Dans son interview d'après-course, Sonny Colbrelli a évoqué "ce coureur de Lotto-Soudal" qui lui avait donné du fil à retordre. Que le lauréat de Paris-Roubaix ne connaisse pas ou ne se souvienne pas du nom de Florian Vermeersch montre à quel point sa deuxième place sur le Vélodrome André Pétrieux était inattendue, aussi bien pour ses collègues du peloton que pour les suiveurs du cyclisme à l'international. Certes, le jeune Belge avait remporté la médaille de bronze lors des derniers Championnats du monde U23 du contre-la-montre mais ce n'était évidemment rien en comparaison avec cette deuxième place, à seulement 22 ans et 206 jours, dans le Paris-Roubaix le plus difficile de ces 20 dernières années. Il est ainsi devenu le plus jeune coureur à terminer à cette position dans la classique de l'enfer depuis Bruno Wojtinek (22 ans et 40 jours)... en 1985. Seuls quelques audacieux ont sûrement osé parier une pièce sur le podium de celui qui est aussi conseiller communal à Lochristi.
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Dans son interview d'après-course, Sonny Colbrelli a évoqué "ce coureur de Lotto-Soudal" qui lui avait donné du fil à retordre. Que le lauréat de Paris-Roubaix ne connaisse pas ou ne se souvienne pas du nom de Florian Vermeersch montre à quel point sa deuxième place sur le Vélodrome André Pétrieux était inattendue, aussi bien pour ses collègues du peloton que pour les suiveurs du cyclisme à l'international. Certes, le jeune Belge avait remporté la médaille de bronze lors des derniers Championnats du monde U23 du contre-la-montre mais ce n'était évidemment rien en comparaison avec cette deuxième place, à seulement 22 ans et 206 jours, dans le Paris-Roubaix le plus difficile de ces 20 dernières années. Il est ainsi devenu le plus jeune coureur à terminer à cette position dans la classique de l'enfer depuis Bruno Wojtinek (22 ans et 40 jours)... en 1985. Seuls quelques audacieux ont sûrement osé parier une pièce sur le podium de celui qui est aussi conseiller communal à Lochristi. Cependant, l'équipe Lotto-Soudal avait confiance dans son Flandrien-oriental comme en atteste son numéro 2 (à Paris-Roubaix, les numéros de dossard ne sont pas attribués en fonction de l'ordre alphabétique comme sur le Tour de France), en tant que premier coureur après Philippe Gilbert, qui portait le numéro 1 en tant que vainqueur sortant. La mission de Vermeersch à l'occasion de cette journée qui allait marquer l'histoire du cyclisme était de se glisser dans l'échappée matinale. Ensuite, comme lui avaient conseillé Gilbert et John Degenkolb (autre ancien vainqueur de l'épreuve en 2015) de toujours continuer à rouler peu importe le stade de la course où il allait se retrouver.En ne rechignant pas à l'effort sur les pavés couverts d'une boue glissante - "La pluie, c'est un état d'esprit. Il faut l'accepter" - et grâce à son réservoir qui ne semblait pas se vider malgré la débauche d'efforts, il a finalement obtenu un résultat correspondant à son numéro de dossard. Mais, il s'est aussi posé des questions alors qu'il tentait de reprendre son souffle sur la pelouse du Vélodrome "Et si...". Malgré le prestige de ses compagnons d'échappée et le fait qu'il ne courait que la course espoirs des mondiaux il y a encore une semaine, Florian Vermeersch, visiblement déçu à l'arrivée, regardait avec un regard triste et boudeur le pavé que Sonny Colbrelli brandissait fièrement à ses côtés sur le podium.N'aurait-il pas dû s'épargner plus lors de ces 44 kilomètres en tête de course en compagnie du Néerlandais Nils Eekhoff ? N'aurait-il pas disposé de plus de jus au moment de se retrouver avec Colbrelli et Mathieu van der Poel ? Aurait-il pu alors résister au retour de Colbrelli lorsqu'il a lancé son sprint ? Toutes des questions que Florian Vermeersch s'est sans doute posé en boucle dans les minutes qui ont suivies.Nous ne le saurons jamais. En tout cas, Vermeersch lui-même n'a pas de regrets : "Je referais la course de