Un sprint à six au sommet du Blockhaus, ce n'est pas vraiment le scénario qu'on avait imaginé au terme des 192 kilomètres de cette première vraie étape de montagne, même si c'était déjà la deuxième épilogue en altitude de cette cuvée 2022 du Giro.

Contrairement à 2017 où Nairo Quintana était seul au moment de lever les bras, Jai Hindley a dû en découdre avec cinq autres coureurs pour s'offrir le droit de remonter sur un podium de vainqueur pour la première fois depuis Laghi di Cancano, le 22 octobre 2020, déjà sur le Tour d'Italie. A l'époque, l'Australien avait devancé Tao Geoghegan Hart , avant de prendre le maillot rose le lendemain pour finalement le céder le dernier dimanche de course au coureur Britannique.

Jai Hindley n'avait plus levé le bras en vainqueur... depuis la 19e étape du Giro 2020., iStock
Jai Hindley n'avait plus levé le bras en vainqueur... depuis la 19e étape du Giro 2020. © iStock

Jai Hindley retrouve enfin ses meilleures jambes

C'est une véritable renaissance pour Hindley, qui a retrouvé ses meilleures sensations en rejoignant, cet hiver, l'équipe de Wilco Kelderman, qui était son coéquipier voici deux ans. Lors de son bouquet d'étape, le Néerlandais avait pris le maillot rose avant de craquer le lendemain au profit du jeune Australien. La gestion un peu étrange du Team DSM avait suscité des remous et les deux hommes ne semblaient pas spécialement les meilleurs amis du monde.

Au départ de Budapest, Kelderman semblait être le leader sur le papier d'une équipe Bora pouvant aussi compter sur Hindley, mais aussi Emmanuel Buchmann, quatrième du Tour 2019, ou Lennard Kämna. Le Néerlandais, fort de sa cinquième place lors de la dernière Grande Boucle, apparaissait comme le numéro 1 théorique. Mais, il a rapidement craqué dès le pied du Blockhaus et terminé à près de 11 minutes. C'est déjà un sérieux outsider en moins pour la course, alors que Jai Hindley, cinquième et Buchmann, neuvième, ont désormais endossé le leadership au sein de la formation allemande.

Diminué ou pas par une gêne au genou, Simon Yates n'a en tout cas pas attendu la troisième semaine de course pour perdre tous ses espoirs de victoire ou de podium., iStock
Diminué ou pas par une gêne au genou, Simon Yates n'a en tout cas pas attendu la troisième semaine de course pour perdre tous ses espoirs de victoire ou de podium. © iStock

Simon Yates, prévisible comme trop souvent

Kelderman n'est pas le seul favori/outsider à avoir dévissé sur les 13 kilomètres d'ascension du géant des Apennins. Lors de notre présentation des candidats au maillot rose, nous avions mis le nom de Simon Yates en retrait d'un quatuor. Certains pouvaient s'étonner de ce choix que nous avions justifié par l'irrégularité chronique du grimpeur britannique, capable de briller un jour et de passer complètement à travers le lendemain.

Après le sacre napolitain de Thomas De Gendt, le leader de la formation BikeExchange était le premier favori au général, à un peu moins de deux minutes de Juan Pedro Lopez. Il a rendu les armes quasiment dès le pied du Blockhaus. Ces derniers jours, le natif de Bury affirmait ressentir une gêne au genou droit, mais estimait aussi qu'elle ne le dérangerait pas lors de cette 9e étape. Soit, il s'est trompé, soit il a surestimé sa forme. Le vainqueur du contre-la-montre de Budapest a déjà "sauvé" son Giro avec le gain de cette étape. Il devrait en chasser d'autres dans les deux prochaines semaines, même si évidemment la motivation sera moindre avec un classement général qu'il peut déjà oublier.

La victoire d'étape à Potenza de Koen Bouwman ne doit pas faire oublier que les deux cartes pour le général de Jumbo-Visma se sont plantées dans les grandes largeurs. Si Tobias Foss joue les fantômes, Tom Dumoulin s'est au moins mué en équipier modèle pour Bouwman., iStock
La victoire d'étape à Potenza de Koen Bouwman ne doit pas faire oublier que les deux cartes pour le général de Jumbo-Visma se sont plantées dans les grandes largeurs. Si Tobias Foss joue les fantômes, Tom Dumoulin s'est au moins mué en équipier modèle pour Bouwman. © iStock

Le flop Jumbo-Visma, malgré la victoire d'étape de Bouwman

Le Blockhaus n'a fait que confirmer les constatations de la première arrivée au sommet de l'Etna dans le camp Jumbo-Visma. La formation néerlandaise ambitionnait un bon classement avec ses deux atouts Tom Dumoulin et Tobias Foss.

