Harm Vanhoucke :

"J'ai connu Bjorg alors qu'on était juniors deuxième année, en 2015, l'année où il a éclaté. (...) On s'est retrouvés pour la première fois en équipe nationale, à l'occasion du GP Patton au Luxembourg, et surtout à l'Oberösterreich Juniorenrundfahrt. Là, on était confrontés aux meilleurs coureurs étrangers et on a décidé de collaborer. On allait de toute façon se retrouver ensemble dans l'équipe espoirs de Lotto. Un homme était trop fort pour nous : le Russe Pavel Sivakov, vainqueur du Tour de Pologne, où Bjorg a chuté. Ça me fait drôle de voir le résultat de l'époque: 1. Sivakov, 2. Lambrecht, 3. Vanhoucke."

"On arrivait souvent en retard. Même lors de notre tout premier entraînement avec Lotto-Soudal, en stage. On s'était pourtant dépêchés mais on est arrivés deux minutes en retard. André Greipel et les autres ne rigolaient pas. Ils nous ont dit que, la prochaine fois, il ne nous attendraient pas. Avec sa nonchalance, Bjorg se faisait parfois gronder mais personne ne pouvait réellement être fâché sur lui. Parce qu'il était affable, gentil, doux, toujours de bonne humeur. Il croquait la vie à pleine dents, à vélo comme à la ville."

"Un peu plus tard, cependant, la pluie est revenue et le vent s'est levé. Le peloton s'est déporté sur la gauche, comme pour faire une bordure. Bjorg était quelques dizaines de mètres devant moi, à côté d'un équipier. Je le voyais. Je restais derrière car il ne semblait pas y avoir beaucoup de danger. C'était une ligne droite mais il y avait des lignes réfléchissantes sur les côtés. J'en ai touché une avec ma roue arrière et j'ai glissé. Je me suis dit : ces lignes sont hyper glissantes, il va y avoir des chutes. Moins d'une minute plus tard, j'ai vu un vélo dans le fossé, la roue arrière en l'air. Je suis passé devant et j'ai vu Bjorg en position très bizarre. Je suppose qu'il a touché une ligne, qu'il a perdu le contrôle de son guidon et qu'il a été propulsé dans le fossé. Quand je l'ai vu, j'ai tout de suite pensé qu'il s'était brisé la nuque."

"J'ai décidé de puiser de l'énergie dans ce drame, de vivre encore plus pour mon métier. Je me dis que, de là haut, Bjorg m'aidera. C'est ce que son père m'a écrit dans un SMS quand je lui ai présenté mes condoléances. Maintenant, je veux gagner une étape de montagne et pointer le doigt vers le ciel à l'arrivée. Vers Bjorg... Je suis sûr que, là aussi, il mettra la musique à fond. Avec son sourire caractéristique, celui que je garderai pour toujours au fond de ma mémoire."

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