Par Bernard JEUNEJEAN

A Twente et sur coup de coin, Diego Milito a marqué de la tête, mais contre son camp: bien fait pour lui, il n'avait qu'à rester devant! D'accord, sur pareille phase, un coach peut souhaiter faire redescendre un attaquant efficace dans le jeu aérien: mais pas Milito, dont la grande force est le tagadagada dans les espaces! Ne pas le laisser en pointe quand on subit un corner, n'est-ce pas renoncer à tout espoir de planter un but sur contre-attaque, juste après avoir pu repousser le botté?

Mais c'est la mode: sur coup de coin, le mot d'ordre est de surpeupler les abords de la cage, en sautant plus haut que les opposants tout en trichant mieux des bras! Et pour mieux surpeupler, il arrive que plus aucun défenseur ne soit cantonné au poteau sur sa ligne de but: remember le Zenit jeudi à Anderlecht.

Hier, la tendance était pourtant de mettre deux gars aux piquets, ou au moins un: aujourd'hui certains y renoncent sans être plus hermétiques pour autant, Roland Juhasz a scoré sur corner face à ce Zenit!

Dans ce contexte surpeuplé, quand un but est marqué, on déplore souvent que les défenseurs aient été placés en zone et soient de ce fait restés statiques, au contraire des attaquants se ruant vers le ballon: mais comment faire autrement? Sur corner en 2010, comment coller son attaquant à la culotte dans pareille surpopulation gesticulante? Et comment incriminer encore le gardien troué, parce qu'il n'a pas été maître dans son petit rectangle? C'est une tradition que le pauvre gars ne peut plus respecter: comment rester maître d'une surface minuscule où il y a huit gars voire plus, formant gros paquet moche qui saute en se bourrant dedans?

Lors d'un corner hélas, le but sur coup de tête prémédité de l'attaquant laisse régulièrement place au but de gros chançard: c'est le ballon qui choisit de ricocher, sur la tête heureuse ou malheureuse d'un des empaquetés. Le défenseur d'Ajax Vernon Anita fut ainsi, la semaine dernière au Real, le couillonné de la semaine...

Le foot vit, des gestes meurent, d'autres naissent. Exemple de gestuelle en voie de disparition, la longue ouverture aérienne de 30 ou 35m avec l'extérieur du pied: récemment contre l'Allemagne, Jan Vertonghen nous en a refilé une fort belle, et ça m'a surpris comme un ami d'enfance retrouvé par hasard! J'ai repensé au pied gauche de Wolfgang Overath ou Ludo Coeck, au pied droit de Franz Beckenbauer ou Pierre Carteus... La raison de cette disparition est simple, c'est le bipédisme: les médians d'aujourd'hui ont appris et savent, dans l'instant, te renverser le jeu du coup de pied gauche comme du coup de pied droit, exit donc l'extérieur du bon pied! Snif... Quand le progrès passe par une perte d'esthétique, ça s'appelle la nostalgie...

En revanche heureusement, de nouveaux gestes prolifèrent jolis, tel ce flip-flap également appelé virgule ou elastico. Balle au pied, le droitier est sur l'aile gauche et presqu'à l'arrêt face au défenseur. Il enchaîne deux touches à la vitesse de l'éclair: extérieur/pied droit pour faire semblant de rentrer dans le jeu, et de suite intérieur/pied droit pour ensuite déborder/centrer du pied gauche, le tout en moins de deux secondes! Gestuelle plaisante et élaborée... de nouveau due au bipédisme grandissant: le droitier de jadis ne tentait guère cela parce que son mauvais pied n'aurait pas pu, en pleine vitesse, enchaîner par un centre! Là, quand le progrès amène un surplus d'esthétique, ça s'appelle le bonheur...

Enfin, quoiqu'elles fassent sourire, faut pas inclure dans les innovations heureuses les manifestations de joie d'après but, de plus en plus scénarisées au lieu d'impulsives: comme ces Islandais de Stjarnan et leur buzz sur la toile, avec des phases d'après-jeu répétées à l'entraînement. Mouais. Feraient pas mieux de s'entraîner pour en marquer, des buts? Mais constatons-le, la joie d'avoir scoré est joie de plus en plus débordante: dois-je en déduire que quand j'étais petit, nos idoles étaient moins heureuses quand elles plantaient un but? P'tit Léon, Polleke, pas de stress, je ne le penserai jamais...

