Par Anthony Rizzi

Menacé de radiation en raison de dettes fédérales, le FC Liège a peut-être joué le week-end dernier un de ses derniers matches à l'Union Saint-Gilloise. Comme à chaque fois qu'il va voir son équipe, un homme prend place à deux pas des supporters, équipe. Il salue les uns, tape sur les épaules des autres. Son charisme est naturel. Il est américain et s'appelle Dean Johnson (52 ans) et depuis le 5 janvier, il est le nouveau président du matricule 4. Costard classieux, Porsche C, allures de golden boy friqué: les signes extérieurs de richesse sont bien là. En novembre, mandaté par un agent, il se présente au club et de nombreuses personnes se disent que cet homme, à l'abri du besoin, tombe à pic. Le club est englué dans d'inextricables problèmes financiers : les joueurs ne sont plus payés et une trentaine de créanciers se bousculent au portillon. L'homme est courageux et sans doute, un peu fou. Il est venu en Belgique en 1994 pour monter une affaire. Son truc à lui, c'est la finance et la gestion des entreprises.

Selon certains échos, ce citoyen de St. Paul, la capitale du Minnesota, excellerait en business aux commandes de ses sociétés implantées en Belgique. Il fourmille de projets pour son nouveau club, promettant même, dans un futur proche, un écrin de 15.000 places avec hôtel luxueux, centre de fitness, etc. Son stade, il escompte bien l'implanter à Rocourt, là où l'ancien repère des Sang et Marine était niché.

Il est tellement convaincant que tout le monde à Liège lui mange dans la main. En quelques semaines, sans avoir l'air d'y toucher, il a réussi ce que le matricule 4 refusait depuis des années: projeter de transformer l'ASBL en société anonyme. Et ôter tout pouvoir décisionnel aux supporters qui, jusque là, orientaient fortement la gestion du club.

"C'est Don Quichotte sur un âne" Quand on sonde la passé américain de Johnson, la belle idylle prend du plomb dans l'aile. Il ne faut pas pousser ses ex collaborateurs américains pour avoir des confidences. Aux USA, il est connu pour être l'éphémère président des Minnesota Thunder. Un club professionnel aujourd'hui mort sous cette appellation qu'il présida d'août 2007 à fin 2009. "Lorsqu'il est arrivé, le club, qui était alors une institution chez nous en D2, allait bien", raconte Brian Quarstad, journaliste sportif, qui a suivi jour après jour la disparition des Minnesota Thunder. "Notre club n'avait aucune dette. À son départ, moins de deux ans plus tard, Johnson et ses partenaires devaient quelque chose comme un million de dollars aux employés du club, commerciaux, joueurs, entraîneurs, staff et au National Sports Center où l'équipe disputait ses rencontres. Plus grave: il avait demandé à ses employés d'avancer eux-mêmes des sommes pour payer les dettes. Des prêts qu'il ne leur a jamais rendus..."

Franchise endettée laissée à quai et personnel grugé. DJ aurait aussi formulé un tas de promesses qu'il n'aurait jamais tenues. "A St. Paul, il avait promis un stade, une merveille technologique multifonctions qui inclurait aussi un stade de baseball", poursuit Quarstad. "Il l'avait appelé le projet Lafayette Yards. Mais, honnêtement, il n'a jamais eu les moyens de ses ambitions. Je connais d'ailleurs bien sa maman et sa soeur. Elles savent ce qu'il fait et sont assez embarrassées par tout ça. Pour moi, il vit dans une autre réalité que la nôtre. C'est un briseur de rêves. C'est Don Quichotte sur un âne..."

Deux faillites et un mauvais signe Interrogé sur ses déboires outre-Atlantique, Johnson a réponse à tout. "La situation était difficile là-bas. Ce qui fut à l'origine de mes soucis aux USA, ce sont des conflits entre les différentes ligues de football. J'ai dû investir beaucoup d'argent pour faire jouer mon équipe dans la division adéquate."

Se planter, ça arrive dans les affaires comme dans le foot, sauf que quand on enquête en Belgique, la situation financière de Johnson n'augurerait rien de bon pour le matricule 4. Le bilan comptable de trois de ses sociétés n'est guère brillant. "Ses" car Johnson a créé au moins trois boîtes chez nous dont les sièges sociaux sont dans le centre d'affaires de Bruxelles. La Wingfield Corporation a été déclarée en faillite le 19 novembre 2009. Entre juin 2007 et juin 2008, elle a perdu quelque 7 millions d'euros. La Wingfield Reality a connu la faillite le 28 janvier 2010. Quant à la dernière, la Wingfield Capital Partner, impossible d'établir son bilan de santé puisqu'aucun bilan comptable n'a été publié depuis 2007. Une obligation pourtant légale. "C'est souvent mauvais signe", disent les comptables.

Il n'y pas qu'à son ex club que Johnson aurait laissé une ardoise. Il en aurait aussi laissé une à l'United Soccer League (USL), la ligue qui chapeautait la compétition dans laquelle les Minnesota Thunder évoluaient juste avant leur disparation.

"Monsieur Johnson n'a pas respecté ses responsabilités à notre égard", explique Tim Holt, président de l'USL. "Il est parti avec une dette de 40.000 dollars. En gros, il s'agit d'amendes administratives et de cotisations. Je ne suis pas habilité à juger l'homme, mais, des fois, il arrive que des gens de bonne composition fassent des choses moins bonnes."

