Le Tour de France et la Belgique, ce n'est pas toujours une histoire d'amour. Cela fait désormais 45 ans que l'un des nôtres n'a plus levé les bras tout de jaune vêtu sur les Champs Elysées. Et ce n'est pas encore cette année que Lucien Van Impe sera détrôné de son titre. Néanmoins, le contingent belge envoyé sur les routes hexagonales était un peu plus important que les dernières années. Vingt-deux coureurs belges étaient présents au départ en Bretagne. On n'avait plus vu ça depuis 1994. A l'époque, les représentants du plat pays n'avaient pas glané de bouquets mais avaient porté la tunique jaune pendant trois jours grâce à Johan Museeuw. Le vainqueur final Miguel Indurain dominait la course comme jamais, un peu comme le scénario qui s'annonce cette année avec Tadej Pogacar.

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VAN AERT TROP COURT POUR LE JAUNE

Cette année, le maillot jaune risque de ne jamais être porté par l'un des nôtres et ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de le faire pendant cette première semaine de course. Se rendant compte qu'il était trop court pour rivaliser avec Julian Alaphilippe et Mathieu van der Poel tant sur les pentes de la Fosse-aux-loups que de Mûr-de-Bretagne, le citoyen d'Herentals a tenté de limiter la casse pour garder de l'influx lors du contre-la-montre de la cinquième journée. Sans succès, puisqu'il a échoué à la quatrième place ne devançant que de deux secondes van der Poel pendant que Pogacar donnait un premier uppercut à la concurrence sur ce Tour.

Vendredi, entre Vierzon et Le Creusot, WVA est reparti au combat, suivi comme son ombre par son rival néerlandais. Battu dans la quête de la victoire d'étape, Van Aert tentera bien de distancer van der Poel sur la fin, sans parvenir à ses fins.

Il lui restait une dernière carte à abattre samedi sur les premiers lacets alpins menant vers Le Grand-Bornand. Avec 3'13" d'avance sur Pogacar et un profil accessible, le Belge rêve de jaune et anime l'étape avant de devoir céder dans le col de Romme. Malgré une belle gestion de l'effort par rapport à certains favoris comme Uran et Carapaz (1'36" perdues), Van Aert concède 4'56" à Pogacar. Le jaune s'envole définitivement et le champion de Belgique lâche rapidement l'affaire dès le lendemain afin de se concentrer sur les deux prochaines semaines et le gain d'un bouquet d'étape.

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TEUNS DANS L'ÉLAN BAHRAIN

Si Wout Van Aert n'a pas atteint l'un de ses objectifs, Dylan Teuns a d'ores et déjà réussi son Tour. Pourtant son équipe avait connu un début d'épreuve douloureux avec la perte, dès la troisième étape, de Jack Haig, son leader pour le général. Mais comme au Giro après l'abandon de Mikel Landa, Bahrain a su réagir en groupe. Matej Mohoric s'est imposé à Le Creusot et Teunske l'a imité le lendemain. Parti dans la grande échappée du jour, le natif de Diest a géré les deux dernières ascensions pour revenir progressivement sur Michael Woods qui s'était rapidement isolé dans le col de Romme. Dylan Teuns parvenait à conserver une poignée de secondes au sommet de la Colombière sur le Canadien et Izagirre, mais surtout sur le boulet de canon Pogacar qui était revenu quasiment dans ses roues, avant de plonger vers Le Grand-Bornand. Si Teuns dédiera son boquet à son grand-père décédé peu avant le Tour, on soulignera l'ironie de le voir gagner le jour de l'annonce de la sélection belge pour les jeux de Tokyo où il ne figurait pas. Une victoire en forme de pied de nez pour Sven Vanthourenhout.

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UN MERLIER HISTORIQUE

Mais la Belgique n'aura pas du attendre Dylan Teuns pour déjà lever les bras sur ce Tour. Au terme d'une chaotique troisième étape à Pontivy marquée par les nombreuses chutes dont celles de Geraint Thomas, Primoz Roglic et Caleb Ewan, Tim Merlier coupait la ligne d'arrivée le premier devant son coéquipier et compatriote Jasper Philipsen. Une victoire qui allait inscrire le compagnon de Cameron Vandenbroucke dans la petite histoire du cyclisme belge. Déjà vainqueur d'étape sur le Giro en mai pour sa première participation, il en faisait donc de même sur le Tour. Si d'autres coureurs belges ont bien accompli pareille performance par le passé, aucun ne l'avait réussi la même année, pas même le grand Eddy Merckx. Mais Tim Merlier ne fera pas mieux sur ce Tour 2021 puisqu'il a été contraint de retirer son dossard ce dimanche sur la route vers Tignes. La montagne semble décidément bien indigeste pour lui.