Il y avait forcément quelques doutes pour le premier, qui restait sur une préparation hivernale contrastée. Le second, vainqueur du Tour de l'Avenir en 2019 et neuvième de la dernière édition, était même présenté comme un candidat au podium malgré des références globalement faibles depuis son passage chez les professionnels en 2020. S'il avait limité la casse sur le volcan sicilien, le champion de Norvège a explosé en plein vol dimanche en concédant 22 minutes. Soit huit de plus qu'un Dumoulin, moins aérien que lors de l'édition 2017. Mais ce dernier s'était mis à la planche le vendredi pour offrir un succès d'étape à Koen Bouwman. Le meilleur Jumbo, Sam Oomen, pointe seulement à la 20e place du général. Ce dernier avait déjà terminé neuvième du Giro en 2018. Tout comme Foss, il n'avait pas vraiment confirmé ce résultat par la suite.

A 39 ans et malgré une signature tardive (le 15 février) avec Intermarché Wanty Groupe Gobert, Domenico Pozzovivo a montré qu'il était toujours dans le coup en prenant la sixième place au sommet du Blockhaus., iStock
A 39 ans et malgré une signature tardive (le 15 février) avec Intermarché Wanty Groupe Gobert, Domenico Pozzovivo a montré qu'il était toujours dans le coup en prenant la sixième place au sommet du Blockhaus. © iStock

"Old men still have a few tricks"

Il n'y a pas que Thomas De Gendt qui a fait honneur aux anciens sur ce Tour d'Italie. Lors de cette montée du Blockhaus, la vieille garde a montré qu'elle était toujours dans le coup à l'image d'un Domenico Pozzovivo, 39 ans, qui a même sprinté pour la victoire d'étape. L'Italien ne s'est engagé qu'à la mi-février pour la formation Intermarché-Wanty-Groupe Gobert et a travaillé d'arrache-pied pour être au niveau pour la Grande Partenza. Il s'avère en tout cas un nouveau coup dans le mille pour la formation cycliste basée dans le Hainaut.

A la dérive sur l'Etna, Vincenzo Nibali, bientôt 38 ans, a retrouvé quelques couleurs dans les Apennins en prenant la huitième place et en ne concédant que 34 secondes. Il remonte à la 13e place du général, mais jette désormais à nouveau un oeil vers le top 10, même si celui qui le précède au classement, Thymen Arensman, possède déjà 1'37" d'avance.

Juste derrière le Requin de Messine, on retrouvait le fringant quadra Alejandro Valverde. L'Espagnol est onzième du général et aura certainement la même ambition que Nibali, celle de gratter un dernier top 10 pour encore étoffer un palmarès XXL.

Enfin, mentionnons le travail exceptionnel de Richie Porte, 37 ans, pour un autre Richie, Carapaz. L'Australien a écrémé le peloton sur la route balayée par le vent de l'ascension finale et a montré qu'il était certainement l'un des meilleurs dans ce registre.

Joao Almeida aurait-il vraiment pu perdre plus de terrain sur les pentes du Blockhaus ?, iStock
Joao Almeida aurait-il vraiment pu perdre plus de terrain sur les pentes du Blockhaus ? © iStock

Joao Almeida et Pello Bilbao plient mais ne rompent pas

Le Portugais s'en est clairement mieux sorti que le Basque qui a lâché 1'08". Mais pour ce dernier, c'est un moindre mal, étant donné qu'il a été contraint de lâcher prise relativement tôt dans l'ascension. Almeida, lui, a effectué la montée à sa main et n'a pas cherché à répondre coûte que coûte à l'attaque de Carapaz qui avait emmené Romain Bardet et Mikel Landa sur son porte-bagages. Il est même parvenu à recoller au trio en ramènant Pozzovivo et Hindley avec lui. Mais sur la fin, il manquait clairement de force et de jus pour l'emporter malgré ses qualités au sprint.

"Je ne sais pas trop comment j'arrive avec les autres coureurs devant. C'était juste de la souffrance. Je n'avais pas les jambes", expliquera après la course l'ancien coureur de la Quick.Step. S'il ne s'agissait que d'un mauvais jour, Almeida se souviendra certainement des efforts consentis ce 15 mai si d'aventure il terminait sur l'une des trois marches du podium. Et ses rivaux pourront du coup s'en vouloir de ne pas avoir essayé de le bousculer plus.

