Au Tour, je n'utilise qu'une seule fois mon appareil photo: sur les Champs-Elysées. J'en parcours toujours une partie à pied, afin de profiter de l'ambiance magique qui règne sur cette merveilleuse avenue, pour une fois sans voiture, où des dizaines de milliers de spectateurs de tous pays attendent pendant des heures l'arrivée de leurs héros.

Cette année, ce sera encore plus spécial puisque, pour la première fois depuis que le Tour arrive sur les Champs-Elysées (1975), la dernière étape n'aura pas lieu l'après-midi mais en soirée. En soi, c'est une bonne idée, ne serait-ce que parce que cela nous permettra de voir de plus belles images de Paris, la Ville-Lumière. En prime time, cela amènera encore plus de téléspectateurs, pas tous des fans de cyclisme mais des gens qui ne voudront pas manquer le spectacle féérique offert par les Champs-Elysées, la Tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe, dont les coureurs effectueront pour la première fois un tour complet.

Il s'agira sans aucun doute de l'étape la plus regardée et il est dès lors dommage que, d'un point de vue sportif, elle ait si peu à offrir. Ces 60km qui mènent les coureurs aux Champs-Elysées sont complètement inutiles. Ce n'est que du show. Pendant trois semaines, je parle de sport de haut niveau, de culture, d'histoire, de gastronomie... Et puis là, pendant presque deux heures, je parle de presque rien, de coureurs qui se traînent dans la bonne humeur et sous des perruques ridicules.

Je pourrais tout aussi bien passer un CD car, selon la loi secrète du peloton, il est interdit d'attaquer avant l'entrée dans Paris. Imaginez qu'un groupe de fuyards prenne dix minutes d'avance et double le peloton sur les Champs-Elysées: le jury devrait mettre le peloton hors course et c'est un des échappés qui gagnerait le Tour. Evidemment, personne ne laisserait aller les choses aussi loin, tout comme les organisateurs ne prennent aucun risque lorsqu'il pleut : ce jour-là, ils ne prennent pas les chronos. Imaginez un peu que le porteur du maillot jaune tombe à 5km de l'arrivée.

Mais tout cela porte préjudice à la valeur sportive de cette étape et c'est pourquoi je regrette qu'ASO n'ait pas programmé un contre-la-montre, comme lors du Tour légendaire de 1989, lorsque Greg LeMond & Cie étaient partis, comme cette année, du Château de Versailles. Cela aurait tout de même constitué une apothéose pour cette édition-anniversaire mais les pontes d'ASO préfèrent tourner en voiture sur les Champs-Elysées et saluer le public à la manière du pape dans sa papamobile. Nous aurons donc à nouveau droit à un critérium pour sprinters avec, vraisemblablement, une victoire de Mark Cavendish qui, au cours des quatre dernières éditions, a réduit ses rivaux au rang de statues.

Si pour la télévision, cette étape nocturne constitue une aubaine, elle est beaucoup plus embêtante pour mes confrères de la presse écrite, qui doivent boucler leur édition avant la deadline. Ils feront donc les interviews et écriront leurs papiers de conclusion avant la course mais imaginez un seul instant qu'un imprévu se présente... Leur tâche sera alors bien plus difficile encore.

Mais cela, la direction du Tour n'en a cure : l'époque où, après les coureurs, les journalistes étaient les personnes les plus importantes de l'épreuve est révolue depuis longtemps. Nous sommes de plus en plus refoulés, on nous place derrière les VIP et même derrière la caravane publicitaire. Les déplacements, surtout, sont de plus en plus difficiles. Surtout le dernier (plusieurs centaines de kilomètres), vers Paris. Mais cela vaut pour les coureurs aussi. Le pari étant d'arriver à l'hôtel avant la fermeture du restaurant...

Trois semaines de tour, c'est une combinaison de tension et d'attention. On est toujours sous pression et il faut rester concentré. C'est très dur mentalement - surtout lorsqu'on sort d'une Coupe du Monde ou d'un Championnat d'Europe de foot - mais j'arrive toujours, dès la fin d'une étape, à me focaliser sur la suivante et à limiter la période de décompression après le Tour. Au cours des jours qui suivent, je m'occupe d'un tas de choses afin de ne pas retomber comme un soufflé. Et je ne pars en vacances que le vendredi. Pas en France ou en Italie mais plus loin. Cette année, ce sera les Etats-Unis, histoire de trancher net. Sans quoi je continuerais à penser au Tour.