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VERT JASPER

Le fait de trainer dans la même équipe que le petit fils de Raymond Poulidor explique peut-être cela. Trois fois deuxième en une semaine, Jasper Philipsen est le "Poupou" d'Alpecin-Fénix, équipe qui a récolté deux bouquets grâce à van der Poel et Merlier en plus des journées en jaune du premier cité.

Battu par un équipier à Pontivy, l'homme de Mol, a subi à deux reprises la loi du revenant Mark Cavendish. Déjà battu à...quatre reprises par le citoyen de l'île de Man au Tour de Turquie, Philipsen se rappelera aussi qu'il l'a devancé à deux reprises pendant l'épreuve. De quoi le motiver dans la quête d'une étape et pourquoi pas d'un maillot vert.

Quatrième du général à 66 points de Cavendish, Philipsen semble mieux digérer la montagne que son aîné anglais mais devra se méfier de Michael Matthews et surtout de Sonny Colbrelli qui a montré à Tignes qu'il pouvait aller chercher des précieux points sur tous les terrains. Mais comme le dit l'adage "vert, j'espère" et Philpsen doit se rappeler qu'en 2007, un autre natif célèbre de Mol avait ramené la liquette à Paris: Tom Boonen. Pour la petite histoire, ce dernier avait aussi été devancé la même année lors d'un sprint par un compatriote de la même équipe. Tout comme Jasper Philipsen avec Merlier cette année.

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VAN MOER, VAN AVERMAET ET STUYVEN EN ANIMATEURS

Pour sa première année chez les professionnels, Brent Van Moer n'en finit plus d'épater son monde. Parti dans une échappée en compagnie de Pierre-Luc Périchonlors de la quatrième étape, le coureur de Lotto-Soudal comprend bien vite qu'il doit se débarrasser du Français pour avoir une chance de s'imposer. Mais le numéro en solitaire réalisé quelques semaines auparavant lors de la première étape du Dauphiné Libéré où il avait résisté au peloton et pris le maillot jaune est encore bien frais dans les têtes de ses poursuivants. Le peloton appuie sur l'accélérateur au bon moment pour rattraper le vaillant du jour 200 mètres avant l'arrivée. Les encouragements des Diables rouges devant leur téléviseur n'auront pas été suffisants.

Sur la route vers Châteauroux, c'est Greg Van Avermaet qui sort de sa coquille. Le champion olympique fait preuve de résistance dans une échappée ayant aucune chance d'aboutir. Le seul fait d'armes d'un coureur qu'on attendait plus le lendemain sur la route du Creusot et qui a fini à la peine et bon dernier lors de l'étape de Tignes ce dimanche. Pas spécialement rassurant en vue des JO où il remettra son titre en jeu mais dans un rôle de capitaine de route pour Evenepoel et Van Aert.

Si Gilbert et Meurisse figuraient dans la grande échappée du vendredi, ils ne joueront finalement pas un grand rôle dans la finale contrairement à Victor Campenaerts, Brent Van Moer et Jasper Stuyven. Le trio accompagnait en effet le futur vainqueur Matej Mohoric dans la dernière grosse ascension du jour. Stuyven sera celui qui résistera le plus longtemps au champion de Slovénie. Il finira deuxième à l'arrivée.

UNE SEMAINE QUASI PARFAITE POUR LES ÉQUIPES

Le bilan des équipes belges reçoit en revanche la grande distinction. Avec quatre équipes présentes au départ, les chances de victoires étaient nombreuses. Cinq succès d'étapes et le maillot jaune pendant une semaine (1 jour Alaphilippe et six van der Poel), difficile de rêver mieux pour les formations noires-jaunes-rouges qui portent encore le maillot vert grâce à Mark Cavendish.

Avec deux victoires d'étape sur ce Tour, le bilan provisoire des Belges est plutôt bon en espérant mieux. Depuis le début du XXIe siècle, notre pays n'est parvenu à remporter trois bouquets d'étape qu'à trois reprises (2001, 2007 et 2019). Pour retrouver trace de quatre victoires, il faut en revanche remonter aux années 1998 et 99, lorsque Tom Steels collectionnait les sprints victorieux.