Guillaume Martin et Pello Bilbao ont limité les dégâts à leur manière pendant cette première semaine de course., iStock
Guillaume Martin et Pello Bilbao ont limité les dégâts à leur manière pendant cette première semaine de course. © iStock

Guillaume Martin limite la casse à sa manière, Juanpe Lopez sauve son maillot ros et Trek

Il n'y a pas que Simon Yates qui s'avère être un coureur prévisible. Guillaume Martin nous a aussi sortis une première semaine cousue de fil blanc quand on connaît un peu sa carrière. En difficulté sur l'Etna, il a profité de l'étape en circuit à Naples pour se replacer au général. Pour finalement tout perdre sur le Blockhaus, 24 heures plus tard ?

Finalement non. Il avait récupéré trois minutes samedi et n'en a perdu qu'1'08" dimanche. Le Vélosophe est donc finalement sixième du général à seulement 28 secondes de Juanpe Lopez, mais surtout 16 d'Almeida, premier favori. Sera-t-il capable d'être plus constant par la suite ou nous gratifiera-t-il de ses éternels yoyos qui lui permettent cependant souvent d'arracher des top 10 dans les grands tours ? Réponse dans les quinze prochains jours.

Mention spéciale aussi pour Juan Pedro Lopez qui abordera cette deuxième semaine en rose après sa prise de pouvoir au sommet de l'Etna. Certes l'Espagnol a profité de quelques tergiversations devant pour finalement sauver sa précieuse tunique pour une poignée de secondes, mais ça n'enlève rien à ses qualités et sa combativité. Il sauve surtout déjà le Giro d'une équipe Trek qui a vu Giulio Ciccone passer à la trappe ce dimanche. L'autre coureur attendu pour le général, le Danois Mattias Skjelmose Jensen, pointe déjà à plus de 37 minutes au général. Autant dire que les jours passés dans le maillot de leader sont une précieuse publicité pour l'équipe américaine.

Richard Carapaz, Romain Bardet et Mikel Landa semblent légèrement un peu plus costauds que le reste au terme de cette première semaine de course., iStock
Richard Carapaz, Romain Bardet et Mikel Landa semblent légèrement un peu plus costauds que le reste au terme de cette première semaine de course. © iStock

Carapaz, Bardet, Landa, un trio qui se dégage légèrement

Si six hommes ont finalement sprinté pour le gain de l'étape, trois ont peut-être un peu plus marqué les esprits, car ils se sont montrés capables de passer à l'attaque pendant l'ascension finale. Le premier est Richard Carapaz , qui a mis le feu au poudre une fois que Porte avait terminé sa mission de passer le peloton à la moulinette.

Mikel Landa, qui avait su répondre à l'estocade du champion olympique avec Romain Bardet, fut le second à repartir au combat. En vue du sommet, l'Auvergnat est aussi allé de son accélération pour remettre en difficulté un Joao Almeida qui était en train d'effectuer la jonction avec le trio.

Si Carapaz, Bardet et Landa sont apparus légèrement supérieurs à leurs adversaires, ils n'ont pas été non plus souverains puisqu' Almeida, Hindley et Pozzovivo ont finalement été capables de revenir. On notera que la performance de Landa est peut-être la plus impressionnante puisque le Basque avait chuté dans la descente du Passo Lanciano. Malgré ce moment d'amour avec l'asphalte, qui n'a pas semblé avoir laissé de traces sur son visage, le leader de la Bahrein - Victorious a semblé avoir la soquette légère. Et si la poisse décide d'être un peu plus conciliante avec lui, qui sait s'il n'en profitera pas.

Mathieu van der Poel a certes gagné une étape et porté le maillot rose pendant trois jours, il n'a pas spécialement couru les autres étapes en utilisant plus sa tête., iStock
Mathieu van der Poel a certes gagné une étape et porté le maillot rose pendant trois jours, il n'a pas spécialement couru les autres étapes en utilisant plus sa tête. © iStock

