11 novembre 2016. Greg Van Avermaet chute en VTT et se fracture la cheville gauche. Le champion olympique sera sur la touche six semaines. " On a pensé que ça ne lui ferait peut-être pas de tort ", raconte sa soeur Claudia. " Greg s'entraîne énormément, parfois trop dur. L'accident l'a obligé à se reposer. Ça ne pouvait vraiment pas lui faire de mal à l'issue d'une année durant laquelle sa médaille d'or olympique lui avait valu tant d'obligations. Une chance dans son malheur, donc. "
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11 novembre 2016. Greg Van Avermaet chute en VTT et se fracture la cheville gauche. Le champion olympique sera sur la touche six semaines. " On a pensé que ça ne lui ferait peut-être pas de tort ", raconte sa soeur Claudia. " Greg s'entraîne énormément, parfois trop dur. L'accident l'a obligé à se reposer. Ça ne pouvait vraiment pas lui faire de mal à l'issue d'une année durant laquelle sa médaille d'or olympique lui avait valu tant d'obligations. Une chance dans son malheur, donc. " Van Avermaet, une bête d'entraînement, est privé de sa drogue. " Quand on lui disait de s'entraîner quatre heures, on pouvait être sûr qu'il allait pédaler cinq ou six heures. Il fallait donc lui conseiller d'en faire moins. Depuis quelques années, il est conscient que le repos est aussi important mais avant, il pensait que s'il en faisait plus, il en serait récompensé. " Il fournit ces efforts avec plaisir, comme il le dit lui-même : " C'est dans ma nature. Le sport est une assuétude. " Sa soeur opine : " Le sport et la compétitivité sont dans la famille. On veut tous montrer qu'on est les meilleurs dans notre domaine. La moindre fête aboutit à un moment de compétition et ce n'est pas toujours chouette. On sort régulièrement le chrono pour voir qui va réussir quelque chose le plus vite ou tenir le plus longtemps, sur une planche, par exemple. " Il y a un an, Van Avermaet a miraculeusement réussi à brider son tempérament. " On ne le lui a pas dit mais on trouvait qu'il lui fallait vraiment beaucoup de temps avant de réappuyer son pied. Il a utilisé ses béquilles longtemps et quand il les a abandonnées, on s'est tous demandé s'il allait remarcher normalement. Il n'avait plus mal mais il ne pouvait pas encore surcharger trop sa cheville. Il a respecté la consigne à la lettre. " Van Avermaet a rapidement démontré que cette longue indisponibilité n'avait pas entraîné de retard de préparation. Il a remporté avec BMC sa première course de l'année, le contre-la-montre par équipes du Tour de Valence et il a fait mouche dans la première classique belge : Greg Van Avermaet a enlevé pour la deuxième fois d'affilée le Circuit Het Nieuwsblad. " C'est une course très importante, pour lui comme pour nous, depuis toujours. Enfants, on allait souvent voir cette épreuve car son arrivée était proche de chez nous, à Lokeren. Le premier succès de Greg dans cette course a donc été très spécial pour nous tous. Et, cette année, on a été soulagé qu'il batte une fois encore Peter Sagan. Il était prêt pour le reste du printemps. " 18 mars. Pour la première fois en plus de dix ans, Milan-Sanremo se décide à nouveau au Poggio. Van Avermaet est trop loin quand Sagan place son accélération. Il arrive au sommet en quatrième position mais trois échappés se disputent la victoire au sprint. Claudia Van Avermaet pense que son frère peut gagner Milan-Sanremo " mais à condition que tout se mette. Il faut qu'une cassure s'opère au Poggio et dure jusqu'à l'arrivée. C'était le cas cette fois, ce qui explique sa déception. Il est tellement ambitieux. Beaucoup de coureurs misent sur certaines courses mais quand Greg prend le départ, c'est pour gagner. De février à octobre. Même quand on pense qu'une course ne lui convient pas du tout, il essaie quand même de s'imposer. " À l'arrivée de la Primavera, Van Avermaet, déçu, tire