Par Bernard JEUNEJEAN

N'empêche que, quand les parlementaires français (qui ne doutent de rien) lèvent l'étendard sanglant pour demander à Raymond Domenech des explications sur la chienlit de Knysna, le petit Suisse le plus puissant du monde grimpe sur ses ergots : et grogne que la FIFA interviendra en pareil cas quelle que soit la taille du pays, puisque ses statuts stipulent clairement que les interférences politiques ne sont pas tolérées !

Or donc, s'il s'est irrité de la France voici six semaines, Blatter (qui ne le fera pas) devrait aujourd'hui mobiliser cent légions de stewards armés jusqu'aux dents pour envahir la Corée du Nord... où ce qui vient de se passer est sacrément plus vachard ! Kim-Jung-Il, dictateur suprême et dieu vivant à la mords-moi le n£ud, n'a rien trouvé de mieux qu'un procès public pour Kim-Jung-Hun, son presque homonyme et coach de l'équipe en Afrique du Sud : lui et ses joueurs auraient péché là-bas par manquement idéologique, trahissant ainsi la confiance du régime ! D'où : tous les fautifs debout durant six heures sur un podium, face à 400 dignitaires écoutant entre autres le commentateur officiel de la télévision d'Etat, qui disséquait chaque erreur lors des trois matches perdus... Après avoir appris ça, j'ai cauchemardéà grosses gouttes la nuit suivante : à Jambes et sur grand écran, Michel Lecomte brandissait sa zapette comme un tomahawk, face à un parlement wallon pour une fois au grand complet ; éloquent, il enfonçait dans les détails un René Vandereycken ligotéà un poteau de torture, comme sur la couverture de Tintin en Amérique...

Kim-Jung-Hun se voit exclu du parti unique et peut dire adieu à ses privilèges de VIP ; la rumeur ajoute même qu'il est condamné aux travaux forcés, et devra soulever des charges de chantier jusqu'à 14 h par jour,... encore heureux que la rumeur ne précise pas le nombre de jours ! Histoire folle en tout cas, alors que les Nord-Coréens avaient séduit la planète foot face au Brésil. Et la légende du Mondial est remplie de petits offrant une belle résistance lors de leur premier match, avant de s'écrouler lors du deuxième (ici le 7-0 face au Portugal) : le foot n'est qu'un jeu, de surcroît bourré d'aléatoire, et s'écrouler n'est pas trahir ! Que les pouvoirs politiques récupérateurs plastronnent en cas de succès, admettons, tout en rigolant sous cape... Mais s'ils se mettent tous à jouer les flics et les juges en cas d'échec, nous entrons dans une ère où le foot des équipes nationales va devenir bien plus con que le foot des clubs ! Doit-on compter sur le petit Joseph suisse pour y échapper ?...

Les héros de la République restent donc ceux de 1966, avec ce but de Pak-Do-Ik qui élimina la Squadra, qualifiant les Nord-Coréens dans leur poule,... ce qui rappelle deux anecdotes méconnues. D'abord, ce Mondial anglais, ils avaient failli ne pas en être. En 1966 en effet, la FIFA avait imposéà l'Afrique et à l'Asie/Océanie de se disputer une seule place pour la phase finale : cela amena le forfait des pays africains en éliminatoires, et facilita grandement la qualification nord-coréenne en barrage contre l'Australie !

Ensuite, un fantastique documentaire britannique jadis diffusé par Arte (2) retraça en 2002 l'épopée nord-coréenne de 1966, partant enquêter sur place auprès des héros survivants. Ils furent certes honorés à l'époque, mais la rumeur (encore elle !) veut qu'ils aient aussi été un moment emprisonnés à leur retour... pour abus de femmes et d'alcool à l'issue de leur victoire contre l'Italie ! Les joueurs ont toujours nié. On les comprend. Même un demi-siècle plus tard, avec Kim-Jung-Il, faut pas déraper...

(1) nom de scène Séan, champion du monde de foot/freestyle : une balade sur Youtube et vous serez baba, même Lio Messi en devient jongleur triste...

