Et si Tom Pidcock nous avait été survendu ? Il n'est évidemment pas question de nier les qualités évidentes du jeune britannique, mais de se demander si tous les observateurs, nous compris, n'avions pas cru trop vite que le natif de Leeds allait pouvoir tenir la dragée haute aux deux cadors des labourés: Wout Van Aert et Mathieu van der Poel. Pour ce dernier, on attendra le lendemain de Noël et la manche de Coupe du monde à Termonde pour avoir un avis plus nuancé sur la question. Pour le premier, le gouffre semblait encore énorme après les deux premiers duels livrés dans la boue de Boom et la neige de Val di Sole. Mais surtout Tom Pidcock n'a pas semblé au-dessus des autres outsiders censés se disputer la dernière place du podium le duo d'exception belgo-néerlandais. Alors que l'on citait Tom Pidcock, Eli Iserbyt ou Toon Aerts pour enfiler le costume de troisième larron, c'est peut-être Michael Vanthourenhout qui pourrait être le plus armé pour contrarier au moins en début de course WVA et MVDP.
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Et si Tom Pidcock nous avait été survendu ? Il n'est évidemment pas question de nier les qualités évidentes du jeune britannique, mais de se demander si tous les observateurs, nous compris, n'avions pas cru trop vite que le natif de Leeds allait pouvoir tenir la dragée haute aux deux cadors des labourés: Wout Van Aert et Mathieu van der Poel. Pour ce dernier, on attendra le lendemain de Noël et la manche de Coupe du monde à Termonde pour avoir un avis plus nuancé sur la question. Pour le premier, le gouffre semblait encore énorme après les deux premiers duels livrés dans la boue de Boom et la neige de Val di Sole. Mais surtout Tom Pidcock n'a pas semblé au-dessus des autres outsiders censés se disputer la dernière place du podium le duo d'exception belgo-néerlandais. Alors que l'on citait Tom Pidcock, Eli Iserbyt ou Toon Aerts pour enfiler le costume de troisième larron, c'est peut-être Michael Vanthourenhout qui pourrait être le plus armé pour contrarier au moins en début de course WVA et MVDP.Depuis le début de sa carrière, le neveu du sélectionneur national Sven vit dans l'ombre de ses deux cadets (nés respectivement en 94 pour Van Aert et 95 pour van der Poel) qui ont poussé le vice en se disputant les deux premières places du championnat du monde élite en 2015 pendant que lui devait se contenter d'arriver à maturité en espoirs où il se parait d'arc-en-ciel devant Laurens Sweeck, désormais son coéquipier chez Pauwels Sauzen avec Iserbyt. Vanthourenhout n'a pas la gueule d'ange de Van der Poel ou Van Aert pas plus que leur charisme, mais à désormais 28 ans (il vient de les fêter le 10 décembre), il arrive sans doute à maturité pour revendiquer un rôle plus en vue dans les duels des labourés. Il rêve sans doute de retrouver une place sur le podium de la course arc-en-ciel, lui qui avait pu mettre l'argent à son cou en 2018 aux Pays-Bas en profitant des déboires d'un Mathieu van der Poel trop rapidement lâché par un Wout Van Aert en démonstration dans la boue grasse de Valkenburg.Malheureusement, le Brugeois n'a jamais vraiment pu confirmer cette jolie course pour se hisser en tête du peloton composé des Aerts, Iserbyt, Sweeck et cie. Il y a bien eu une manche de Coupe du monde à Tabor en 2020 ou du Superprestige à Merksplas, toujours la même année, mais dans les championnats, le blond pâle a souvent dû se contenter des seconds rôles pendant qu'Eli Iserbyt s'offrait un maillot de champion d'Europe (2020), Toon Aerts un maillot tricolore en 2019 tout comme Laurens Sweeck l'année suivante à Anvers. Pendant ce temps là, Michael Vanthourenhout se contentait de places en bronze sur les championnats nationaux de 2019 et 2021 et d'une du même métal cette année aux championnats d'Europe après avoir été devancé par Iserbyt douze mois auparavant. Et sur la course à l'arc-en-ciel, avec une quatrième et deux sixièmes places, il n'a plus jamais été en mesure de titiller un peu les deux cadors de la discipline.On le sait pendant que les van der Poel, Pidcock et Van Aert usent aussi leurs pneus sur le bitume et même sur les circuits de VTT pour les deux premiers, le programme de coureurs comme Michael Vanthourenhout est beaucoup plus léger entre fin février et août. Cette année, le Brugeois s'est aligné sur deux des tours nationaux, le Tour de Belgique et le Tour de Wallonie en plus des championnats nationaux et de la Flèche d'Heist, qu'il