ou Rik Coppens. Et sa marge de progression est énorme. " Au Lierse, pendant deux ans, Lukaku jouait en 4-3-3, à la limite du hors-jeu. " Mais même quand il partait tout seul, il savait où se trouvaient ses équipiers. Ce n'était pas un char d'assaut qui partait aveuglément à l'attaque. " Vets ne s'attribue aucun mérite. " Nous ne lui avons pas appris grand-chose. Un club doit plutôt être content d'avoir pu compter sur un tel joueur. La seule fois que j'en avais vu un pareil, c'était à l'époque où je jouais encore à Berchem Sport : Ludo Coeck et sa frappe terrible. " En 2006, après la relégation du Lierse et la menace de faillite qui pesait sur le club, les frères Lukaku et plusieurs de leurs équipiers ont rejoint Anderlecht en compagnie de Dirk Gyselinckx, le responsable des jeunes. Marcel Vets ne leur en a pas voulu. " Anderlecht est plus fort que le Lierse et d'autres clubs sont plus forts qu'Anderlecht. Celui qui pense pouvoir conserver un joueur très talentueux est naïf. " La première fois que Jean Kindermans, directeur de l'académie d'Anderlecht, a vu Lukaku à l'oeuvre, c'était sur le terrain numéro 2 de Neerpede, à l'occasion d'un match Anderlecht-Lierse, en U13. Il jouait alors avec les visiteurs et des clubs anglais s'intéressaient à lui. " J'ai vu un grand Black qui courait derrière des ballons insaisissables et un des nos scouts m'a dit : Le 9, on l'a déjà transféré ", disait Kindermans en 2010. " Je me suis fait la réflexion : il est grand et fort mais techniquement, il y a encore du boulot. Si on l'aligne en U14, il va marquer plus de cent buts mais il ne progressera pas. Donc, on va le faire passer en U15. " Ce qui surprend le plus Kindermans dans le parcours de Lukaku c'est, " ce besoin presque insatiable de reconnaissance, de résultats et de buts. Il a toujours été comme ça. Dès qu'il franchissait un cap, il se fixait un nouvel objectif. " Ce qui le frappe, c'est que, malgré ses statistiques, Lukaku ne fait toujours pas l'unanimité. " C'est quand même bizarre qu'en Belgique, on cherche toujours les petits défauts des gens alors qu'on n'est pas capable de reconnaître leurs grandes qualités. Nous sommes en tête du classement FIFA avec un attaquant de 26 ans qui aura bientôt inscrit 50 buts. Je trouve ça phénoménal mais on continue à dire qu'il ne sait pas jouer dans les espaces courts. Comprenne qui pourra." Kindermans admet que c'était déjà le cas à Anderlecht, où Lukaku est arrivé à l'âge de 13 ans. " On disait que c'était un joueur trafiqué, plus grand, plus fort et plus rapide que ses copains mais on se demandait ce qu'il en serait lorsqu'ils auraient tous terminé leur croissance. C'est pourquoi nous l'avons rapidement aligné dans une catégorie d'âge supérieure tout en travaillant individuellement sa technique. " Kindermans pense que Lukaku est devenu un attaquant complet : " Il est fort en un-contre-un, marque de la tête et peut faire la différence d'une accélération. " Son attitude l'a beaucoup aidé également. " Romelu a toujours été un garçon simple et avide d'apprendre. Il faisait attention aux détails et écoutait tous ceux dont il pensait qu'ils pouvaient lui donner de bons conseils. Il ne joue pas les stars, il reste humble. Tout le monde ne peut pas en dire autant : certains ont parfois des attitudes que nous ne leur avons pas apprises. " Début août, c'est avec un grand sourire que Kindermans a accueilli Romelu à Neerpede, lorsque celui-ci est venu s'y entraîner pendant quelques jours avant d'être transféré à l'Inter, parce qu'il était dans une impasse à Manchester United. " Ce qui a le plus frappé notre entraîneur, c'est la volonté dont il faisait preuve à l'entraînement. Il se donnait à fond, il était plus qu'exemplaire. " Lorsque Lukaku a été transféré à l'Inter, début août, la Gazzetta dello Sport a appeléAriel Jacobs, qui l'avait lancé au plus haut niveau lors d'un match de barrage pour le titre au Standard et avec qui il fut champion en 2010. Alors que le journal lui demandait si, à l'époque, il pensait déjà avoir affaire à une future star, Jacobs répondait : " Sincèrement, non. " Parce qu'avant cette première sélection pour le match du titre au Standard, on doutait de Lukaku. " Quand elles ont appris que je l'avais sélectionné, certaines personnes à Anderlecht ont sorti leur Pampers ", dit Jacobs. " Mais j'avais vu tous les matches de l'équipe B. Il ne dominait pas les autres de la tête et des épaules mais il sortait chaque semaine quelques actions dans la zone de vérité. Je