"Il pleuvait un peu", ajoute Wallays, "mais à part cela je ne connais pas exactement les circonstances du drame. A mon avis il a surtout eu une terrible malchance. Il roulait tranquillement dans le peloton et a dû heurter quelque chose à 30-35 km/h, donc pas tellement vite. C'est pourquoi je pense que ce drame est un coup du sort. Et finalement peu importe d'ailleurs, comment cela s'est passé. Moi je ne vois que les conséquences qui sont horribles. Bjorg a tout simplement été victime d'une terrible calamité...".

Wallays a terminé l'étape comme un automate, sans s'y intéresser.

"C'était interminable", avoue-t-il. "J'avais hâte de franchir cette ligne d'arrivée qui était encore loin, et de descendre de vélo. Ensuite c'était le même scénario qu'avec Stig. On nous a directement conduit au bus où la nouvelle tant redoutée est finalement arrivée. Mais dans ma tête, je le savais déjà. Je suis un coureur expérimenté et ce genre de choses, on les sent tout de suite. Mais bon, on espère toujours un peu quand même..."

Il a ensuite fallu rentrer à l'hôtel. "Et vous cherchez quelqu'un à qui parler", rapporte Wallays. "Ce que certains ne souhaitent au contraire pas du tout, dans pareils moments. Moi bien. Une chambre a été réquisitionnée à l'intention de ceux qui désiraient se réunir. Mais personne ne disait rien. On a mangé à 21h30, puis Mario Aerts et le docteur sont arrivés. Ils étaient ravagés, catastrophés. Tous leurs efforts pour sauver Bjorg avaient été vains..."

La course est repartie mardi matin. Sans Lambrecht, mais avec Wallays et ses équipiers.

"La famille a été consultée", précise-t-il. "La direction a ensuite pris une décision qu'il faut respecter. Le choix est délicat. Parce que d'un côté, vous n'en avez plus envie et vous voulez arrêter mais de l'autre, le Tour ne s'arrête pas. Et vous vous sentez aussi animé par cette illusion de rendre hommage au disparu en restant sur le vélo. C'est la première fois que je dispute une course neutralisée. Je ne sais pas comment je vais réagir aujourd'hui (ce mardi, ndlr), ni les jours suivants. Peut-être que je vais y réfléchir ce soir. Je veux certes courir, mais je me sens en même temps un peu perdu..."

Jelle Wallays adorait Bjorg Lambrecht.

"On a partagé la chambre l'année passée au Tour d'Espagne", se souvient-il. "C'était alors un néophyte et il me posait plein de questions. J'étais vraiment heureux d'y répondre pour l'aider à avancer dans ce métier. Il riait tout le temps. Je l'appelais 'petit'. Il en voulait énormément. C'était un combattant. J'attendais la Vuelta avec impatience pour revivre cela cette année, et surtout mesurer ses progrès. Parce que je le voyais sincèrement réussir de grandes choses en Espagne. Je sais qu'il va énormément me manquer, et aux autres aussi, mais rester dans nos coeurs".

"Je ne l'oublierai en effet jamais, ce 'petit', conclut Jelle Wallays...