Par Bernard JEUNEJEANA Twente et sur coup de coin, Diego Milito a marqué de la tête, mais contre son camp: bien fait pour lui, il n'avait qu'à rester devant! D'accord, sur pareille phase, un coach peut souhaiter faire redescendre un attaquant efficace dans le jeu aérien: mais pas Milito, dont la grande force est le tagadagada dans les espaces! Ne pas le laisser en pointe quand on subit un corner, n'est-ce pas renoncer à tout espoir de planter un but sur contre-attaque, juste après avoir pu repousser le botté? Mais c'est la mode: sur coup de coin, le mot d'ordre est de surpeupler les abords de la cage, en sautant plus haut que les opposants tout en trichant mieux des bras! Et pour mieux surpeupler, il arrive que plus aucun défenseur ne soit cantonné au poteau sur sa ligne de but: remember le Zenit jeudi à Anderlecht. Hier, la tendance était pourtant de mettre deux gars aux piquets, ou au moins un: aujourd'hui certains y renoncent sans être plus hermétiques pour autant, Roland Juhasz a scoré sur corner face à ce Zenit!Dans ce contexte surpeuplé, quand un but est marqué, on déplore souvent que les défenseurs aient été placés en zone et soient de ce fait restés statiques, au contraire des attaquants se ruant vers le ballon: mais comment faire autrement? Sur corner en 2010, comment coller son attaquant à la culotte dans pareille surpopulation gesticulante? Et comment incriminer encore le gardien troué, parce qu'il n'a pas été maître dans son petit rectangle? C'est une tradition que le pauvre gars ne peut plus respecter: comment rester maître d'une surface minuscule où il y a huit gars voire plus, formant gros paquet moche qui saute en se bourrant dedans? Lors d'un corner hélas, le but sur coup de tête prémédité de l'attaquant laisse régulièrement place au but de gros chançard: c'est le ballon qui choisit de ricocher, sur la tête heureuse ou malheureuse d'un des empaquetés. Le défenseur d'Ajax Vernon Anita fut ainsi, la semaine dernière au Real, le couillonné de la semaine... Le foot vit, des gestes meurent, d'autres naissent. Exemple de gestuelle en voie de disparition, la longue ouverture aérienne de 30 ou 35m avec l'extérieur du pied: récemment contre l'Allemagne, Jan Vertonghen nous en a refilé une fort belle, et ça m'a surpris comme un ami d'enfance retrouvé par hasard! J'ai repensé au pied gauche de Wolfgang Overath ou Ludo Coeck, au pied droit de Franz Beckenbauer ou Pierre Carteus... La raison de cette disparition est simple, c'est le bipédisme: les médians d'aujourd'hui ont appris et savent, dans l'instant, te renverser le jeu du coup de pied gauche comme du coup de pied droit, exit donc l'extérieur du bon pied! Snif... Quand le progrès passe par une perte d'esthétique, ça s'appelle la nostalgie... En revanche heureusement, de nouveaux gestes prolifèrent jolis, tel ce flip-flap également appelé virgule ou elastico. Balle au pied, le droitier est sur l'aile gauche et presqu'à l'arrêt face au défenseur. Il enchaîne deux touches à la vitesse de l'éclair: extérieur/pied droit pour faire semblant de rentrer dans le jeu, et de suite intérieur/pied droit pour ensuite déborder/centrer du pied gauche, le tout en moins de deux secondes! Gestuelle plaisante et élaborée... de nouveau due au bipédisme grandissant: le droitier de jadis ne tentait guère cela parce que son mauvais pied n'aurait pas pu, en pleine vitesse, enchaîner par un centre! Là, quand le progrès amène un surplus d'esthétique, ça s'appelle le bonheur... Enfin, quoiqu'elles fassent sourire, faut pas inclure dans les innovations heureuses les manifestations de joie d'après but, de plus en plus scénarisées au lieu d'impulsives: comme ces Islandais de Stjarnan et leur buzz sur la toile, avec des phases d'après-jeu répétées à l'entraînement. Mouais. Feraient pas mieux de s'entraîner pour en marquer, des buts? Mais constatons-le, la joie d'avoir scoré est joie de plus en plus débordante: dois-je en déduire que quand j'étais petit, nos idoles étaient moins heureuses quand elles plantaient un but? P'tit Léon, Polleke, pas de stress, je ne le penserai jamais...