Un chrono par équipes constitue un exercice souvent édifiant à propos du potentiel d'un collectif. On l'ignore parfois mais l'armada mise au point par Eddy Merckx a gagné tous ses contre-la-montre par équipes: c'est du 100%. Cette formation était parfaitement huilée, aucun maillon ne cédait. C'est un plaisir d'observer de tels trains. A côté de Faema, je me souviens de l'équipe TIRaleigh de Peter Post qui a fait un art de cet exercice commun: magnifique.

C'est le moment où, quelque part, le leader se consacre totalement à son équipe, tente d'offrir un succès d'étape à ceux qui travaillent généralement dans l'ombre pour lui. Un pour tous, tous pour un. D'habitude, les regards sont tournés vers le chef de file. Ici, cela ira très vite et il s'agira de changer de braquet après les batailles de Corse pour rouler à du 55 km/heure sur un tracé plat comme la main.

Si tout se déroule comme prévu, le public amassé le long de la Promenade des Anglais devrait assister à une partie de bras de fer entre Omega Pharma-Quick Step et Sky ProCycling. Le temps réel, calculé sur le cinquième de l'équipe, sera pris en compte au classement général, ce qui arrange les grades équipes.

Nice est évidemment un haut lieu de l'histoire du cyclisme, avec la Course au Soleil, de nombreux exploits et un des plus étonnants retours. En 1981, plus personne n'imaginait que Freddy Maertens puisse encore gagner une course cycliste, même pas une kermesse. Le champion déchu traînait ses problèmes et ses kilos en trop comme des boulets. Retenue pour prendre part au Tour de France, l'équipe dirigée par Guillaume Driessens avait un problème: interdiction d'afficher un de ses sponsors sur maillot, le cigarettier Boule d'Or. Driessens en parla à son ami Charles Vander Mijnsbrugge, rédacteur en chef de Sport 80, un des ancêtres de Sport/Foot Magazine. L'homme de presse accepta de remplacer Boule d'Or à une condition: Maertens devait prendre le départ de la Grande Boucle. Driessens releva le défi. L'ancien crack logea chez lui, à Vilvorde, s'entraîna, suivit un régime concocté par Driessens en personne qui a toujours affirmé : "C'est fait à base de fromage blanc."

A Nice, où Bernard Hinault remporta le prologue, personne ne se souciait du gros Freddy. Le lendemain, Maertens peina et Driessens, dit-on, lui refila un bidon de champagne. Et c'est à la surprise générale que le routier-sprinter de Lombardsijde s'imposa au sprint à Nice. Le bougre n'en resta pas là et gagna quatre autres étapes cette année-là : à Narbonne, Bruxelles, Hasselt et Paris avec le classement final du maillot vert en prime. En fin de saison, le Flandrien fut même sacré champion du monde sur route à Prague. La suite fut moins drôle pour Maertens, qui replongea dans le néant, mais il n'empêche que son nom restera attaché à Nice, à une étape du Tour de France 1981: le 26 juin de cette année-là, il émergea au bout de ses doutes et d'une étape de 97km. La donne sera, cette fois, bien différente.

Jonas Creteur et Pierre Bilic

Un chrono par équipes constitue un exercice souvent édifiant à propos du potentiel d'un collectif. On l'ignore parfois mais l'armada mise au point par Eddy Merckx a gagné tous ses contre-la-montre par équipes: c'est du 100%. Cette formation était parfaitement huilée, aucun maillon ne cédait. C'est un plaisir d'observer de tels trains. A côté de Faema, je me souviens de l'équipe TIRaleigh de Peter Post qui a fait un art de cet exercice commun: magnifique. C'est le moment où, quelque part, le leader se consacre totalement à son équipe, tente d'offrir un succès d'étape à ceux qui travaillent généralement dans l'ombre pour lui. Un pour tous, tous pour un. D'habitude, les regards sont tournés vers le chef de file. Ici, cela ira très vite et il s'agira de changer de braquet après les batailles de Corse pour rouler à du 55 km/heure sur un tracé plat comme la main. Si tout se déroule comme prévu, le public amassé le long de la Promenade des Anglais devrait assister à une partie de bras de fer entre Omega Pharma-Quick Step et Sky ProCycling. Le temps réel, calculé sur le cinquième de l'équipe, sera pris en compte au classement général, ce qui arrange les grades équipes. Nice est évidemment un haut lieu de l'histoire du cyclisme, avec la Course au Soleil, de nombreux exploits et un des plus étonnants retours. En 1981, plus personne n'imaginait que Freddy Maertens puisse encore gagner une course cycliste, même pas une kermesse. Le champion déchu traînait ses problèmes et ses kilos en trop comme des boulets. Retenue pour prendre part au Tour de France, l'équipe dirigée par Guillaume Driessens avait un problème: interdiction d'afficher un de ses sponsors sur maillot, le cigarettier Boule d'Or. Driessens en parla à son ami Charles Vander Mijnsbrugge, rédacteur en chef de Sport 80, un des ancêtres de Sport/Foot Magazine. L'homme de presse accepta de remplacer Boule d'Or à une condition: Maertens devait prendre le départ de la Grande Boucle. Driessens releva le défi. L'ancien crack logea chez lui, à Vilvorde, s'entraîna, suivit un régime concocté par Driessens en personne qui a toujours affirmé : "C'est fait à base de fromage blanc." A Nice, où Bernard Hinault remporta le prologue, personne ne se souciait du gros Freddy. Le lendemain, Maertens peina et Driessens, dit-on, lui refila un bidon de champagne. Et c'est à la surprise générale que le routier-sprinter de Lombardsijde s'imposa au sprint à Nice. Le bougre n'en resta pas là et gagna quatre autres étapes cette année-là : à Narbonne, Bruxelles, Hasselt et Paris avec le classement final du maillot vert en prime. En fin de saison, le Flandrien fut même sacré champion du monde sur route à Prague. La suite fut moins drôle pour Maertens, qui replongea dans le néant, mais il n'empêche que son nom restera attaché à Nice, à une étape du Tour de France 1981: le 26 juin de cette année-là, il émergea au bout de ses doutes et d'une étape de 97km. La donne sera, cette fois, bien différente. Jonas Creteur et Pierre Bilic