n'a en revanche pas terminés. Sur les deux courses à étapes, il a terminé 31e de la première et 62e de la seconde. On sent que la route ne constitue pas la motivation première du cyclocrossman et qu'il ne peut pas y briller épisodiquement comme c'est le cas d'autres coureurs venus des labourés comme Quinten Hermans ou Gianni Vermeersch. Vanthourenhout préfère donc logiquement monnayer son talent en cross et y engranger les juteuses primes de participations et de victoires plutôt que de faire des programmes complets sur une route qui ne semble pas destinée à ses qualités pas plus qu'elle ne le fut pour son oncle Sven et son frère Dieter Vanthourenhout. Michael a donc repris la saison en août et disputé toutes les manches d'une Coupe du monde dont il occupe actuellement la deuxième place à 90 points d'Eli Iserbyt, vainqueur de 5 des 11 manches de cette année 2021. Sachant qu'il ne reste que quatre courses et que chacune d'entre elles rapportent 40 points au vainqueur, vous comprendrez aisément, que malgré son très beau bouquet namurois, le champion du monde espoirs de 2015 risque encore de passer à côté d'un titre majeur. Même s'il continue à croire en ses chances. Mais peu importe, si Vanthourehout peut encore remporter d'ici la fin de la saison de cross l'une ou l'autre épreuve de ce prestige, il ne dira pas non étant donné qu'il ne comptait qu'une seule manche de coupe du monde à son palmarès avant ce week-end. Sa montée en puissance avant la période de Noël, souvent décisive en vue de pouvoir les premiers rôles lors des différents championnats nationaux et internationaux, pourrait à briller dans ces compétitions qui se dérouleront en janvier. La marque de fabrique de Michael Vanthourenhout est sans doute plus sa régularité que sa capacité à gagner. 2021 est certainement l'un de ses exercices dans les labourés le plus aboutis de sa carrière. Lors des trois premières manches de la Coupe du monde aux Etats-Unis, il a terminé deux fois troisième et une fois deuxième. Sixième à Zonhoven, il prendra la deuxième place à Overijse dans des conditions particulièrement boueuses avant de connaître un mois de novembre quelconque malgré une troisième place aux championnats d'Europe remportés par Lars van der Haar."J'étais venu pour plus, mais je pense que troisième est le classement le plus haut que je pouvais obtenir. J'ai pris un bon départ, mais je me sentais un peu moins à l'aise dans les montées. Et comme elles étaient décisives sur ce parcours, je savais que ça allait être très difficile de l'emporter . J'étais donc heureux de pouvoir encore me battre pour le podium.", estimait le neveu du sélectionneur national.Cinquième à Tabor dont il était le vainqueur sortant, Vanthourenhout a ensuite abandonné à Coxyde avant de prendre la 4e place dans la spectaculaire manche de Besançon. Les raisons de ces résultats plus décevants sont à chercher dans des ennuis de santé dont a avoué avoir souffert le Brugeois.Depuis décembre, le blondinet de Pauwels Sauzen a retrouvé des couleurs même s'il garde toujours son teint livide. Seulement sixième à Boom sur le cross de reprise de Van Aert, il a surtout rivalisé pendant presque deux tours sur la neige de Val di Sole, devenant ainsi le premier coureur cette saison à concéder moins d'une minute sur l'ogre d'Herentals. "Je pouvais tenir bon techniquement, mais les parties où Wout pouvait utiliser sa force, c'était impossible de suivre la cadence", estimait le coureur de Pauwels Sauzen.Ce résultat a forcément dopé ses ambitions avant les deux manches de ce week-end où seul Tom Pidcock était présent en l'absence d'un van der Poel contraint de reporter d'une semaine son retour dans les labourés. Le samedi, à Rucphen, aux Pays-Bas, Vanthourenhout accrochait Iserbyt et Pidcock sur un parcours rapide jusque dans le dernier tour. Moins véloce que son coéquipier Iserbyt, il jouait la carte d'équipe mais pas de la meilleure des manière. "J'aurais dû mieux protéger sa première position au moment d'entrer dans le sable dans le dernier tour.", admettait-il après que le Britannique remportait le sprint (et sa première manche en Coupe du monde) des petits formats contre le champion d'Europe 2020. PidcockCe dimanche, l'exigeant parcours namurois ne semblait pas taillé pour les qualités du blondinet brugeois. Tom Pidcock y avait impressionné les observateurs douze mois plus tôt en tenant la dragée haute à van der Poel et Van Aert. Vanthourenhout prenait