Un 14 juillet, dimanche après-midi, arrivée au mythique Ventoux : il est difficile de trouver une victoire d'étape plus prestigieuse, sportivement et commercialement. Si un favori, peut-être le maillot jaune, se sent suffisamment fort et possède un peu de l'orgueil d'Eddy Merckx ou de Bernard Hinault, il fera rouler son équipe en tête, pour ne laisser aucune chance d'échappée aux autres ou du moins rester à proximité au pied de la côte de Bédouin.

Pourtant, l'équipe peut commettre une erreur et laisser un ou deux coureurs en tête, comme en 2002, quand Richard Virenque s'est échappé très tôt en compagnie de quelques coureurs pour entamer l'ascension du Ventoux avec huit minutes d'avance et en conserver deux au sommet sur Lance Armstrong, qui a dû laisser passer Aleksandr Botsharov. Je suis convaincu que ce jour-là, Johan Bruyneel a commis une erreur d'appréciation.

En 2009, lors du dernier passage du Tour, Juan Manuel Garate et Tony Martin se sont échappés tôt dans la course et ont tenu bon, conservant 40 secondes d'avance sur Andy Schleck. Ils ont profité de l'attentisme des favoris. L'ascension du Mont Chauve, lors de l'avant-dernière étape, a donc accouché d'une souris.

Les spécialistes des échappées ne sont donc pas dénués de chances. Ils auront le temps de creuser leur avantage car cette étape est la plus longue du Tour : 242 kilomètres ! C'est quand même beaucoup trop long ? Pourquoi pas 180 kilomètres, voire moins encore ? Parce que Givors, le lieu de départ, a sans doute déboursé une somme coquette? Imaginez qu'il fasse torride ce jour-là et que les coureurs pédalent six heures, alors qu'ils doivent en plus gravir le Ventoux. Dire que l'ASO se veut à l'avant-garde de la lutte antidopage...

Dans le passé, quelques coureurs ont dépassé leurs limites sur les flancs du géant de Provence. On pense naturellement au destin tragique de Tom Simpson en 1967, mais l'histoire de Jean Malléjac est moins connue: au Tour 1955, en pleine ascension, il s'est effondré. Couché sur le dos sur le gravier, il continuait à pédaler, les yeux hagards tant il était chargé aux amphétamines. Le Breton n'a repris conscience qu'un quart d'heure plus tard et il a lutté pour la vie pendant des heures, à l'hôpital. Il a eu plus de chance que Simpson douze ans plus tard, mais sa revalidation l'a brisé et il n'a plus jamais retrouvé son niveau d'antan.

Ferdi Kübler, le vainqueur de l'édition 1950, a fait la connaissance du terrible Ventoux cette année-là. Il s'est attaqué au col comme un possédé, Raphaël Geminiani dans son sillage. Celui-ci a tenté en vain de le modérer: - Méfie-toi, ce n'est pas une montagne comme les autres. Et Kübler de rétorquer: - En effet, mais je ne suis pas non plus un coureur comme les autres. À quatre kilomètres du sommet, le Suisse, également dopé aux amphétamines, était à moitié inconscient au bord de la route... Il est parvenu à remonter à vélo, il a chuté plusieurs fois et a perdu onze minutes. Cet effondrement a marqué la fin de sa carrière.

Même Eddy Merckx a fléchi après sa victoire au Ventoux en 1970 et a eu besoin d'oxygène. Du moins, c'est ce qu'il a voulu faire croire à tout le monde. Tous les livres consacrés au Tour y ont consacré un chapitre pendant des années, jusqu'à ce qu'Eddy, qui était mon co-commentateur au Tour 2000, explique qu'il avait fait du cinéma. Il savait très bien qu'il serait ramené dans la vallée en hélicoptère et que ça lui ferait gagner un temps précieux. Les autres commentateurs ont repris son récit et le lendemain, il était dans tous les journaux. Une primeur pour la RTBF!

En 2002, Eddy a cédé face au Ventoux. Au terme de l'étape, pendant la longue attente dans la descente, il n'a plus supporté ses maux de dos. - Rodrigo, attendre si longtemps en voiture, à mon âge, ce n'est plus à faire. Il est rentré chez lui. C'est son seul abandon au Tour mais le vivre comme commentateur lui paraissait plus dur que de le rouler en maillot jaune.