Le Tour de France et la Belgique, ce n'est pas toujours une histoire d'amour. Cela fait désormais 45 ans que l'un des nôtres n'a plus levé les bras tout de jaune vêtu sur les Champs Elysées. Et ce n'est pas encore cette année que Lucien Van Impe sera détrôné de son titre. Néanmoins, le contingent belge envoyé sur les routes hexagonales était un peu plus important que les dernières années. Vingt-deux coureurs belges étaient présents au départ en Bretagne. On n'avait plus vu ça depuis 1994. A l'époque, les représentants du plat pays n'avaient pas glané de bouquets mais avaient porté la tunique jaune pendant trois jours grâce à Johan Museeuw. Le vainqueur final Miguel Indurain dominait la course comme jamais, un peu comme le scénario qui s'annonce cette année avec Tadej Pogacar.VAN AERT TROP COURT POUR LE JAUNECette année, le maillot jaune risque de ne jamais être porté par l'un des nôtres et ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de le faire pendant cette première semaine de course. Se rendant compte qu'il était trop court pour rivaliser avec Julian Alaphilippe et Mathieu van der Poel tant sur les pentes de la Fosse-aux-loups que de Mûr-de-Bretagne, le citoyen d'Herentals a tenté de limiter la casse pour garder de l'influx lors du contre-la-montre de la cinquième journée. Sans succès, puisqu'il a échoué à la quatrième place ne devançant que de deux secondes van der Poel pendant que Pogacar donnait un premier uppercut à la concurrence sur ce Tour. Vendredi, entre Vierzon et Le Creusot, WVA est reparti au combat, suivi comme son ombre par son rival néerlandais. Battu dans la quête de la victoire d'étape, Van Aert tentera bien de distancer van der Poel sur la fin, sans parvenir à ses fins. Il lui restait une dernière carte à abattre samedi sur les premiers lacets alpins menant vers Le Grand-Bornand. Avec 3'13" d'avance sur Pogacar et un profil accessible, le Belge rêve de jaune et anime l'étape avant de devoir céder dans le col de Romme. Malgré une belle gestion de l'effort par rapport à certains favoris comme Uran et Carapaz (1'36" perdues), Van Aert concède 4'56" à Pogacar. Le jaune s'envole définitivement et le champion de Belgique lâche rapidement l'affaire dès le lendemain afin de se concentrer sur les deux prochaines semaines et le gain d'un bouquet d'étape.TEUNS DANS L'ÉLAN BAHRAINSi Wout Van Aert n'a pas atteint l'un de ses objectifs, Dylan Teuns a d'ores et déjà réussi son Tour. Pourtant son équipe avait connu un début d'épreuve douloureux avec la perte, dès la troisième étape, de Jack Haig, son leader pour le général. Mais comme au Giro après l'abandon de Mikel Landa, Bahrain a su réagir en groupe. Matej Mohoric s'est imposé à Le Creusot et Teunske l'a imité le lendemain. Parti dans la grande échappée du jour, le natif de Diest a géré les deux dernières ascensions pour revenir progressivement sur Michael Woods qui s'était rapidement isolé dans le col de Romme. Dylan Teuns parvenait à conserver une poignée de secondes au sommet de la Colombière sur le Canadien et Izagirre, mais surtout sur le boulet de canon Pogacar qui était revenu quasiment dans ses roues, avant de plonger vers Le Grand-Bornand. Si Teuns dédiera son boquet à son grand-père décédé peu avant le Tour, on soulignera l'ironie de le voir gagner le jour de l'annonce de la sélection belge pour les jeux de Tokyo où il ne figurait pas. Une victoire en forme de pied de nez pour Sven Vanthourenhout.UN MERLIER HISTORIQUEMais la Belgique n'aura pas du attendre Dylan Teuns pour déjà lever les bras sur ce Tour. Au terme d'une chaotique troisième étape à Pontivy marquée par les nombreuses chutes dont celles de Geraint Thomas, Primoz Roglic et Caleb Ewan, Tim Merlier coupait la ligne d'arrivée le premier devant son coéquipier et compatriote Jasper Philipsen. Une victoire qui allait inscrire le compagnon de Cameron Vandenbroucke dans la petite histoire du cyclisme belge. Déjà vainqueur d'étape sur le Giro en mai pour sa première participation, il en faisait donc de même sur le Tour. Si d'autres coureurs belges ont bien accompli