lui la quatrième place, mais reconnaissait "qu'année après année, il ne s'était jamais senti très bien sur ce tracé." Malgré ce léger avantage psychologique au départ et un parcours qui mettait en avant ses qualités de VTTiste, Pidcock ne parviendra pas à réussir la passe de deux. Victime d'une crevaison, le coureur de Leeds s'est lancé dans une grosse course-poursuite sur le Flandrien, commettant quelques erreurs sur la fin avec la fatigue. "Le réservoir était certainement vide. Je n'ai pas eu de bonnes sensations pendant la course. Je dirai que mon meilleur tour a été le premier. Après la crevaison, la course a été très dure, surtout les deux derniers tours. Je poussais très fort pour boucher le trou sur Michael Vanthourenhout, tout en sachant que j'étais proche de mon point de rupture. J'ai fini par craquer et à commettre des erreurs, j'ai glissé deux fois.". Preuve qu'à 22 ans, le format de poche anglais doit encore gagner en endurance pour enchaîner les victoires. Tout le monde n'est pas Wout Van Aert, capable de gagner largement deux cross en un week-end après un long périple pour rejoindre les deux lignes de départ. "J'aurais aimé gagner, certes, mais cette deuxième place me montre que j'ai encore du pain sur le planche. Je n'ai pas pu être au niveau deux jours de suite, c'est le constat. Rucphen a été une course très rapide et je n'ai pas encore beaucoup de cross à mon actif de la saison. Cette aventure m'a pris plus d'énergie beaucoup plus que prévu. Terminer deuxième n'est pas mauvais en soi mais la victoire aurait été belle. J'ai donné ce que je pouvais", a conclu le coureur d'Ineos-Grenadiers dont on se demande à travers ses mots s'il ne s'est pas un peu résigné à ne pas pouvoir concurrencer le duo Van Aert-van der Poel sur les cross où il les retrouvera ces prochaines semaines. "Ces dernières années, ils étaient meilleurs que moi, mais ce n'est pas un secret que je veux me rapprocher de leur niveau cette année. En ce moment, Wout est plus performant, mais c'était aussi prévu. Mon pic n'est attendu que maintenant. Dans les courses contre Wout et Mathieu, je ne veux pas être troisième à chaque fois. Les battre, c'est le grand objectif pour cette saison de cross.", se contentait-il de dire.Pour sa part, Michael Vanthourenhout a joué sur sa confiance en lui et sa capacité à commettre très peu d'erreurs à défaut d'être le plus grand acrobate du peloton de cyclocross. "J'avais confiance en moi et j'y croyais. Quand j'ai vu que Toon Aerts, qui était à l'avant, avait un problème technique sur crevaison à l'avant, j'ai cru encore plus en ma chance. Je devais encore combiner avec Pidcock qui était annoncé très fort dimanche. Mais il a montré des signes de fatigue sur la fin de la course, j'y ai cru encore plus. C'est là la clé de mon succès, d'avoir cru en moi de plus en plus, tour après tour, alors que mes adversaires commettaient des erreurs.". De quoi aiguiser son appétit en vue des prochaines épreuves. "Je suis maintenant deuxième de la Coupe du Monde. Les écarts sont réduits et la tension monte, d'autant plus que la condition est là. Je peux donc y croire, espérons-le." dira-t-il avant de rejouer la carte du collectif puisque son coéquipier Iserbyt, cinquième sur les hauteurs de la Citadelle, le devance au classement de la Coupe du monde. "J'aurais voulu l'aider à gagner à Rucphen et rétrospectivement c'est un peu dommage, mais nous avons remis les choses en place à Namur.".La concurrence au sein de la formation Pauwels Sauzen est grande, même si l'on a pu voir un Iserbyt particulièrement heureux de voir son équipier pouvoir s'imposer dans la capitale wallonne. D'abord rivaux, les deux hommes ont finalement compris qu'il vaudrait mieux associer leurs forces pour pouvoir exister face aux deux ténors de la discipline et ne pas se faire dépasser par l'étoile montante Pidcock."Finalement, je crois qu'on peut se considérer comme la meilleure équipe de la saison. On a très bien roulé. Et on entre dans la période de Noël avec de la confiance.", poursuivait Vanthourenhout dans son élan collectif. Mais on se rappellera aussi qu'il avait déclaré au début novembre s'aligner sur les courses pour les gagner et non pour finir quatrième. L'ambition n'est jamais très loin d'un certain réalisme. Et nulle doute que Michael Vanthourenhout saura construire des bases de confiance sur son succès namurois pour peut-être s'inscrire comme le troisième grand bonhomme de son sport.