La saison du coureur de BKCP-Powerplus paraissait s'annoncer sous les meilleurs auspices en septembre passé, lorsqu'il remporta coup sur coup les cross d'Erpe Mere et Neerpelt. La suite fut moins enthousiasmante avec, tour à tour, des 11e, 6e, 5e et 8e places à Valkenburg, Tabor, Ruddervoorde ainsi qu'au Koppenberg. Niels Albert se reprit, dans la foulée, avec une série de nouveaux succès à Hamme-Zogge, Coxyde et Gieten avant de rentrer une nouvelle fois dans le rang avec une série de cinq 3e places derrière l'inévitable Sven Nys.

Dimanche passé, à Rome, le citoyen de Tremelo a renoué avec la victoire, de manière éclatante, même s'il dut batailler ferme pour contenir les assauts d'un Sven Nys auteur d'un mauvais départ. Jusqu'à présent, la saison de Niels Albert s'apparente donc à des montagnes russes. Même si son directeur d'équipe, Christoph Roodhooft, nuance ce constat : "Si Niels Albert n'était pas tombé à Zolder, il aurait pu prétendre à la victoire et il aurait poursuivi sur sa lancée. Il s'est heurté à un Sven Nys supérieur mais il n'était pas mauvais. Il a terminé à trois reprises sur le podium, avec Sven. Il devrait atteindre son pic de forme au moment des championnats."

Ces dernières semaines, Niels a semblé se résigner face à l'omnipotence de Nys alors qu'en 2009, vous nous disiez que la jalousie était la principale qualité de votre poulain : "Il déteste perdre. Il devient fou et se tuerait pour rester dans la roue de son rival."
Christoph Roodhooft : À quoi bon gaspiller son énergie quand on n'est pas encore au sommet de sa forme, contrairement à Sven ? Ne vous y trompez pas : cette saison, Niels n'a pas souvent baissé les bras. À Gieten et à Zolder, il a même eu la force de se battre pour quitter la dernière place et malgré un mauvais départ à Baal, il est monté sur le podium. Même quand il se sent moins bien, il assume ses responsabilités, en vrai champion. C'est peut-être le point le plus positif de cette saison et la prochaine étape de son évolution.

Jusqu'où celle-ci doit-elle le mener ?
Il doit atteindre l'équilibre mental de Nys : être capable de relativiser sainement son sport tout en mettant tout en oeuvre pour réussir, en pouvant et en voulant souffrir sans jamais se laisser paralyser par le stress. Il doit aussi suivre sa ligne de conduite, continuer à penser au long terme sans s'appesantir sur une défaite. Il doit y parvenir, d'autant qu'il est marié et qu'il mène une vie privée stable. Avec un peu plus d'expérience et de sagesse, il doit également être en mesure de se forger un statut de leader qui se joue de ses concurrents et pas l'inverse.

D'aucuns prétendent qu'Albert n'y parviendra qu'une fois que Nys aura pris sa retraite.
Je ne suis pas d'accord. Cela dépend de lui et de lui seul. Mieux même : la concurrence de Nys constitue une source de motivation. Niels ne guette pas le départ à la retraite de Sven.

Il n'empêche : on le comparera toujours à Nys.
Oui, mais au Nys de maintenant. Or, il n'est devenu vraiment dominant qu'à 28 ans, à partir de la saison 2004-2005. Tout le monde l'oublie mais Niels n'aura 28 ans qu'en février. Comparez son palmarès à celui de Nys au même âge et vous serez surpris.

Avant ses 28 ans, Nys a enlevé 45 cross de classement, sept classements et a été sacré champion de Belgique à deux reprises. Albert a gagné 39 cross de classement et trois classements, il a conquis un titre national et a été champion du monde à deux reprises.
Voilà ! N'oubliez pas que Niels a dû faire l'impasse sur une série de cross, pendant trois saisons, à cause d'une déchirure de la rate, de problèmes au genou et d'une fracture du poignet. En outre, durant ses premières saisons, Nys n'a pas été confronté à un adversaire possédant son calibre actuel, avec tout mon respect pour Mario De Clercq, alors que Niels a dû courir contre le Merckx du cyclo-cross, de gros moteurs comme Lars Boom er Zdenek Stybar, et de nombreux concurrents belges.

Le fait est qu'Albert n'a pas beaucoup progressé depuis son premier titre mondial en 2009.
Tout est allé très vite mais ça ne l'a pas empêché de répondre aux attentes, malgré la domination exercée par Sven Nys. Il suffit de relire le palmarès que vous venez d'énumérer. On ne mesure pas les progrès d'un coureur à ses seules victoires. Au début, ses concurrents laissaient plus de latitude à Niels, qui pouvait aisément conclure, grâce à son talent contre le chrono. De nos jours, il n'a plus un millimètre et ne peut donc plus user de son principal atout. N'oublions pas non plus que le niveau s'est amélioré en l'espace de cinq ans et que certains coureurs se sont spécialisés dans certaines épreuves. Il devient difficile de gagner partout. Même le Nys actuel est meilleur que le Nys de la fin des années 2000, quand il investissait beaucoup d'énergie dans le VTT.

Albert va-t-il encore progresser ?
Absolument. Les carrières de Nys et d'Albert évoluent parallèlement. Niels atteint sa maturité physique et mentale. Dans le second volet de sa carrière, il va devoir affronter la nouvelle génération - Mathieu van der Poel, Lars van der Haar, Wout Van Aert et Cie - mais il possède les qualités requises pour s'imposer. Il peut donc encore devenir un second Sven Nys, j'en suis absolument convaincu.

