L'automne dernier, à l'occasion de ses 70 ans, Felice Gimondi n'a pas dû réfléchir longtemps quand on lui a demandé quel coureur actuel lui ressemblait le plus. Résolument, le vainqueur du Tour 1965 a répondu : " Vincenzo Nibali. " Il a ajouté que le Sicilien courait toute la saison, tant les classiques que les tours.

La presse transalpine compare depuis longtemps le Requin de Messine à la Buse de Bergame. Comme Gimondi, Nibali fait preuve d'un grand sérieux professionnel. Son apparence sereine rappelle aussi le gentleman de Bergame. Depuis que Nibali, déjà lauréat de la Vuelta 2010, a remporté le Giro, les tifosi se livrent de plus en plus au jeu des comparaisons entre les deux campionissimi.

Gimondi est le seul Italien à avoir triomphé dans les trois grands tours. Depuis son succès en 1965, l'Italie n'a plus été à la fête qu'à une reprise, grâce à Marco Pantani en 1998. L'année dernière, Nibali est monté sur la troisième marche du podium, sur les Champs-Élysées. En montagne, il n'a concédé que 23 secondes à Bradley Wiggins mais il a perdu près de six minutes dans les épreuves contre le chrono.

Nibali, qui rêve de remporter le Tour un jour, a signé ses meilleures prestations contre le chrono, au Giro. Bien qu'il ait conquis la médaille de bronze aux championnats juniors et espoirs du contre-la-montre, Nibali ne s'est encore jamais distingué dans cette discipline chez les Élites. Cet hiver, il a perfectionné sa position à vélo, avec l'aide de l'ancien pilote F1 Jarno Trulli et d'ingénieurs de Ferrari, ainsi que du pilote moto Valentino Rossi.

Quoi qu'il en soit, l'Italie devra encore patienter au moins un an. Nibali s'en tient à son programme et fait donc l'impasse sur le Tour au profit de la Vuelta. Il rêve d'être sacré champion du monde en Toscane fin septembre, exactement 40 ans après Gimondi.

Par Benedict Vanclooster