Jonas Creteur et Pierre Bilic, avec Rodrigo Beenkens

Au Tour, je n'utilise qu'une seule fois mon appareil photo: sur les Champs-Elysées. J'en parcours toujours une partie à pied, afin de profiter de l'ambiance magique qui règne sur cette merveilleuse avenue, pour une fois sans voiture, où des dizaines de milliers de spectateurs de tous pays attendent pendant des heures l'arrivée de leurs héros. Cette année, ce sera encore plus spécial puisque, pour la première fois depuis que le Tour arrive sur les Champs-Elysées (1975), la dernière étape n'aura pas lieu l'après-midi mais en soirée. En soi, c'est une bonne idée, ne serait-ce que parce que cela nous permettra de voir de plus belles images de Paris, la Ville-Lumière. En prime time, cela amènera encore plus de téléspectateurs, pas tous des fans de cyclisme mais des gens qui ne voudront pas manquer le spectacle féérique offert par les Champs-Elysées, la Tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe, dont les coureurs effectueront pour la première fois un tour complet. Il s'agira sans aucun doute de l'étape la plus regardée et il est dès lors dommage que, d'un point de vue sportif, elle ait si peu à offrir. Ces 60km qui mènent les coureurs aux Champs-Elysées sont complètement inutiles. Ce n'est que du show. Pendant trois semaines, je parle de sport de haut niveau, de culture, d'histoire, de gastronomie... Et puis là, pendant presque deux heures, je parle de presque rien, de coureurs qui se traînent dans la bonne humeur et sous des perruques ridicules. Je pourrais tout aussi bien passer un CD car, selon la loi secrète du peloton, il est interdit d'attaquer avant l'entrée dans Paris. Imaginez qu'un groupe de fuyards prenne dix minutes d'avance et double le peloton sur les Champs-Elysées: le jury devrait mettre le peloton hors course et c'est un des échappés qui gagnerait le Tour. Evidemment, personne ne laisserait aller les choses aussi loin, tout comme les organisateurs ne prennent aucun risque lorsqu'il pleut : ce jour-là, ils ne prennent pas les chronos. Imaginez un peu que le porteur du maillot jaune tombe à 5km de l'arrivée. Mais tout cela porte préjudice à la valeur sportive de cette étape et c'est pourquoi je regrette qu'ASO n'ait pas programmé un contre-la-montre, comme lors du Tour légendaire de 1989, lorsque Greg LeMond & Cie étaient partis, comme cette année, du Château de Versailles. Cela aurait tout de même constitué une apothéose pour cette édition-anniversaire mais les pontes d'ASO préfèrent tourner en voiture sur les Champs-Elysées et saluer le public à la manière du pape dans sa papamobile. Nous aurons donc à nouveau droit à un critérium pour sprinters avec, vraisemblablement, une victoire de Mark Cavendish qui, au cours des quatre dernières éditions, a réduit ses rivaux au rang de statues. Si pour la télévision, cette étape nocturne constitue une aubaine, elle est beaucoup plus embêtante pour mes confrères de la presse écrite, qui doivent boucler leur édition avant la deadline. Ils feront donc les interviews et écriront leurs papiers de conclusion avant la course mais imaginez un seul instant qu'un imprévu se présente... Leur tâche sera alors bien plus difficile encore. Mais cela, la direction du Tour n'en a cure : l'époque où, après les coureurs, les journalistes étaient les personnes les plus importantes de l'épreuve est révolue depuis longtemps. Nous sommes de plus en plus refoulés, on nous place derrière les VIP et même derrière la caravane publicitaire. Les déplacements, surtout, sont de plus en plus difficiles. Surtout le dernier (plusieurs centaines de kilomètres), vers Paris. Mais cela vaut pour les coureurs aussi. Le pari étant d'arriver à l'hôtel avant la fermeture du restaurant... Trois semaines de tour, c'est une combinaison de tension et d'attention. On est toujours sous pression et il faut rester concentré. C'est très dur mentalement - surtout lorsqu'on sort d'une Coupe du Monde ou d'un Championnat d'Europe de foot - mais j'arrive toujours, dès la fin d'une étape, à me focaliser sur la suivante et à limiter la période de décompression après le Tour. Au cours des jours qui suivent, je m'occupe d'un tas de choses afin de ne pas retomber comme un soufflé. Et je ne pars en vacances que le vendredi. Pas en France ou en Italie mais plus loin. Cette année, ce sera les Etats-Unis, histoire de trancher net. Sans quoi je continuerais à penser au Tour. Jonas Creteur et Pierre Bilic, avec Rodrigo Beenkens