Rabobank, dégoûté, quitte le cyclisme pro après 17 ans

19/10/12 à 14:55 - Mise à jour à 14:55

Source: Sportmagazine

Rabobank arrêtera à la fin de l'année son soutien à l'équipe cycliste qu'elle sponsorisait du fait des scandales de dopage révélés par l'affaire Armstrong, une décision annoncée ce vendredi matin par la banque qui parrainait cette formation depuis 1996. Le fabricant de vélo taïwanais Giant a annoncé envisager de reprendre le sponsoring de l'équipe.

Rabobank, dégoûté, quitte le cyclisme pro après 17 ans

© BELGA

"Nous ne sommes plus convaincus que le cyclisme professionnel international est en mesure de faire du cyclisme un sport propre et honnête", a déclaré Bert Bruggink, membre du conseil d'administration de la banque, quelques jours après la publication par l'USADA (agence antidopage américaine) du rapport mettant en évidence le système de dopage organisé autour du septuple vainqueur du Tour, Lance Armstrong. "Ce rapport nous a choqué", a expliqué Bert Bruggink en conférence de presse ce vendredi matin à Utrecht.

Le séisme a éclaboussé jusqu'au président de l'UCI (Union cycliste internationale) de l'époque, le... Néerlandais Hein Verbruggen. Cette affaire a remis en cause l'engagement de la banque, véritable pilier du cyclisme aux Pays-Bas.

Rabobank a précisé toutefois que sa décision concernait les équipes professionnelles, messieurs et dames, et qu'elle continuerait à soutenir les équipes de jeunes et de cyclo-cross, qu'elle restait partenaire de la fédération néerlandaise de cyclisme jusqu'en 2016 comme prévu et qu'elle aiderait Marianne Vos jusqu'aux jeux Olympiques de Rio en 2016.

Le groupe sportif devrait cependant survivre à l'arrêt du soutien de son partenaire, comme le fit T-Mobile (devenu High Road) en 2007, mais sans le nom de Rabobank sur les maillots. C'est ce qu'a encore expliqué Bert Bruggink. "Rabobank honorera toutes ses obligations financières et contractuelles, notamment dans le cadre du WorldTour."

Giant, de partenaire vélo à sponsor principal ?

Le fabricant de vélo taïwanais Giant envisage de reprendre le sponsoring de Rabobank, a annoncé son manager marketing, Tom Davies, au diffuseur néerlandais RTL Z.

Giant est le partenaire vélo de Rabobank, mais envisagerait d'étendre son sponsoring. "Nous envisageons sérieusement de devenir le sponsor principal. L'autre option est de fournir l'équipe en matériel ou de devenir co-sponsor."

Skoda de son côté a aussi décidé de quitter la formation Rabobank, selon plusieurs médias néerlandais. Le constructeur automobile fournissait les véhicules à l'équipe cycliste, mais a assuré avoir pris sa décision dès le mois d'août dernier.

De sales affaires

"Le cyclisme est un beau sport, que des millions de Néerlandais aiment", a encore assuré Bert Bruggink, affirmant par ailleurs que cette décision était "douloureuse" mais "inévitable": "Nous ne croyons pas que cela pourrait changer en mieux dans un futur proche."

En dix-sept ans, son équipe-phare a connu de nombreux succès, grâce à des coureurs tels que les Néerlandais Erik Dekker et Michael Boogerd, les Espagnols Oscar Freire et Luis Leon Sanchez, l'Américain Levi Leipheimer, le Russe Denis Menchov et le Danois Michael Rasmussen. Mais aussi vécu de sales affaires de dopage, à l'exemple de celle qui conduisit au retrait de Rasmussen du Tour de France 2007, alors que le grimpeur au physique squelettique portait le maillot jaune dans la dernière semaine de course. Le remue-ménage qui avait suivi à la tête du groupe avait précédé la montée en puissance de la nouvelle génération néerlandaise (Gesink, Mollema, Kruijswijk, Slagter), conjointement au départ fin 2010 d'un chef de file tel que Menchov, lui-même soupçonné dans d'autres affaires.

Un coup de tonnerre

L'arrêt de Rabobank, l'une des dix-huit équipes titulaires d'une licence de première division (WorldTour), touche de nombreux coureurs de premier plan. En premier lieu, une bonne partie de l'élite néerlandaise (Gesink, Mollema, Kruijswijk, Slagter, Boom, Bos, Tjallingii, ten Dam) à côté de l'Australien Mark Renshaw, l'ex-poisson pilote de Mark Cavendish, et de l'Espagnol Luis Leon Sanchez, vainqueur d'étape sur le dernier Tour de France. L'Espagnol Carlos Barredo, lui, était sur la touche depuis que l'UCI l'avait repéré pour les anomalies de son passeport sanguin. Il va maintenant faire l'objet d'une procédure disciplinaire.