Contrat rempli pour van der Poel, Démare le meilleur des sprinteurs

Il y a quelques semaines, Mathieu van der Poel avait annoncé vouloir courir plus avec sa "tête" et doser un peu plus ses efforts à l'avenir. La promesse du Néerlandais a déjà été oubliée lors de cette première semaine de Giro. Après son bouquet d'entrée et le port du maillot rose pendant trois jours, MVDP a attaqué sans retenue, mais souvent à mauvais escient. Lors de l'étape de l'Etna et celle menant à Potenza, ses initiatives furent des échecs et même s'il a permis en partie de former l'échappée de Naples, il s'est finalement fait piéger par Thomas De Gendt qui a profité intelligemment du marquage dont il faisait l'objet. En attendant, van der Poel a déjà rempli son contrat dans ce Giro, alors que Biniam Girmay espère encore s'offrir une étape dans les quinze prochains jours. L'Erythréen a déjà figuré cinq fois dans le top 10 d'étapes depuis la Grande Partenza. Il en veut évidemment plus, même si son équipe ne dit pas non à d'autres top 10, synonymes de points UCI.

Et du côté des sprinteurs, dont les chances de victoires seront de moins en moins nombreuses pendant la prochaine quinzaine ? Avec deux succès d'étape, Arnaud Démare, tout comme Hindley, a retrouvé ses meilleures sensations sur une course dont il avait dominé les emballages finaux voici deux ans. Mark Cavendish s'est aussi offert une 160e victoire chez les professionnels et une nouvelle sur le Tour d'Italie, neuf ans après sa dernière participation.

Attendu pour sauver une équipe Lotto-Soudal en manque de points UCI, Caleb Ewan a failli à sa mission. Il a lourdement chuté lors de la première étape et n'a pas semblé au mieux de sa forme les jours qui ont suivi. Huitième à Balatonfüred, malgré une remontée fantastique et deuxième à Scaléa, il n'est pas encore parvenu à lever les bras lors de cette cuvée 2022. Heureusement pour les hommes de John Lelange que l'éternel De Gendt s'est souvenu de son statut d'"ancien roi de l'échappée" du côté de Naples.

