Après 128km de morne plaine et un sprint annoncé entre les 'grosses cuisses' du peloton, l'aérien grimpeur colombien, qui n'y croyait "toujours pas" samedi, devrait prendre la mesure de son accomplissement quand il lèvera les bras devant l'Arc de Triomphe.

Le triomphe de Bernal, la ville minière de Zipaquira où il a grandi dans la cordillère orientale, l'a contemplé en grand format sur un écran géant dressé pour l'événement avant d'exulter au moment où l'enfant du pays, dans son étoffe jaune, a franchi la ligne d'arrivée de Val Thorens main dans la main avec son coéquipier et vainqueur sortant le Gallois Geraint Thomas samedi.

Pour la merveille des Andes qui, à 22 ans, deviendra le plus jeune coureur à remporter le Tour de l'après-guerre, l'avenir paraît radieux. Même si l'on promettait aussi des victoires à la pelle à un certain Jan Ullrich quand il a gagné son premier --et unique-- Tour à 23 ans en 1997.

Qu'importe, Bernal avec ses lunettes XXL datées, qui rappellent celles de Lucho Herrera, le premier coureur du pays à s'être révélé dans les années 1980, deviendra à jamais le premier Colombien à inscrire son nom au palmarès du Tour.

"Je suis très fier d'être colombien, nous méritons ce Tour, cela fait de nombreuses années que nous avons de très bons cyclistes", a souligné le maillot jaune. "J'attends avec impatience le moment où je pourrai ramener ce maillot en Colombie."

Au pays, où le vélo est le deuxième sport le plus populaire après le football, le retentissement est colossal: "Grand @Eganbernal félicitations !!! incroyableeeeeeeee @LeTour vive la Colombie", l'a félicité le capitaine de l'équipe national de foot Radamel Falcao dans un tweet liké 50.000 fois.

L'équipe du Colombien, Ineos --anciennement baptisée Sky--, poursuit elle sa mainmise totale sur le Tour. Depuis son premier sacre en 2012, une seule édition lui a échappé: en 2014, quand Christopher Froome avait dû abandonner sur chute.

Alors qu'on la disait plus vulnérable cette année, la formation britannique réalise à l'arrivée le doublé, comme en 2012, en plaçant deux coureurs sur les deux plus hautes marches du podium, d'où a été éjecté Julian Alaphilippe.

- Alaphilippe grand absent du podium -

A moins qu'il ne soit désigné super-combatif du Tour par un jury et le public, le protagoniste de cette édition, après 14 jours de vie en jaune, sera le grand absent de la cérémonie sur les Champs.

La dernière marche, l'interminable montée vers Val Thorens samedi --33km d'ascension-- a été trop haute pour le puncheur, tombé à la 5e place.

"C'est mon tempérament. Avec moi, c'est un peu tout ou rien", balaie +Alaph+. "Si je faisais deuxième, ou cinquantième, c'était la même chose pour moi mais je me suis battu car je ne voulais pas avoir de regrets."

Vainqueur du classement de la montagne, Romain Bardet a également affiché sa fierté "de ne pas avoir baissé les bras" après une première partie de Tour où il est apparu en perdition. Le maillot à pois qu'il ramène à Paris est "celui de l'espoir", se réconforte-t-il.

L'équipe Movistar pourra elle aussi se réconforter en se disant qu'elle remporte le classement par équipes mais difficile de s'empêcher de penser que la formation espagnole, à la stratégie souvent illisible, aurait pu faire bien mieux avec trois coureurs à l'arrivée dans le top 10.

Mission accomplie, en revanche, pour Peter Sagan qui ramène pour la 7e fois à Paris le maillot vert du classement par point, un record absolu. Avant de s'imposer pour la première fois de sa carrière sur les Champs-Elysées ?

Les coureurs sont partis de Val thorens à 08h00 GMT, en bus et sous la pluie, après une longue nuit de sommeil pour la plupart. Épuisés, certains comme Julian Alaphilippe ont sauté le petit déjeuner, d'autres comme Dylan Groenewegen, l'un des favoris du jour, se sont montrés beaucoup plus concentrés.

Les 155 rescapés du peloton atteindront Chambéry en fin de matinée avant de s'envoler pour l'aéroport d'Orly vers 12h00 GMT. Il faudra ensuite se concentrer sur l'ultime rendez-vous de l'édition, dont le départ de Rambouillet n'est prévu qu'à 16h05 GMT.