PAR JONAS CRÉTEUR

La saison du coureur de BKCP-Powerplus paraissait s'annoncer sous les meilleurs auspices en septembre passé, lorsqu'il remporta coup sur coup les cross d'Erpe Mere et Neerpelt. La suite fut moins enthousiasmante avec, tour à tour, des 11e, 6e, 5e et 8e places à Valkenburg, Tabor, Ruddervoorde ainsi qu'au Koppenberg. Niels Albert se reprit, dans la foulée, avec une série de nouveaux succès à Hamme-Zogge, Coxyde et Gieten avant de rentrer une nouvelle fois dans le rang avec une série de cinq 3e places derrière l'inévitable Sven Nys. Dimanche passé, à Rome, le citoyen de Tremelo a renoué avec la victoire, de manière éclatante, même s'il dut batailler ferme pour contenir les assauts d'un Sven Nys auteur d'un mauvais départ. Jusqu'à présent, la saison de Niels Albert s'apparente donc à des montagnes russes. Même si son directeur d'équipe, Christoph Roodhooft, nuance ce constat : "Si Niels Albert n'était pas tombé à Zolder, il aurait pu prétendre à la victoire et il aurait poursuivi sur sa lancée. Il s'est heurté à un Sven Nys supérieur mais il n'était pas mauvais. Il a terminé à trois reprises sur le podium, avec Sven. Il devrait atteindre son pic de forme au moment des championnats."Ces dernières semaines, Niels a semblé se résigner face à l'omnipotence de Nys alors qu'en 2009, vous nous disiez que la jalousie était la principale qualité de votre poulain : "Il déteste perdre. Il devient fou et se tuerait pour rester dans la roue de son rival." Christoph Roodhooft : À quoi bon gaspiller son énergie quand on n'est pas encore au sommet de sa forme, contrairement à Sven ? Ne vous y trompez pas : cette saison, Niels n'a pas souvent baissé les bras. À Gieten et à Zolder, il a même eu la force de se battre pour quitter la dernière place et malgré un mauvais départ à Baal, il est monté sur le podium. Même quand il se sent moins bien, il assume ses responsabilités, en vrai champion. C'est peut-être le point le plus positif de cette saison et la prochaine étape de son évolution. Jusqu'où celle-ci doit-elle le mener ? Il doit atteindre l'équilibre mental de Nys : être capable de relativiser sainement son sport tout en mettant tout en oeuvre pour réussir, en pouvant et en voulant souffrir sans jamais se laisser paralyser par le stress. Il doit aussi suivre sa ligne de conduite, continuer à penser au long terme sans s'appesantir sur une défaite. Il doit y parvenir, d'autant qu'il est marié et qu'il mène une vie privée stable. Avec un peu plus d'expérience et de sagesse, il doit également être en mesure de se forger un statut de leader qui se joue de ses concurrents et pas l'inverse. D'aucuns prétendent qu'Albert n'y parviendra qu'une fois que Nys aura pris sa retraite. Je ne suis pas d'accord. Cela dépend de lui et de lui seul. Mieux même : la concurrence de Nys constitue une source de motivation. Niels ne guette pas le départ à la retraite de Sven. Il n'empêche : on le comparera toujours à Nys. Oui, mais au Nys de maintenant. Or, il n'est devenu vraiment dominant qu'à 28 ans, à partir de la saison 2004-2005. Tout le monde l'oublie mais Niels n'aura 28 ans qu'en février. Comparez son palmarès à celui de Nys au même âge et vous serez surpris. Avant ses 28 ans, Nys a enlevé 45 cross de classement, sept classements et a été sacré champion de Belgique à deux reprises. Albert a gagné 39 cross de classement et trois classements, il a conquis un titre national et a été champion du monde à deux reprises. Voilà ! N'oubliez pas que Niels a dû faire l'impasse sur une série de cross, pendant trois saisons, à cause d'une déchirure de la rate, de problèmes au genou et d'une fracture du poignet. En outre, durant ses premières saisons, Nys n'a pas été confronté à un adversaire possédant son calibre actuel, avec tout mon respect pour Mario De Clercq, alors que Niels a dû courir contre le Merckx du cyclo-cross, de gros moteurs comme Lars Boom er Zdenek Stybar, et de nombreux concurrents belges. Le fait est qu'Albert n'a pas beaucoup progressé depuis son premier titre mondial en 2009. Tout est allé très vite mais ça ne l'a pas empêché de répondre aux attentes, malgré la domination exercée par Sven Nys. Il suffit de relire le palmarès que vous venez d'énumérer. On ne mesure pas les progrès d'un coureur à ses seules victoires. Au début, ses concurrents laissaient plus de latitude à Niels, qui pouvait aisément conclure, grâce à son talent contre le chrono. De nos jours, il n'a plus un millimètre et ne peut donc plus user de son principal atout. N'oublions pas non plus que le niveau s'est amélioré en l'espace de cinq ans et que certains coureurs se sont spécialisés dans certaines épreuves. Il devient difficile de gagner partout. Même le Nys actuel est meilleur que le Nys de la fin des années 2000, quand il investissait beaucoup d'énergie dans le VTT. Albert va-t-il encore progresser ? Absolument. Les carrières de Nys et d'Albert évoluent parallèlement. Niels atteint sa maturité physique et mentale. Dans le second volet de sa carrière, il va devoir affronter la nouvelle génération - Mathieu van der Poel, Lars van der Haar, Wout Van Aert et Cie - mais il possède les qualités requises pour s'imposer. Il peut donc encore devenir un second Sven Nys, j'en suis absolument convaincu. PAR JONAS CRÉTEUR