pareille performance par le passé, aucun ne l'avait réussi la même année, pas même le grand Eddy Merckx. Mais Tim Merlier ne fera pas mieux sur ce Tour 2021 puisqu'il a été contraint de retirer son dossard ce dimanche sur la route vers Tignes. La montagne semble décidément bien indigeste pour lui.VERT JASPERLe fait de trainer dans la même équipe que le petit fils de Raymond Poulidor explique peut-être cela. Trois fois deuxième en une semaine, Jasper Philipsen est le "Poupou" d'Alpecin-Fénix, équipe qui a récolté deux bouquets grâce à van der Poel et Merlier en plus des journées en jaune du premier cité. Battu par un équipier à Pontivy, l'homme de Mol, a subi à deux reprises la loi du revenant Mark Cavendish. Déjà battu à...quatre reprises par le citoyen de l'île de Man au Tour de Turquie, Philipsen se rappelera aussi qu'il l'a devancé à deux reprises pendant l'épreuve. De quoi le motiver dans la quête d'une étape et pourquoi pas d'un maillot vert. Quatrième du général à 66 points de Cavendish, Philipsen semble mieux digérer la montagne que son aîné anglais mais devra se méfier de Michael Matthews et surtout de Sonny Colbrelli qui a montré à Tignes qu'il pouvait aller chercher des précieux points sur tous les terrains. Mais comme le dit l'adage "vert, j'espère" et Philpsen doit se rappeler qu'en 2007, un autre natif célèbre de Mol avait ramené la liquette à Paris: Tom Boonen. Pour la petite histoire, ce dernier avait aussi été devancé la même année lors d'un sprint par un compatriote de la même équipe. Tout comme Jasper Philipsen avec Merlier cette année.VAN MOER, VAN AVERMAET ET STUYVEN EN ANIMATEURSPour sa première année chez les professionnels, Brent Van Moer n'en finit plus d'épater son monde. Parti dans une échappée en compagnie de Pierre-Luc Périchonlors de la quatrième étape, le coureur de Lotto-Soudal comprend bien vite qu'il doit se débarrasser du Français pour avoir une chance de s'imposer. Mais le numéro en solitaire réalisé quelques semaines auparavant lors de la première étape du Dauphiné Libéré où il avait résisté au peloton et pris le maillot jaune est encore bien frais dans les têtes de ses poursuivants. Le peloton appuie sur l'accélérateur au bon moment pour rattraper le vaillant du jour 200 mètres avant l'arrivée. Les encouragements des Diables rouges devant leur téléviseur n'auront pas été suffisants.Sur la route vers Châteauroux, c'est Greg Van Avermaet qui sort de sa coquille. Le champion olympique fait preuve de résistance dans une échappée ayant aucune chance d'aboutir. Le seul fait d'armes d'un coureur qu'on attendait plus le lendemain sur la route du Creusot et qui a fini à la peine et bon dernier lors de l'étape de Tignes ce dimanche. Pas spécialement rassurant en vue des JO où il remettra son titre en jeu mais dans un rôle de capitaine de route pour Evenepoel et Van Aert.Si Gilbert et Meurisse figuraient dans la grande échappée du vendredi, ils ne joueront finalement pas un grand rôle dans la finale contrairement à Victor Campenaerts, Brent Van Moer et Jasper Stuyven. Le trio accompagnait en effet le futur vainqueur Matej Mohoric dans la dernière grosse ascension du jour. Stuyven sera celui qui résistera le plus longtemps au champion de Slovénie. Il finira deuxième à l'arrivée.UNE SEMAINE QUASI PARFAITE POUR LES ÉQUIPESLe bilan des équipes belges reçoit en revanche la grande distinction. Avec quatre équipes présentes au départ, les chances de victoires étaient nombreuses. Cinq succès d'étapes et le maillot jaune pendant une semaine (1 jour Alaphilippe et six van der Poel), difficile de rêver mieux pour les formations noires-jaunes-rouges qui portent encore le maillot vert grâce à Mark Cavendish.Avec deux victoires d'étape sur ce Tour, le bilan provisoire des Belges est plutôt bon en espérant mieux. Depuis le début du XXIe siècle, notre pays n'est parvenu à remporter trois bouquets d'étape qu'à trois reprises (2001, 2007 et 2019). Pour retrouver trace de quatre victoires, il faut en revanche remonter aux années 1998 et 99, lorsque Tom Steels collectionnait les sprints victorieux.