Par Anthony Rizzi Menacé de radiation en raison de dettes fédérales, le FC Liège a peut-être joué le week-end dernier un de ses derniers matches à l'Union Saint-Gilloise. Comme à chaque fois qu'il va voir son équipe, un homme prend place à deux pas des supporters, équipe. Il salue les uns, tape sur les épaules des autres. Son charisme est naturel. Il est américain et s'appelle Dean Johnson (52 ans) et depuis le 5 janvier, il est le nouveau président du matricule 4. Costard classieux, Porsche C, allures de golden boy friqué: les signes extérieurs de richesse sont bien là. En novembre, mandaté par un agent, il se présente au club et de nombreuses personnes se disent que cet homme, à l'abri du besoin, tombe à pic. Le club est englué dans d'inextricables problèmes financiers : les joueurs ne sont plus payés et une trentaine de créanciers se bousculent au portillon. L'homme est courageux et sans doute, un peu fou. Il est venu en Belgique en 1994 pour monter une affaire. Son truc à lui, c'est la finance et la gestion des entreprises. Selon certains échos, ce citoyen de St. Paul, la capitale du Minnesota, excellerait en business aux commandes de ses sociétés implantées en Belgique. Il fourmille de projets pour son nouveau club, promettant même, dans un futur proche, un écrin de 15.000 places avec hôtel luxueux, centre de fitness, etc. Son stade, il escompte bien l'implanter à Rocourt, là où l'ancien repère des Sang et Marine était niché. Il est tellement convaincant que tout le monde à Liège lui mange dans la main. En quelques semaines, sans avoir l'air d'y toucher, il a réussi ce que le matricule 4 refusait depuis des années: projeter de transformer l'ASBL en société anonyme. Et ôter tout pouvoir décisionnel aux supporters qui, jusque là, orientaient fortement la gestion du club. "C'est Don Quichotte sur un âne" Quand on sonde la passé américain de Johnson, la belle idylle prend du plomb dans l'aile. Il ne faut pas pousser ses ex collaborateurs américains pour avoir des confidences. Aux USA, il est connu pour être l'éphémère président des Minnesota Thunder. Un club professionnel aujourd'hui mort sous cette appellation qu'il présida d'août 2007 à fin 2009. "Lorsqu'il est arrivé, le club, qui était alors une institution chez nous en D2, allait bien", raconte Brian Quarstad, journaliste sportif, qui a suivi jour après jour la disparition des Minnesota Thunder. "Notre club n'avait aucune dette. À son départ, moins de deux ans plus tard, Johnson et ses partenaires devaient quelque chose comme un million de dollars aux employés du club, commerciaux, joueurs, entraîneurs, staff et au National Sports Center où l'équipe disputait ses rencontres. Plus grave: il avait demandé à ses employés d'avancer eux-mêmes des sommes pour payer les dettes. Des prêts qu'il ne leur a jamais rendus..." Franchise endettée laissée à quai et personnel grugé. DJ aurait aussi formulé un tas de promesses qu'il n'aurait jamais tenues. "A St. Paul, il avait promis un stade, une merveille technologique multifonctions qui inclurait aussi un stade de baseball", poursuit Quarstad. "Il l'avait appelé le projet Lafayette Yards. Mais, honnêtement, il n'a jamais eu les moyens de ses ambitions. Je connais d'ailleurs bien sa maman et sa soeur. Elles savent ce qu'il fait et sont assez embarrassées par tout ça. Pour moi, il vit dans une autre réalité que la nôtre. C'est un briseur de rêves. C'est Don Quichotte sur un âne..." Deux faillites et un mauvais signe Interrogé sur ses déboires outre-Atlantique, Johnson a réponse à tout. "La situation était difficile là-bas. Ce qui fut à l'origine de mes soucis aux USA, ce sont des conflits entre les différentes ligues de football. J'ai dû investir beaucoup d'argent pour faire jouer mon équipe dans la division adéquate." Se planter, ça arrive dans les affaires comme dans le foot, sauf que quand on enquête en Belgique, la situation financière de Johnson n'augurerait rien de bon pour le matricule 4. Le bilan comptable de trois de ses sociétés n'est guère brillant. "Ses" car Johnson a créé au moins trois boîtes chez nous dont les sièges sociaux sont dans le centre d'affaires de Bruxelles. La Wingfield Corporation a été déclarée en faillite le 19 novembre 2009. Entre juin 2007 et juin 2008, elle a perdu quelque 7 millions d'euros. La Wingfield Reality a connu la faillite le 28 janvier 2010. Quant à la dernière, la Wingfield Capital Partner, impossible d'établir son bilan de santé puisqu'aucun bilan comptable n'a été publié depuis 2007. Une obligation pourtant légale. "C'est souvent mauvais signe", disent les comptables. Il n'y pas qu'à son ex club que Johnson aurait laissé une ardoise. Il en aurait aussi laissé une à l'United Soccer League (USL), la ligue qui chapeautait la compétition dans laquelle les Minnesota Thunder évoluaient juste avant leur disparation. "Monsieur Johnson n'a pas respecté ses responsabilités à notre égard", explique Tim Holt, président de l'USL. "Il est parti avec une dette de 40.000 dollars. En gros, il s'agit d'amendes administratives et de cotisations. Je ne suis pas habilité à juger l'homme, mais, des fois, il arrive que des gens de bonne composition fassent des choses moins bonnes."