Jonas Creteur et Pierre Bilic, avec Rodrigo Beenkens

Un 14 juillet, dimanche après-midi, arrivée au mythique Ventoux : il est difficile de trouver une victoire d'étape plus prestigieuse, sportivement et commercialement. Si un favori, peut-être le maillot jaune, se sent suffisamment fort et possède un peu de l'orgueil d'Eddy Merckx ou de Bernard Hinault, il fera rouler son équipe en tête, pour ne laisser aucune chance d'échappée aux autres ou du moins rester à proximité au pied de la côte de Bédouin. Pourtant, l'équipe peut commettre une erreur et laisser un ou deux coureurs en tête, comme en 2002, quand Richard Virenque s'est échappé très tôt en compagnie de quelques coureurs pour entamer l'ascension du Ventoux avec huit minutes d'avance et en conserver deux au sommet sur Lance Armstrong, qui a dû laisser passer Aleksandr Botsharov. Je suis convaincu que ce jour-là, Johan Bruyneel a commis une erreur d'appréciation. En 2009, lors du dernier passage du Tour, Juan Manuel Garate et Tony Martin se sont échappés tôt dans la course et ont tenu bon, conservant 40 secondes d'avance sur Andy Schleck. Ils ont profité de l'attentisme des favoris. L'ascension du Mont Chauve, lors de l'avant-dernière étape, a donc accouché d'une souris. Les spécialistes des échappées ne sont donc pas dénués de chances. Ils auront le temps de creuser leur avantage car cette étape est la plus longue du Tour : 242 kilomètres ! C'est quand même beaucoup trop long ? Pourquoi pas 180 kilomètres, voire moins encore ? Parce que Givors, le lieu de départ, a sans doute déboursé une somme coquette? Imaginez qu'il fasse torride ce jour-là et que les coureurs pédalent six heures, alors qu'ils doivent en plus gravir le Ventoux. Dire que l'ASO se veut à l'avant-garde de la lutte antidopage... Dans le passé, quelques coureurs ont dépassé leurs limites sur les flancs du géant de Provence. On pense naturellement au destin tragique de Tom Simpson en 1967, mais l'histoire de Jean Malléjac est moins connue: au Tour 1955, en pleine ascension, il s'est effondré. Couché sur le dos sur le gravier, il continuait à pédaler, les yeux hagards tant il était chargé aux amphétamines. Le Breton n'a repris conscience qu'un quart d'heure plus tard et il a lutté pour la vie pendant des heures, à l'hôpital. Il a eu plus de chance que Simpson douze ans plus tard, mais sa revalidation l'a brisé et il n'a plus jamais retrouvé son niveau d'antan. Ferdi Kübler, le vainqueur de l'édition 1950, a fait la connaissance du terrible Ventoux cette année-là. Il s'est attaqué au col comme un possédé, Raphaël Geminiani dans son sillage. Celui-ci a tenté en vain de le modérer: - Méfie-toi, ce n'est pas une montagne comme les autres. Et Kübler de rétorquer: - En effet, mais je ne suis pas non plus un coureur comme les autres. À quatre kilomètres du sommet, le Suisse, également dopé aux amphétamines, était à moitié inconscient au bord de la route... Il est parvenu à remonter à vélo, il a chuté plusieurs fois et a perdu onze minutes. Cet effondrement a marqué la fin de sa carrière. Même Eddy Merckx a fléchi après sa victoire au Ventoux en 1970 et a eu besoin d'oxygène. Du moins, c'est ce qu'il a voulu faire croire à tout le monde. Tous les livres consacrés au Tour y ont consacré un chapitre pendant des années, jusqu'à ce qu'Eddy, qui était mon co-commentateur au Tour 2000, explique qu'il avait fait du cinéma. Il savait très bien qu'il serait ramené dans la vallée en hélicoptère et que ça lui ferait gagner un temps précieux. Les autres commentateurs ont repris son récit et le lendemain, il était dans tous les journaux. Une primeur pour la RTBF! En 2002, Eddy a cédé face au Ventoux. Au terme de l'étape, pendant la longue attente dans la descente, il n'a plus supporté ses maux de dos. - Rodrigo, attendre si longtemps en voiture, à mon âge, ce n'est plus à faire. Il est rentré chez lui. C'est son seul abandon au Tour mais le vivre comme commentateur lui paraissait plus dur que de le rouler en maillot jaune.Jonas Creteur et Pierre Bilic, avec Rodrigo Beenkens