"Le monde du cyclisme international est malade, en ce compris ses institutions. L'image du cyclisme est ternie et nous y sommes associés", a regretté Bruggink qui a ajouté encore sur la radio néerlandaise Radio 1 que "le dopage est permis et soutenu jusqu'au plus haute sphères des institutions du cyclisme."

Robert Gesink : "c'est nous qui payons la note"

Le Néerlandais Robert Gesink, longtemps chef de file de la formation Rabobank, a estimé que "sa génération payait la note de l'utilisation du dopage par les anciens."

"Je pense que je suis le premier de la nouvelle génération. Nous étions justement sur le bon chemin ces dernières années. C'est un sentiment très amer de devoir payer la note pour ce qui s'est déroulé dans le passé", a ajouté le Néerlandais. "Tout ce que l'on fait maintenant, vient après coup. Nous étions précisément en train de faire en sorte que les choses bougent."

Thomas Dekker, qui a roulé pour Rabobank entre 2004 et 2008, puis suspendu lui-même en 2009 pour dopage, regrettait également que la nouvelle génération doive payer pour les fautes du passé. "Je pense que nous étions sur le bon chemin, mais l'effet boule de neige de ces derniers jours a été de trop. C'est dommage pour tous ces jeunes coureurs qui sont les victimes de ce qui s'est passé," a déclaré le Néerlandais.

Marianne Vos : "Si Rabobank veut me soutenir, toute l'équipe doit être soutenue"

Championne olympique et championne du monde de cyclisme sur route, Marianne Vos a expliqué sur les réseaux sociaux que "si Rabobank veut me soutenir, toute l'équipe doit être soutenue. Je ne saurais pas y arriver toute seule."

"Quel jour absurde. L'annonce de l'arrêt de Rabo comme sponsor est dure, et pose beaucoup de questions. Ce n'est pas une décision incompréhensible au vu des actuelles affaires de dopage, mais, hélas, elle touche beaucoup d'innocents dans notre sport", a twitté la Néerlandaise. "Bien sûr que j'espère que notre équipe (dames) pourra continuer dans le foulée d'une année pleine de succès. Du sport pur, de la passion, c'est ce que nous avons montré."

Carlos Barredo : "c'est embêtant, mais je peux dormir tranquille"

Sous le coup d'une procédure disciplinaire de la part de l'UCI, Carlos Barredo a trouvé "embêtant que les accusations dont je fais l'objet aient une influence sur mes coéquipiers."

"Vu que je n'ai jamais été contrôlé positif, je peux dormir tranquille", a ajouté l'Espagnol, 31 ans.

L'UCI dit "comprendre le contexte" de la décision de Rabobank

"A la lumière de cette période difficile, à savoir le fort intérêt du public pour les problèmes passés du dopage, et peut-être une action prise plus récemment par l'UCI à l'encontre d'un coureur de l'équipe, l'UCI comprend le contexte qui a présidé à cette décision", peut-on lire dans le communiqué transmis par l'UCI.

"En dépit de conséquences inévitables et parfois douloureuses, l'UCI réaffirme son engagement dans la lutte antidopage et dans une transparence totale sur toute violation éventuelle de la réglementation antidopage."

"L'UCI souhaite exprimer sa gratitude à Rabobank pour son important investissement et le soutien qu'elle a apporté au cyclisme féminin et masculin, pendant près de deux décennies, ainsi que pour sa décision de continuer à soutenir une équipe de cyclo-cross, le cyclisme amateur et la formation des jeunes, qui représente un point important pour le futur de notre sport."

Départ d'Harold Knebel comme directeur des équipes cyclistes de Rabobank

Harold Knebel n'occupera plus ses fonctions de directeur des équipes cyclistes de Rabobank, a-t-il expliqué lui-même. Il assurera cependant la continuité en aidant à la mise en place d'une nouvelle structure. "Je vais faire en sorte qu'il y ait toujours une équipe et qu'elle ait un avenir", a expliqué le successeur de Theo de Rooij qui avait démissionné il y a 5 ans suite à l'affaire Rasmussen lors du Tour de France 2007.

Un effectif de première division

L'effectif de l'équipe Rabobank était composé en 2012 de Carlos Barredo (Esp, actuellement suspendu), Jetse Bol (P-B), Lars Boom (P-B), Theo Bos (P-B), Matti Breschel (Dan), Graeme Brown (Aus), Stef Clement (P-B), Rick Flens (P-B), Juan Manuel Garate (Esp), Robert Gesink (P-B), Wilco Kelderman (P-B), Steven Kruijswijk (P-B), Tom Leezer (P-B), Paul Martens (All), Michael Matthews (Aus), Bauke Mollema (P-B), Grischa Niermann (All), Mark Renshaw (Aus), Luis Leon Sanchez (Esp), Tom-Jelle Slagter (P-B), Bram Tankink (P-B), Laurens ten Dam (P-B), Maarten Tjallingii (P-B), Jos van Emden (P-B), Dennis van Winden (P-B), Coen Vermeltfoort (P-B) et Maarten Wynants (BEL).

Sportfootmagazine.be, avec Belga

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