La force de caractère de Jai Hindley

Coté à 51 contre 1 par les bookmakers au départ de ce Giro, Jai Hindley était à peine considéré comme un outsider au départ de ce 105e Tour d'Italie. Sa victoire finale ce dimanche reste une surprise, car s'il avait terminé deuxième de l'édition 2020, il restait sur une dernière année minée par les blessures et les maladies.
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Coté à 51 contre 1 par les bookmakers au départ de ce Giro, Jai Hindley était à peine considéré comme un outsider au départ de ce 105e Tour d'Italie. Sa victoire finale ce dimanche reste une surprise, car s'il avait terminé deuxième de l'édition 2020, il restait sur une dernière année minée par les blessures et les maladies.Le transfert chez Bora-Hansgrohe cet hiver a redonné le souffle et la motivation nécessaires à ce grand talent. A 26 ans, pour son cinquième grand tour, Hindley est devenu le premier Australien à triompher sur le Giro d'Italia.C'est une performance remarquable, car on sous-estime souvent les sacrifices que doivent faire les coureurs australiens pour poursuivre un rêve professionnel dans le cyclisme en Europe. Tout comme Cadel Evans, le vainqueur du Tour 2011 qui a grandi dans l'Outback, Hindley est également originaire d'un coin reculé de l'Australie : Perth, une ville de la côte ouest avec une mentalité d'outsider par rapport aux villes du sud/est (Sydney, Melbourne, Adélaïde...) et où le cyclisme n'est pas du tout populaire.Le père de Jai, Gordon, originaire de Manchester, a participé à des courses dans ses jeunes années et a transmis le virus à son fils dont les idoles s'appelaient Stuart O'Grady et Robbie McEwen. Le gamin de six ans d'alors est parvenu à réaliser son plus grand rêve en intégrant les pelotons professionnels sur les plus belles courses du monde, même si son parcours n'a pas été de tout repos entre une expérience dans une équipe taïwanaise et une vie solitaire en Italie, loin de Perth.Hindley aurait toujours pu prendre l'avion pour rentrer chez lui à la trêve hivernal, mais en raison des restrictions très lourdes d'entrée sur le territoire australien, il n'a pas pu voir ses parents pendant toute la pandémie. Les retrouvailles ont eu lieu ce dimanche dans la magnifique cité de Vérone. Une belle surprise pour le nouveau maillot rose. Il a ainsi été récompensé pour la force mentale dont il a fait preuve en se relevant après une saison très difficile, luttant contre des échecs à répétition dans une solitude totale. Pour cette raison, et compte tenu de l'ensemble de son parcours depuis son plus jeune âge, il mérite des éloges.Même si le niveau de Jai Hindley en haute montagne (Pogacarien selon les adeptes du calcul ddes watts) était très impressionnant et que l'écart avec Richard Carapaz avant la dernière étape de montagne samedi était très faible (trois secondes), on ne peut pas dire que la bataille pour le maillot rose était vraiment passionnante.En partie à cause de certains abandons de prétendants à la victoire finale : Simon Yates (blessure au genou), Romain Bardet (maladie) et João Almeida (infection au covid). Mais aussi beaucoup à cause de la manière dont le parcours avait été dessiné. Il y avait beaucoup trop peu de kilomètres contre la montre (à peine 26 km) et les derniers candidats à la victoire avaient finalement un niveau assez proche dans les ascensions.La plupart des étapes de montagne n'étaient pas non plus bien conçues pour favoriser des offensives, à l'image de l'étape reine et décisive de ce samedi où tout s'est joué dans les cinq derniers kilomètres très pentus du Passo di Fedaia. Il n'est dès lors pas étonnant que la décision soit tombée dans le money time car trop de coureurs ont sans doute craint d'exploser avant. Les 50 000 mètres de dénivelé positif en auront effrayé plus d'un et auront favorisé une course d'usure. Même Jai Hindley a admis qu'il avait tout misé sur ce dernier jour. Il ne lui aura suffi que d'une attaque efficace de trois kilomètres pour faire la différence, en partie aussi parce que Carapaz s'est effondré de manière inattendue.Sans cela, le contre-la-montre final à Vérone aurait sans doute été plus passionnant, et les organisateurs du Giro auraient pu revendiquer leurs mérites. Mais ce scénario n'aurait pas non plus effacé le fait que la dernière semaine de la course ne fut pas des plus divertissantes. Que l'étape la plus animée ait été celle de Turin (qui n'avait pas lieu en haute montagne mais sur un circuit local avec une succession de pentes raides) devrait faire réfléchir ceux qui conçoivent les parcours, et la remarque vaut pour les autres grands tours.A l'avenir, on souhaiterait plus de kilomètres de contre-la-montre sur des parcours vallonnés, plus de variétés dans les étapes vallonnées et moins de concentration des principales difficultés sur les derniers kilomètres d'une étape de montagne et de l'ensemble du tour.De plus, et cela s'applique au cyclisme en général, il faudrait une bien meilleure couverture de la retransmission télévisée, avec beaucoup