En Russie, la rumeur ne cesse de prendre de l'importance depuis qu'un journaliste souvent bien informé, Boris Bogdanov, l'a évoquée dans les colonnes de Sport-Express: Dick Advocaat pourrait prendre la succession de Guus Hiddink à la tête de l'équipe nationale chère à Vladimir Poutine. Si le gaz est extrêmement important pour la Russie, en termes de business et de géopolitique, on peut aussi affirmer que le football lui permet de polir sa nouvelle image de marque.

Avant la chute du communisme, on ne pouvait pas imaginer qu'un ponte du régime suive une rencontre internationale parmi les supporters. Or, maintenant, c'est monnaie courante et le président russe, Dmitri Medvedev, par exemple, s'était intéressé de près aux matches de barrages pour la Coupe du Monde contre la Slovénie. Il aurait aimé s'associer à un triomphe sportif comme le font si souvent ses collègues occidentaux... Mais le leader politique n'apprécie pas l'absence de la Russie en Afrique du Sud au point de susciter des changements importants à la tête de la fédération.

Medvedev et Poutine mesurent ce que cela représente en termes d'influence, d'image et de perte de marchés. Et l'horizon footballistique se garnit déjà d'autres rendez-vous à ne pas manquer: l'Euro 2012 (qui se disputera chez ses voisins, la Pologne et l'Ukraine) et surtout le Mondial 2018 que la Russie aimerait tant recevoir sur ses terres. C'est dans ce contexte global qu'il faut placer la recherche d'un nouveau coach national.

Sûr qu'il y a des négociations

"Et, d'après nos sources proches de la fédération russe, il y a bel et bien eu des contacts entre son top et Advocaat", explique Bogdanov. "Ils discutent. Nos informateurs sont fiables et formels : ce sont de vraies négociations. Personne ne peut ou ne veut le confirmer avant la signature d'un contrat car tout peut encore capoter. Même s'il y a d'autres pistes, en Russie et à l'étranger, nous sommes certains qu'il se passe quelque chose de concret avec Advocaat. Cela dit, le top de la fédération a encore un peu de temps. La nouvelle peut tomber demain ou plus tard, même après la Coupe du Monde, car les choses sérieuses ne commenceront qu'avec les matches de qualification pour l'Euro 2012."

L'argent ne constitue pas un obstacle: la Russie a les moyens de ses ambitions. Et, selon les dires de Bogdanov, le prochain coach russe pourrait toucher le salaire d'Hiddink: "Il palpait 7 millions d'euros nets par an. De plus, comme il habitait aux Pays-Bas, la Russie y payait ses impôts: 5 millions d'euros. Il y avait donc un budget de 12 millions par an pour Hiddink. Cette manne aurait été fortement réduite si l'ancien coach avait élu domicile en Russie où le taux d'imposition est moins élevé."

D'après d'autres médias russes, un chèque d'un million d'euros serait déjà prêt pour dédommager l'Union belge. Comment savent-ils que ce serait le montant de la rupture du contrat d'Advocaat? Nées en novembre et relancées dernièrement, ces rumeurs ont été démenties dernièrement par Advocaat en personne. Il a été bref en répondant à une question de Maxime Liapin, le correspondant de Sport-Express aux Pays-Bas après le match AZ Alkmaar-Sparta: "Je n'ai pas eu de contact avec la fédération".

Le réseau de Saint-Pétersbourg

Et c'est là que le dossier devient encore plus intéressant. Bogdanov souligne avec malice que la fédération russe est désormais présidée par Serguei Fursenko, qui a pris la succession de l'ancien ministre des Sports, du Tourisme et de la Jeunesse, Vitaly Mutko. Or, Fursenko est l'ancien président du Zenit Saint-Pétersbourg où il fit venir... Advocaat. Et le succès fut au rendez-vous: le Zenit empocha des titres, une Coupe de l'UEFA, et une Supercoupe d'Europe. Un de leurs fidèles collaborateurs n'était autre que le directeur sportif d'origine géorgienne, Konstantin Sarsania qui connaît bien le foot belge. Renseigné par l'agent de joueurs Paul Courant, c'est lui qui réalisa le transfert de Nicolas Lombaerts, l'ancien défenseur de Gand.