(2) Le match de leur vie, de Danny Gordon

Par Bernard JEUNEJEANN'empêche que, quand les parlementaires français (qui ne doutent de rien) lèvent l'étendard sanglant pour demander à Raymond Domenech des explications sur la chienlit de Knysna, le petit Suisse le plus puissant du monde grimpe sur ses ergots : et grogne que la FIFA interviendra en pareil cas quelle que soit la taille du pays, puisque ses statuts stipulent clairement que les interférences politiques ne sont pas tolérées ! Or donc, s'il s'est irrité de la France voici six semaines, Blatter (qui ne le fera pas) devrait aujourd'hui mobiliser cent légions de stewards armés jusqu'aux dents pour envahir la Corée du Nord... où ce qui vient de se passer est sacrément plus vachard ! Kim-Jung-Il, dictateur suprême et dieu vivant à la mords-moi le n£ud, n'a rien trouvé de mieux qu'un procès public pour Kim-Jung-Hun, son presque homonyme et coach de l'équipe en Afrique du Sud : lui et ses joueurs auraient péché là-bas par manquement idéologique, trahissant ainsi la confiance du régime ! D'où : tous les fautifs debout durant six heures sur un podium, face à 400 dignitaires écoutant entre autres le commentateur officiel de la télévision d'Etat, qui disséquait chaque erreur lors des trois matches perdus... Après avoir appris ça, j'ai cauchemardéà grosses gouttes la nuit suivante : à Jambes et sur grand écran, Michel Lecomte brandissait sa zapette comme un tomahawk, face à un parlement wallon pour une fois au grand complet ; éloquent, il enfonçait dans les détails un René Vandereycken ligotéà un poteau de torture, comme sur la couverture de Tintin en Amérique... Kim-Jung-Hun se voit exclu du parti unique et peut dire adieu à ses privilèges de VIP ; la rumeur ajoute même qu'il est condamné aux travaux forcés, et devra soulever des charges de chantier jusqu'à 14 h par jour,... encore heureux que la rumeur ne précise pas le nombre de jours ! Histoire folle en tout cas, alors que les Nord-Coréens avaient séduit la planète foot face au Brésil. Et la légende du Mondial est remplie de petits offrant une belle résistance lors de leur premier match, avant de s'écrouler lors du deuxième (ici le 7-0 face au Portugal) : le foot n'est qu'un jeu, de surcroît bourré d'aléatoire, et s'écrouler n'est pas trahir ! Que les pouvoirs politiques récupérateurs plastronnent en cas de succès, admettons, tout en rigolant sous cape... Mais s'ils se mettent tous à jouer les flics et les juges en cas d'échec, nous entrons dans une ère où le foot des équipes nationales va devenir bien plus con que le foot des clubs ! Doit-on compter sur le petit Joseph suisse pour y échapper ?... Les héros de la République restent donc ceux de 1966, avec ce but de Pak-Do-Ik qui élimina la Squadra, qualifiant les Nord-Coréens dans leur poule,... ce qui rappelle deux anecdotes méconnues. D'abord, ce Mondial anglais, ils avaient failli ne pas en être. En 1966 en effet, la FIFA avait imposéà l'Afrique et à l'Asie/Océanie de se disputer une seule place pour la phase finale : cela amena le forfait des pays africains en éliminatoires, et facilita grandement la qualification nord-coréenne en barrage contre l'Australie ! Ensuite, un fantastique documentaire britannique jadis diffusé par Arte (2) retraça en 2002 l'épopée nord-coréenne de 1966, partant enquêter sur place auprès des héros survivants. Ils furent certes honorés à l'époque, mais la rumeur (encore elle !) veut qu'ils aient aussi été un moment emprisonnés à leur retour... pour abus de femmes et d'alcool à l'issue de leur victoire contre l'Italie ! Les joueurs ont toujours nié. On les comprend. Même un demi-siècle plus tard, avec Kim-Jung-Il, faut pas déraper... (1) nom de scène Séan, champion du monde de foot/freestyle : une balade sur Youtube et vous serez baba, même Lio Messi en devient jongleur triste... (2) Le match de leur vie, de Danny Gordon