Durban, ce vendredi: le plus gros choc annoncé du premier tour. Face à face, le Brésil et le Portugal, plus fortes cylindrées du groupe de la mort. Les Brésiliens sont en tête du ranking FIFA, les Portugais sont deuxièmes. En jeu: la qualification (pour ainsi dire acquise) et si possible via la première place.

Dans tout le Brésil, on jettera directement un oeil sur la composition de l'équipe adverse. Combien de traîtres au coup d'envoi? Combien de Brésiliens naturalisés portugais sur la pelouse? Combien de menaces potentielles sorties du terroir? Au Portugal aussi, on s'intéressera de près à la question. Car les trois internationaux importés (Deco, Liedson et Pepe) ne sont pas nécessairement appréciés par toute la population. Depuis leur changement de carte d'identité, ils doivent toujours être plus brillants que leurs concurrents portugais pur jus pour qu'on les tolère.

Le débat sur ce match a été lancé dès le mois de décembre. Juste après le tirage au sort, Dunga a fourni l'étincelle pour faire exploser le bazar: "On va avoir un match du Brésil A contre le Brésil B". La déclaration du coach de la Seleção a directement provoqué un tollé au Portugal. Où d'autres personnalités du foot ont aussi mis leur grain de sel. Récemment, c'est Sergio Conceição qui a lâché sa note d'humour: "Le Portugal a une belle équipe pour aller à la Coupe du Monde... mais elle serait encore plus belle avec 11 Portugais".

Scolari lance la tendance et ça se passe mal

La première naturalisation a immédiatement fait débat. C'était à l'approche de l'EURO 2004. A l'époque où Luis Felipe Scolari, Brésilien, entraînait le Portugal. L'époque, aussi, où l'acquisition de la nationalité portugaise était un jeu d'enfant. Il suffisait pour ainsi dire d'aller à la maison communale, de remettre deux photos d'identité et de remplir une simple feuille pour sortir avec une carte d'identité du pays. Les Brésiliens étaient même naturalisés presque d'office, vu le passé commun des deux pays, mais c'était aussi très simple pour un Chinois, un Ukrainien ou un Belge. Entre-temps, les critères ont été durcis. Très légèrement... Il faut seulement prouver qu'on a habité durant trois ans au Portugal, et la machine administrative se met en route.

Scolari a donc approché Deco, qui commençait à ne plus rêver de l'équipe brésilienne. Il avait déjà été vaguement sondé, sans suite. Quand Scolari a annoncé qu'il souhaitait le transformer en Portugais, il y a eu une levée de boucliers. Car si Deco entrait dans le noyau, il serait automatiquement en concurrence avec une icône de tout le peuple: Rui Costa qui voulait absolument être dans l'équipe lors de l'EURO, à domicile. Pour lui comme pour toute la génération dorée qui avait remporté deux titres mondiaux en Juniors, ce Championnat d'Europe allait être la dernière occasion de briller dans un grand tournoi.

Rui Costa ne comprenait pas, mais il a vite été rattrapé par les événements: comme Deco a directement été aussi bon avec l'équipe nationale qu'avec Porto (après un passage catastrophique à Benfica où il n'avait pas joué une seule minute), la tempête s'est calmée et il a écarté l'idole en douceur. Il s'est aussi mis dans les grâces de tout le Portugal en marquant le but de la victoire dès son tout premier match international. Contre le Brésil! Où on a mis du temps à pardonner ce coup de poignard de Scolari et du joueur.

Et le coach a refait le coup avec Pepe, un autre Brésilien. Là aussi, les réactions ont été très hostiles. Elles l'ont été un peu moins lorsque le Portugal a "transféré" son troisième joueur sud-américain, Liedson. Il scorait comme il respirait avec le Sporting et à cette période-là, le Portugal était à la recherche d'un nouvel attaquant de pointe capable de marquer beaucoup de buts. Pauleta avait pris sa retraite et Nuno Gomes ne réussissait plus rien de bon. Cette naturalisation-là, les Portugais l'ont accueillie plus comme un cadeau du ciel que comme une combine ou un caprice de la Fédération.

Quel est le véritable apport du trio? Quelles sont les ambitions de ces joueurs dans le Mondial? Et comment vivent-ils leur double vie?