la même manière". Car, a-t-il souligné, "j'aime rouler en attaquant" - ce qui convient parfaitement à la nouvelle génération de coureurs offensifs.Le coureur gantois s'inscrit aussi parfaitement dans la nouvelle politique de Lotto-Soudal, qui depuis cette année mise plus que jamais sur les jeunes, repérés à l'étranger (comme Harry Sweeny, très en vue aussi ce dimanche), ou issus de sa propre équipe développement d'où provient Vermeersch. Une équipe qui semble enfin avoir dans ses rangs un coureur capable de briller sur les classique printanières. La dernière place sur le podium pour l'équipe Lotto à Paris-Roubaix remontait à 2003 lors du triomphe de Peter Van Petegem. Dans le Tour des Flandres, Jürgen Roelandts était monté sur la troisième place du podium, en 2013. Depuis, la formation belge a dû se contenter de bouquets dans des semi-classiques comme A travers la Flandre (Jens Debusschere, 2016), les Strade Bianche et la Flèche Brabançonne (Tiesj Benoot et Tim Wellens, 2018).En partie en raison des transferts ratés de têtes d'affiche comme Philippe Gilbert et John Degenkolb (qui n'ont ramené à eux deux qu'une seule victoire depuis 2020...), le sprinteur Caleb Ewan a récolté un peu moins de la moitié des bouquets de ces trois dernières années (23 sur 47 depuis 2019). L'eternel baroudeurThomas De Gendt a également apporté sa contribution et Tim Wellens brille souvent au mois de février. Mais eux aussi, sont confrontés à une nouvelle génération de talents de haut niveau qui débarque dans les pelotons et n'attend plus avant de s'illustrer. La saison de Lotto-Soudal, longtemps fer de lance du cyclisme belge, a atteint des sommets de médiocrité puisqu'elle ne figure qu'à la 19e place du classement mondial et n'est plus que quatrième équipe belge, dépassée désormais par Intermarchés-Wanty-Gobert et l'ambitieuse Alpecin-Fenix de van der Poel, Tim Merlier et Jasper Philipsen. Les nombreuses tensions en interne avec notamment le mécontentement à l'égard du directeur d'équipe John Lelangue, les nombreux changements au sein du personnel ainsi que le départ des directeurs sportifs historiques que sont Marc Sergeant et Herman Frison n'ont pas aidé à peindre un tableau très positif.Mais voilà, dans la boue de l'Enfer du Nord qui a failli devenir celle de la fortune, Florian Vermeersch s'est illustré. Il suit les traces de Brent Van Moer, 23 ans, cet autre talent issu de l'équipe U23. Ce dernier a déjà impressionné cette année avec une victoire d'étape dans le Dauphiné et une victoire d'étape manquée de peu dans le Tour de France. S'il n'avait pas subi une fracture de la hanche lors d'un accident en août, il aurait déjà fait partie de la sélection belge pour le Championnat du monde à Louvain.En plus d'être deux grands talents sur le plan cyliste, Vermeersch et Van Moer sont également deux jeunes hommes équilibrés, sobres et intelligents qui ne tomberont pas facilement dans le piège de la célébrité précoce. Ils ont grandi avec une mentalité de travailleur : l'un comme étudiant en histoire à l'UGent et comme conseiller communal à temps partiel à Lochristi, l'autre comme fils de l'entrepreneur Jo Van Moer, connu par l'entreprise Van Moer Logistics. Un exutoire mental qui pourrait certainement s'avérer payant à long terme, à une époque où la pression sur les athlètes est plus forte que jamais. Evidemment, ce n'est en aucun cas la garantie qu'ils pourront obtenir une place permanente au sommet du cyclisme mondial, certainement dans une nouvelle génération riche en talents de haut niveau et dotés d'une explosivité encore plus grande. Mais Vermeersch et Van Moer offrent, avec le jeune Wallon de 19 ans Arnaud de Lie (qui deviendra pro l'année prochaine), de nouvelles bases sur lesquelles leur équipe pourra s'appuyer dans les années à venir, où les "anciens" en fin de carrière comme Gilbert et De Gendt devront jouer les guides. Lotto-Soudal peut donc à nouveau envisager un avenir radieux, et sans doute même plus tôt que prévu.