Samedi, en prenant le départ du Tour, Primoz Roglic n'aura plus couru depuis 61 jours et Liège-Bastogne-Liège. Il en est le grandissime favori, de même que son compatriote Tadej Pogacar, mais sa préparation est unique. Ce n'est pas nouveau pour le Slovène: après avoir terminé le Giro 2019 troisième et sur les rotules, il n'avait participé qu'à une seule course avant le départ de la Vuelta, 83 jours plus tard: les championnats de Slovénie. Hyper-professionnel, Roglic avait accumulé les stages en altitude, comme ces deux derniers mois. Avec succès, puisqu'il avait aisément remporté son premier grand tour.
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Samedi, en prenant le départ du Tour, Primoz Roglic n'aura plus couru depuis 61 jours et Liège-Bastogne-Liège. Il en est le grandissime favori, de même que son compatriote Tadej Pogacar, mais sa préparation est unique. Ce n'est pas nouveau pour le Slovène: après avoir terminé le Giro 2019 troisième et sur les rotules, il n'avait participé qu'à une seule course avant le départ de la Vuelta, 83 jours plus tard: les championnats de Slovénie. Hyper-professionnel, Roglic avait accumulé les stages en altitude, comme ces deux derniers mois. Avec succès, puisqu'il avait aisément remporté son premier grand tour. Marc Lamberts, son entraîneur, a donc appliqué la même formule avant la Grande Boucle, mais cette fois sans grand tour et seulement 17 jours de courses dans les jambes (huit étapes de Paris-Nice, six au Tour du Pays Basque plus l'Amstel Gold Race, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège). Autre avantage de cette longue période sans compétition: Roglic a limité le risque de chutes. L'année dernière, suite à son accident au Dauphiné, il avait failli ne pas pouvoir prendre le départ du Tour. Le coureur Jumbo-Visma doit être plus frais dans les derniers jours de l'épreuve, puisqu'en 2020, il a craqué dans l'avant-dernière étape, contre le chrono, et à la Vuelta, il a failli perdre son maillot rouge de leader dans la dernière étape de montagne. Roglic ne pense pas qu'au Tour. Il vise aussi les courses en ligne et contre le chrono des Jeux Olympiques. Ceux-ci sont très importants à ses yeux, puisqu'il s'est d'abord adonné au saut à ski. Sa préparation semble cohérente, mais elle va à l'encontre d'une loi du cyclisme, selon laquelle on ne peut gagner le Tour sans avoir fait de compétition le mois précédent. Depuis la Seconde Guerre mondiale, nul n'a enfilé le maillot jaune à Paris sans avoir au moins participé à une course en juin. Sans parler d'absence de deux mois, comme Roglic. Dans le cyclisme contemporain, aucun coureur non plus n'a enlevé le Tour avec seulement 17 jours de course dans les jambes. L'année dernière, Pogacar en comptait 19, mais la saison avait été coupée en deux à cause de la pandémie: ainsi il en avait couru dix avant l'interruption et neuf ensuite. Il faut remonter à Lance Armstrong, qui n'avait que 21 jours de course au compteur en 2005, 2003 et 2002 avant de s'adjuger le Tour. C'était déjà révolutionnaire, mais l'Américain avait chaque fois participé au Dauphiné, qu'il s'est d'ailleurs adjugé en 2002 et en 2003. C'était déjà une rupture de tendance, car durant la décennie précédente, le Giro, le premier grand tour du calendrier, figurait fréquemment au programme des lauréats du Tour. Sept coureurs avaient même réussi le doublé, parfois à plusieurs reprises: Fausto Coppi (1949, 1952), Jacques Anquetil (1964), Eddy Merckx (1970, 1972, 1974), Bernard Hinault (1982, 1985), Stephen Roche (1987), Miguel Indurain (1992, 1993) et Marco Pantani (1998). Anquetil (1963) et Hinault (1978) avaient aussi réussi le doublé Vuelta-Tour. Avec un Tour d'Espagne qui se déroulait alors au printemps (et ce jusqu'en 1995). Ça n'a plus été possible à partir de 2000, car après Armstrong, le futur vainqueur du Tour a systématiquement participé au Dauphiné, boudant le Giro. Bradley Wiggins (2012), Chris Froome (2013, 2015, 2016) et Geraint Thomas (2018) ont même fait coup double. Andy Schleck (2010, après la disqualification d' Alberto Contador) et Egan Bernal (2019) ont fait exception à la règle: ils ont participé au Tour de Suisse avant leur victoire à Paris et le Colombien a même gagné l'édition 2019. Primoz Roglic peut-il réussir en en faisant encore moins? À lui de le prouver lors des trois prochaines semaines.