Deco est clair: "Je reste Brésilien"

Deco (29 ans) est un pilier de l'entrejeu de Chelsea (après avoir flambé avec Porto puis Barcelone) et de l'équipe portugaise avec près de 80 sélections. Il a mal digéré son remplacement après une heure dans le premier match, contre la Côte-d'Ivoire. Il est directement rentré au vestiaire, sans passer par le banc. Quand on l'a interrogé en zone mixte sur la décision de son coach Carlos Queiroz, il a répondu que ça lui paraissait "bizarre". Et il a ajouté que l'entraîneur avait pris "une mauvaise décision" en le positionnant à droite "parce que je suis typiquement un joueur d'axe". Mais il s'est rapidement excusé et la tempête s'est calmée.

S'il a fait ces déclarations, c'est parce qu'il attend énormément de ce Mondial: "Mon dernier tournoi, car ma décision est définitive, j'arrête en équipe nationale. Ce serait bien d'aller aussi loin qu'il y a quatre ans mais à l'époque, nous avions sur le banc un Scolari qui avait bien plus d'expérience que Queiroz..."

Sur sa naturalisation, Deco lance: "J'ai demandé la nationalité portugaise parce que ce pays m'a toujours bien traité. Mais dès que j'arrête de jouer, je rentre au Brésil, c'est sûr. Mes attaches sont là-bas, ma famille y est toujours. J'ai beaucoup d'affection pour le Portugal mais je reste Brésilien. J'ai un projet social chez moi, je veux m'en occuper plus activement. Et il n'est pas non plus exclu que je termine mon parcours de footballeur au Brésil".

Pepe sort du trou: "Je suis là pour faire le nombre"

Pepe (27 ans) a obtenu un transfert au Real Madrid via des prestations 5 étoiles dans la défense de Porto. Il est habitué à jouer comme défenseur dans ses clubs, et comme médian défensif en équipe nationale depuis qu'elle est entraînée par Queiroz. Cette Coupe du Monde, il a failli passer à côté à cause d'une grave blessure au genou survenue en décembre. Il a mené une véritable course contre la montre pour être finalement rétabli à quelques jours de l'ouverture du tournoi.

Queiroz a patienté jusqu'au dernier moment, aussi pour remercier Pepe d'avoir grandement contribué à la qualification portugaise. Le joueur a débarqué en Afrique du Sud "sans grandes ambitions personnelles", conscient de son "niveau physique moyen" mais "prêt à faire le nombre et à apporter ma petite pierre à l'édifice si on a besoin de moi". Il n'était pas sur la pelouse pour le premier match, contre la Côte-d'Ivoire. Une décision attendue et logique.

Comme Deco, Pepe a connu un échec douloureux dans un grand club du Portugal avant de s'affirmer dans un autre: au Sporting Lisbonne, on l'avait testé puis expédié. C'est donc Porto qui lui a permis d'obtenir la nationalité portugaise mais, tout comme Deco, il ne fait pas mystère de son attachement resté intact au Brésil. Lui aussi s'est laissé naturaliser un peu par dépit, sachant qu'il devait changer de passeport s'il voulait avoir une chance de jouer des grands tournois. Son nom n'a jamais été cité en équipe brésilienne.

Liedson rêve: "Une finale Portugal-Brésil"

Liedson (32 ans) n'est international que depuis septembre 2009. Chaque été, on le cite dans un grand club étranger. Et chaque fois, il finit par annoncer qu'il reste au Sporting Lisbonne. Moyennant revalorisation de son contrat. Il est le king là-bas, aussi le meilleur buteur du club depuis le début du siècle, bon pour un tarif minimum de 20 goals par saison. Sa naturalisation, il l'a accueillie comme un gros lot de la loterie: "Le Portugal, je l'admire et je l'aime. Ce pays m'a toujours bien accueilli et j'ai une relation fantastique avec les supporters".

Le tirage au sort de la phase finale l'a directement inspiré: "C'est clair que ce Brésil-Portugal, ce ne sera pas un match comme les autres. Je suis né au Brésil mais j'ai pris l'habitude de tout donner pour le Portugal. Pour moi, c'est une finale avant la lettre, sûrement le match le plus attendu du premier tour. Je sens que ça va être très spectaculaire. Et si je marque, je fêterai mon but comme je le fais pour tous les autres. Rien de plus, rien de moins. En espérant seulement que les deux équipes passeront au deuxième tour. Mon rêve ultime dans cette Coupe du Monde, c'est une finale Portugal-Brésil."

