1969: le Cannibale

15 juillet 1969: l'exploit majuscule. Une échappée solitaire de quelque 130 kilomètres, du sommet du Tourmalet à Mourenx. Merckx porte le maillot jaune depuis une dizaine de jours. Pour ses débuts dans le Tour à l'âge de 24 ans, la victoire lui est déjà promise mais le Belge lui ajoute un éclat somptueux. A l'arrivée, les "poursuivants" pointent à près de huit minutes.

"Je n'avais pas prévu de faire un coup pareil", a-t-il confié à la revue Vélo Magazine à l'occasion de son 70e anniversaire. "Je me suis retrouvé seul, sans l'avoir vraiment voulu. En bas de la descente, j'avais 30 secondes. J'ai continué au train, dans le Soulor et l'Aubisque, sans cesser d'augmenter mon avance".

A Paris, Merckx, surnommé le "Cannibale", confisque tous les classements (temps, montagne, points, par équipes, combiné, combativité). Le deuxième, Roger Pingeon, est relégué à près de 18 minutes !

1971: le seigneur

12 juillet 1971: la veille, Luis Ocana a chuté sous l'orage dans la descente du col pyrénéen de Menté. L'Espagnol, auteur quelques jours plus tôt d'un raid monumental vers Orcières-Merlette, abandonne. Merckx, grand seigneur, demande et obtient de ne pas porter le maillot jaune pendant une journée.

"Je ne me réjouissais pas de son accident", a-t-il expliqué maintes fois. "Loin de là. J'étais même effondré. Les jeux étaient loin d'être faits, je voulais la lutte, le battre à la régulière". Plus tard, le Belge et l'Espagnol renoueront des liens. "Finalement, nous sommes devenus complices".

A l'enterrement d'Ocana en 1994, il sera l'un des porteurs du cercueil du vainqueur du Tour 1973, le seul qui s'est glissé au palmarès du Tour dans la période de domination du "Cannibale" (5 victoires, 34 étapes, 111 fois maillot jaune). Cette année-là, Merckx avait fait l'impasse au profit du Giro et de la Vuelta.

1975: le crépuscule

13 juillet 1975: deux jours après avoir été frappé au foie par un spectateur, Merckx cède brutalement sur les pentes de Pra-Loup et laisse le maillot jaune à Bernard Thévenet.

"Je trouve que l'on insiste trop sur la symbolique de cette journée, en oubliant que j'ai été compétitif après ce Tour de France 1975", estime aujourd'hui le Belge. "Je le reconnais cependant: continuer coûte que coûte ce Tour, même après ma chute à Valloire (fracture du maxillaire le lendemain), a été l'erreur de ma carrière. Si j'ai terminé, c'était pour mes coéquipiers. En abandonnant, je les privais de primes conséquentes. J'aurais mieux fait de les dédommager et de rentrer chez moi. En mettant un point d'honneur à finir, j'ai sans doute raccourci ma carrière sportive".

Merckx disputera encore le Tour 1977 (6e) et mettra un terme à sa carrière le 19 avril 1978.