plus de données et de graphiques, d'images des coulisses, pour mieux comprendre les nombreux moments morts. En bref, un produit plus adapté aux jeunes téléspectateurs.C'était le moment le plus inetnse de ce Giro : Biniam Girmay battant Mathieu van der Poel au sprint, à Jesi. Les réseaux sociaux se sont alors emballés après le sprint de 300 mètres entre ces deux coureurs charismatiques. Parce que l'Érythréen est devenu le premier Africain noir à lever les bras sur une étape du Giro et parce que le Néerlandais a levé son pouce de manière respectueuse pour féléciter son rival. Mais la si la folie sur les réseaux a continué après la course, c'est pour d'autres raisons. Quelques instants plus tard, le bouchon de Prosecco terminait sa course dans l'oeil gauche de Girmay. Une sortie en mode mineur après un succès sur un accord majeur. Une sacrée ironie.On regrettera que les deux hommes n'aient pas pu continuer à animer le Giro. Van der Poel a cependant continué à le faire avec des attaques quasi-quotidiennes, des wheeling dans les cols, des drapeaux agités et des tweets amusants sur les spaghettis au ketchup et la pizza Hawaï. Van der Poel rayonnait de plaisir sur et hors du vélo. Les tifosi italiens et les adeptes du cyclisme de tous les pays s'en sont régalés. Bien plus qu'Hindley ou Carapaz, il a attiré l'attention de la jeune génération, et pas seulement des fans de cyclisme purs et durs. Certes, parce que, en tant que coureur ne cherchant pas à obtenir un classement général, il peut se permettre plus de fantaisie.On peut aussi considérer qu'avec une façon de courir un peu plus calculée, MvdP aurait sans doute gagné plus d'une étape, à part la première en Hongrie.Ses sponsors et ses fans s'en moquent, mais sur le Tour, avec une concurrence plus forte et des gains financiers plus grands, il devra sans doute en garder sous la pédale, car seul le résultat sera pris en compte. Les quatorze Belges présents au départ de ce Giro n'avaient pas de grandes attentes de la course, compte tenu de leur âge, de leur niveau secondaire et de leur rôle d'équipier au sein de leur formation. Finalement, notre pays sort de cette 105e édition avec un bilan honorable grâce à deux baroudeurs. La victoire de Thomas De Gendt apparaît comme la plus grande surprise. Non pas au regard de sa réputation de roi de l'échappée, mais au regard de ses performances moindres de ces deux dernières années. Le coureur de la Lotto-Soudal a une nouvelle fois associé de meilleures jambes à son sens tactique pour s'offrir l'un de ses plus beaux succès dans les rues de Naples. Il a sauvé le Giro de Lotto-Soudal, puisque Caleb Ewan n'a pas remporté la ou les victoires au sprint qu'il avait prévues.La victoire d'étape de Dries De Bondt était finalement moins surprenante. L'année dernière, il était déjà le coureur le plus offensif du Giro. Cette fois, il est parvenu à allier puissance et sens tactique pour s'offrir le bouquet dont il rêvait tant.Il faut également mentionner son attitude en dehors des courses. On l'a vu prendre son temps pour signer des autographes aux jeunes tifosi, comme quoi il ne faut pas nécessairement être une star pour que cela fasse plaisir. On retiendra aussi de ce Giro des Belges qu'Edward Theuns a terminé à quatre reprises dans le top 10 d'un sprint massif et qu'il était à sa place. Mauri Vansevenant a obtenu deux places dans le top 10 en partant dans les échappées (cinquième et septième). On l'a aussi vu à l'attaque dans d'autres étapes, notamment en montagne et il a terminé premier Belge du classement général avec une 30e place. A 22 ans et pour son deuxième grand tour, c'est loin d'être un mauvais résultat, même s'il espérait sans doute un peu plus au moment de la Grande Partenza. Harm Vanhoucke a décroché plusieurs quatrièmes places et a lancé De Gendt vers sa victoire d'étape. Il a malheureusement été contraint à l'abandon en raison de problèmes de dos suite à sa chute lors de la première étape sur les routes hongroises. Son coéquipier de Lotto-Soudal, Sylvain Moniquet, qui a souvent fait partie d'une échappée, comme au sommet de l'Etna ou à Naples, a aussi montré le maillot. Nos autres compatriotes sont restés dans l'ombre, mais c'est au final peu surprenant vu les raisons que nous avions citées plus haut.La moisson des équipes belges est en revanche remarquable. Alpecin-Fenix, avec van der Poel, Stefano Oldani et De Bondt a remporté trois bouquets d'étape, en plus du port du maillot rose lors des premières journées. Les deux grandes équipes Quick-Step Alpha Vinyl (Mark Cavendish) et Lotto-Soudal (De Gendt) doivent se contenter d'une seule étape. Et que dire de l'équipe Intermarché-Wanty-Groupe Gobert qui s'est imposé à deux reprises (Girmay et Jan Hirt) et qui compte deux coureurs dans le top 10 du classement général (Hirt 6e et le vétéran Domenico Pozzovivo 8e). Il faut remonter à plus de quatre décennies, et précisément l'année 1981, pour trouver trace de quatre formations belges différentes qui remporte au moins une victoire d'étape dans un grand tour.