Pierre Danvoye, en Afrique du Sud

Durban, ce vendredi: le plus gros choc annoncé du premier tour. Face à face, le Brésil et le Portugal, plus fortes cylindrées du groupe de la mort. Les Brésiliens sont en tête du ranking FIFA, les Portugais sont deuxièmes. En jeu: la qualification (pour ainsi dire acquise) et si possible via la première place. Dans tout le Brésil, on jettera directement un oeil sur la composition de l'équipe adverse. Combien de traîtres au coup d'envoi? Combien de Brésiliens naturalisés portugais sur la pelouse? Combien de menaces potentielles sorties du terroir? Au Portugal aussi, on s'intéressera de près à la question. Car les trois internationaux importés (Deco, Liedson et Pepe) ne sont pas nécessairement appréciés par toute la population. Depuis leur changement de carte d'identité, ils doivent toujours être plus brillants que leurs concurrents portugais pur jus pour qu'on les tolère. Le débat sur ce match a été lancé dès le mois de décembre. Juste après le tirage au sort, Dunga a fourni l'étincelle pour faire exploser le bazar: "On va avoir un match du Brésil A contre le Brésil B". La déclaration du coach de la Seleção a directement provoqué un tollé au Portugal. Où d'autres personnalités du foot ont aussi mis leur grain de sel. Récemment, c'est Sergio Conceição qui a lâché sa note d'humour: "Le Portugal a une belle équipe pour aller à la Coupe du Monde... mais elle serait encore plus belle avec 11 Portugais". Scolari lance la tendance et ça se passe mal La première naturalisation a immédiatement fait débat. C'était à l'approche de l'EURO 2004. A l'époque où Luis Felipe Scolari, Brésilien, entraînait le Portugal. L'époque, aussi, où l'acquisition de la nationalité portugaise était un jeu d'enfant. Il suffisait pour ainsi dire d'aller à la maison communale, de remettre deux photos d'identité et de remplir une simple feuille pour sortir avec une carte d'identité du pays. Les Brésiliens étaient même naturalisés presque d'office, vu le passé commun des deux pays, mais c'était aussi très simple pour un Chinois, un Ukrainien ou un Belge. Entre-temps, les critères ont été durcis. Très légèrement... Il faut seulement prouver qu'on a habité durant trois ans au Portugal, et la machine administrative se met en route. Scolari a donc approché Deco, qui commençait à ne plus rêver de l'équipe brésilienne. Il avait déjà été vaguement sondé, sans suite. Quand Scolari a annoncé qu'il souhaitait le transformer en Portugais, il y a eu une levée de boucliers. Car si Deco entrait dans le noyau, il serait automatiquement en concurrence avec une icône de tout le peuple: Rui Costa qui voulait absolument être dans l'équipe lors de l'EURO, à domicile. Pour lui comme pour toute la génération dorée qui avait remporté deux titres mondiaux en Juniors, ce Championnat d'Europe allait être la dernière occasion de briller dans un grand tournoi. Rui Costa ne comprenait pas, mais il a vite été rattrapé par les événements: comme Deco a directement été aussi bon avec l'équipe nationale qu'avec Porto (après un passage catastrophique à Benfica où il n'avait pas joué une seule minute), la tempête s'est calmée et il a écarté l'idole en douceur. Il s'est aussi mis dans les grâces de tout le Portugal en marquant le but de la victoire dès son tout premier match international. Contre le Brésil! Où on a mis du temps à pardonner ce coup de poignard de Scolari et du joueur. Et le coach a refait le coup avec Pepe, un autre Brésilien. Là aussi, les réactions ont été très hostiles. Elles l'ont été un peu moins lorsque le Portugal a "transféré" son troisième joueur sud-américain, Liedson. Il scorait comme il respirait avec le Sporting et à cette période-là, le Portugal était à la recherche d'un nouvel attaquant de pointe capable de marquer beaucoup de buts. Pauleta avait pris sa retraite et Nuno Gomes ne réussissait plus rien de bon. Cette naturalisation-là, les Portugais l'ont accueillie plus comme un cadeau du ciel que comme une combine ou un caprice de la Fédération. Quel est le véritable apport du trio? Quelles sont les ambitions de ces joueurs dans le Mondial? Et comment vivent-ils leur double vie?Deco est clair: "Je reste Brésilien"Deco (29 ans) est un pilier de l'entrejeu de Chelsea (après avoir flambé avec Porto puis Barcelone) et de l'équipe portugaise avec près de 80 sélections. Il a mal digéré son remplacement après une heure dans le premier match, contre la Côte-d'Ivoire. Il est directement rentré au vestiaire, sans passer par le banc. Quand on l'a interrogé en zone mixte sur la décision de son coach Carlos Queiroz, il a répondu que ça lui paraissait "bizarre". Et il a ajouté que l'entraîneur avait pris "une mauvaise décision" en le positionnant à droite "parce que je suis typiquement un joueur d'axe". Mais il s'est rapidement excusé et la tempête s'est calmée. S'il a fait ces déclarations, c'est parce qu'il attend énormément de ce Mondial: "Mon dernier tournoi, car ma décision est définitive, j'arrête en équipe nationale. Ce serait bien d'aller aussi loin qu'il y a quatre ans mais à l'époque, nous avions sur le banc un Scolari qui avait bien plus d'expérience que Queiroz..."Sur sa naturalisation, Deco lance: "J'ai demandé la nationalité portugaise parce que ce pays m'a toujours bien traité. Mais dès que j'arrête de jouer, je rentre au Brésil, c'est sûr. Mes attaches sont là-bas, ma famille y est toujours. J'ai beaucoup d'affection pour le Portugal mais je reste Brésilien. J'ai un projet social chez moi, je veux m'en occuper plus activement. Et il n'est pas non plus exclu que je termine mon parcours de footballeur au Brésil". Pepe sort du trou: "Je suis là pour faire le nombre"Pepe (27 ans) a obtenu un transfert au Real Madrid via des prestations 5 étoiles dans la défense de Porto. Il est habitué à jouer comme défenseur dans ses clubs, et comme médian défensif en équipe nationale depuis qu'elle est entraînée par Queiroz. Cette Coupe du Monde, il a failli passer à côté à cause d'une grave blessure au genou survenue en décembre. Il a mené une véritable course contre la montre pour être finalement rétabli à quelques jours de l'ouverture du tournoi. Queiroz a patienté jusqu'au dernier moment, aussi pour remercier Pepe d'avoir grandement contribué à la qualification portugaise. Le joueur a débarqué en Afrique du Sud "sans grandes ambitions personnelles", conscient de son "niveau physique moyen" mais "prêt à faire le nombre et à apporter ma petite pierre à l'édifice si on a besoin de moi". Il n'était pas sur la pelouse pour le premier match, contre la Côte-d'Ivoire. Une décision attendue et logique. Comme Deco, Pepe a connu un échec douloureux dans un grand club du Portugal avant de s'affirmer dans un autre: au Sporting Lisbonne, on l'avait testé puis expédié. C'est donc Porto qui lui a permis d'obtenir la nationalité portugaise mais, tout comme Deco, il ne fait pas mystère de son attachement resté intact au Brésil. Lui aussi s'est laissé naturaliser un peu par dépit, sachant qu'il devait changer de passeport s'il voulait avoir une chance de jouer des grands tournois. Son nom n'a jamais été cité en équipe brésilienne. Liedson rêve: "Une finale Portugal-Brésil"Liedson (32 ans) n'est international que depuis septembre 2009. Chaque été, on le cite dans un grand club étranger. Et chaque fois, il finit par annoncer qu'il reste au Sporting Lisbonne. Moyennant revalorisation de son contrat. Il est le king là-bas, aussi le meilleur buteur du club depuis le début du siècle, bon pour un tarif minimum de 20 goals par saison. Sa naturalisation, il l'a accueillie comme un gros lot de la loterie: "Le Portugal, je l'admire et je l'aime. Ce pays m'a toujours bien accueilli et j'ai une relation fantastique avec les supporters". Le tirage au sort de la phase finale l'a directement inspiré: "C'est clair que ce Brésil-Portugal, ce ne sera pas un match comme les autres. Je suis né au Brésil mais j'ai pris l'habitude de tout donner pour le Portugal. Pour moi, c'est une finale avant la lettre, sûrement le match le plus attendu du premier tour. Je sens que ça va être très spectaculaire. Et si je marque, je fêterai mon but comme je le fais pour tous les autres. Rien de plus, rien de moins. En espérant seulement que les deux équipes passeront au deuxième tour. Mon rêve ultime dans cette Coupe du Monde, c'est une finale Portugal-Brésil."Pierre Danvoye, en Afrique du Sud