la tête. " Les battants ne supportent pas la défaite. Petit déjà, Greg avait ce trait. Avec les années, il a appris à gérer les revers mais quand il était gamin, il ne supportait vraiment pas de perdre. Les jeux de société étaient vite rangés. Il balayait tout le bazar en râlant : " J'arrête, puisque tu triches ". Il peut encore être vraiment embêtant. Il ne se plaint pas. Dans des moments pareils, il ne dit pas grand-chose. Il vaut mieux le laisser tranquille car il ne supporte rien. Heureusement, il opère vite le déclic et parvient à se reconcentrer sur l'avenir. " Il le prouve une semaine plus tard. Il fait la course et la gagne, à Harelbeke comme à Gand-Wevelgem. " Cette rage de vaincre est typique de lui. Ce que j'aime, c'est que Sagan roule comme lui. Ils se stimulent mutuellement. Greg et Sagan, c'est un méga-duo. Alors que certains sont attentistes et sucent la roue des autres, ils y vont toujours à fond. C'est dans leur caractère. On ne peut pas les retenir et il ne faut pas non plus ! Rouler contre nature n'apporterait rien. Greg demande à ses coéquipiers d'attaquer d'emblée car plus la course est longue et dure, meilleur il est par rapport à ses concurrents. " Double victoire en trois jours : Greg Van Avermaet lui-même a du mal à le réaliser. " J'ai tenté si souvent ma chance dans ces courses, sans jamais réussir et maintenant, tout fonctionne ", confie-t-il aux caméras de Sporza. Une question d'assurance ? " Greg a toujours cru en ses qualités ", affirme Claudia. " Il sait parfaitement ce dont il est capable. Mais maintenant, il a ce qui lui manquait, peut-être un brin de chance, et quand on est dans une spirale pareille, les victoires s'enchaînent. " 2 avril. Lors du 101e Tour des Flandres, l'équipe Quick-Step place une attaque précoce. Greg Van Avermaet se laisse surprendre, comme à Milan-Sanremo. Le leader de BMC n'opère la jonction qu'après une poursuite de 50 kilomètres. Malheureusement, l'oiseau s'est déjà envolé. Quand le trio formé par Sagan, Van Avermaet et Oliver Naesen chute au Vieux Quaremont, c'en est fini. Philippe Gilbert fonce seul vers la victoire mais Van Avermaet s'acharne et termine deuxième. Gilbert un, Van Avermaet deux : le classement rouvre-t-il de vieilles plaies ? "Dans le passé, son complexe d'infériorité par rapport à Gilbert lui a joué des tours ", clament analystes et commentateurs renommés. Claudia Van Avermaet nuance. " À ses débuts, Greg admirait des coureurs comme TomBoonen et Gilbert. C'est logique. C'était une question de respect : je n'ai pas à poser d'exigences car je ne suis pas à leur hauteur. Dès qu'il a senti qu'il pouvait rivaliser avec eux, il s'est affirmé. Comme il était dans la même équipe que Philippe, ça a requis une adaptation pour tous les deux mais contrairement à ce que certains prétendent, mon frère n'en a jamais souffert. Il est bien trop fort mentalement pour ça. La presse a tout grossi. Greg et Philippe en ont parfois discuté ensemble. Ils ne comprenaient pas d'où venaient ces rumeurs. " Greg Van Avermaet devra attendre encore un an au moins pour ajouter le Ronde, la course de ses rêves, à son palmarès. " Taisez-vous ", rigole Claudia Van Avermaet. " S'il y a une course qu'il veut vraiment gagner, c'est bien celle-là. Petits, on allait voir toutes les courses, sauf le Tour des Flandres, car papa trouvait qu'il y avait trop de monde. Dès que j'ai eu mon permis, on y est allé. Bon, d'accord, ce n'était pas vraiment une bonne idée. (Rires)Un moment donné, j'ai enfoncé la voiture dans un champ mais on s'en fichait. On s'est terriblement amusé ce jour-là. L'ambiance nous a impressionnés. Cerise sur le gâteau, on a été invité à la fête de Peter Van Petegem, le vainqueur. En rentrant à la maison, Greg a dit : " S'il y a une course que je veux gagner dans ma vie, c'est le Tour des Flandres ". Ça n'a pas changé. " 9 avril. Van