Sarsania a ensuite travaillé avec succès au Dinamo Moscou avant de rejoindre Fursenko à la fédération russe. Cela peut indiquer que l'ancienne trinité du Zenit Saint-Pétersbourg (Fursenko-Sarsania-Advocaat) est bel et bien sur le point de se remettre en place avec la bénédiction de Poutine, supporter du club de sa ville. De plus, Poutine connaît et apprécie Advocaat qu'il a déjà rencontré.

Où les liens d'amitié entrent en jeu

"Mais tout tourne autour du président de la fédé, Fursenko", explique Vladimir Grabischenko, correspondant en Belgique de médias sportifs russes et ukrainiens (dont Komanda). "Il n'entretient pas de simples relations d'affaires avec le technicien hollandais. Les familles Fursenko et Advocaat sont très proches. Elles sont unies par des liens d'amitié. Fursenko parle bien anglais. C'est un homme intelligent qui a su s'élever très rapidement dans les plus hautes sphères russes. Son frère, Andreï, est ministre de l'Education et des Sciences. Son père avait une position intéressante à l'Académie des sciences de Moscou et surtout une... datcha située à côté de celle de Poutine. Les voisins ont sympathisé tandis que Serguei menait à bien de brillantes études d'ingénieur. Le jeune homme décrocha des diplômes, travailla dans la communication (il a produit 20 documentaires, plus de 100 émissions de télévision), bossa pour Gazprom et d'autres grandes sociétés avant de vendre ses actions et de se retrouver au Zenit, à la demande de... Poutine."

Fursenko est un homme posé, intelligent, patient et cultivé. D'après Grabischenko, si Advocaat quitte les Diables Rouges, cela se fera calmement: "Selon la presse russe et mes contacts à Saint-Pétersbourg, auprès de journalistes qui connaissent bien Fursenko, il veut éviter de brusquer l'Union belge et cherchera une solution diplomatique. L'homme fort de la fédération russe n'aime pas les conflits inutiles mais atteint toujours ses objectifs. Or, Advocaat est sa priorité. Pour les médias russes, Dick pourrait dévoiler la nouvelle après le match amical Belgique-Bulgarie du 19 mai."

"Ce n'est pas la première fois qu'Advocaat est cité comme coach potentiel de la Russie. Il a déjà été battu au sprint par... Hiddink poussé dans le dos par Roman Abramovitch. Des journalistes affirment que Poutine ne sera pas battu une deuxième fois. La Russie veut un coach qui chapeautera tout le football russe. Il y a du pain sur la planche, mais l'expertise d'Advocaat est appréciée depuis son passage à Saint-Pétersbourg où il restructura tout le club. C'est ce qu'on lui demanderait de faire à l'échelle de toute la Russie. Et il détient d'autres atouts: l'estime des joueurs qu'il a coachés à Saint-Pétersbourg, sa connaissance en profondeur du football russe, sa vision du football moderne, etc."

Le Petit Général a souvent réalisé ses rêves

"A plus de 60 ans, lit-on dans la presse russe, c'est sa dernière chance de réaliser un grand coup", dit Grabischenko. "Le premier but de la Russie, c'est évidemment l'Euro 2012. Advocaat a probablement bien étudié le tirage au sort. La Russie a eu plus de chance que la Belgique en héritant de la Slovaquie, l'Eire, la Macédoine, l'Arménie et Andorre. Même si rien n'est joué d'avance, les chances de qualification sont quand même assez énormes.

Cette campagne et la phase finale de l'Euro 2012 seraient une rampe de lancement pour le grand objectif qui se cache derrière tout cela: la Coupe du Monde 2018. La Russie espère l'organiser mais surtout la... gagner. En Russie, les dirigeants évoquent souvent la brillante Coupe du Monde de la Corée du Sud, demi-finaliste en 2002. Les Russes entendent se donner les moyens de viser le titre. Ils veulent être champions du monde en 2018, chez eux, ou ailleurs, et Advocaat sait ce que cela veut dire. Il peut aider la Russie à atteindre son objectif en 2012 et, si cela va bien, même en 2018."

Advocaat pense-t-il à cette Coupe du Monde et à la possibilité d'entrer dans l'histoire en étant le premier coach néerlandais à soulever la Coupe du Monde? Le Petit Général est ambitieux et tant de ses rêves sont devenus réalités. "Les médias russes affirment que la fédération russe contactera l'Union belge en avril", note Grabischenko. "En attendant, Advocaat aurait déjà composé une bonne partie se son staff technique. Il emmènerait son fidèle adjoint, Bert van Lingen, et un Russe qui fut son traducteur à... Saint-Pétersbourg, évidemment."