Un sprint à six au sommet du Blockhaus, ce n'est pas vraiment le scénario qu'on avait imaginé au terme des 192 kilomètres de cette première vraie étape de montagne, même si c'était déjà la deuxième épilogue en altitude de cette cuvée 2022 du Giro. Contrairement à 2017 où Nairo Quintana était seul au moment de lever les bras, Jai Hindley a dû en découdre avec cinq autres coureurs pour s'offrir le droit de remonter sur un podium de vainqueur pour la première fois depuis Laghi di Cancano, le 22 octobre 2020, déjà sur le Tour d'Italie. A l'époque, l'Australien avait devancé Tao Geoghegan Hart , avant de prendre le maillot rose le lendemain pour finalement le céder le dernier dimanche de course au coureur Britannique.C'est une véritable renaissance pour Hindley, qui a retrouvé ses meilleures sensations en rejoignant, cet hiver, l'équipe de Wilco Kelderman, qui était son coéquipier voici deux ans. Lors de son bouquet d'étape, le Néerlandais avait pris le maillot rose avant de craquer le lendemain au profit du jeune Australien. La gestion un peu étrange du Team DSM avait suscité des remous et les deux hommes ne semblaient pas spécialement les meilleurs amis du monde.Au départ de Budapest, Kelderman semblait être le leader sur le papier d'une équipe Bora pouvant aussi compter sur Hindley, mais aussi Emmanuel Buchmann, quatrième du Tour 2019, ou Lennard Kämna. Le Néerlandais, fort de sa cinquième place lors de la dernière Grande Boucle, apparaissait comme le numéro 1 théorique. Mais, il a rapidement craqué dès le pied du Blockhaus et terminé à près de 11 minutes. C'est déjà un sérieux outsider en moins pour la course, alors que Jai Hindley, cinquième et Buchmann, neuvième, ont désormais endossé le leadership au sein de la formation allemande.Kelderman n'est pas le seul favori/outsider à avoir dévissé sur les 13 kilomètres d'ascension du géant des Apennins. Lors de notre présentation des candidats au maillot rose, nous avions mis le nom de Simon Yates en retrait d'un quatuor. Certains pouvaient s'étonner de ce choix que nous avions justifié par l'irrégularité chronique du grimpeur britannique, capable de briller un jour et de passer complètement à travers le lendemain. Après le sacre napolitain de Thomas De Gendt, le leader de la formation BikeExchange était le premier favori au général, à un peu moins de deux minutes de Juan Pedro Lopez. Il a rendu les armes quasiment dès le pied du Blockhaus. Ces derniers jours, le natif de Bury affirmait ressentir une gêne au genou droit, mais estimait aussi qu'elle ne le dérangerait pas lors de cette 9e étape. Soit, il s'est trompé, soit il a surestimé sa forme. Le vainqueur du contre-la-montre de Budapest a déjà "sauvé" son Giro avec le gain de cette étape. Il devrait en chasser d'autres dans les deux prochaines semaines, même si évidemment la motivation sera moindre avec un classement général qu'il peut déjà oublier.Le Blockhaus n'a fait que confirmer les constatations de la première arrivée au sommet de l'Etna dans le camp Jumbo-Visma. La formation néerlandaise ambitionnait un bon classement avec ses deux atouts Tom Dumoulin et Tobias Foss. Il y avait forcément quelques doutes pour le premier, qui restait sur une préparation hivernale contrastée. Le second, vainqueur du Tour de l'Avenir en 2019 et neuvième de la dernière édition, était même présenté comme un candidat au podium malgré des références globalement faibles depuis son passage chez les professionnels en 2020. S'il avait limité la casse sur le volcan sicilien, le champion de Norvège a explosé en plein vol dimanche en concédant 22 minutes. Soit huit de plus qu'un Dumoulin, moins aérien que lors de l'édition 2017. Mais ce dernier s'était mis à la planche le vendredi pour offrir un succès d'étape à Koen Bouwman. Le meilleur Jumbo, Sam Oomen, pointe seulement à la 20e place du général. Ce dernier avait déjà terminé neuvième du Giro en 2018. Tout comme Foss, il n'avait pas vraiment confirmé ce résultat par la suite.Il n'y a pas que Thomas De Gendt qui a fait honneur aux anciens sur ce Tour d'Italie. Lors de cette montée du Blockhaus, la vieille garde a montré qu'elle était toujours dans le coup à l'image d'un Domenico Pozzovivo, 39 ans, qui a même sprinté pour la victoire d'étape. L'Italien ne s'est engagé qu'à la mi-février pour la formation Intermarché-Wanty-Groupe Gobert et a travaillé d'arrache-pied pour être au niveau pour la Grande Partenza. Il s'avère en tout cas un nouveau coup dans le mille pour la formation cycliste basée dans le Hainaut. A la dérive sur l'Etna, Vincenzo Nibali, bientôt 38 ans, a retrouvé quelques couleurs dans les Apennins en prenant la huitième place et en ne concédant que 34 secondes. Il remonte à la 13e place du général, mais jette désormais à nouveau un oeil vers le top 10, même si celui qui le précède au classement, Thymen Arensman, possède déjà 1'37" d'avance. Juste derrière le Requin de Messine, on retrouvait le fringant quadra Alejandro Valverde. L'Espagnol est onzième du général et aura certainement la même ambition que Nibali, celle de gratter un dernier top 10 pour encore étoffer un palmarès XXL.Enfin, mentionnons le travail exceptionnel de Richie Porte, 37 ans, pour un autre Richie, Carapaz. L'Australien a écrémé le peloton sur la route balayée par le vent de l'ascension finale et a montré qu'il était certainement l'un des meilleurs dans ce registre.Le Portugais s'en est clairement mieux sorti que le Basque qui a lâché 1'08". Mais pour ce dernier, c'est un moindre mal, étant donné qu'il a été contraint