Le champion d'Italie, au-dessus du lot en ce mois de juillet plutôt pluvieux, a battu Jean-Christophe Péraud et Thibaut Pinot, les premiers Français à monter sur le podium final depuis 1997.

A 37 ans, Péraud est le coureur le plus âgé du tiercé final de ces trois dernières décennies. Une chute à une quarantaine de kilomètres de l'arrivée a fait craindre pour lui, dimanche, mais l'ingénieur médaillé olympique (argent VTT en 2008) a pu revenir dans le peloton.

Pinot, qui est âgé de 24 ans, a aussi décroché le maillot blanc de meilleur jeune. L'autre grand espoir français, Romain Bardet, s'est classé sixième, à 2 secondes seulement de l'Américain Tejay Van Garderen.

A 29 ans, Nibali a intégré le cercle fermé des coureurs qui se sont approprié les trois grands tours, Italie, France et Espagne.

Après la Vuelta 2010 et le Giro 2013, le Tour 2014. Le Sicilien a rejoint les cinq coureurs (Anquetil, Gimondi, Merckx, Hinault, Contador) qui ont gagné eux aussi les seules courses de trois semaines du calendrier international.

En tête dès la deuxième étape à Sheffield, l'une des villes anglaises qui a fêté le Tour de façon exceptionnelle tout au long des trois premières journées de course, Nibali a porté le maillot jaune pendant 19 jours. Il ne l'a laissé que le temps d'un bref intérim d'une journée, le 14 juillet, au Français Tony Gallopin.

Eblouissant sur les pavés

Le "Requin" de Messine, sa ville de naissance sur les bords du détroit où il a grandi avant de quitter sa famille pour s'exiler en Toscane à l'âge de 15 ans afin de bâtir sa future carrière, s'est montré le plus fort et surtout le plus constant.

Sans donner de signe de faiblesse, il a gagné à quatre reprises (Sheffield, La Planche des Belles Filles, Chamrousse, Hautacam). Mais il a livré sa démonstration la plus éblouissante sur les pavés du Nord, où il a distancé de plus de deux minutes l'Espagnol Alberto Contador dans la 5e étape.

Le vainqueur sortant, le Britannique Chris Froome, a abandonné sur chute avant les premiers pavés. Contador, l'autre favori au départ, a renoncé dans la 10e étape, lui aussi sur chute.

Nibali, 29 ans, est le septième coureur italien à figurer au palmarès du Tour, 16 ans après Marco Pantani qui allait connaître ensuite une tragique descente aux enfers jusqu'à son décès d'overdose en 2004.

Plutôt qu'au "Pirate" de Cesenatico, Nibali est comparé dans son pays à Felice Gimondi, le champion italien vainqueur du Tour 1965. A cause de son élégance et de sa maîtrise en course, une qualité acquise au fil des années.

A ses débuts, le Sicilien, porté par son tempérament d'attaquant, a souvent enregistré des déceptions. Surtout dans les grandes courses d'un jour qui font défaut à son palmarès, malgré de nombreuses places d'honneur.

"J'ai encore des rêves", a souri le "Squale" à la veille de son triomphe parisien.

Kittel comme en 2013

Mais, l'héritage Armstrong aidant -le cyclisme est durablement associé au dopage quels que soient ses efforts récents-, Nibali a plus souvent été interrogé sur sa "propreté" et le passif de son équipe Astana que sur ses futures ambitions.

"Je raconte mon histoire, mes racines, tous les sacrifices consentis pour en arriver là", a répondu le vainqueur du Tour.

Le directeur du Tour, Christian Prudhomme, a renchéri: "Le cyclisme a réellement changé parce que les contrôles aussi ont changé, parce que le passeport a été mis en place. Son équipe fait partie du Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) et les contrôles sont les mêmes pour tout le monde."

"On a affaire à un coureur qui maîtrise, qui n'écrase pas", a estimé le directeur du Tour, comblé par le scénario de cette 101e édition marquée par le retour de deux grands pays traditionnels du cyclisme, l'Italie et la France. Pendant que deux autres nations fortes, l'Espagne et la Belgique, sont restées bredouilles.

Sur les Champs-Elysées, où 164 rescapés (sur 198 coureurs au départ) ont rallié l'arrivée, les deux autres maillots distinctifs sont revenus à des pays de l'Europe de l'Est. Le vert du classement par points pour le Slovaque Peter Sagan, le lauréat des deux années précédentes, le blanc à pois rouges du meilleur grimpeur au débutant polonais Rafal Majka.

Dans la dernière étape (137,5 km), Kittel s'est imposé devant le Norvégien Alexander Kristoff. Il a égalé son score de l'an passé (4 étapes et une journée en jaune).

Pour l'anecdote, Jens Voigt qui a égalé le record des participations (17), est le plus vieux coureur à terminer le Tour depuis... 1927. A 42 ans, l'Allemand a tiré sa révérence au bout de cette dernière odyssée de plus de 3650 kilomètres.

Les vainqueurs d'étapes du Tour de France 2014:

1re étape (Harrogate): Marcel Kittel (All/Giant)

2e étape (Sheffield): Vincenzo Nibali (Ita/Astana)

3e étape (Londres): Marcel Kittel

4e étape (Lille): Marcel Kittel

5e étape (Arenberg Porte du Hainaut): Lars Boom (P-B/Belkin)

6e étape (Reims): Andre Greipel (All/Lotto)

7e étape (Nancy): Matteo Trentin (Ita/Omega Pharma)

8e étape (Gérardmer La Mauselaine): Blel Kadri (Fra/AG2R La Mondiale)

9e étape (Mulhouse): Tony Martin (All/Omega Pharma)

10e étape (La Planche des Belles Filles): Vincenzo Nibali

11e étape (Oyonnax): Tony Gallopin (Fra/Lotto)

12e étape (Saint-Etienne): Alexander Kristoff (Nor/Katusha)

13e étape (Chamrousse): Vincenzo Nibali

14e étape (Risoul): Rafal Majka (Pol/Tinkoff)

15e étape (Nîmes): Alexander Kristoff

16e étape (Bagnères-de-Luchon): Michael Rogers (Aus/Tinkoff)

17e étape (Saint-Lary Pla d'Adet): Rafal Majka

18e étape (Hautacam): Vincenzo Nibali

19e étape (Bergerac): Ramunas Navardauskas (Lit/Garmin)

20e étape (Périgueux, c.l.m.): Tony Martin

21e étape (Paris Champs-Elysées): Marcel Kittel

Tableau d'honneur de la 101e édition du Tour:

Classement général: Vincenzo Nibali (Ita/Astana)

Classement de la montagne: Rafal Majka (Pol/Tinkoff)

Classement par points: Peter Sagan (Svq/Cannondale)

Classements des jeunes: Thibaut Pinot (Fra/FDJ.fr)

Classement des équipes: AG2R La Mondiale

Combativité: Alessandro de Marchi (Ita/Cannondale)