lui ai dit que je voulais voir un Romelu qui cherchait sans cesse à progresser. Il a dû me maudire quelques fois car, comme sa croissance n'était pas terminée, nous l'avons parfois obligé à ne pas s'entraîner alors qu'il aurait voulu le faire. " Jacobs se souvient d'un joueur avide d'apprendre : " Certains joueurs sont très obéissants au départ mais ça change une fois qu'ils sont intégrés. Romelu voulait toujours gagner. En match mais aussi à l'entraînement ou lorsque nous faisions d'autres activités. Deux fois par an, en stage, nous organisions un quiz sur le sport. Les autres joueurs aimaient faire partie de son équipe car ils savaient qu'avec lui, ils avaient de bonnes chances de l'emporter. " Ce qui surprend agréablement Jacobs, c'est l'évolution constante de Lukaku. " Il n'a jamais cessé de progresser. J'admire aussi la façon dont il fait face à la critique. La technique reste son point faible mais il a progressé sur ce plan. Et la finition a toujours été son point fort. C'est un joueur qu'il faut juger sur ce qu'il sait faire : marquer. " Après Anderlecht, Lukaku est parti à Chelsea. L'ex-entraîneur d'Anderlecht se rappelle que cela suscité pas mal de discussions. " Il a fait le choix du coeur, pas celui de la raison. Il était fan de Chelsea et, à cet âge, il faut respecter l'aspect humain. Mais il était trop jeune et la concurrence était trop forte. " Jacobs se dit heureux d'avoir pu travailler avec un tel joueur. " Je n'ai été que de passage dans sa carrière, je lui ai peut-être apporté 0,0001 pour cent. Mais de mon côté, le fait de l'avoir entraîné constitue un enrichissement personnel. " Son premier match sous le maillot belge, Romelu l'a disputé avec le 12 février 2008 avec les U15, contre la Turquie (défaite 1-2). A l'époque, il n'y avait pas encore de hiérarchie et cinq attaquants avaient été appelés. Finalement, le sélectionneur, Bob Browaeys, en avait retenu deux : Lukaku et MichaëlLallemand, de l'AS Eupen. Browaeys se souvient des débuts difficiles de Romelu. " Son corps était formé et il l'utilisait à la perfection. Il se plaçait sur la ligne médiane, attendait un ballon en profondeur, prenait tout le monde de vitesse et marquait. Mais dans un match face aux Pays-Bas, il a été pris en tenaille par deux défenseurs costauds. Comme ses premiers matches n'étaient pas bons et que je voulais voir tout le monde à l'oeuvre, je l'ai parfois aligné sur le flanc gauche. Face à la Lettonie, il était même sur le banc. Il est entré et a inscrit son premier but. " J'aurais pu le nommer capitaine plus tôt. Il avait un avis et était bien vu par les autres mais ce qui m'a le plus marqué, c'est sa volonté. Lors des entretiens individuels, nous demandions à chaque joueur quelles étaient ses ambitions. Romelu a répondu : Disputer la Coupe du monde en Afrique du Sud avec les Diables Rouges dans deux ans. Il n'avait pas encore quinze ans ! " Lors de cette rencontre de U15 face à la Turquie, c'est Hendrik Van Crombrugge qui défendait les filets de la Belgique. Dans l'entrejeu, on retrouvait Hannes Van der Bruggen et Mats Rits. Ce dernier était considéré comme le meilleur joueur de cette génération avec Jentl Gaethofs, de Genk, qui est passé par Lommel et joue aujourd'hui à Dessel Sport. " Pour moi, le meilleur, c'était Jentl Gaethofs ", dit Van der Bruggen. " Tout le monde connaissait Lukaku et Zinho Gano parce qu'ils étaient grands. A cet âge-là, ça faisait encore la différence. Lukaku utilisait bien son corps et était très rapide. On ne pouvait pas lui laisser d'espace. " Van der Bruggen se souvient que Lukaku s'entendait bien avec tout le monde, tant les néerlandophones que les francophones. " C'était déjà un leader naturel, il tirait le groupe. Il n'avait pas peur de parler mais était toujours très gentil et très respectueux envers tout le monde. C'était notre Bon Géant. " Le 3 mars 2010, deux ans après ses débuts en U15, Lukaku faisait son apparition en équipe nationale A. Dick Advocaat le titularisait pour un match face à la Croatie, le dernier du sélectionneur avant son départ pour la Russie. Le 19 mai, Georges Leekens reprenait l'équipe pour un match amical face à la Bulgarie au Stade Roi Baudouin. Il n'y avait que 15.000 spectateurs. Lukaku était à nouveau titulaire mais il n'inscrivait ses premiers buts que le 17 novembre 2010, à l'occasion de sa huitième sélection, en Russie (2e et 72e minute). C'était parti ! Aujourd'hui, il compte 49 buts en 82 sélections, soit une moyenne de 0,6 but par match.