de lâcher prise relativement tôt dans l'ascension. Almeida, lui, a effectué la montée à sa main et n'a pas cherché à répondre coûte que coûte à l'attaque de Carapaz qui avait emmené Romain Bardet et Mikel Landa sur son porte-bagages. Il est même parvenu à recoller au trio en ramènant Pozzovivo et Hindley avec lui. Mais sur la fin, il manquait clairement de force et de jus pour l'emporter malgré ses qualités au sprint. "Je ne sais pas trop comment j'arrive avec les autres coureurs devant. C'était juste de la souffrance. Je n'avais pas les jambes", expliquera après la course l'ancien coureur de la Quick.Step. S'il ne s'agissait que d'un mauvais jour, Almeida se souviendra certainement des efforts consentis ce 15 mai si d'aventure il terminait sur l'une des trois marches du podium. Et ses rivaux pourront du coup s'en vouloir de ne pas avoir essayé de le bousculer plus.Il n'y a pas que Simon Yates qui s'avère être un coureur prévisible. Guillaume Martin nous a aussi sortis une première semaine cousue de fil blanc quand on connaît un peu sa carrière. En difficulté sur l'Etna, il a profité de l'étape en circuit à Naples pour se replacer au général. Pour finalement tout perdre sur le Blockhaus, 24 heures plus tard ? Finalement non. Il avait récupéré trois minutes samedi et n'en a perdu qu'1'08" dimanche. Le Vélosophe est donc finalement sixième du général à seulement 28 secondes de Juanpe Lopez, mais surtout 16 d'Almeida, premier favori. Sera-t-il capable d'être plus constant par la suite ou nous gratifiera-t-il de ses éternels yoyos qui lui permettent cependant souvent d'arracher des top 10 dans les grands tours ? Réponse dans les quinze prochains jours.Mention spéciale aussi pour Juan Pedro Lopez qui abordera cette deuxième semaine en rose après sa prise de pouvoir au sommet de l'Etna. Certes l'Espagnol a profité de quelques tergiversations devant pour finalement sauver sa précieuse tunique pour une poignée de secondes, mais ça n'enlève rien à ses qualités et sa combativité. Il sauve surtout déjà le Giro d'une équipe Trek qui a vu Giulio Ciccone passer à la trappe ce dimanche. L'autre coureur attendu pour le général, le Danois Mattias Skjelmose Jensen, pointe déjà à plus de 37 minutes au général. Autant dire que les jours passés dans le maillot de leader sont une précieuse publicité pour l'équipe américaine.Si six hommes ont finalement sprinté pour le gain de l'étape, trois ont peut-être un peu plus marqué les esprits, car ils se sont montrés capables de passer à l'attaque pendant l'ascension finale. Le premier est Richard Carapaz , qui a mis le feu au poudre une fois que Porte avait terminé sa mission de passer le peloton à la moulinette. Mikel Landa, qui avait su répondre à l'estocade du champion olympique avec Romain Bardet, fut le second à repartir au combat. En vue du sommet, l'Auvergnat est aussi allé de son accélération pour remettre en difficulté un Joao Almeida qui était en train d'effectuer la jonction avec le trio. Si Carapaz, Bardet et Landa sont apparus légèrement supérieurs à leurs adversaires, ils n'ont pas été non plus souverains puisqu' Almeida, Hindley et Pozzovivo ont finalement été capables de revenir. On notera que la performance de Landa est peut-être la plus impressionnante puisque le Basque avait chuté dans la descente du Passo Lanciano. Malgré ce moment d'amour avec l'asphalte, qui n'a pas semblé avoir laissé de traces sur son visage, le leader de la Bahrein - Victorious a semblé avoir la soquette légère. Et si la poisse décide d'être un peu plus conciliante avec lui, qui sait s'il n'en profitera pas.Il y a quelques semaines, Mathieu van der Poel avait annoncé vouloir courir plus avec sa "tête" et doser un peu plus ses efforts à l'avenir. La promesse du Néerlandais a déjà été oubliée lors de cette première semaine de Giro. Après son bouquet d'entrée et le port du maillot rose pendant trois jours, MVDP a attaqué sans retenue, mais souvent à mauvais escient. Lors de l'étape de l'Etna et celle menant à Potenza, ses initiatives furent des échecs et même s'il a permis en partie de former l'échappée de Naples, il s'est finalement fait piéger par Thomas De Gendt qui a profité intelligemment du marquage dont il faisait l'objet. En attendant, van der Poel a déjà rempli son contrat dans ce Giro, alors que Biniam Girmay espère encore s'offrir une étape dans les quinze prochains jours. L'Erythréen a déjà figuré cinq fois dans le top 10 d'étapes depuis la Grande Partenza. Il en veut évidemment plus, même si son équipe ne dit pas non à d'autres top 10, synonymes de points UCI.Et du côté des sprinteurs, dont les chances de victoires seront de moins en moins nombreuses pendant la prochaine quinzaine ? Avec deux succès d'étape, Arnaud Démare, tout comme Hindley, a retrouvé ses meilleures sensations sur une course dont il avait dominé les emballages finaux voici deux ans. Mark Cavendish s'est aussi offert une 160e victoire chez les professionnels et une nouvelle sur le Tour d'Italie, neuf ans après sa dernière participation.Attendu pour sauver une équipe Lotto-Soudal en manque de points UCI, Caleb Ewan a failli à sa mission. Il a lourdement chuté lors de la première étape et n'a pas semblé au mieux de sa forme les jours qui ont suivi. Huitième à Balatonfüred, malgré une remontée fantastique et deuxième à Scaléa, il n'est pas encore parvenu à lever les bras lors de cette cuvée 2022. Heureusement pour les hommes de John Lelange que l'éternel De Gendt s'est souvenu de son statut d'"ancien roi de l'échappée" du côté de Naples.