Pierre Bilic

En Russie, la rumeur ne cesse de prendre de l'importance depuis qu'un journaliste souvent bien informé, Boris Bogdanov, l'a évoquée dans les colonnes de Sport-Express: Dick Advocaat pourrait prendre la succession de Guus Hiddink à la tête de l'équipe nationale chère à Vladimir Poutine. Si le gaz est extrêmement important pour la Russie, en termes de business et de géopolitique, on peut aussi affirmer que le football lui permet de polir sa nouvelle image de marque. Avant la chute du communisme, on ne pouvait pas imaginer qu'un ponte du régime suive une rencontre internationale parmi les supporters. Or, maintenant, c'est monnaie courante et le président russe, Dmitri Medvedev, par exemple, s'était intéressé de près aux matches de barrages pour la Coupe du Monde contre la Slovénie. Il aurait aimé s'associer à un triomphe sportif comme le font si souvent ses collègues occidentaux... Mais le leader politique n'apprécie pas l'absence de la Russie en Afrique du Sud au point de susciter des changements importants à la tête de la fédération. Medvedev et Poutine mesurent ce que cela représente en termes d'influence, d'image et de perte de marchés. Et l'horizon footballistique se garnit déjà d'autres rendez-vous à ne pas manquer: l'Euro 2012 (qui se disputera chez ses voisins, la Pologne et l'Ukraine) et surtout le Mondial 2018 que la Russie aimerait tant recevoir sur ses terres. C'est dans ce contexte global qu'il faut placer la recherche d'un nouveau coach national. Sûr qu'il y a des négociations"Et, d'après nos sources proches de la fédération russe, il y a bel et bien eu des contacts entre son top et Advocaat", explique Bogdanov. "Ils discutent. Nos informateurs sont fiables et formels : ce sont de vraies négociations. Personne ne peut ou ne veut le confirmer avant la signature d'un contrat car tout peut encore capoter. Même s'il y a d'autres pistes, en Russie et à l'étranger, nous sommes certains qu'il se passe quelque chose de concret avec Advocaat. Cela dit, le top de la fédération a encore un peu de temps. La nouvelle peut tomber demain ou plus tard, même après la Coupe du Monde, car les choses sérieuses ne commenceront qu'avec les matches de qualification pour l'Euro 2012."L'argent ne constitue pas un obstacle: la Russie a les moyens de ses ambitions. Et, selon les dires de Bogdanov, le prochain coach russe pourrait toucher le salaire d'Hiddink: "Il palpait 7 millions d'euros nets par an. De plus, comme il habitait aux Pays-Bas, la Russie y payait ses impôts: 5 millions d'euros. Il y avait donc un budget de 12 millions par an pour Hiddink. Cette manne aurait été fortement réduite si l'ancien coach avait élu domicile en Russie où le taux d'imposition est moins élevé."D'après d'autres médias russes, un chèque d'un million d'euros serait déjà prêt pour dédommager l'Union belge. Comment savent-ils que ce serait le montant de la rupture du contrat d'Advocaat? Nées en novembre et relancées dernièrement, ces rumeurs ont été démenties dernièrement par Advocaat en personne. Il a été bref en répondant à une question de Maxime Liapin, le correspondant de Sport-Express aux Pays-Bas après le match AZ Alkmaar-Sparta: "Je n'ai pas eu de contact avec la fédération". Le réseau de Saint-PétersbourgEt c'est là que le dossier devient encore plus intéressant. Bogdanov souligne avec malice que la fédération russe est désormais présidée par Serguei Fursenko, qui a pris la succession de l'ancien ministre des Sports, du Tourisme et de la Jeunesse, Vitaly Mutko. Or, Fursenko est l'ancien président du Zenit Saint-Pétersbourg où il fit venir... Advocaat. Et le succès fut au rendez-vous: le Zenit empocha des titres, une Coupe de l'UEFA, et une Supercoupe d'Europe. Un de leurs fidèles collaborateurs n'était autre que le directeur sportif d'origine géorgienne, Konstantin Sarsania qui connaît bien le foot belge. Renseigné par l'agent de joueurs Paul Courant, c'est lui qui réalisa le transfert de Nicolas Lombaerts, l'ancien défenseur de Gand. Sarsania a ensuite travaillé avec succès au Dinamo Moscou avant de rejoindre Fursenko à la fédération russe. Cela peut indiquer que l'ancienne trinité du Zenit Saint-Pétersbourg (Fursenko-Sarsania-Advocaat) est