Après s'être concentré pendant neuf ans sur le Tour, l'Australien a fait du Giro son objectif majeur de la saison, à la demande de la direction, qui a constaté lors du dernier Tour qu'une équipe alignant Tejay van Garderen et Evans ne fonctionnait pas. Puisque Allan Peiper, le manager de BMC, mise sur le jeune Américain pour l'avenir et ne pense pas qu'Evans, âgé de 37 ans, soit encore en mesure de rivaliser avec Chris Froome et Alberto Contador, l'Australien est envoyé au Giro, le seul grand tour où il puisse revendiquer le statut de leader et donc trouver la sérénité dont il a tant besoin.

Depuis sa victoire au Tour 2011, l'ancien champion du monde, tracassé par un virus, n'a plus retrouvé son niveau. Il a, certes, terminé troisième du dernier Tour d'Italie, ajouté in extremis à son programme afin de lui permettre de retrouver son rythme en prévision du Tour. L'intervention a été un succès mais il l'a payée : fatigué un mois plus tard, il n'a terminé que 39e du Tour. "Une de mes pires expériences à vélo", a confié l'Australien.

En 2014, son principal objectif est de retrouver sa condition d'antan. Il y est parvenu puisqu'il a enlevé la troisième étape du Tour Down Under - sa première victoire en WorldTour depuis 2012 - et qu'il a terminé deuxième du classement. Ensuite, il a déçu à Tirreno-Adriatico : pâle en côte, il a abandonné. Evans n'a pu trouver d'explication à ce passage à vide. Rentré chez lui, il s'est entraîné d'arrache-pied et a terminé septième du Tour du Pays Basque. Il a poursuivi sur sa lancée au Trentin, le dernier sprint avant le Giro. L'Aussie a été le meilleur du contre-la-montre par équipes avec BMC. Il a enlevé une étape de montagne et est devenu le premier de son continent à remporter la compétition.

Le moral regonflé, Cadel Evans vise la victoire au Giro. Il a réussi ses débuts vendredi, en terminant troisième du contre-la-montre par équipes. Pourtant, Quintana et Rodriguez sont des rivaux redoutables car ils sont très forts en montagne. Le contre-la-montre de Barolo, jeudi, qui compte 41,9 kilomètres, sera donc crucial pour Evans : il devra y creuser un avantage suffisant pour pouvoir faire ce en quoi il est passé maître durant les semaines les plus dures : s'accrocher.

Il est soutenu par le même staff et les mêmes coéquipiers toute la saison. "Cadel a besoin d'un environnement familier pour bien fonctionner", a déclaré Peiper. L'Australien est assisté par son ami Steve Morabito, Danilo Wyss, Brent Bookwalter, Daniel Oss, Manuel Quinziato, les Belges Yannick Eijssen et Ben Hermans, et Samuel Sanchez, qui est chargé d'assister Evans en montagne ou de prendre le relais si le leader venait à craquer.

On ignore si une victoire ou un podium constitueraient le dernier coup d'éclat de l'Australien. Il est en fin de contrat chez BMC et ne discutera d'une éventuelle prolongation qu'en juillet. Jusqu'à présent, il a refusé d'évoquer une retraite. "Je n'ai encore jamais pris de décision aussi grave." Il a ajouté que si son contrat arrivait à terme, cela ne voulait pas dire qu'il arrêtait. "Le temps me dira ce que je dois faire." Et surtout son résultat au Giro.

PAR JONAS CRÉTEUR