Avermaet chute au plus mauvais moment dans la dernière course de Tom Boonen : juste avant le Bois de Wallers-Arenberg. Les commentateurs TV paniquent mais pas le coureur. " De ce point de vue, Greg est très différent de moi. Il est toujours très calme alors que je suis un volcan en éruption permanente, pour reprendre ses termes. Nous, les supporters, sommes bien plus nerveux que lui. " Ce calme paie car Van Avermaet n'a pas gaspillé son énergie quand il revient dans le peloton de tête. Quand il accélère au Carrefour de l'Arbre, seuls Sebastian Langeveld et Zdenek Stybar parviennent à suivre. Ce dernier ne relaie pas et démarre à quatre kilomètres de l'arrivée mais Van Avermaet déploie ses ailes et rattrape le Tchèque. " Quand on veut m'avoir, je me donne à fond, comme un cheval qui court jusqu'à ce qu'il tombe ", souligne-t-il ensuite. Claudia confirme : " C'est lui tout craché. Je ne dirais pas qu'il est rancunier mais il ne supporte pas qu'on prenne sa roue et qu'on profite de son travail. Je crains que ce ne soit un trait familial : on ne se laisse pas faire. " Sur la piste de Roubaix, il évite de justesse d'être bloqué mais il parvient à remonter Stybar pour remporter son premier monument, comme l'avait prédit Bernadette Buysse, sa mère. " L'année passée, Greg s'était fracturé la clavicule au Tour des Flandres. Notre mère lui a dit : " Arrête d'en faire une fixation. Tu vas d'abord gagner Paris-Roubaix. Le Ronde suivra ". Elle a eu raison sur le premier point, reste à espérer que ses prévisions se confirment l'année à venir. " Une image étrange après l'arrivée : Van Avermaet, d'habitude si réservé, jubile et laisse libre cours à ses émotions. Sa soeur rayonne de joie en y repensant. " Ça ne lui ressemblait pas du tout mais on était euphorique. Il s'est adjugé la course à laquelle il pensait le moins. " Van Avermaet achève son printemps avec une douzième place à l'Amstel Gold Race et une onzième à Liège-Bastogne-Liège, plaçant les jalons de son succès final au WorldTour. " Il est très fier de ce titre, à raison. Il n'a qu'un regret : qu'il n'y ait pas de maillot pour ça. " Les Jeux Olympiques, le WorldTour, je gagne toutes les épreuves pour lesquelles il n'y a pas de maillot ". " Le 25 juin, aux championnats de Belgique à Anvers, la victoire ne revient pas non plus à Van Avermaet. Après Preben Van Hecke en 2015, Oliver Naesen est le deuxième compagnon d'entraînement de Greg en trois ans à remporter le titre. " Il aimerait le gagner une fois mais s'il n'y parvient pas, il est content qu'un de ses amis porte ce maillot. " Van Avermaet brigue une troisième victoire d'étape au Tour mais Sagan et Michael Matthews le surpassent. " Il a été un peu malade pendant le Tour. Est-ce à cause de ça ? Difficile à dire mais en tout cas, il était suffisamment concentré. Il n'avait certainement pas décompressé après le meilleur printemps de sa carrière. Le vainqueur du Mondial, son dernier objectif de la saison, obtient un maillot. Donc, il n'est pas revenu à mon frère mais à Sagan... " Après son formidable printemps, Van Avermaet a décidé d'observer à nouveau un repos de six semaines à l'issue de la saison. Ce n'est pas que les derniers mois ont été si paisibles pour le coureur, qui accumule les trophées. " Greg n'aime pas être au centre de l'attention. Il préfère être à vélo mais ces cérémonies font partie du métier. Elles viennent couronner ses prestations. Quand on ne doit aller nulle part, c'est qu'on a été mauvais. " Malgré tous ses prix, tous les compliments, Van Avermaet reste ce que José De Cauwer appelle " un modèle de simplicité flamande ". " Ce n'est pas pour tout de suite mais si jamais il commençait à planer, on lui remettrait vite les pieds sur terre ", conclut Claudia. " J'éprouve beaucoup de respect pour ses prestations mais il reste tout simplement mon petit frère. "Roel Van Den Broeck