bel et bien sur le point de se remettre en place avec la bénédiction de Poutine, supporter du club de sa ville. De plus, Poutine connaît et apprécie Advocaat qu'il a déjà rencontré. Où les liens d'amitié entrent en jeu"Mais tout tourne autour du président de la fédé, Fursenko", explique Vladimir Grabischenko, correspondant en Belgique de médias sportifs russes et ukrainiens (dont Komanda). "Il n'entretient pas de simples relations d'affaires avec le technicien hollandais. Les familles Fursenko et Advocaat sont très proches. Elles sont unies par des liens d'amitié. Fursenko parle bien anglais. C'est un homme intelligent qui a su s'élever très rapidement dans les plus hautes sphères russes. Son frère, Andreï, est ministre de l'Education et des Sciences. Son père avait une position intéressante à l'Académie des sciences de Moscou et surtout une... datcha située à côté de celle de Poutine. Les voisins ont sympathisé tandis que Serguei menait à bien de brillantes études d'ingénieur. Le jeune homme décrocha des diplômes, travailla dans la communication (il a produit 20 documentaires, plus de 100 émissions de télévision), bossa pour Gazprom et d'autres grandes sociétés avant de vendre ses actions et de se retrouver au Zenit, à la demande de... Poutine."Fursenko est un homme posé, intelligent, patient et cultivé. D'après Grabischenko, si Advocaat quitte les Diables Rouges, cela se fera calmement: "Selon la presse russe et mes contacts à Saint-Pétersbourg, auprès de journalistes qui connaissent bien Fursenko, il veut éviter de brusquer l'Union belge et cherchera une solution diplomatique. L'homme fort de la fédération russe n'aime pas les conflits inutiles mais atteint toujours ses objectifs. Or, Advocaat est sa priorité. Pour les médias russes, Dick pourrait dévoiler la nouvelle après le match amical Belgique-Bulgarie du 19 mai.""Ce n'est pas la première fois qu'Advocaat est cité comme coach potentiel de la Russie. Il a déjà été battu au sprint par... Hiddink poussé dans le dos par Roman Abramovitch. Des journalistes affirment que Poutine ne sera pas battu une deuxième fois. La Russie veut un coach qui chapeautera tout le football russe. Il y a du pain sur la planche, mais l'expertise d'Advocaat est appréciée depuis son passage à Saint-Pétersbourg où il restructura tout le club. C'est ce qu'on lui demanderait de faire à l'échelle de toute la Russie. Et il détient d'autres atouts: l'estime des joueurs qu'il a coachés à Saint-Pétersbourg, sa connaissance en profondeur du football russe, sa vision du football moderne, etc."Le Petit Général a souvent réalisé ses rêves"A plus de 60 ans, lit-on dans la presse russe, c'est sa dernière chance de réaliser un grand coup", dit Grabischenko. "Le premier but de la Russie, c'est évidemment l'Euro 2012. Advocaat a probablement bien étudié le tirage au sort. La Russie a eu plus de chance que la Belgique en héritant de la Slovaquie, l'Eire, la Macédoine, l'Arménie et Andorre. Même si rien n'est joué d'avance, les chances de qualification sont quand même assez énormes. Cette campagne et la phase finale de l'Euro 2012 seraient une rampe de lancement pour le grand objectif qui se cache derrière tout cela: la Coupe du Monde 2018. La Russie espère l'organiser mais surtout la... gagner. En Russie, les dirigeants évoquent souvent la brillante Coupe du Monde de la Corée du Sud, demi-finaliste en 2002. Les Russes entendent se donner les moyens de viser le titre. Ils veulent être champions du monde en 2018, chez eux, ou ailleurs, et Advocaat sait ce que cela veut dire. Il peut aider la Russie à atteindre son objectif en 2012 et, si cela va bien, même en 2018."Advocaat pense-t-il à cette Coupe du Monde et à la possibilité d'entrer dans l'histoire en étant le premier coach néerlandais à soulever la Coupe du Monde? Le Petit Général est ambitieux et tant de ses rêves sont devenus réalités. "Les médias russes affirment que la fédération russe contactera l'Union belge en avril", note Grabischenko. "En attendant, Advocaat aurait déjà composé une bonne partie se son staff technique. Il emmènerait son fidèle adjoint, Bert van Lingen, et un Russe qui fut son traducteur à... Saint-Pétersbourg, évidemment."Pierre Bilic